C'est un chantier à la fois historique et titanesque qui a récemment eu lieu alors que le premier câble de fibre optique a été remonté de l'océan après 38 ans.
Lancé en 1988, le câble de fibre optique TAT-8 a servi de modèle à tous les câbles internet sous-marins qui ont suivi. Après 38 ans au fond de l'océan, il a enfin rejoint le surface, mais la tâche pour le faire remonter sur la terre ferme n'a clairement pas été une mince affaire.
Le premier câble de fibre optique de l'histoire revient du fond de l'ocan après 38 ans
La société Subsea Environmental Services a remonté le TAT-8, le premier câble à fibres optiques traversant l'océan Atlantique, depuis les fonds marins au large du Portugal. Construit par AT&T, British Telecom et France Telecom, le câble a débuté son service le 14 décembre 1988 puis retiré du service en 2002 suite à une panne trop coûteuse à réparer. Il repose au fond de l'océan depuis plus de vingt ans.
TAT-8 – abréviation de Trans-Atlantic Telephone 8 – était le huitième système de câble transocéanique traversant l'Atlantique, mais le premier à transmettre du trafic par fibre optique plutôt que par cuivre. Sa capacité a été épuisée en seulement 18 mois après son lancement, ce qui a servi de modèle à tous les grands câbles sous-marins qui ont suivi. En 2001, la série TAT en comptait 14.
Lors de son inauguration, l'écrivain de science-fiction Isaac Asimov s'était adressé aux auditoires de Paris et de Londres par liaison vidéo depuis New York, le qualifiant de « voyage inaugural à travers la mer sur un rayon de lumière ». L'opération de récupération du câble est menée par le MV Maasvliet, un navire diesel-électrique neuf qui effectue seulement son quatrième voyage depuis sa sortie de cale sèche en janvier 2025.
Un chantier titanesque semé d'embûches pour une seconde vie
L'équipage a dû faire face à une saison des ouragans précoce, les tempêtes Dexter et Erin ayant contraint le navire à dévier de sa route, ce qui a entraîné la récupération d'une quantité de câble inférieure à celle prévue. Le câble lui-même doit être enroulé manuellement dans la cale du navire, car l'enroulement mécanique des câbles à fibre optique risque d'endommager les fibres de verre qu'ils contiennent.
Malgré le remplacement du cuivre par la fibre optique comme support de transmission du signal, le câble TAT-8 contient encore d'importantes quantités de cuivre de haute qualité, qui peuvent encore servir d'autres objectifs. L'Agence internationale de l'énergie prévoit une baisse de 30 % des approvisionnements en cuivre d'ici une décennie si les nouvelles sources ne suivent pas la demande industrielle, ce qui fait de la récupération de milliers de kilomètres de câble une ressource précieuse. L'acier du câble servira également à la fabrication de clôtures, tandis que sa gaine en polyéthylène ira aux Pays-Bas pour devenir des granulés pour la production de plastiques non alimentaires.
Le TAT-8 est loin d'être le seul câble hors service encore enfoui au fond des océans. Sur les quelque 2 millions de kilomètres de câbles sous-marins mis hors service dans le monde, la plupart y demeurent encore. Subsea Environmental Services est l'une des trois seules entreprises au monde qui s'occupe exclusivement de la récupération et du recyclage des câbles. Des opérations comme celle-ci permettent de dégager des tracés existants pour de nouveaux câbles, sans perturber des zones intactes des fonds marins.