L'Argentine va construire une ville au pied de la cordillère de San Juan. Elle doit loger les travailleurs du projet minier Vicuña et sera bâtie à partir de modules préfabriqués. Le projet attire l'attention, mais ses effets sociaux et économiques font déjà débat.

Le projet et où il va voir le jour

La cité se trouvera dans la province de San Juan, sur le site en altitude prévu pour le projet Vicuña. L'emplacement a été choisi pour sa proximité avec les mines de cuivre exploitées par Lundin Mining et BHP. La construction de cette « cité modulaire » revient à un consortium dirigé par PowerChina, avec Beijing Chengdong et la société argentine RAFA S.A., basée dans la province de Santa Fe, qui joue le rôle de partenaire local.

Ce qui compose la cité modulaire

Le premier complexe, baptisé Batidero, comptera 2 500 lits et sera monté à partir de modules importés de Chine. Fabriqués par Beijing Chengdong, ces modules sont préfabriqués dans un acier spécial, ce qui rend l'installation rapide et flexible. On peut les empiler jusqu'à trois étages. Ces « maisons conteneur » abritent des logements, des bureaux et des services comme des restaurants. Elles arrivent déjà équipées : mobilier, électroménager et finitions intérieures sont intégrés avant la livraison, ce qui accélère la mise en place.

Capacité et organisation du travail sur le site

Le site doit accueillir entre 3 500 et 5 000 personnes. Le campement fonctionnera par rotations : 14 jours de travail puis 14 jours de repos, ou 21 jours de travail puis 7 jours de repos. À terme, il devra répondre aux besoins de 12 000 travailleurs, d'où une extension prévue jusqu'à 6 000 places. Cette marge comptera, car l'exploitation est calculée sur 25 ans, pour une exportation estimée à 400 000 tonnes de cuivre par an.

Aspects économiques et fiscaux

En entrant dans le Régimen de Incentivo a las Grandes Inversiones (RIGI), PowerChina obtient des exemptions douanières qui abaissent le coût de la construction. Fabriquer les modules en Chine revient à 460 €/m², auxquels s'ajoutent 184 €/m² de fret international, alors qu'une construction en Argentine coûterait 1 196 €. Cet écart se retrouve dans les offres : 47,84 millions € pour le consortium asiatique, contre 64,40 millions € pour Modular Homes. L'avantage de prix va donc au groupe asiatique.

Emploi local et conséquences sociales en Argentine

Cette importation à grande échelle menace l'emploi local : l'Argentine ne récupère que 50 postes de montage et de logistique, contre au moins 500 si la construction se faisait sur place. Le secteur privé argentin s'en est ému. Il pointe le « costo argentino » et redoute la mise à l'écart des travailleurs du pays.