Au tournant du XXe siècle, un médecin français, le docteur Beaurieux, obtient une autorisation rare : examiner la tête d'un condamné, Languille, immédiatement après son passage sous la guillotine. Ce qu'il observe alors nourrit depuis un siècle un débat resté sans réponse tranchée.

Selon le compte rendu que Garrick Alder, un lecteur de Londres, a reproduit dans la rubrique de questions-réponses du Guardian, les paupières et les lèvres du décapité se sont agitées de contractions rythmées irrégulières pendant environ quatre à six secondes, avant que les spasmes ne cessent et que le visage ne se détende.

Beaurieux a alors appelé d'une voix forte : « Languille ! » Il raconte avoir vu les paupières se soulever lentement, sans aucune contraction spasmodique, et que les yeux de Languille se sont fixés très nettement sur les siens et que les pupilles se sont accommodées, si bien qu'il avait affaire à des yeux indéniablement vivants qui le regardaient.

Un débat relancé par un lecteur de Bath

Cette expérience a resurgi dans les colonnes du forum après qu'un lecteur de Bath, au Royaume-Uni, NeilH, a demandé si un homme décapité proprement, par exemple à la guillotine, pouvait rester conscient quelques instants, ne serait-ce que quelques nanosecondes.

Une lectrice de Birmingham, Olga, lui a répondu que oui : l'oxygène cesse d'arriver à la tête, mais une quantité suffisante y parvient encore un court moment pour permettre la conscience. James Walsh, de Sheffield, s'est montré plus prudent, jugeant certaines des nanosecondes de conscience, mais peu probable qu'une période significative persiste après une décapitation propre.

Le débat, rapporte Garrick Alder, remonte en réalité à l'exécution de Charlotte Corday, l'assassin de Jean-Paul Marat, guillotinée en 1793. L'assistant de l'exécuteur, François le Gros, avait alors soulevé sa tête par les cheveux pour la gifler sur les deux joues : des témoins avaient rapporté que le visage avait pris une expression de colère et que les joues étaient devenues visiblement rouges.

En 1794, le chirurgien allemand S. T. Sommering avait soutenu dans des journaux parisiens que la conscience de la sensation pouvait persister dans une tête tranchée même si la circulation sanguine était interrompue, partielle ou faible, et que la sensation la plus forte de la tête serait la douleur résiduelle ressentie dans le cou. Des médecins français avaient contesté cette thèse, estimant que Sommering confondait spasmes nerveux et perceptions réelles.

Deux lecteurs ont proposé des chiffres plus précis que les témoignages du XVIIIe siècle. J.W.Perry, de West Vancouver, au Canada, situe la fin des fonctions cérébrales supérieures dès l'interruption de l'apport sanguin, avec environ quatre à cinq secondes de conscience après l'arrêt complet de la circulation, un temps suffisant, selon lui, pour que la tête tombe dans le panier et roule plusieurs fois avant l'oubli.

Le docteur C Partridge, de Manchester, avance une durée comparable de quelques secondes et mentionne des expériences où des têtes tranchées de prisonniers auraient reçu des transfusions de sang animal, sans qu'aucune ne revienne à la vie ; il demande des précisions à ce sujet.

En 1956, des conseillers gouvernementaux, les docteurs Piedelièvre et Fournier, avaient conclu que la mort par décapitation n'est pas instantanée et que chaque élément vital survit, qualifiant l'acte de vivisection sauvage suivie d'un enterrement prématuré. La France a aboli l'exécution par décapitation en 1977.

D'autres lecteurs ont apporté des témoignages moins scientifiques. Louis Dunn, de Glasgow, affirme que le roi Charles a été vu bouger les lèvres après sa décapitation, évoquant de nombreux récits de têtes continuant à montrer des expressions faciales, et estime que la mort survient davantage par perte de sang que par toute autre cause.

Etienne Cherdlu, de Lyon, propose que du point de vue de la victime, il ne faudrait pas parler de décapitation mais de décorporation.

Emily Adams, de Bristol, cite pour sa part le témoignage d'un fantassin ayant vu son camarade tranché en deux à la taille pendant la Première Guerre mondiale : selon ce récit, les jambes auraient continué à courir plusieurs pas avant de tomber au sol. Elle attribue cette anecdote au livre de Lyn Macdonald, They Called It Passchendaele, tout en précisant n'en être pas tout à fait certaine.