Chutes en série, pannes à répétition, 4,5 millions d'euros envolés : comment le trottoir « révolutionnaire » de Montparnasse s'est transformé en cauchemar pour la RATP et ses usagers. Retour sur un fiasco resté sans équivalent.
Chutes en série des usagers, pannes à répétition, coût de 4,5 millions d'euros : le trottoir roulant rapide installé par la RATP dans la station Montparnasse-Bienvenüe, à Paris, s'est soldé par un abandon pur et simple. Inauguré en 2002, ce dispositif censé révolutionner les correspondances du métro parisien a fini remplacé par un tapis roulant classique, mis en service en 2011.
À l'origine du projet, un problème très concret : Montparnasse compte parmi les stations les plus complexes du réseau, avec des correspondances qui imposent parfois plusieurs centaines de mètres de marche. Environ 100 000 voyageurs empruntaient chaque jour ces couloirs. La RATP promettait un gain de 15 minutes par semaine pour un usager régulier. Le projet se présentait alors comme une prouesse technologique sans équivalent dans le monde.
Des chutes en série dès l'inauguration
Baptisé Trottoir Roulant Rapide (TRR), le dispositif s'étendait sur 183 mètres et reliait les lignes 4 et 12 aux lignes 6 et 13, ainsi qu'à la gare Montparnasse. Confié à la société CNIM en partenariat avec la RATP, il visait une vitesse de 11 km/h, soit près de quatre fois celle d'un tapis roulant classique.
Un système d'accélération progressive, avec des rouleaux sous les pieds et une rampe mobile pour les mains, devait permettre aux usagers de monter à vitesse modérée avant d'être propulsés à pleine allure.
Dans les faits, les chutes se multiplient dès la première semaine : pertes d'équilibre, valises éparpillées, chevilles foulées. La RATP recrute des hôtesses, installe des écrans pédagogiques, diffuse en boucle des annonces vocales invitant les usagers à garder le pied à plat.
Rien n'y fait. Le trottoir obtient malgré tout son agrément d'exploitation commerciale en 2005. La RATP finit par ramener la vitesse à 9 km/h pour limiter les accidents, sans succès : les chutes continuent.
Les pannes s'enchaînent aussi. La disponibilité du système s'effondre, passant de 90 % en 2002 à seulement 60 % en 2008. Certains habitués de la station plaisantent en disant n'avoir jamais vu le tapis fonctionner à pleine vitesse. Un agent de maintenance de la CNIM, en poste sur le dispositif depuis quatre ans, confiait alors : « Après quatre ans de travail dessus, à se faire régulièrement insulter par les usagers énervés, ce n'est pas drôle tous les jours », cite La Presse.
Le défaut de conception s'avère structurel : le trottoir exige un geste précis pour y monter, une phase d'apprentissage incompatible avec le rythme d'une gare. Il semble taillé pour un voyageur idéal, en bonne santé, sans bagage volumineux et bien chaussé, loin de la réalité des dizaines de milliers de passagers qui l'empruntent chaque jour.
En mai 2010, la RATP annonce officiellement l'abandon du prototype, huit ans après son inauguration, jugé trop complexe, insuffisamment fiable et trop difficile à maintenir. Le démontage débute quelques mois plus tard, avant l'installation d'un tapis roulant classique en mars 2011.
Un tapis classique coûte pourtant en moyenne dix fois moins cher à installer qu'un tel dispositif. Depuis cet échec, aucun autre projet de trottoir roulant accéléré n'a vu le jour dans les transports en commun français.