Sorti le 21 septembre dernier, Dressmaker s’est imposé comme l’un des phénomènes Steam de l’année. Les développeurs reviennent sur leur succès et l’importance de considérer les joueuses.
17 530 évaluations dont 98% positives, des revenus estimés à 7 millions de dollars, Dressmaker s’est imposé sans mal comme l’une des sensations Steam de l’année. Le studio indépendant Cozy Lives ne s’attendait pas à un tel succès et pourtant il a volontairement visé un public que l’industrie du jeu vidéo peine encore à considérer. Et pourtant, la génération qui garde précieusement les souvenirs de l’époque de la Nintendo DS a rappelé que le marché était tout aussi profitable que les autres.
Un jeu pensé pour les femmes, un véritable carton Steam
A l’époque de la DS, avec sa volonté de séduire au-delà du public traditionnel des consoles, Nintendo avait ouvert les portes du jeu vidéo à des joueuses (et joueurs) qui n’avaient jamais vraiment éprouvé le besoin de sauver le monde ou de mesurer leur valeur à leur ratio d’éliminations/kills. De Nintendogs à La Maison du Style ou encore Cooking Mama, la console avait enchaîné les expériences grand public que l’on peine aujourd’hui à retrouver. Quelques années plus tard, Dressmaker s’est imposé comme l’une des plus belles surprises de 2026 sur Steam avec une fréquentation moyenne de 15 000 joueurs simultanés sur la plateforme. Une performance impressionnante pour un jeu indépendant, dont le principe est de créer des robes de nos rêves, de travailler les tissus et de laisser libre-cours à son imagination.
Un succès que le studio explique en partie par sa cible de départ. « Nous avions ciblé clairement les femmes dès le départ. Et le fait que nous ayons intéressé autant d’hommes c’est un vrai bonus .», explique Sabrina Becker, qui a travaillé dans la mode avant qu’une maladie chronique ne l’oblige à réorienter sa carrière. La développeuse de Dressmaker estime cependant que les femmes restent un public trop survolé, alors même qu’elles aiment jouer. En France, selon les chiffres de Women in Games, les femmes représentent désormais 49% des joueurs, soit près de 19,5 millions de joueuses. Une proportion atteint même 85% chez les 10-30 ans. « Je pense que les gens supposent que les femmes ne jouent pas parce qu’elles n’aiment pas ça. Mais elles ne jouent pas simplement parce qu’il n’y a pas de jeux conçus pour ce qui les intéresse. », estime-t-elle.
Un marché sans véritables propositions
Le succès de jeux Roblox tels que Dress to Impress qui attire de nombreuses femmes et filles était un indicateur d'une réelle demande selon Becker. « Ces jeux existent, même si l'expérience qu'ils proposent n'est pas toujours excellente, parce que les joueuses recherchent vraiment ce type de gameplay et qu'il n'y a nulle part ailleurs où le trouver », observe-t-elle. Cozy Lives a simplement décidé de prendre cette attente plus sérieusement avec Dressmaker. Le nouveau phénomène Steam a même permis à un tout autre public de découvrir le jeu vidéo. Un témoignage raconte comment une mère, ancienne couturière, s'est intéressée pour la première fois aux jeux de son enfant. « Elle n'a jamais vraiment montré d'intérêt pour mes jeux, au-delà d'une simple curiosité sur ce que je faisais. Mais avec Dressmaker ? Elle veut y jouer ! Elle veut vraiment y jouer ! »
Et de nouvelles expériences, les joueuses de longue date en demandent. Des RPG avec un accent plus prononcé sur les choix et la personnalisation, des univers avec des sirènes, des fées, des romances plus travaillées. Mais le marché reste frileux, à l’heure où il faut toucher tout le monde, ne pas prendre de risques et chasser la prochaine tendance. C’est aux indépendants qu’il revient de combler ces manques. Et Dressmaker semble clairement avoir ravivé la flamme de celles et ceux qui ont passé de nombreuses heures sous la couette à jouer à La Maison du Style. Le studio prévoit d’ailleurs de continuer à enrichir son jeu, notamment avec une fonctionnalité en ligne permettant de voter pour ses créations préférées.
« Nous aimons énormément ce jeu et nous avons toujours espéré pouvoir continuer à le développer », explique Sabrina Becker. Son associé, Jonathan Hau-Yoon, reconnaît, de son côté, avoir été dépassé par l'ampleur du succès : « Je m'étais préparé à terminer le jeu et à publier des correctifs, mais je n'étais pas prêt à recevoir un afflux aussi important de joueurs et une telle attention médiatique. » Dressmaker est toujours disponible sur Steam. Aucune autre plateforme n'a été annoncée, pour le moment.
Source : Gamesradar