Ces dernières décennies, l’industrie du jeu vidéo a connu de nombreuses évolutions aussi majeures que notables. Tellement, d’ailleurs, qu’à une époque où l’IA tend de plus en plus à s’insérer au cœur de notre société, certains se demandent si le médium n’aurait pas atteint un certain plafond de verre avec la génération PS5 et Xbox Series. Et c’est précisément ce qui inquiète Matt Radford, ex-artiste chez Naughty Dog sur des jeux comme The Last of Us et Uncharted 4: A Thief’s End, concernant l’avenir du médium en tant qu’art.

Naughty Dog, un véritable studio créateur d’art ?

De passage sur la chaîne Kiwi Talkz pour parler de sa carrière professionnelle, et notamment des années qu’il a pu passer à travailler chez Naughty Dog, l’artiste a en effet partagé sa surprise en voyant toutes les critiques dont ont pu faire l’objet Neil Druckmann et Bruce Straley ces dernières années avec des jeux comme Uncharted et The Last of Us. Car à ses yeux, ce sont des créateurs « qui consacrent leur vie à concevoir l’art que nous aimons tous », un art qui pourrait être amené à disparaître dans les années à venir à cause de l’émergence de nouveaux outils.

« J’espère juste que ça continuera, parce que je pense que c’est ça la vraie beauté de tout ça : le simple fait que ça existe », a notamment déclaré Radford. « Un jour, on n’aura peut-être plus les moyens de dépenser 600 millions de dollars, ou une somme astronomique, pour créer un jeu d’action vraiment génial avec une bonne histoire. Quand je discute avec mes amis, on se dit souvent : [insérer ici le nom d’un jeu Naughty Dog, comme Uncharted 4, The Last of Us Part 2, peu importe], et on se demande ‘Est-ce que c’est le meilleur jeu vidéo qui sera jamais créé ?’ ».

Un savoir-faire qui pourrait bien se perdre dans le futur

À l’ex-employé de Naughty Dog, alors, de comparer la situation à celle de la construction de monuments historiques, que l’on ne retrouve plus forcément aujourd’hui dans le sens où le savoir-faire artisanal d’autrefois, qui donnait tout leur charme à ces bâtisses, a progressivement été remplacé par des méthodes de travail plus efficaces. « Prenons l’exemple des cathédrales de Cologne », explique l’artiste de The Last of Us: Left Behind. « On voit ces vieux édifices impressionnants, ces merveilles architecturales un peu partout dans le monde ».

« Et tout cela est le fruit d’une époque tout à fait unique, où tout cet art, toute cette beauté, tout ce temps et toutes ces souffrances ont été consacrés à la création de quelque chose qu’on ne fait plus aujourd’hui. On ne construirait tout simplement plus une vielle cathédrale comme celle de Cologne […] car le savoir-faire nécessaire n’existe même plus ». Ce qui, pour Radford, n’empêche pas la construction de superbes édifices à l’aide de meilleures techniques, mais qui n’ont désormais plus rien à voir avec « ces anciennes merveilles architecturales ».

« Et je me demande si les jeux vidéo évolueront dans cette direction eux aussi. Si un jour on regardera rétrospectivement des jeux comme Intergalactic: The Heretic Prophet, Uncharted 4: A Thief’s End ou The Last of Us Part 2, et on ne verra que la richesse du jeu d’acteur de vraies personnes, d’êtres humains, ainsi que l’écriture, la modélisation, la sculpture, la peinture. Et on s’émerveillera en se disant : ‘Waouh, tu te rends compte que tout ça a été fait à la main ?’, comme ce type qui peint la façade de cette église. Je crains que ce soit davantage ça, l’avenir ».

Les créateurs de The Last of Us, un rempart pour ce savoir-faire ?

Des propos aussi forts qu’intéressants de la part de Radford, donc, qui poussent notamment à s’interroger sur la façon dont les jeux sont créés aujourd’hui, chez Naughty Dog comme ailleurs. « Je pense qu’il y a beaucoup de nouvelles technologies qui apparaissent et que cela change vraiment la façon dont les jeux sont créés. Cela va également changer le nombre de personnes qui développent des jeux et leur rôle au sein de ces équipes », assure l’ex-artiste de The Last of Us. « Mais je pense que chez Naughty Dog, on se dit simplement : ‘Continuons sur cette lancée’ ».

A-t-il raison, a-t-il tort ? L’avenir nous le dira. Et bien qu’il n’ait jamais explicitement évoqué l’IA au cours de sa réflexion, nul doute que celle-ci est au cœur des fameuses nouvelles méthodes de travail dont parle le développeur. Reste maintenant à découvrir ce qu’il adviendra de cet art au sein du studio californien, actuellement très occupé avec le développement de l’avenir de The Last of Us, mais surtout de sa nouvelle licence, Intergalactic: The Heretic Prophet, dont nous entendrons parler plus en profondeur dès 2027.

Source : Kiwi Talkz (via Video Games Chronicle)