Il parait que ça va mieux en le disant. Et qu'une faute avouée est à moitié pardonnée. Un an, cinq mois et une poignée de jours après la publication d'une enquête du journal Libération dénonçant des comportements toxiques et répétés au sein du département "Édito" d'Ubisoft, le géant français enfonce une porte grande ouverte en admettant que sa gestion de la crise n'a sans doute pas été à la hauteur des attentes formulées par les salariés.

Du bout des lèvres

Si Yves Guillemot reconnaissait dans la foulée de l'enquête "qu'Ubisoft n’a pas été en mesure de garantir à ses collaborateurs un environnement de travail sûr et inclusif", les changements tardaient à se faire sentir. Aujourd'hui, la nouvelle directrice des ressources dites humaines Anika Grant nommée en avril dernier prend la parole pour tenter d'expliquer le retard à l'allumage en interne :

Au début de la crise, nous avons passé beaucoup de temps à nous assurer que nous avions mis en place le bon processus, que nous étions en mesure de mener une enquête très rapidement afin d'obtenir les premiers résultats. En faisant cela, je pense que nous sommes passés à côté de l'expérience vécue par nos employés. Je ne pense pas que nous ayons toujours suffisamment communiqué avec les personnes qui avaient rapporté un problème. Malheureusement, les gens ont perdu confiance dans ce processus.

L'avantage d'enfoncer des portes ouvertes, c'est que personne ne risque de se blesser dans le processus, pour reprendre un vocabulaire adéquat.

Laissez la police faire son travail...

En poste depuis une poignée de mois, Anika Grant se réjouit de voir "le nombre de cas diminuer" depuis l'an dernier, mais se garde bien de préciser quelles solutions seront mises en œuvre. Officiellement, Ubisoft "s'interroge" sur les éléments qui seront communiqués lors du prochain bilan annuel, un vrai sujet lorsque l'on se rappelle du passage total sous silence de ces scandales durant les deux dernières éditions de l'Ubisoft Forward.

La nouvelle directrice en profite pour réfuter les accusations de l'an passé, qui voudraient que l'entreprise se contente de muter les responsables les plus souvent incriminés :

Ce n'est pas dans nos pratiques. Il y a eu une enquête dans tous les cas qui nous ont été rapportés : s'ils travaillent encore à Ubisoft, ces gens ont soit été disculpés ou sanctionnés. Ubisoft n'a mis en place aucune politique qui empêcherait nos équipes de partager publiquement leurs expériences de travail. Nous leur demandons de conserver une certaine confidentialité pour protéger l'intégrité du processus et les droits de toutes les personnes impliquées.

Anika Grant saura-t-elle être entendue ? Rien n'est moins sûr : cet été, une partie des employés d'Ubisoft dénonçaient "un an de paroles aimables, de promesses creuses et d'une incapacité ou d'une réticence à renvoyer les agresseurs connus". De son côté, la direction s'inquiétait du risque élevé de départs entraînant de nombreux reports.