Il y a des séries qui semblent toujours avoir une génération de retard, mais que l’on ne peut s’empêcher d’aimer. Dragon Quest Monsters en fait, depuis plusieurs années, clairement partie. Trois ans après un Prince des Ombres qu’on qualifiera poliment de « techniquement discutable », la série revient raviver la collectionnite aiguë des joueurs à l’occasion de ses 40 ans avec Dragon Quest Monsters : Le royaume de Boisflétri.
Annoncé sans trop de tambour pour l’anniversaire de la saga, Dragon Quest Monsters 4 avait tout pour passer sous le radar. Il faut dire qu’il sort le 3 décembre, soit pile dans les remous laissés par un certain GTA 6, raz-de-marée de cette fin d’année. Pourtant, le pendant Pokémon-like de Dragon Quest s’annonce comme le plus ambitieux de la sous-série, ne serait-ce que par sa réalisation. On vous l’accorde, la barre n’était pas placée bien haut, mais quand Square Enix répond enfin à la plainte numéro 1 des fans depuis des années, difficile de faire la fine bouche. Nous avons pu y jouer pendant plus d’une demi-heure, à l’abri des regards indiscrets de la Gamescom 2026. Voici nos premières impressions.
Un ravalement de façade bienvenu

La boucle est plutôt joliment bouclée. Pour son retour, Dragon Quest Monsters : Le royaume de Boisflétri va chercher ses héroïnes dans Dragon Quest 5, l’épisode qui avait justement servi d’inspiration à la création de ce spin-off. Bianca et Nera, les deux éternelles prétendantes de la saga, s’aventurent cette fois vers le Royaume de Boisflétri, à la recherche de la mythique Herbe de Vie, qui pourrait sauver leurs pères respectifs. Évidemment, parce qu’un voyage tranquille n’a jamais fait une bonne aventure Dragon Quest, le royaume en question est entièrement dévasté par des forces démoniaques. Elles se trouveront cependant une vocation de dresseuses de monstres suite à la rencontre avec Doudouleur, une petite boule de poil beaucoup trop mignonne, qui va leur enseigner l’art de se lier d’amitié avec les monstres pour que le royaume fleurisse à nouveau et reprenne des couleurs. Et, finalement, Dragon Quest Monsters 4 prouve en quelques minutes que la série aurait peut-être gagné à prendre son indépendance technique bien plus tôt.
Affranchi de l’exclusivité Nintendo et libéré des contraintes techniques qui avaient sérieusement plombé Le Prince des Ombres, Dragon Quest Monsters : Le royaume de Boisflétri se démarquera sans mal par son bond technique qui se ressent dans la mise en scène. L’introduction prend d’ailleurs des airs de conte qu'on se raconterait de génération en génération, portée par une patte crayonnée du plus bel effet et qui fait honneur au regretté Akira Toriyama. Les personnages gagnent en rondeur, les décors en couleurs et les cinématiques, forcément en prestance.
La direction artistique semble d’ailleurs lorgner joyeusement vers Dragon Quest 7 Remake, avec ces grosses bouilles en 3D et cette palette de couleurs qui donne envie de croquer dans l’écran. Et surtout, surtout, l’exploration ne fait plus tousser le framerate au bout de trois pas. On reste certes loin des standards actuels. Dragon Quest Monsters 4 ne sera pas un foudre de guerre technique, mais après le Prince des Ombres, la différence est à peu près aussi flagrante que celle entre un Slime et un Gluant d'or. La barre n’était pas exactement perchée dans la stratosphère d’un Red Dead Redemption 2, vu que vous aimez le comparer avec n’importe quoi, mais Le royaume de Boisflétri passe enfin au-dessus.
Attrapez-les tous

Mais pas le temps d’admirer la jolie bouille du jeu, des premiers choix s’imposent rapidement : choisir sa championne. Les deux avancent ensemble dans l’aventure, mais chacune apporte ses propres talents passifs. Bianca facilite la capture des monstres de type dragons ou des bêtes et restaure les PV. Nera, de son côté, a la main verte avec les créatures de type nature, slime et matériau, tout en redonnant passivement des MP, en ressuscitant les copains tombés au combat ou encore en retirant des malus.
Puis, avant de partir à la conquête des quelque 500 monstres emblématiques du jeu, l’un des plus fournis de la série à ce jour, un petit questionnaire façon test de personnalité viendra déterminer le monstre de départ. Ne vous attendez cependant pas à la mignonnerie immédiate d’un Bulbizarre ou d’un Salamèche, Dragon Quest Monsters 4 préfère piocher dans les bizarreries du bestiaire qui ressemblent souvent à une erreur de laboratoire qu’au petit monstre adorable. Ce qui, avouons-le, facilite grandement les choses au moment de les sacrifier sur l’autel sacré de la Synthèse.
Et c’est précisément là que la magie de la série opère toujours autant, la fusion de deux monstres, voire plus au fil de l’aventure, pour donner naissance à une créature plus puissante héritant de trois compétences de ses géniteurs. On peut ainsi rapidement créer la créature la plus mignonne de la saga, le Smilodon de lait, mais surtout partir à la conquête du monstre parfait, celui dont chaque statistique, chaque talent aura été calculé au millimètre. Rien ne change, on prend immédiatement plaisir à tester les différentes combinaisons pour s’en rapprocher, à recombiner et recommencer, d’autant que les possibilités de builds et de créations ont encore l’air démentielles.
Comme les jeux récents de la saga, Dragon Quest Monsters 4 prend aussi soin de se rendre accessible à ceux qui préfèrent jouer plutôt que de tenir un tableur Excel sur un second écran, notamment avec des options de confort modernes toujours bienvenues. La synthèse se pare d’un système de recommandation, accessible d’une touche pour guider le choix des compétences héritées pour les joueurs les moins aguerris, quand le combat automatique ou l’ajustement de la vitesse à la volée rendent une formalité bien plus digeste, notamment pour les sessions de grind. Comme pour les remakes, Square Enix semble avoir pris soin de conserver la profondeur du gameplay sans demander aux néophytes d’avoir un doctorat en élevage de slimes.
Un royaume qui doit encore fleurir

Pour se rêver dompteur de monstres ultime, encore faut-il apprendre à capturer tout ce qui croise votre chemin. La formule n’a pas bougé d’un poil : on impressionne les monstres sauvages en plein combat pour tenter de les convaincre de rejoindre notre équipe, avec un pourcentage de réussite qui clignote sur l’écran et quelques objets pour mettre toutes les chances de son côté. En combat, libre à vous de contrôler chaque monstre à la main ou de laisser l’IA gérer le combat en fonction des ordres généraux donnés en amont. A l’issue de chaque affrontement, des points de talent tombent, à répartir dans des branches dédiées pour débloquer de nouvelles compétences à chaque palier de points franchi.
Une recette classique qu’on connaît par cœur, certes, mais dont on ne se lasse pas. On sait ce qu’on va manger, mais on en redemande quand même. Dragon Quest Monsters Le royaume de Boisflétri tente malgré tout d’y ajouter sa touche personnelle avec ll’Esprit du dresseur, une capacité activable une fois par combat dont l’effet varie selon l’héroïne choisie. Des soins et des bonus d’attaque avec Bianca, et des MP et de la défense pour Nera. Puis il y a l'arrosoir, le nouvel accessoire d’exploration qui permet de faire pousser des graines donnant naissance à des points de sauvegarde, servant également de menu pour la synthèse, de point de repos ou de passage rapide du jour à la nuit, ou de dénicher des objets.
Difficile pour l’heure de savoir s’il suffira à transformer l’exploration en véritable aventure plutôt qu’en grand terrain de chasse où l’on court après le prochain monstre à capturer. Car si le monde paraît, pour l’instant, plus ouvert que son prédécesseur et nettement plus agréable à parcourir, un léger parfum de vide commence déjà à flotter dans l’air. Les zones sont vastes et colorées, mais tout semble tristement désertique, du moins en début d’aventure.

Pourquoi on attend Dragon Quest Monsters 4 ?
Dragon Quest Monsters 4 ne sera sans doute pas une révolution pour la franchise, mais il pourrait bien en être la plus belle version à ce jour. Libéré des contraintes de l’hybride de Nintendo grâce à son développement multiplateforme, le studio Tose s’autorise enfin un peu plus d’audace dans la mise en scène, portée par une direction artistique qui colle parfaitement à la candeur de la licence. Ces 30 premières minutes passées à courir après les monstres nous ont immédiatement rappelé ce qui faisait le charme de la série, mais il faudra apprivoiser la bête un peu plus longtemps pour découvrir si Dragon Quest Monsters Le royaume de Boisflétri aura d’autres arguments à faire valoir qu’une formule longtemps éprouvée, une jolie bouille et le retour de deux héroïnes fétiches. Réponse le 3 décembre sur PS5, Xbox Series, Nintendo Switch 2 et PC.