Si Metro 2039 n'a pas pour ambition de révolutionner la licence, il en a plutôt assumé définitivement toutes les facettes. Le jeu se présente à la fois comme une évolution logique, mais aussi comme un véritable retour aux sources. Metro Exodus a beau être excellent, sa volonté de nous faire découvrir le vaste monde l'a quelque peu éloigné de ce qui rendait la licence unique en son genre. 2039 est là pour remettre les pendules à l'heure. Non, Metro n'est pas Stalker, et encore moins Fallout : la licence est bel et bien unique en son genre et ce nouvel épisode en est le parfait exemple.

Retour dans le Metro, on regarde dans le rétro

Cette première prise en main commençait directement dans une station du métro habitée, à l'ancienne. Notre héros se lance à la poursuite d'un certain Hunter, qui représente une menace bien réelle pour la stabilité de la région et ses survivants. Bien que l'histoire ait semblé déjà lancée et que je n'aie eu strictement aucun repère spatio-temporel, l'immersion m'a happé immédiatement. Dès les premières secondes, on a le goût de la rouille et de la poussière dans la bouche, l'odeur astringente des tunnels surpeuplés, le dernier bastion de l'humanité.

Il y a un vrai souci du détail qui saute aux yeux, que ce soit dans la modélisation des personnages, de leurs habits ou des décors, rien n'est laissé au hasard. On pourrait croire que ces premiers instants étaient faits exprès, comme pour marquer fièrement ce retour aux sources qui rappelle nos premiers pas sur Metro 2033 et sa suite, et c'est certainement le cas, mais la qualité de l'immersion est maintenue durant les trois heures de cette prise en main, au point que les heures défilent sans même s'en rendre compte. Metro 2039 témoigne d'un véritable travail d'orfèvre en termes de conception d'environnement, de level design, de direction artistique et même de narration environnementale. Ça fourmille de détails, tout paraît si naturel et réaliste malgré la nature profondément science-fiction de l'œuvre. On le découvrira bien assez tôt : l'exploration ne vous gratifiera pas seulement d'objets et de fournitures utiles, ce sera aussi l'occasion de découvrir des histoires perdues comme figées dans le temps.

Explo, Metro, dodo

Si les tunnels sont vivants, bruyants et étrangement réconfortants, la surface est glaciale, dangereuse et mortellement silencieuse. La nature a repris ses droits, la végétation attaque les bâtiments en ruines, les carcasses de voitures tapissent les rues et témoignent encore de l'urgence à laquelle ont dû faire face les habitants lors de la catastrophe qui a frappé la ville. Hors des galeries souterraines, il est possible d'explorer en toute liberté, bien que la zone qu'il m'ait été donné de découvrir n'ait pas été bien vaste. Ce n'est pas un reproche, bien au contraire, puisque l'on retrouve justement cet aspect étriqué et claustrophobique que l'on attend d'un jeu Metro, et ce, même à ciel ouvert. Cela permet également de concentrer davantage l'expérience, de la rendre plus intense et d'en maîtriser le rythme, d'autant que ça ne change pas : le gameplay de Metro 2039 est plutôt lourd, bien qu'un poil plus vif que les précédents jeux tout de même. C'est quelque chose qui m'a toujours un peu agacé dans les Metro, cette sensation de lenteur, ce besoin de décortiquer chaque animation, même la plus infime. Ouvrir la carte, le calepin des objectifs ou encore notre sac semble être une épreuve. Le rythme est sacrifié au profit de l'immersion.

Heureusement, ce choix assumé fonctionne à merveille, et même quelqu'un de réticent, comme je peux l'être, se laisse finalement facilement embarquer. On finit par se prendre au jeu. On explore alors lentement et méticuleusement l'environnement, les ruines d'un immeuble d'habitation, d'une boutique de vêtements ou encore une ancienne école. Toujours dans le but de récupérer de précieuses ressources, elles ne courent pas les rues et sont très précieuses, que ce soit pour l'artisanat ou le commerce et le troc. L'œil prend le temps de se poser sur chacun des éléments qui nous entourent, on scrute chaque recoin, puis l'atmosphère nous prend, chaque son nous menace tandis que l'environnement nous écrase, nous étouffe. On n'explore plus, on survit.

Metro 2039 exploration

Hostile la nature

Metro 2039 n'est en rien une promenade de santé, et encore moins à la surface. L'air est toujours vicié, nous obligeant à respirer avec notre masque à gaz et surtout à veiller à toujours avoir de quoi le recharger. Les filtres n'assurent qu'une protection temporaire, ce qui fait que chaque sortie à la surface est une course contre la montre. Une pression supplémentaire qui vient s'ajouter aux dangers invisibles, comme les radiations mortelles qui peuvent nous griller sur place pour peu que l'on ne soit pas attentif au compteur Geiger de notre montre. Une nature hostile qui est devenue le terrain de chasse de monstruosités plus dangereuses encore que l'environnement : des mutants troglobies qui nous rappelleront Je suis une légende ou encore des créatures géantes à en faire pâlir les Fangeux et autres Écorcheurs de Fallout… Difficile de dire si le bestiaire sera varié ; toujours est-il qu'il est déjà redoutable. Les ennemis sont souvent en groupe et n'hésitent pas à être stratégiques. Oui, l'IA des monstres m'a agréablement surpris. Ils se sont montrés malins en m'encerclant à plusieurs reprises ou en se dispersant pour me déborder. Idem pour les mutants, qui peuvent surprendre par leurs mouvements d'esquive notamment. Les affrontements n'en sont que plus haletants et renforcent là encore ce sentiment de survie et d'impuissance.

Les adversaires humains sont eux aussi assez malins pour se mettre à couvert et contourner nos positions pour nous déborder, comme ils réagissent de manière plutôt naturelle lorsqu'on décide d'opter pour la discrétion : ils vont examiner les environs lorsqu'un de leurs camarades manque à l'appel, s'alarment si l'on tue l'un d'eux en pleine conversation, etc. Il faudra en voir davantage pour savoir si ce n'était ici qu'un coup de chance ou si le jeu tient sa promesse tout du long, mais c'était déjà très encourageant.

Plusieurs approches possibles, mais on choisira souvent la même

Metro 2039 propose presque toujours une approche furtive, et c'est même souvent recommandé à demi-mot par le manque de ressources et le level design qui nous ouvre de nombreux chemins pour atteindre notre destination. Pour l'heure, rien de nouveau sous le soleil de ce côté-là toutefois : ça reste très classique. On a quelques armes silencieuses, de quoi tuer les gardes sans bruit, et il faut veiller à être discret en jouant avec les ombres, mais c'est à peu de choses près tout. Paradoxalement, si le jeu nous pousse à la discrétion et à l'économie des ressources, c'est pourtant le gameplay frontal qui est le plus fourni, en tout cas durant la section du jeu de cette prise en main.

On peut chouchouter nos armes et les rendre plus performantes en passant à un établi de fabrication. Il faudra d'ailleurs veiller à les astiquer comme il faut pour qu'elles conservent toute leur puissance, et on pourra même jongler entre différentes munitions suivant les armes équipées. La majorité des ressources récoltées passeront dans l'amélioration de l'équipement, des armes jusqu'à la tenue et au masque à gaz. Un bref aperçu des améliorations disponibles laisse à penser qu'il y aura bien une montée en puissance, sans pour autant que celle-ci ne nous transforme en véritable machine à tuer. Metro 2039 devra de toute façon trouver le bon équilibre pour maintenir cette tension et son atmosphère si particulière. Mais connaissant le travail du studio, on ne s'en fait pas trop à vrai dire.

Metro 2039 promet une immersion incroyable, un vrai retour en force

En près de trois petites heures en sa compagnie, Metro 2039 s'est révélé être une vraie réussite. L'immersion est totale et surtout immédiate, ce qui est assez rare pour une session qui nous jette dans l'action sans que l'on ait de réel repère. Autant dire que le travail est de très haute volée. Oui, son gameplay est toujours aussi pataud, pour ne pas dire lent, mais même les plus réfractaires pourraient être séduits cette fois. Le jeu semble avoir trouvé la recette parfaite en mélangeant de l'exploration, avec une certaine liberté d'approche, et des séquences claustrophobiques où l'ambiance prend aux tripes. Une fois de plus, le studio impose son style très marqué et c'est payant ; reste désormais à voir si Metro 2039 arrive à tenir ce même niveau de qualité tout du long. Et si tel est le cas, on pourrait bien là tenir l'un des meilleurs jeux de 2027, à n'en pas douter.