Cette année, la saga Resident Evil célèbre son trentième anniversaire. Et cela a beau n’être qu’un heureux hasard selon Capcom, le fait est que nous avons eu droit pour l’occasion à une aventure inédite, Resident Evil Requiem, qui se veut être pour les fans un nouveau pas vers l’avenir de la franchise, tout en étant un savoureux voyage vers le passé. Un voyage qui nous a ramené, pour la première fois depuis les événements de Resident Evil 3, dans les rues dévastées de notre très chère Raccoon City. Et cela fut assurément une réussite pour le studio. Non seulement cela lui a permis d’enregistrer le meilleur démarrage de l’histoire de la série, mais en plus cela lui a permis de connaître son plus beau succès critique depuis l’inégalable Resident Evil 4.

Il faut dire aussi que comme beaucoup ont pu le souligner, Resident Evil Requiem s’impose comme une brillante synthèse de ce que la franchise a pu faire de mieux. Entre le gameplay de Grace Ashcroft, directement hérité des mécaniques survival-horror du remake de Resident Evil 2 ; et le gameplay de Leon S. Kennedy, qui embrasse à merveille le tournant action de Resident Evil 4 avec une petite touche de spectacle hollywoodien à la Resident Evil 6, ce nouvel opus réunit incontestablement le meilleur des deux mondes pour les fans. Pourtant, alors que Resident Evil Village vient tout juste de fêter son cinquième anniversaire, une question me trotte dans la tête : et si c’était lui, en réalité, le véritable témoin de l’héritage de la licence ?

*Attention, cet article contient des spoilers sur Resident Evil Village et Requiem*

Resident Evil Village ou le menu Maxi Best Of de la saga

Car là où Resident Evil Requiem se contente de reprendre ce qui a réussi le mieux à la franchise, Resident Evil Village, de son côté, s’avère être un jeu qui n’a pas peur d’en assumer tous les pans. Même les plus mal aimés par le public. Et cela, il suffit de se tourner vers la structure même de l’aventure pour s’en rendre compte. Bien sûr, dans sa globalité, ce huitième opus nous apparaît surtout comme une continuité directe au soft-reboot opéré avec Resident Evil 7: Biohazard, à laquelle vient se greffer une approche à la Resident Evil 4 via le village central faisant office de point de chute régulier. Sans oublier, non plus, le retour de mécaniques de gameplay comme la mallette en guise d’inventaire, ou le marchand en guise de vendeur.

Resident Evil Village
© Capcom

Mais pour comprendre là où je veux en venir, c’est surtout vers les différents segments majeurs de l’aventure qu’il faut se tourner. Car chacun d’eux, à sa manière, nous amène alors à revivre l’un des vestiges du passé de la saga. Commençons par le premier, et surtout le plus évident : le château Dimitrescu. Largement mis en avant dans la communication de Capcom à l’époque, il est évidemment une référence directe aux deux premiers volets de Resident Evil, dont il reprend la structure avec cette immense bâtisse à découvrir pièce après pièce. Exploration et énigmes sont alors au centre de cette séquence, qui fait passer les combats au second plan, comme pour mieux insister sur le côté survie qui se dégage à cet instant du jeu.

Quant à la présence de Lady Dimitrescu, elle fait de son côté écho à des ennemis majeurs comme Mr X et Nemesis par son côté imprévisible, même si cela peut aussi renvoyer à la façon dont Jack Baker nous poursuit dans Resident Evil 7. Un jeu qui, au-delà de donner son enrobage général à Resident Evil Village, se retrouve également au cœur de l’une des séquences les plus terrifiantes de l’histoire de la franchise : la maison Beneviento. Ici plus que jamais, c’est l’ambiance qui est à l’honneur, avec une dimension « escape game » poussée à son paroxysme. Pas de combat, pas d’action, juste des énigmes et l’obligation de prendre ses jambes à son cou pour éviter de finir dans l’estomac d’un fœtus géant. Brillant.

Resident Evil Village
© Capcom

Arrivent ensuite le Lac de Moreau et la Forteresse, qui ne sont pas sans nous rappeler Resident Evil 4. Plus orientés action, ces segments commencent peu à peu à lâcher les chevaux avec un rythme beaucoup plus dynamique, qui privilégie le spectacle à l’ambiance. C’est comme si, d’une certaine manière, Resident Evil Village nous ramenait tout droit au cœur du lac où se trouve Del Lago, avant de nous conduire au sein du château de Salazar peuplé de ses innombrables fanatiques. Jusqu’à ce que Capcom pousse enfin tous les curseurs à fond avec l’usine d’Heisenberg qui, par son action décomplexée, son ambiance plus industrielle et sa grandiloquence assumée, rend hommage à sa manière à Resident Evil 5 et 6.

Et le véritable tour de force dans cela ? Il en ressort alors une aventure ultra complète en termes d’expérience de jeu, qui permet au studio de renouveler son gameplay séquence après séquence pour garder une parfaite maîtrise de son rythme du début à la fin. Un exploit dont très peu d’épisodes peuvent se targuer jusqu’à présent. Car aussi exceptionnels soient-ils, la plupart des opus ont cette fâcheuse tendance à vaciller un peu dans leur seconde moitié. Bien sûr, j’ai conscience que certains n’auront aucun mal à appliquer cette critique à Resident Evil Village passée la maison Beneviento. Mais pour ma part, j’ai cette fois-ci réussi à échapper à ce sentiment, même si je reconnais que la première moitié reste incontestablement la meilleure.

RE Village
© Capcom

La nostalgie, sans le fan service

La force de Resident Evil Village, toutefois, ne repose pas seulement sur la structure de son gameplay. Après un Resident Evil 7 ayant marqué une rupture beaucoup trop brutale avec le reste de la franchise sur le plan narratif, ce huitième opus vient intelligemment recoller les morceaux, sans pour autant chercher à tomber dans le fan service. Ce qui peut paraître paradoxal après avoir passé plusieurs paragraphes à vous prouver que cet opus n’était qu’une combinaison de tout l’héritage accumulé par la série depuis ses débuts. Mais il y a une subtilité : le fait qu’en dehors de la présence – relativement mineure – de Chris Redfield, et les références à Ozwell E. Spencer à la fin, tout ce que propose Resident Evil Village reste tout à fait original.

Ou en tout cas, en lien avec le nouvel arc introduit par le septième opus. Et c’est peut-être en cela, aussi, qu’il m’apparaît légèrement supérieur à Resident Evil Requiem dans son traitement de la nostalgie. Car là où ce dernier se contente de nous ramener Raccoon City et son emblématique commissariat, quitte à jouer par moments trop lourdement la carte du fan service avec des séquences comme celles du Mr X-like ou de l’orphelinat ; Resident Evil Village, lui, prend davantage de risques en tentant de construire quelque chose de nouveau à partir des matériaux originaux. Et surtout, il vient conclure avec honneur et panache ce que je considère pourtant être l’un des pires arcs narratifs de la série.

Resident Evil Village
© Capcom

Oui, je n’ai pas peur de le dire : je fais partie de ces joueurs qui ont beaucoup de mal avec Resident Evil 7 pour de nombreuses raisons. Et l’introduction d’Ethan Winters en tant que protagoniste est loin d’être la dernière. Non pas que l’arrivée d’un nouveau venu soit un problème, en témoigne par exemple toute l’affection que je possède déjà pour Grace. Mais à mes yeux, Ethan reste sans aucun doute l’un des personnages les plus inintéressants qu’il m’ait été donné de voir dans un jeu. Ce qu’il y a de bien, en revanche, c’est qu’il a permis à Capcom de faire une chose qu’il n’a pas osé faire dans Resident Evil Requiem : tuer l’un de ses protagonistes. Et d’une belle façon, qui plus est, ce qui rend la conclusion de Resident Evil Village d’autant plus mémorable.

Alors oui, j’en conviens : il est beaucoup plus facile pour le studio de tuer un Ethan qu’un Leon, qui s’est progressivement imposé comme le visage le plus populaire de la saga avec le temps. Et dans le fond, le fait qu’il soit toujours en vie à la fin de Resident Evil Requiem ne me pose pas foncièrement de problème. Mais en même temps, il est vrai que j’aurais malgré tout aimé quelque chose de plus percutant sur le plan narratif pour le retour du personnage à Raccoon City après toutes ces années. Car si le poids des événements sur lui nous est clairement montré, le fait est qu’on peine finalement à le ressentir. Ce qui explique pourquoi Resident Evil Village, malgré mon aversion pour Ethan, m’a laissé une impression plus marquante à l’arrivée.

RE Village
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L’héritage de Capcom

Et c’est précisément pour cette raison, ainsi que pour toutes les autres évoquées, que je considère personnellement ce jeu comme un meilleur épisode que Resident Evil Requiem. J’ai pourtant adoré ce dernier qui, au risque de me répéter, constitue une brillante synthèse de ce que la licence a proposé de mieux depuis 2019. Mais cinq ans plus tard, force est de constater que l’approche adoptée pour Resident Evil Village a laissé une marque bien plus indélébile en moi. Sans doute parce qu’en y jouant, il a su faire vibrer ma corde nostalgique d’une manière aussi intense qu’inattendue, en me rappelant tout ce qui m’a fait tomber sous le charme de cette fabuleuse franchise il y a maintenant deux décennies.