Crito's Bizarre Adventures

Crito's Bizarre Adventures

Par Critobulle Blog créé le 15/07/11 Mis à jour le 03/10/17 à 00h10

Les portes de l'epicness se sont ouvertes ! Toi qui pénètre sur ce blog, abandonne toute logique.

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Catégorie : Feuilleton

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Feuilleton (BD-Manga-Comics)

Résumé des épisodes précédents : En combattant Sire Ragondin, Mr Ragondin a été envoyé dans le temps. Le monde est depuis son absence en proie à une crise alors que la guerre menace d'éclater entre les humains et les ragondins. Seule Mme Ragondin, le Ragondin de la Légende peut ramener Mr R parmi nous, mais encore faut-il savoir où et quand le chercher...

 

Go Mme Ragondin !!!

 Avé Salade César !  

   

 

Mais Mr Ragondin, vous vous êtes pris pour Russel Crowe ou quoi ? Mr Ragondin va-t-il réussir à quitter Rome (et vu la chronologie, de préférence avant le sac de la ville) ? Survivra-t-il aux jeux du cirque ? Et Mme Ragondin va-t-elle réussir à rattraper les écuninjas et récupérer la Casquette ? Vous le saurez dans le prochain épisode de Ragondin Rises !

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Feuilleton (BD-Manga-Comics)

 HORRY SHIT

 

Mme Ragondin parviendra-t-elle à se défaire de cet ennemi puissant ? Elle et le professeur Liehd pourront-ils ramener Mr Ragondin ? Quand et où se trouve notre héros ? La prez parviendra-t-elle à éviter une guerre ouverte contre les ragondins ? C'est ce que vous saurez dans le prochain épisode de Ragondin Rises !!!

 

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  Cédric n'en revenait pas. Il l'avait déjà vu plusieurs fois aux infos, lu de nombreuses interviews...et cette fois-ci il était réellement là ! Raijin, le héros qui manipulait la foudre. Il faisait partie des Super-héros les plus en vue. Il était aussi le plus mystérieux. La plupart du temps, il fuyait les médias, se contentant de faire son travail et de disparaître. Et pourtant, aujourd'hui, il était là, leur avait adressé la parole et les avait même félicité, lui et ses partenaires. Comme ses amis, il restait bouche bée devant ce héros à la notoriété immense.

  « Raijin, tu es donc venu une fois de plus te mettre en travers de ma route.

— Ondine, aussi longtemps que tu marcheras sur le chemin du crime, je serai là pour te faire obstacle !

— Ça c'est de la réplique de Super-héros, s'écria un Arcimboldo tout excité.

— Je suis ma route sur un bulldozer. Dresse-toi face à moi et tu finiras écrasé. »

Tout en prononçant ces paroles, Ondine lança les trombes d'eau de la Seine qui volaient derrière elle et les envoya fracasser Raijin. Une décharge apparut et en un clin d'oeil, Raijin s'était déplacé à la vitesse (c'est un peu le cas de le dire) de l'éclair. Il lança du bout de ses doigts des petits arc électriques que la terrifiante Ondine esquiva en quelques mouvements acrobatiques.

  Sous les yeux des Inutiles, une bataille titanesque faisait rage. D'un coté, d'énormes quantités d'eau tentaient d'écraser Raijin, et de l'autre coté, des éclairs jaillissaient. Entre toute cette foudre et toute cette eau, on se serait cru en pleine tempête.

  « On ferait mieux de s'écarter, le pont est complètement trempé, on risque de prendre le jus à tout moment, s'était écriée Lumen.

— La petite a raison. Cuistot annule la transformation de tes mains, là tu es un vrai paratonnerre, ajouta Tear.

— Je vais nous faire apparaître des bottes en caoutchouc ne bougez pas » avait ajouté Textil.

 

  Dans le van, Mike et Pascal attendaient avec anxiété. Ils n'avaient plus aucune nouvelles de leurs amis. Il semblait que l'oreillette de Gaëlle avait été mise à mal. Mike tapotait nerveusement sur le volant.

  « Tu n'as pas à t'inquiéter. Ils sont plutôt bons en vérité. Et si les choses tournent mal...enfin je veux dire, puisque tu as l'air déterminer à l'utiliser...se risqua à dire Pascal après un silence qui lui avait paru interminable.

— Je préfèrerais éviter d'avoir à l'utiliser. J'ai confiance en eux...mais c'est peut-être bien trop dangereux de les laisser affronter un super-criminel.

— Ils y sont allés de leur plein gré. Contre mon avis, contre le tien. Et toi comme moi ne pouvons rien y faire. Je veux dire, je n'ai pas de pouvoirs, et une fois que ces gens auront complété leur entraînement, je ne suis même pas sûr de pouvoir rivaliser avec eux. Michael, tu leur fais confiance depuis le début. C'est peut-être pas le moment de flancher, tu ne crois pas ?

— Je suppose que tu as raison. Mais ça me tue de ne pas savoir ce qu'il se passe là-bas »

Après un petit moment, les regards de Mike et Pascal s'écarquillèrent en même temps, alors qu'il leur sembla que la foudre venait de tomber non loin du pont.

 

  Ondine continuait de commander à l'eau. Et la masse aquatique était obéissante, renversant les fourgons de police qui encadraient les lieux. Les péniches à la peau rouillée, qui reposaient sur le dos du fleuve, se mirent à danser la tectonik sous les coups répétés d'une onde de plus en plus brutale. Ondine semblait s'amuser à tenter d'écraser Raijin qui paraissait être insaisissable. Parfois, c'était une grande vague qu'elle invoquait afin de l'écraser, parfois c'était des gouttes qu'elle lançait à toute vitesse, comme des balles de revolver. Elle se mit ensuite à scruter les déplacements luminiques de son ennemi. Elle le faisait courir, tout en essayant de déterminer quelle était la portée de ses déplacements sous forme d'éclair. Elle voulait le piéger au moment où il reprenait sa forme humaine.

  Elle évalua à peu près la distance que Raijin pouvait parcourir lors de ses déplacements instantanés. Pas plus de deux mètres en général. Satisfaite, elle fit déferler de l'eau sur lui, il esquiva. Au moment où il reprit sa forme, une pluie drue tomba sur lui, manquant de le trouer de part en part. Il esquiva par chance, utilisant une fois de plus sa méthode d'esquive favorite, mais deux mètres plus loin, elle prépara un autre piège, qui prit la forme d'une masse d'eau sphérique flottante dans les airs qui explosa comme une mine d'eau à haute pression dès qu'il repparut. Soufflé, Raijin reprit ses esprits et tenta une esquive. Le regard d'Ondine se dirigea à peu près deux mètres plus loin, et elle se prépara à piéger une dernière fois son adversaire quand une lumière rouge frappa son ½il et la força à baisser ses paupières. Lumen venait de la gêner, offrant à Raijin de précieuses secondes de répit qu'il mit à profit pour se déplacer à nouveau, après un bref sourire de gratitude à Gaëlle, et de lancer une décharge électrique légère à Ondine qui fut projetée vers l'arrière.

  « Ces insectes sont plus une gêne qu'autre chose, persifla la cruelle en se tournant vers Lumen.

— Ce combat est entre toi et moi Ondine, déclara Raijin.

— Vous voulez tous jouer aux super-héros, mais vous ne valez rien, pas plus toi qu'eux ! »

Ondine tendit les doigts et cinq autres masses sphériques apparurent. Elle se rapprochèrent de Lumen, Tear, Textil, Cuistot et Arcimboldo avant d'envelopper leurs têtes, de sorte qu'on eut l'impression qu'il portaient un scaphandre. Un filet d'eau apparut ensuite, reliant les têtes des Inutiles à Ondine.

 

  « Alors, héros, comment vas tu les sauver ? Ils vont se noyer si tu ne réagis pas vite. Si tu fais un pas vers moi, j'augmente la pression de l'eau et je leur broie le crâne. Et si tu me balances une décharge, ils la ressentiront aussi grace à ce lien aquatique. Au final tout ce qu'il te reste à faire, c'est choisir leur mort.»

Raijin les regarda tous, ne sachant que faire. Ondine avait raison, ses options étaient limitées. Il observa les lieux, il vit qu'Ondine s'était adossée, encore choquée par le coup précédent, contre l'une des rambardes du pont aux grillages cadenassés par des hordes de touristes amoureux. Vaincre Ondine, c'était tuer les cinq innocents qui étaient sous sa coupe, attendre, c'était les laisser se noyer. Pous la première fois depuis qu'il avait développé ses pouvoirs, Raijin hésitait...

 

  Arcimboldo avait du mal à respirer et à concentrer son esprit. Il ne parvenait même pas à utiliser ses pouvoirs et il lui semblait que sa conscience s'évaporait. Il était sous l'emprise d'Ondine, et il se demandait si c'était là que tout allait se terminer. Sa vue était troublée, et il luttait de toutes ses forces pour ne pas laisser échapper le peu de souffle qui lui restait dans les poumons. Il ne voyait plus ses amis, qui étaient devenus des ombres inquiétantes, des formes grotesques avec une tête bien ronde. Il ne pouvait plus respirer, il ne pouvait plus crier, il ne pouvait qu'attendre...attendre...

 

  Raijin pesait le pour et le contre. S'il utilisait une décharge légère peut-être...mais cela restait dangereux. L'un des Inutiles était peut-être cardiaque, et puis l'eau n'allait elle pas empirer les choses ? Il vit les visages masqués déformés par la détresse, en train de cracher de précieuses bulles d'air. L'espace d'un instant, il se demanda s'il n'était pas mieux d'abréger leurs souffrances...pourtant il se refusait à les laisser mourir. Il regarda le visage d'Ondine, elle arborait un sourire malsain. « Alors ? J'attends d'avoir le coup de foudre à nouveau mon chéri ! » Elle se repaissait de la détresse de Raijin. Soudain, son sourire s'effaça brièvement. Elle renifla, son petit nez gigota, puis elle poussa un petit éternuement. C'est alors que tout se joua. Ce petit moment de déconcentration la vit perdre l'emprise qu'elle avait sur les scaphandres d'eau, libérant les Inutiles qui, tombant à genoux, inspiraient l'air, certes un peu pollué, parisien à grande bouffées.

  Raijin ne perdit pas de temps. Tendant sa main, il envoya une décharge énorme sur Ondine, qui, accolée au grillage, lui-même constellé de cadenas, devint une mini centrale électrique. Ondine poussa un terrible hurlement alors qu'elle était électrisée. Le choc la propulsa ensuite dans la Seine, dans laquelle son corps disparut de la vue de chacun.

 

  Victorieux, Raijin poussa un soupir de soulagement en regardant au-dessus de la rambarde. Les Inutiles vinrent le rejoindre, cherchant toute trace d'Ondine, sans succès.

  « Elle est morte ? demanda finalement Cuistot.

— Peu de chances. Je l'ai déjà affrontée et elle a connu pire.

— Ceci dit, elle a disparu, observa Tear.

— L'eau c'est son élément. Elle s'est enfuie et va probablement panser ses blessures avant de revenir. Vous avez eu de la chance les gars.

— Oui c'est une chance que vous ayez pu trouver un faille Raijin, sourit Arcimboldo.

— C'est uniquement parce qu'elle a éternué que j'ai pu l'attaquer. Sans ça, je ne sais pas ce qu'il serait advenu de vous.

— Elle...elle a éternué ? Claire se mit à regarder partout autour d'elle, sans rien voir de familier.

— Je vais devoir y aller, je n'aime pas trop palabrer avec les journalistes. Et je vous conseille d'en faire autant. Y a rien de pire pour les héros. Ils ont tendance à les pourrir. Vous avez fait du bon boulot en tout cas. C'était dangereux, mais très courageux de vous être interposé. J'espère vous revoir un de ces quatres. D'ici là, restez loin de la foudre...Kuwabara kuwabara... » sur ces mots, il disparut en un éclair, laissant là les apprentis héros, encore hagards après leur combat.

 

  Raijin s'était éloigné de quelques rues à peine quand il s'arrêta brusquement. Une ombre se tenait devant lui, une silhouette qu'il ne connaissait que trop bien.

  « Tu n'es pas venu filer un coup de de pouce Kratos ?

— Non, j'observais juste, répondit le super-héros dans sa tenue iconique.

— Ils auraient pu mourir là-bas.

— Ce n'est hélas pas arrivé. Je ne comprends pas pourquoi tu les as aidé, Pikachu. Tu veux quoi, qu'ils nous tournent en ridicule ? T'as vu les pouvoirs de ces bouffons ? Se transformer en salade de fruits, ou en cuisine équipée...une vraie insulte pour nous autres...

— Je pensais que l'insulte pour nous autres étaient ceux qui peuvent, mais ne font rien. Ces gens, je les trouve admirables, pas comme... »

Raijin n'eut pas le temps de finir sa phrase, car Kratos lui avait donné un coup de poing titanesque sur le ventre. Puis, l'attrapant brutalement par le cou, il le fit voler jusqu'à le plaquer contre un mur qui s'effrita sous la violence du choc. Raijin cracha un peu de sang.

  « Pas comme qui ? Moi ? Tu ne me trouves pas admirable, Pikachu ?

— Tu...me fais mal...

— On est un certain nombre à les trouver agaçants ces minables-là. Y a quelques super-héros qui n'aiment pas qu'on marche sur leurs plates-bandes. Alors écoute moi bien espèce de putain de Japfag dégénéré : on t'aime pas beaucoup à la base, mais si en plus tu aides ces mecs, tu pourrais bien avoir de lourds problèmes. Tu piges ?

— Oui...

— Oui qui ?

— Oui Kratos.

— Monsieur Kratos pour toi tête de n½ud ! » gronda le super héros avant de coller une énorme baffe à Raijin qui l'envoya voler vers des poubelles. Kratos s'épousseta et calmement, il prit son envol, prêt à suivre son emploi du temps chargé, qui comprenait dans l'ordre la signature du contrat Coca Cola Zero, la rencontre avec les enfants malades de l'hôpital Necker (ca le faisait profondémment chier, mais bon), un passage à la télé pour une émission en direct, un gala de charité où il devait faire acte de présence et enfin un peu de repos auprès des quatre call-girls qu'il avait engagées pour la fin de la soirée.

 

  Lionel Devreaux sortait de sa douche. À la télé on arrêtait pas de parler de l'attaque d'Ondine. Il appela un de ses hommes de main afin qu'il aille lui chercher ses habits, mais personne ne répondait. Il pesta un moment, allant dans sa chambre. Son garde du corps était endormi. Il lui donna des giffles pour le réveiller, mais son homme de main ne faisait que grogner. Pestant contre la fainéantise de son employé, il passa une chemise sur son dos, et enfila un pantalon très classe, dont le prix était l'équivalent du PIB de la Moldavie. Il se dirigea vers le living-room pour trouver trois hommes à lui, endormis eux aussi devant la télé. Après les avoir garnis d'insultes et soupiré de lassitude, il se dirigea vers la grande baie vitrée qui était ouverte sur la ville-lumière qui portait bien son nom à cette heure de la nuit. D'un geste nonchalant, il la ferma, mais il sursauta quand il vit une silhouette gracile qui se tenait derrière lui, dans le reflet de la vitre. Et alors, il comprit ce qu'il se passait. Il n'avait pas besoin de voir le visage de la silhouette baignée dans l'obscurité pour comprendre de qui il s'agissait.

  « Nyx, je pensais vous avoir dit de ne jamais venir ici.

— Lionel, je pensais vous avoir dit de ne jamais essayer de m'entuber, répondit-elle d'une voix de velours, alors qu'elle remettait son gant droit.

— Je ne vois pas de quoi vous voulez parler, répondit calmement, bien que son visage commença à pâlir, Devreaux.

— Vous êtes un mauvais payeur, et je n'aime pas ça. Vous êtes en retard sur mon paiement, le regard lumineux de Nyx était si froid qu'on en ressentait la morsure.

— Je...j'ai eu des contretemps...bien entendu vous serez payée comme il se doit, la voix de Devreaux chevrotait à présent.

— Main droite et tu dors...susurra Nyx en retirant son gant gauche et en rapprochant ses doigts de Devreaux qui, tremblant comme une feuille, s'était plaqué contre le mur.

— S'il vous plaît...s'il vous plaît Nyx...

— Main gauche et tu es...l'index gauche de Nyx se rapprochait de plus en plus de Devreaux.

— J'ajoute 50% de la somme en plus de ce que je vous dois et je vous la reverse dès demain, une enveloppe dans la boîte postale que vous m'avez indiqué ! Il avait crié ces mots d'une traite, sans même prendre le temps de respirer, n'osant même pas regarder le doigt de la mort pointé sur lui.

— Vous ne voulez pas me voir débarquer ici de nouveau demain soir. » répondit Nyx, en déposant un petit baiser moqueur sur la joue grasse de Devreaux. Elle se retourna, enfila son gant gauche et sortit par la porte. Devreaux, dont les jambes tremblaient avec force s'affala au sol, et, îvre de peur, se mit à sangloter comme un enfant.

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   Gaëlle, comme tous les matins depuis maintenant deux mois était sortie de chez elle, afin de courir deux bonnes heures. Ensuite, comme d'habitude, elle s'arrêtait au parc afin de faire des étirements, puis des pompes...venait ensuite sa journée de travail, et enfin, ce qu'elle attendait avec une réelle impatience, le moment où elle retrouvait les autres chez Mike. Le lieu d'entraînement de Lumen, son alter-ego. Tous les autres semblaient prendre très au sérieux l'entraînement de Pascal. Il faut dire aussi que le bougre était très autoritaire, limite flippant. Gaëlle se souvint des premières semaines, avec la douleur qui parcourait la moindre parcelle de son corps. Puis un jour, elle se rendit compte que son endurance avait atteint un nouveau niveau, elle devenait plus forte. Et c'était aussi le cas des autres. Pascal les faisait parfois s'affronter. Et si au début, on avait plus l'impression de voir un bêtisier de Video Gag (ou une chorégraphie de Kamel Ouali), avec le temps, ça devenait autre chose. Les échanges de coups se faisaient plus vifs, les parades plus instinctives. Ils en avaient pris des coups. Le pire était le sparring contre Pascal. Il leur avait même autorisé à utiliser leurs pouvoirs, mais il paraissait imprenable.

  Quand Gaëlle arriva, elle s'excusa pour le retard. Dans le living-room spacieux de Mike, transformé en ring de fortune, s'affrontaient Cuistot et Arcimboldo. Lumen prit place aux cotés de Tear et observa le combat. Arcimboldo avait fait pousser deux énormes pastèques contre ses poings et les lança à Cuistot, qui, avec rapidité, changea ses mains en deux gros couteaux de boucher. Il coupa les pastèques au vol qui s'écrasèrent au sol, derrière lui. Il transforma ses deux mains ensuite en deux set de couteaux, et les utilisant comme des griffes, il s'élança vers Arcimboldo. Il allait lui porter un coup, mais Arcimboldo fit pousser une noix de coco sur le point d'impact. CLAC ! Les cinq lames de la main droite de Cuistot se brisèrent et se répandirent au sol. Mike poussa un hurlement et Pascal interrompit le combat.

  « Ah mes doigts ! Merde mes doigts, hurla Medhi en panique, tout en fixant ses lames répandues sur le sol sans oser porter le regard sur sa main dont sortaient cinq manches de couteaux avec des moignons de lames.

— Oh bon sang, Medhi je suis désolé, Cédric était pâle, transpirant et paniqué.

— Tu as mal ? Claire était très agitée.

— Bordel tu as perdu tes doigts ?

— Putain je sais pas, c'est la première fois que ça m'arrive Gilles, lui répondit Cuistot dans un sanglot. Oh merde, qu'est ce que je vais faire si j'ai perdu ma main...

— Arrête de chialer ! On ne sait pas si tu as perdu ta main, gronda Pascal.

— Fous moi la paix Pascal ! Tu vois ces lames par terre ? Ce sont mes putains de doigts !

— Restes calme Medhi, déclara finalement Mike. Cuistot, rends à ta main sa forme originelle.

— Non putain, je ne veux pas voir ça...chouinait Medhi.

— Fais ce que je te dis. »

  La mort dans l'âme, Medhi décida d'annuler sa transformation. Regarder sa main semblait lui faire un mal de chien. Celle-ci tremblait. Sous les yeux de tout le monde, les manches des couteaux reprirent une couleur chair, comme de petits doigts de f½tus. Mais à la surprise générale, ceux-ci s'allongèrent et reprirent une taille adulte. Là où il y avait des couteaux aux lames brisées, il y avait de nouveau une main entière. Après un silence qui traduisait l'étonnement qui se lisait dans tous les regards écarquillés, Pascal et Cédric poussèrent un long soupir de soulagement.

  « Mike...tu pourrais m'expliquer ? demanda Cuistot tout en faisant bouger ses doigts.

— J'aurais bien du mal. Concernant ces pouvoirs, on est dans le flou. Mais si je pouvais tenter une hypothèse, je dirais que ton pouvoir n'est pas celui que tu crois. Je ne sais pas pourquoi tu peux transformer tes doigts en ustensiles de cuisine, mais ce que je crois, c'est que ton pouvoir consiste surtout à régénérer tes membres.

— Un pouvoir régénérateur ? C'est extrêmement rare, observa Pascal.

— Tu te bases sur quoi pour cette hypothèse ? demanda Gilles.

— Comme je vous l'ai dit, je n'en suis pas sûr. Mais voici comment je vois les choses : quand Cuistot transforme ses mains, ou ses doigts, ou ses bras, en fait, il détruit ces parties de son corps, et les reconstruit sous la forme d'ustensiles de cuisine. Puis, une fois qu'il n'en a plus l'utilité, il les détruit pour reconstruire ses membres originels.

— Un pouvoir avec lequel il modèle son ADN, en somme. Et bien mon gars, tu en as de la chance. Mais ne vas pas te croire tout puissant en allant te couper les membres. On n'est sûr de rien, ajouta Pascal.

— De la chance ? Medhi tremblait maintenant d'excitation.

— Vous avez des pouvoirs extraordinaires les amis. Je sais que je vous le dis toujours, mais c'est parce que je le pense vraiment. Ce ne sont pas vos pouvoirs qui importent, mais la façon dont vous les utilisez. Vous vous souvenez de la fois ou Greg a vaincu le type avec son arme ? Il l'a fait éternuer afin de ramener son visage sur son poing pour lui donner un coup très puissant sans le moindre effort.

— Vous avez tous travaillé très dur, vous devez avoir senti que vous êtes devenus tous très forts. Ne relâchez pas votre entraînement, mais à présent on va ajouter une touche de difficulté en plus. Vous allez devoir apprendre à utiliser vos pouvoirs, ce qui veut dire apprendre à les connaître. Je ne peux pas vous guider là-dessus. C'est à vous de voir ce que vous pouvez faire. Arcimboldo a déjà instinctivement compris le truc. Mais vous devez apprendre à utiliser vos capacités au maximum, pour faire mal, mais aussi pour vous protéger. Vous devez apprendre quelles sont vos limites...en bref, préparez vous à suer. » Gronda Pascal. Ses mots étaient accueillis par chacun avec un mélange de lassitude, d'appréhension, mais aussi d'enthousiasme. Les Inutiles aimaient décidément bien jouer aux héros.

 

  Fiona Lerner était connue sous son pseudo de Cassandre, nom de super-héroïne qu'elle s'était choisie en raison de son pouvoir. Elle pouvait prévoir les énormes catastrophes. Elle travaillait souvent avec Interpol ou les organisations de prévention des catastrophes naturelles. Mais ses clients les plus réguliers étaient les Super-héros, à qui elle vendait ses oracles à prix d'or. Ceux-ci pouvaient alors être les premiers à arriver sur les lieux et devenir des stars. Fiona était une très jolie fille, approchant de la trentaine, avec une jolie bouille, des cheveux blonds et raides qui retombaient sur ses épaules. Elle avait toujours un teint légèrement bronzé et des yeux bruns luisants. Sa tenue de Cassandre, développée par un grand couturier était une réinterprétation des toges de la Grèce Antique qui soulignait ses formes rebondies, et elle n'avait aucun problème à exhiber son joli visage.

Si Cassandre vendait ses prédictions à tous les super-héros, il y en avait un qui bénéficiait d'un traitement de faveur. Kratos savait que comme probablement 98% des femmes du globe, Fiona n'était pas insensible à ses charmes. Aussi avait-il trouvé un moyen d'avoir la primeur des oracles, et le tout en ne déboursant pas un sou. Il lui suffisait juste de « donner de sa personne ». Et cela ne le gênait pas outre-mesure, Cassandre étant une jeune femme extrêmement séduisante. Il appelait ces transactions ses « oracles sur l'oreiller ».

  « Mon dieu Kratos, c'était...merveilleux...souffla-t-elle tout en recrachant des volutes de la fumée de cigarette qu'elle venait d'inhaler.

— Bien sûr que ça l'était. T'es avec le meilleur...répondit Joël en embrassant l'épaule nue de Fiona.

— Je présume que tu as bien mérité quelques infos croustillantes...

— Des infos croustillantes venant d'une fille aussi craquante, j'en ai de la chance. »

Les yeux de Cassandre se révulsèrent, et devinrent blanc. Sa tête se projeta en arrière et elle fut prise de spasmes, convulsant gracieusement. Joël se disait qu'elle était toujours flippante quand ça lui arrivait. Finalement, elle revint à elle.

  « Dans trois jours, un Super-criminel va attaquer Paris, avec de l'eau.

— Très bien, ensuite ?

— Une météorite qui va s'écraser dans l'Atlantique et qui va submerger les côtes d'Amérique du Sud dans deux semaines.

— Je prends. Autre chose ?

— Dur à dire. Tout ce que j'ai vu, c'est plein de gens morts sans la moindre raison. Mais ce n'est pas pour tout de suite.

— Ah ouais quand même...c'est quoi, une maladie ?

— Je ne sais pas. C'était très flippant, ces gens n'avaient aucune trace de blessure ou quoi que ce soit...et ils étaient si nombreux ! C'était juste comme si ils avaient juste arrêté de vivre sans la moindre raison...

— Bon je pense m'occuper de ce super-criminel aquatique.

— J'ai déjà vendu l'info pour tout te dire.

— Quoi ? Mais et notre arrangement ?

— Ne sois pas si gourmand bébé, répondit Fiona en embrassant le torse puissant de Kratos. C'est ce mec là avec son nom de chinetoque qui me l'a acheté, et il avait l'air d'y tenir, à affronter CE super criminel là.

— Oh tu parles de Pikachu ?

— Oh t'es méchant ! Arrêtes de l'appeler comme ça... » répondit en riant Cassandre.

 

  Cela n'avait pas échoué. Trois jours plus tard, une alarme s'était faite entendre chez Mike. La radio de la police indiquait un acte terroriste pas loin du Pont des Arts. Ni une ni deux, il appela chacun des membres du groupe, ainsi que Pascal, puis il grimpa sur son van rutilant. Ils avaient désigné un point de ralliement où il passerait les récupérer. Habillés en civils, ils étaient transformés en leurs alter-ego grâce aux capacités de Textil. Pascal les avait aussi rejoint, afin de leur prodiguer des conseils. Il demanda à Mike ce qu'il se passait.

  « J'ai pas les détails, mais visiblement, on a affaire à des terroristes sur le pont des Arts.

— Des terroristes sur le Pont des Arts ? Ils veulent quoi ? Militer pour continuer à foutre des cadenas de l'amour dessus ?

— Peut-être bien ouais...ricana Mike tout en conduisant.

— Mike, tu as bien parlé de terroristes, hein ? Pas de Super-terroristes ? Je ne suis pas sûr qu'ils soient prêts à affronter un gars avec des super-pouvoirs...

— Nous verrons bien. Dans le pire des cas, je suis là, souffla Mike.

— Tu vas vraiment faire « ça » si ça tourne mal ? »

Mike ne lui répondit pas. Il s'arrêta non loin du pont et ayant donné une oreillette à Lumen qui faisait office de coordinatrice du groupe, il leur souhaita bonne chance.

 

  Les Inutiles arrivèrent au niveau du pont et furent surpris de voir que partout autour d'eux, les voitures étaient renversées, et le sol mouillé. Les vitres avaient été fracassées et deux immeubles éventrés. Les voitures et les fourgons de police avaient subi aussi de lourds dégâts. Certains véhicules étaient même en train de flotter péniblement sur la Seine, emportés par les flots.

  « Qu'est ce que c'est que ce foutoir ? Textil en restait bouche bée.

— Bon sang...je crois qu'on a un super-criminel sur les bras, souffla Lumen.

— Tu crois ? Dans ce cas, faites demi-tour ! Pascal pense que vous n'êtes pas prêts, bourdonna la voix de Michael.

— Je t'ai entendu Mike. J'ai bien envie de me frotter à un Super-Vilain pour voir, déclara Tear, ce qui surprit tout le monde.

— Gilles, arrêtes de faire le con, c'est sérieux là ! La voix de Pascal cingla comme un coup de fouet et fit hésiter le groupe qui redoutait de le mettre en rogne.

— J'ai bien envie aussi de voir ce que ça fait d'affronter un type avec du répondant, s'exclama Textil en se frappant la paume de la main droite de son poing gauche.

— Mike, Pascal, ils sont devenus fous. Mais je ne vais pas les abandonner » trancha Lumen.

 

  Sur le pont, entourée de quelques policiers tremblants, se tenait une fine silhouette. C'était celle d'une jeune femme. Elle était fluette, mais devait bien avoir dépassé les vingt-cinq ans, pour ce qu'on pouvait en juger. Ses cheveux étaient courts mais volumineux et teints en bleu. Elle portait aussi un masque azur. Assise tranquillement, elle tendait la main vers un policier dont la tête était enveloppée dans une bulle d'eau. De l'écume sortait de sa bouche alors qu'il lâchait son arme.

  Elle se faisait appeler Ondine. C'était une jeune femme au passé assez trouble. Delphine Perrel avait découvert ses pouvoirs à l'école primaire, à la piscine. Elle pouvait contrôler l'eau qui l'environnait. Elle avait noyé inconsciemment tous ses camarades de classe en provoquant un terrible Tsunami. Bien sûr le choc fut brutal pour une fille si petite. Plus tard, elle apprit qu'elle pouvait interagir avec l'eau présente partout autour d'elle, et elle fit des expériences...très dangereuses. Elle avait prit à l'adolescence un goût malsain pour le meurtre. Ses parents la firent interner, elle s'évada et les défigura en leur projetant au visage par la pensée l'eau des pâtes qui bouillait. Elle découvrit plus tard que ses pouvoirs grandissaient avec elle, au point qu'elle pouvait aussi liquéfier son corps. Elle avait bien essayé d'adopter une vie paisible, voulut même tenter d'avoir une vie de couple, mais son instinct de mort revenait souvent la hanter.

 

  Elle restait là, paisiblement à noyer ce policier, et l'observait alors que les bulles d'air se raréfiaient. Soudain, un truc heurta sa tête, la déconcentrant, et relâchant son étreinte sur le policier. Elle regarda au sol. On lui avait lancé une pomme à la tête. Elle tourna ensuite le regard dans la direction du lancer. Cinq personnes habillées en clowns se tenaient là. Elle leva la main vers eux, mais sa vue se brouilla. Des larmes venaient d'envahir ses yeux.

  « OK ! Les flics, dégagez on se charge de cette fillette, hurla Tear.

— Je vais la gêner ! Cuistot et Arcimboldo, au contact ! Textil tu l'immobilises dès que tu peux » s'écria Lumen.

Ondine voulut voir ce qu'il se passait, mais une lumière rouge frappait son regard, la forçant à garder les paupières baissées. C'était le regard laser de Lumen qui l'empêchait d'ouvrir les yeux. Elle entendit des pas rapides se rapprocher, et instinctivement, elle fit un pas en arrière. Elle se risqua à ouvrir un ½il. Elle vit l'éclat rouge dans les yeux de Lumen et comprit aussitôt qu'elle devait à tout prix éviter tout contact visuel avec elle.

 Arcimboldo et Cuistot s'étaient suffisamment approchés et ils allaient attaquer simultanément, dans un assaut en pince. Les poings d'Arcimboldo virent fleurir des Ananas, les doigts de Cuistot se transformèrent en couteaux aiguisés. Elle parvint à éviter les coups, avec aisance. Après son enchaînement, Arcimboldo fit pousser une banane sur son bras, et la lança à Cuistot qui la coupa en deux au vol et lança les deux moitiés sous chaque pied d'Ondine. Elle glissa et tomba en arrière. Une fois qu'elle fut au sol, Arcimboldo fit pousser deux pastèques énormes sous les paumes de ses mains, tandis que celles de Cuistot se transformèrent en deux énormes marmites de fonte. Elle parvint à éviter les coups qui allaient pleuvoir sur elle, et se releva vivement. Elle tendit les mains vers ses deux adversaires, et se concentra. Soudain, elle ne vit plus que du noir.

 

  Textil avait attendu le bon moment, puis avait fait apparaître une cagoule sombre qu'elle avait fait apparaître à l'envers afin d'obstruer la vue d'Ondine. Tear profita de l'immobilisation de l'ennemie pour courir à toute allure vers elle et lui lança son coup de poing le plus puissant possible.

   « On a réussi ! S'écria Arcimboldo.

— Même avec des super-pouvoirs, une gamine reste une gamine... » cracha Tear en voyant la silhouette cagoulée s'affaler au sol. Mais à sa grande surprise, au moment du choc, elle s'éclaboussa comme si elle avait été faite d'eau. Seule restait sa cagoule, trempée, au milieu d'une flaque.

  « On dirait que vous valez la peine d'être tués, vous tous... » siffla Ondine d'une voix ténébreuse. Elle venait d'apparaître juste derrière Lumen, qui transpirait. Ondine fit voler les gouttes de transpiration de son adversaire et les envoya à toute vitesse vers Cuistot et Arcimboldo. Cuistot se fit un bouclier avec ses marmites, tandis qu'Arcimboldo fit pousser de très nombreuses grappes de raisin. Malgré leurs boucliers, ils furent éjectés au sol, comme s'ils avaient été frappés par des balles. Tear utilisa son pouvoir afin de faire pleurer Ondine. Mais celle-ci sourit.

  « Alors c'est ton pouvoir...je me disais bien que j'étais trop insensible pour pleurer. En revanche, tu n'as pas compris que je manipulais l'eau ?

— Tear ! Arrête ! » s'écria Textil.

Ondine fit de ses larmes deux longues aiguilles qui flottaient devant ses yeux. Puis d'un geste nonchalant de la main, elle les expulsa vers Tear, qui les reçut de plein fouet sur le torse. Les réflexes de Textil étaient aiguisés. Elle avait fait apparaître un gilet pare-balle qui protégea Gilles. Il tenta de se relever, sonné par le choc.

 

  « J'ai assez joué avec vous. Maintenant, je vais tous vous massacrer. » déclara simplement Ondine. Sous les yeux des inutiles, ils virent la Seine s'agiter. Une colonne d'eau semblait onduler derrière elle comme un serpent, grattant le ciel gris. La panique s'empara des policiers et des badauds qui s'étaient rassemblés là pour voir le combat.

  « Lumen, c'est toi notre cerveau ! On fait quoi là ? demanda Arcimboldo.

— Je...je ne sais pas » finit par admettre, après un long silence, Gaëlle, horrifiée par la vue de la colonne aquatique qui les menaçait.

 

« Kuwabara, Kuwabara... »

  Une voix semblant sortir de nulle part résonna dans les airs, retenant l'attention de chacun. Un éclair frappa. Le tonnerre suivit. Tear regarda le ciel étonné. « La météo n'a pas prévu d'orage ! »

  « Kuwabara, kuwabara... » la voix apparut de nouveau. Ondine dessina sur son visage un sourire malsain. Le temps sembla se suspendre, alors qu'un nouvel éclair frappa, s'écrasant cette fois-ci sur le pont. Éblouis, tous ceux qui étaient présents sur les lieux durent fermer les yeux.

  Quand Lumen les rouvrit, elle vit une silhouette apparaître face à Ondine. C'était un homme assez grand. Il portait un masque rouge stylisé qui formait un visage avec des dents pointues, de longs cheveux blancs étaient greffés au sommet. Sa tenue en latex était rouge et recouvrait tout son corps. Il portait dessus un fin gilet gris sur les épaules ainsi qu'une large ceinture de toile de la même couleur qui recouvrait ses hanches. Sur ses épaules musclées était greffé un symbole japonais, un cercle dans lequel trois magatama semblaient tourner.

L'inconnu regarda longuement Ondine, puis sans se retourner, il prit la parole à l'adresse des Inutiles.

 

  « Vous portez bien mal votre nom, ceux de la Ligue des Inutiles. Vous m'avez été d'un grand secours. Je suis heureux que vous ayez pu la retenir jusqu'à mon arrivée. Mais je crains qu'elle ne soit trop puissante pour vous. Je suis Raijin, et je vais vous aider à la vaincre. »

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    Il avait l'habitude des conférences de presse. Sourire, se tenir droit, dans son costume de Kratos, ne pas hésiter à rire, regarder toutes les caméras possibles. Un héros doit être un type d'une droiture absolue, mais avec un coté humain qui permet de le rapprocher des civils, un rêve impossible à atteindre tout en étant accessible. Il est la frontière entre un dieu et un homme. Joël Pinker savait que son personnage de Kratos était un symbole pour les autres. Un symbole de courage, de puissance, de sécurité. Mais pour lui, Kratos était un symbole de biftons qui lui pleuvaient dessus chaque fois qu'il apparaissait quelque part. Joël savait parfaitement que c'est l'image qu'il s'était forgée qui lui garantissait l'amour du peuple. Peu importait qu'il ait sauvé le monde une dizaine de fois depuis le début de l'année, il savait pertinemment qu'au moindre faux-pas, il pourrait dire adieu au culte qu'on lui vouait. Plus de contrats pub, plus de produits dérivés, plus de fans prêts à tout pour un sourire. La fin de la gloire.

  « Que pensez-vous, Kratos de ce petit groupe qui s'est illustré il y a deux jours lors de ce braquage de banque ? Ils se font appeler La Ligue des Inutiles ! » la question du journaliste vint le heurter comme un coup de poing, et une ombre passa sur son visage alors que son esprit se vida de tout sauf d'une colère profonde. Il tourna son visage vers les coulisses. Wandrille, dans son costume de marketeux, pâlit. Il fit discrètement un geste de la main à son adresse. Du calme Kratounet. Kratos se ressaisit, et acquiesça légèrement. Puis il s'éclaircit la voix.

  « Puisque vous me posez la question, Thierry, je vais vous le dire très franchement, et en toute sincérité. Je suis heureux, et fier de voir que des gens prennent aussi au sérieux la sécurité de leurs concitoyens. Ces gens sont des héros, qui n'ont pas eu peur et sont allé affronter un Mal qui aurait pu leur coûter cher. Ce sont de vrais héros, et je les admire tous ! Je pense qu'ils font beaucoup pour ceux qui sont hélas appelés « Inutiles ». Ils nous ont appris une leçon importante que nous n'oublierons jamais. Mais attention, Ligue des Inutiles, laissez nous un peu de travail, à nous autres super héros ! » il ponctua sa déclaration d'un rire forcé qui sembla parfaitement naturel et qui se communiqua à toute l'assemblée présente.

 

  « Putain t'as été génial, j'ai vraiment cru que tu allais tout faire foirer quand ils t'ont parlé de ces inutiles trucs., claironna Wandrille alors qu'il conduisait Joël en direction de son luxueux appartement.

— Salopards de minables sous super zéros de merde ! S'écria Joël en frappant sur la portière, la faisant s'envoler sous la puissance du choc.

— Mec ! T'as ruiné ma caisse, chouina Wandrille.

— Ils ont vraiment tout fait foirer ces connards ! Un braquage, avec prise d'otages, tout ce qu'il manquait, c'était une victime, et j'aurais pu mettre mon plan en marche ! Mais il fallait que ces nazes rappliquent avec leurs pouvoirs de merde !

— Du calme man ! T'auras d'autres occasions. Et puis ils vont probablement pas vivre longtemps ceux-là ! T'as vu leurs pouvoirs ? Faire pousser des fruits ou des couteaux sur leur corps...

— Tu comprends quedalle Wandrille. Ces mecs étaient là et moi non ! Tu vois pas l'humiliation ? Kratos arrive à la bourre, et c'est une bande de clowns échappés de la foire aux monstres qui sauve la situation ! Je suis en train de passer pour un blaireau !

— Et tu veux faire quoi Joël ? Les tuer ?

— Je...oh ferme là. » Joël tomba un moment dans le silence. C'était un super-héros, il n'allait pas éliminer sans raison des individus quand même...

 

  Flic floc flic floc...La pluie tombait légèrement sur la ville ce soir là. Une petite bruine rafraîchissante qui se lovait sur le bitume en formant des miroirs mouvant sur lesquels se reflétaient les néons. Le vombrissement de la moto déchirait le voile du silence nocturne. Sur le véhicule une fine silhouette casquée. Le viseur noir rabattu était constellé de gouttes célestes. Finalement la moto s'arrêta dans une rue du douzième arrondissement, devant un immeuble résidentiel. Dans l'obscurité de la nuit, on aurait dit une gigantesque pierre sombre sur laquelle de rares étoiles se seraient accolées. La silhouette vêtue d'une combinaison noire leva les yeux vers le septième étage. La fenêtre était éclairée, indiquant que les occupants s'y trouvaient et étaient éveillés.

La silhouette ouvrit la porte d'une main gantée. Longiligne, la démarche féline, c'était manifestement une femme, comme en attestait les formes callypiges que drapait la tenue. Elle pénétra la cabine de l'ascenseur et son doigt ganté pressa le bouton 7. Puis une fois que l'appareil la libéra elle se tint devant la porte. Elle retira le gant de sa main droite. « Droite tu dors...gauche t'es mort... » souffla-t-elle d'une voix féminine et suave.

 

  L'appartement était peuplé de cinq types. Des gangsters. L'un d'eux était à un bureau en train de compter des liasses de billets. Grand et chauve, il portait des tatouages partout sur le corps, cachés par un costume dont le prix semblait être l'équivalent de celui de tout l'immeuble. Les quatres autres avaient pour point commun d'êtres tous des gros bras à l'air patibulaire. Deux d'entre eux jouaient sur une Playstation 4 rutilante en s'insultant tandis que les deux autres faisaient le pied de grue en regardant leur chef compter les billets. On frappa à la porte.

« Vlad, va voir qui c'est, déclara l'homme qui comptait.

— Thomà, c'est peut-être les flics.

— C'est bien connu les poulets frappent gentiment avant de nous coffrer ! C'est pas vrai, ta mère et ton père devaient être frère et s½ur, — cracha Thomà en giflant Vlad. — Va m'ouvrir cette porte, et dis leur de foutre le camp ! »

Vlad s'exécuta avec appréhensions. Il ne voyait pas qui pouvait bien frapper à la porte à deux heures du matin. Dans le doute, il s'empara de son arme. Puis, il entrouvrit légèrement la porte.

C'était une très jolie fille au visage gracieux. Ses cheveux étaient longs, raides et auburn. Il s'arrêtaient en une frange juste au dessus de ses deux yeux couleur de jade. Elle avait un petit nez retroussé et quelques tâches de rousseur légères constellaient sa peau. Ses lèvres pulpeuses étaient figées dans une moue boudeuse. Vlad ne put détourner son regard du corps gracile, moulé dans la combinaison de moto. Un sourire libidineux apparut sur son visage et alors qu'il allait prononcer quelque parole, elle se contenta de lui dire « Dors » avant de lui effleurer le visage de sa main droite. Il s'affaissa au sol, endormi, aussitôt après. Elle enjamba sa carcasse et passa dans le salon où jouaient les deux autres loustics. Ils s'étonnèrent de voir une femme débarquer chez eux, mais pas très longtemps, car les touchant de ses doigts droits, elle les plongea dans le sommeil sans même leur prêter la moindre attention.

Elle arriva enfin dans le bureau de Thomà. Le dernier de ses hommes voulut s'interposer, mais là encore sa main droite plongea l'homme dans le sommeil. Puis elle s'avança lentement vers le chef et se pencha vers lui, par dessus le bureau.

  « Qu'est ce que tu lui as fait ? bafouilla le gangster.

— Il dort, répondit-elle.

— Qu'est ce que tu me veux ?

— Moi ? Rien. Je ne te connais pas — déclara-t-elle en retirant cette fois-ci son gant gauche — par contre Devreaux mon client, il veux quelque chose de toi.

— Tu travailles pour ce sac à merde ? Thomà voulut bondir pour s'emparer de son arme, mais pour une raison inconnue, il ne le fit pas.

— Que veux-tu, il paye bien. Et ces billets ici, confirment cela. Tu lui as refourgué de la mauvaise came, ça l'a enervé, et maintenant, il te veut mort.

— Oh, et comment tu vas faire pour me tuer poulette ? Je suis deux fois plus balèze que toi et je suis armé, la défia Thomà. Pour toute réponse, la femme approcha sa main gauche du visage de son interlocteur en prenant soin de ne pas le toucher.

— Droite et tu t'endors. Gauche et t'es mort...Prononce mon nom, se contenta-elle de dire simplement, alors que son regard devint plus froid que jamais.

— C'est pas vrai ! Tu ne peux pas être...

— Prononce mon nom.

— Tu es...la tueuse ? Tu es le doigt de la mort ? Tu es Nyx ! à présent, Thomà pleurait de peur.

— Le doigt de la mort ? Tu veux plaisanter ? Je suis sa mère. » Ricana-t-elle. Puis elle toucha le visage de Thomà de sa main gauche. Il tomba face contre son bureau, mort...C'était comme si Nyx avait aspiré sa vie.

   Elle remit ses gants, puis prit son portable. « Devreaux ? Je vous rapporte votre fric. Vous avez intérêt à avoir le mien, sinon, je pourrais bien vous faire goûter à mon crochet du gauche. » Elle mit tout l'argent dispersé sur le bureau dans un sac, puis elle laissa là les hommes endormis et sa victime. À peine sortie, elle remit son casque sur la tête, écoutant les gouttes de pluie s'écraser en son sommet. Flic floc flic floc...

 

  Ils avaient tous mis leurs costumes de héros, Greg n'en croyait pas ses yeux. Tous étaient rassemblés autour de Gilles qui lisait à voix haute les déclarations de Kratos, et celles-ci furent accueillies par des sourires et des félicitations adressées les uns aux autres.

  « Tissu de conneries, cracha Greg.

— Oh allez arrête de faire ta mauvaise tête Atchoum-man, c'est sympa qu'il nous reconnaisse comme ses pairs, sourit Gaëlle.

— M'appelle pas comme ça. Et je vous parie ce que vous voulez que ce gars a les boules contre nous. Tout ce qui intéresse les super-héros de nos jours, c'est de se faire de la com.

— Tu es obligé d'être toujours aussi cynique ? On a fait un boulot extraordinaire, et Kratos, le plus grand héros qui existe nous félicite. Il y a de quoi se réjouir, pesta Gilles.

— Un boulot extraordinaire tu dis ? On a pris des risques bêtement, on aurait pu se faire tuer par le gars avec son lance-roquette, ça vous a pas frappé ?

— Oui, mais tu es venu nous sauver au dernier moment ! Tu étais tellement cool avec ton air détaché, rétorqua Cédric.

— Où est Mike ? Je dois lui dire que pour moi, c'est fini ces clowneries, cracha Greg.

— Quoi ? Mais tu n'envisages pas vraiment de quitter la Ligue ? On vient à peine de commencer, s'écria Claire.

— Mettez vous bien ça dans le crâne les gars. On n'est pas des héros, ne vous laissez pas griser par la petite victoire que vous avez eu à la banque. Vous et moi, on est des losers, on a juste eu de la chance que tout ça ne nous pète pas à la tronche. Et Mike c'est rien qu'un taré de la pire espèce qui croit pouvoir jouer les Professeur Xavier discount ! Vous voulez jouer aux Avengers ? Allez y et faites vous trouer la peau ou pire, mais ce sera sans moi !

— Mais Greg...débuta Medhi.

— Mais Greg rien du tout. Arrêtez de jouer les héros, vous ne servez à rien, et moi, c'est pareil. Il y a déjà des super héros dans le monde. On en manque pas, d'ailleurs, que ce soit Kratos ou un autre.

— On ne manque pas de super-héros, mais pourtant il n'y avait personne pour sauver les otages, à part la police, souffla Medhi.

— Cuistot a raison Atchoum-man ! » trancha la voix de Michael Perséphone qui venait d'apparaître à l'entrée, accompagné d'un homme. Grand, noir et d'un gabarit impressionant, il se tenait droit, et avait un air très sévère dans le regard. Mike l'invita à s'asseoir et s'approcha de Greg.

  « Tu as raison aussi, Greg, nous vivons une ère de super pouvoirs, de super-héros et de super-criminels. On a qu'à se baisser pour en trouver. Kratos, Incens, Le Poing, Rocco, Psych, Malaria...tous ces alias, tous ces gens avec des pouvoirs phénoménaux...mais combien parmi eux sont vraiment des héros ? Combien attendent que l'objectif des caméras se braque sur eux avant de sauver des vies ? Combien parmi eux savent ce que c'est que de risquer sa vie pour en sauver d'autres ? Corruption, avarice, vanité...ils se complaisent quasiment tous dans ces vices humains.

— Tu leur reproches d'être puissants ? demanda Greg.

— Non, je leur reproche d'avoir perdu contact avec la réalité. Le monde a besoin de héros comme vous tous, des héros avec les pieds sur terre.

— Alors on doit risquer nos vies parce que les vilains super-héros ont chopé la grosse tête ?

— Vous devez sauver des vies parce que les vilains super-héros ont chopé la grosse tête. »

Les deux hommes se regardèrent un long moment en chiens de faïence, et la tension devint palpable dans la salle. Tous les regards étaient fixés sur eux, et on s'attendait à ce que les coups pleuvent. Finalement, Greg se contenta de pousser un soupir, puis un rire nerveux avant de dire « Ca suffit, je me casse. » et de claquer la porte. Michael sembla attristé par le départ de Greg, mais finalement, il se reprit et se tourna vers les autres membres de la Ligue.

  « Mike, ça va aller ? demanda Claire.

— Oui Textil. On doit respecter la volonté de Greg. Sachez tous que vous êtes libres de partir si vous ne voulez pas risquer vos vies. Rien n'est obligatoire, et plus vous gagnerez en influence, et plus les défis seront corsés. Êtes vous prêts ?

— Je ne me suis jamais senti aussi vivant que lors du braquage ! Tu peux compter sur moi, répondit Arcimboldo.

— Je suis de la partie aussi, ajouta Cuistot, et tous les autres firent de même.

— Très bien. Vous allez devoir apprendre à vous battre. Je vous présente Pascal, il était instructeur en combat rapproché à l'armée. Il va vous faire suivre un entraînement rigoureux, mais qui sera la clé de votre survie en cas de danger.

— Je vais vous apprendre les bases. Ce sera difficile, et vous allez me haïr. Mais une fois que j'en aurai fini avec vous, vous deviendrez de vraies machines de guerre, et si vous combinez ce que je vous apprendrai avec vos pouvoirs, vous pourriez bien devenir inarrêtables ! » sa voix était rauque et forte, elle suffit à mettre les Inutiles au pas. Cependant, bien qu'ils sentaient que l'entraînement au combat allait être difficile, ils avaient tous hâte de voir les progrès qu'ils accompliraient. Ils tremblaient, certes, mais d'excitation...

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   Quand Greg s'était présenté dans l'appartement qui servait de base à Michael, il ne savait pas vraiment ce qu'il faisait là. Il avait été effrayé par ce qu'il avait vu la dernière fois et pour tout dire, il ne savait même pas pourquoi il était revenu. Il était certain que de toutes les façons, les autres avaient eu autant les foies que lui et avaient préféré oublier ce groupe de soutien à tout jamais.

  Greg hésita longuement avant de finalement faire tinter la sonnette. La porte s'ouvrit sur un Michael qui affichait un sourire enfantin.

  « Ah ! Atchoum-man ! C'est une vraie joie de te voir de retour parmi nous !

— Ne m'appelles pas Atchoum-man espèce de taré.

— Allez viens ! Les autres t'attendent. » Se contenta de répondre Michael sans même faire attention à Greg et son air contrit.

 

  Ils étaient tous là ! Medhi, Claire, Gaëlle, même Cédric, et Gilles aussi. Ils saluèrent tous Greg dès qu'il mit le pied dans la salle, et il leur rendit la politesse tout en prenant place sur un siège. Mais pourquoi ils sont revenus ? Quelle bande de crétins...ils veulent jouer les superhéros, ou bien sont-ils aussi paumés que moi ? Et puis qu'est-ce que je fous là ? Dans son esprit, les pensées de Greg dansaient la gigue, et il sentit le tournis l'envahir. Il lui semblait qu'il faisait chaud, horriblement chaud dans cette pièce.

  « ...et c'est pour cela que je pense qu'avant toute chose, vous devriez porter des costumes ! conclut Michael.

— Des costumes ? Mais j'ai aucune envie de me déguiser en clown, et puis j'ai pas de fric à mettre dans des fringues ridicules, protesta Gilles.

— Je pense que le problème du matériel ne se pose pas pour nous, déclara simplement Michael en fixant Claire.

— Tu veux que j'utilise mes pouvoirs pour nous créer des habits ?

— Et bien oui. En plus, c'est un excellent exercice qui permettra à tes camarades de savoir comment tu les perçois, comment tu vois leurs capacités ! »

 

  Claire les regarda un instant, et après une très courte reflexion, son visage s'éclaira d'un sourire radieux alors qu'elle décida d'accepter la tâche qui venait de lui être confiée. Elle se tourna ensuite vers Gilles, puis après un moment à le fixer, elle se concentra. Gilles vit apparaître sur lui une tenue qui consistait en une combinaison bleu sombre, Des bottes et des gants de cuir venaient fermer les extrémités de son corps, et sur sa tête était déposé un masque qui ne laissait apparaître que les yeux. Sous chaque ½il, une ligne bleu électrique semblait couler jusqu'au bas du visage.

  « Voilà comment j'imagine Tear ! Le bleu sombre le rend inquiétant, et ces lignes sous ses yeux ressemblent autant à des larmes, en rapport avec son pouvoir, qu'à des peintures de guerre. »

  Elle se tourna ensuite vers Gaëlle. Celle-ci hérita d'une tenue rouge, composée d'un justaucorps souple, lui permettant de se mouvoir facilement. Une minijupe plissée se lovait autour de ses hanches, et elle portait un masque autour des yeux.

  « Tu aurais pu choisir une tenue qui fait moins pute ! grogna Gaëlle.

— Mais une tenue aussi légère te permettra de bouger bien plus facilement. J'ai beaucoup pensé à ton pouvoir, et ça me paraît être une capacité de soutien. Tu es assez athlétique comme fille, aussi Lumen doit-elle compter sur ses capacités physiques plus que sur ses pouvoirs en cas de combat. Et la petite jupe, c'est parce que je te trouve mignonne avec.

— Mouais...j'imagine que le ridicule ne tue pas. »

   Vint alors le tour de Medhi. Et pour lui, Claire avait pensé à quelque chose de simple, mais efficace, comme le nom qu'il s'était choisi. Elle avait matérialisé sur lui une tenue de cuisinier stylisée. C'était une chemise blanche, mais renforcée, emplie de poches fonctionnelles. La tenue n'avait pas de gants et des manches courtes, car elle ne devait pas entraver les pouvoirs de Cuistot. Sur la tête, Medhi se retrouva avec une toque de chef qui descendait jusqu'aux oreilles, recouvrant les yeux, avec bien entendu deux trous pour qu'il puisse voir.

  « Bordel, Claire...mais...en fait c'est pas mal, s'exclama Medhi en se regardant.

— Je me disais que Cuistot devait ressembler à un cuisinier. Avec son pouvoir il y a l'effet de surprise. On ne s'attend pas à grand chose quand on voit un type déguisé en cuisinier, et c'est là que bim ! Il change ses doigts en couteaux !

— Allez, c'est à mon tour ! Que m'as tu réservé », demanda Cédric qui semblait prendre goût à cette séance de mode.

    Arcimboldo avait une tenue qui ressemblait beaucoup à celle d'un catcheur. C'était celui qui dévoilait le plus de chair. Il portait même un masque de Luchador sombre avec une pomme dessinée au niveau du front. Cédric était d'une stature assez imposante, aussi avait-on l'impression de voir un sosie de Rey Mysterio ou un fan d'El Pinguino.

   « Euh...j'espère que c'est une blague ? Cédric semblait très déçu.

— Arcimboldo, tu peux faire pousser des fruits sur tout ton corps, je ne peux pas te donner une tenue trop couverte, car ça entraverait tes pouvoirs. Et puis t'es très musclé, et ça pourrait faire flipper tes adversaires de te voir aussi baraqué.

— Flatteuse ! Si seulement tu avais eu des chromosomes XY, ma jolie...ricana Arcimboldo, qui semblait s'être fait à sa nouvelle tenue.

— Et pour Greg j'ai...

— Pour Greg tu n'as rien, coupa aussitôt ce dernier.

— Mais si j'ai une tenue attends une seconde et...

— Non tu ne m'as pas compris, je n'ai pas envie de jouer à votre truc ! J'ai pas envie de devenir un super-héros, je ne veux pas me balader en moule-bite pour taper sur des gens. Tout ce que je voulais, c'était apprendre à m'accepter. D'ailleurs on est tous là pour ça, non ?

— Regarde-les, Greg, tu ne trouves pas qu'ils se sentent déjà mieux ? » Michael avait demandé cela d'un air si sérieux qu'il surprit tout le monde.

 

   Greg laissa son regard vagabonder. Et c'était vrai qu'il semblait que les Inutiles avec qui il se trouvait semblaient plutôt contents d'eux et de leurs costumes. Bien sûr, Greg les trouvait tous ridicules, mais eux-mêmes avaient l'air de dégouliner d'autosatisfaction. « C'est débile ! » Lança simplement Greg. Mais avant de se rendre compte de quoi que ce soit, il vit, sur le reflet d'une vitre que Claire avait usé de ses pouvoirs sur lui.

  Il s'approcha de la fenêtre close et vit qu'il portait une tenue complètement verte, avec une cape et une capuche qui dissimulait le haut de son visage. Sous sa capuche, son visage portait un masque simple. Il regarda longuement le super-héros vert qui le toisait à travers la vitre. Il resta muet un moment, perdu dans une profonde rêverie. Puis il parvint à en ressortir et se tourna vers Claire.

   « Je me suis rappelée que tu avais dit que tu voulais devenir un super-héros quand tu étais petit, alors j'ai pensé à la cape. Et puis ça peux te permettre de te moucher si tu en as besoin, Atchoum-man et la couleur verte, c'est pour...

— Laisse-moi deviner, c'est pour représenter l'espoir ? La renaissance de la nature ? Une autre connerie new-age de ce genre...coupa Greg d'un air ennuyé..

— Non, le vert c'est pour la morve, se contenta de répondre Claire.

— Et toi Claire ? Comment vois-tu Textil ? » demanda Michael, sa question étant bien vite approuvée par les autres.

   Claire se concentra longtemps. Puis elle fit apparaître la tenue de Textil. On aurait dit un patchwork de tous les vêtements existant. La jambe gauche était celle d'un pantalon, la droite était celle d'un short, le torse ressemblait à un tailleur, mais derrière, en guise de cape, c'était le dos d'une robe à frous-frous. Le bras gauche n'avait pas de manche, mais un long gant de cuir, le bras droit avait une manche de pull léger en filet et sa main était recouverte d'un gant sans doigts. Sous sa tenue étrange, il y avait aussi une protection en kevlar. Sur sa tête, était posée un chapeau à larges bords qui dissimulait son visage.

   « Tu ne dénoterais pas dans le prochain Final Fantasy », ricana un Greg moqueur. Pour toute réponse, Textil lui lança un regard noir et d'un claquement de doigts, l'habilla en tutu, sous les rires de tous les autres Inutiles.

 

   Les clients de la banque ne savaient pas comment réagir. D'un coup, leur journée affligeante de banalité était devenue une partie de cache-cache avec la mort. Ils étaient bien une dizaine de braqueurs à s'être manifesté soudainement, tirant à la mitrailleuse en l'air et leur aboyant des ordres. La police avait vite fait d'arriver sur les lieux, alertée par l'alarme silencieuse de la banque. L'établissement fut bien vite encerclé, et la rue barrée. Le siège allait pouvoir commencer.

 

   Michael entendit parler de l'incident via sa radio. Il réagit très vite, et s'emparant des clés de son véhicule, il se contenta de s'écrier : « Posez pas de questions, gardez vos super-tenues, on y va ! » Tout le monde resta coi, ne sachant ce que signifiait cette agitation. Dans le doute, on décida de le suivre jusqu'au van qu'il possédait. Une fois tout le monde embarqué, Michael démarra en trombe, n'accordant pas la moindre importance aux questions que lui posaient les Inutiles. Il mit peu de temps à arriver sur les lieux de la prise d'otages. Greg (à qui Claire avait rendu sa tenue d'Atchoum-man) vit bien les voitures de police partout.

   « Qu'est-ce qu'on fout là déguisés en clowns ?

— Il y a une prise d'otages ! Mes amis, vous allez entrer dans cette banque, régler leurs comptes aux brigands et sauver des vies !

— Non mais ça va pas ? Et puis la police est là, s'écria Gilles.

— Tear, tu dois avoir confiance en tes capacités ! Vous tous d'ailleurs. Vous ne vous rendez pas compte de la portée de vos pouvoirs, c'est l'occasion rêvée de voir ce que vous pouvez faire.

— Je ne sais pas Mike, ça me paraît hasardeux...Medhi n'était pas très sûr de lui.

— Vous avez le choix. Vous pouvez me demander de partir, et alors on verra demain aux infos comment cette histoire aura fini, ou alors vous pouvez entrer dans cette banque et prouver au monde que vous n'êtes pas des inutiles, mais des héros, tout en sauvant les otages à l'intérieur. Que décidez-vous ? »

   Gaëlle resta très longtemps murée dans un silence contemplatif avant de finalement prendre la parole d'un air plus assuré.

   « Je vais me diriger vers l'entrée et utiliser mes pouvoirs pour éloigner les braqueurs des victimes. Une fois que c'est fait, Tear tu fais pleurer les braqueurs, pendant que les autres libèrent les otages.

— Voilà un super plan ! De mon coté, je vais parlementer avec les flics », approuva Mike avant de sortir de l'habitacle.

Après quelques minutes, Perséphone fit un signe à ses camarades, manifestement, la police avait décidé de leur laisser une chance de régler la situation, comme l'autorisait la loi en cas d'intervention super-héroïque. Arcimboldo prit une profonde inspiration, puis sortit du véhicule, suivi de Textil, Le Cuistot, Tear et Lumen. Greg de son coté refusa de se joindre à ses camarades. « C'est ça, allez vous faire crever si vous y tenez tant ! » avait-il persiflé.

 

   L'assemblée eut la surprise de voir arriver ces super-héros inconnus au bataillon. Ils marchaient là, cote à cote, les membres tremblants. Finalement, ils se tinrent devant la porte de l'édifice. Lumen observa longuement, à travers la porte vitrée l'intérieur. Tout le monde était retranché dans la vaste salle principale de la banque. Les otages étaient rassemblés au centre, entourés de braqueurs portant des masques de François Hollande, Jacques Chirac, et Nicolas Sarkozy entre autres. Gaëlle fit le tour de la banque et se planqua à coté de l'une des fenêtres. Puis, elle activa ses pouvoirs en fixant un braqueur.

   Quand il vit un point rouge s'illuminer sur le front de son camarade au masque de Charles Pasqua, le bandit au masque de Balladur s'écria « Snipers par là ! » et en une seconde, tous les malfrats se tournèrent vers la fenêtre près de laquelle se dissimulait Lumen. Ce fut l'instant que choisirent les Inutiles pour entrer dans le bâtiment.

« Ils sont vraiment entrés ces cons ! » souffla Greg, au sommet de l'étonnement.

 

   Les truands se retournèrent dès qu'ils entendirent la troupe pénétrer l'enceinte. Abasourdis tout d'abord, ils levèrent leurs armes, prêts à tirer. C'est alors que sans raison, ils se mirent tous à pleurer, et leurs larmes les aveuglèrent.

   « Bien joué Tear ! Avec moi, on va libérer les otages », s'était écriée Textil. Puis, lui et elle se précipitèrent vers les captifs afin de rompre leurs liens. Medhi se rendit soudain compte que l'un des malfrats avait essuyé ses larmes et avait armé son fusil mitrailleur. Il se précipita d'instinct sur lui, puis, transformant ses doigts en set de couteaux, il griffa son adversaire qui tomba au sol. Medhi n'en croyait pas ses yeux. Il venait de mettre un méchant hors d'état de nuire. Un autre le pris en ligne de mire et tira, mais Le Cuistot avait de bons réflexes, et joignant ses deux mains, il se créa un bouclier fait de deux grosses marmites en fonte, qui furent très efficaces pour arrêter les balles, mais aussi pour gifler l'ennemi. Complètement grisé, il se mit à hurler : « Je suis le Cuistot et au menu aujourd'hui, fricassée de baffes à la bonne franquette ! »

   Arcimboldo vit un malfrat s'apprêter à faire feu sur Textil. Il se précipita vers lui, puis lança un coup de poing. Au dernier moment, juste avant l'impact, il eut le réflexe de faire pousser un énorme ananas au bout de son poing fermé. Le braqueur fut assommé sur le coup. Un autre gredin voulut se précipiter vers une planque afin de le canarder, mais Arcimboldo fit rapidement pousser une banane qu'il prit sur son épaule, puis la pela. Il jeta ensuite la peau du fruit sous les pieds du bandit qui glissa et se vautra lamentablement. Ensuite, Arcimboldo le rejoint en deux bonds et lui lança un coup de pied au bout duquel venait d'apparaître une énorme noix de coco. Cédric aussi se sentit pousser des ailes. « Ramenez vos fraises les gars ! J'ai envie d'une bonne compote de truands ! »

   Tear et Textil avaient terminé de délier les otages, et les firent sortir à toute vitesse, les accompagnant vers la sortie. Mais Tear entendit un bruit derrière lui. On venait de charger un revolver. Textil fut la plus rapide à réagir. Elle fit apparaître sur la tête du criminel une cagoule à l'envers, ce qui gêna sa vue. Il se mit à tirer à l'aveuglette, puis fut mis KO par un coup de poele à frire en téflon de Cuistot. Un autre adversaire apparut, mais Textil l'immobilisa en faisant apparaître autour de son corps une camisole de force qui l'entrava.

 

   Les otages sortirent les uns après les autres, sains et saufs, puis les héros les talonnèrent, profitant de la confusion qui régnait chez les bandits. Lumen apparut pour couvrir ses amis. Elle usa de son regard laser afin d'empêcher les truands de tirer sur ses camarades en visant leurs yeux. Finalement, les héros sortirent de l'édifice et rejoignirent les policiers et les otages nouvellement libres. Les forces de l'ordre s'apprêtèrent à investir les lieux avec fracas quand ils furent surpris de voir une silhouette apparaître à l'entrée de la banque.

C'était un type imposant avec un masque de René Coty qui tenait dans ses bras musclés un lance-roquette qu'il pointait sur la foule. On retint son souffle alors que René Coty s'écriait « Je vais tellement vous exploser vos tronches qu'il va y avoir un nouveau big bang ! ». Il crispa son doigt sur la gâchette et chacun crut voir sa vie défiler. Et alors qu'on s'attendait à entendre un énorme BOOM, c'est plutôt un étérnuement gigantesque qui résonna. René Coty éternua une fois, puis deux fois, puis trois fois, dix fois. Il ne pouvait pas faire feu tant ses éternuements semblaient frénétiques. Michael sourit quand il compris ce qu'il se passait.

Nonchalamment, Greg dans son costume vert marchait vers René Coty, puis, se plaça face à lui alors que l'homme éternuait comme s'il allait cracher ses tripes par les narines.

   « Tu vas avoir besoin d'un mouchoir... » lâcha négligemment Atchoum-man. Puis, il plaça, toujours avec nonchalance son poing devant le visage de René Coty. Ce dernier poussa un puissant éternuement qui projeta sa tête en avant, sur le poing de Greg. La puissance du choc fut trop forte, même pour ce grand gaillard qui tomba dans les pommes aussitôt.

 

   La police ne tarda pas à entrer dans les lieux pour procéder aux arrestations nécessaires. La foule rassemblée là regarda un long moment les héros du jour, avec leurs costumes aussi bizarres que leurs pouvoirs. Un journaliste interpella le groupe.

   « Dites-moi, c'est la première fois qu'on vous voit ! Qui êtes vous ?

— Nous ? On est la Ligue des Inutiles ! s'était écrié Arcimboldo.

— Et nous sommes là pour veiller sur vous », ajouta Lumen.

 

   Michael les regarda avec énormément de fierté. Il avait l'impression qu'ils avaient accompli quelque chose de grand. Et s'ils avaient toujours l'air mal à l'aise, là, entouré de ces journalistes, il voyait naître en chacun d'eux un véritable super-héros.

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     Depuis qu'il avait découvert ses pouvoirs, Fabrice Pont était devenu incontrôlable. Il faut dire aussi que son pouvoir à lui était dévastateur, et avec son caractère violent, cela aboutissait à un cocktail qui ne manquait jamais de faire mal à la tête... de ses victimes plus particulièrement. Car Fabrice avait le pouvoir d'augmenter la taille de chacun de ses membres à volonté. Délinquant déjà au moment où il avait développé cette capacité, il avait franchi le pas et était devenu un super-vilain, qui avait choisi pour nom de scène Rocco. La finesse, c'était pas son truc...

     Voie de faits, violences, tentatives de meurtre...il avait le pouvoir de rallonger ses membres et son casier judiciaire. Ce jour-là il se sentait particulièrement en forme et quand il avait croisé par hasard ce fourgon blindé qui roulait dans les rues grises de la Capitale, il n'avait pas résisté à l'envie de se défouler tout en se remplissant les poches. Il avait sprinté, attendu au milieu de la rue, et, ayant tendu ses mains en avant, leur avait fait prendre une taille qui lui permettait de bloquer le passage. C'est à peine si le choc du camion l'avait secoué quand il s'était écrasé contre les paumes de ses mains.

   Sa tenue noire, taillée dans un matériau très élastique lui permettait de conserver une parodie d'anonymat, mais tout le monde savait que quand Rocco allongeait un membre, il fallait s'attendre à ce que ça fasse mal. Il portait un masque qui ne révélait que son menton carré. D'une main, il souleva le camion et de l'autre, il l'ouvrit comme une boîte de conserve et le retourna pour en verser le contenu, convoyeurs et fonds. L'un des convoyeurs se releva et fit feu de son fusil, mais cela ne fit rien à Rocco qui arrêtait les balles de ses mains géantes. Il riposta ensuite, en giflant le pauvre homme qui s'envola comme un fétu de paille. Le deuxième s'empara de son fusil mitrailleur et tira aussi. Rocco rendit à ses mains une taille normale, esquiva les coups de feu, puis fit un saut géant, s'aidant de sa capacité pour allonger ses jambes. Puis, au moment d'atterrir, il quintupla la taille de ses pieds et s'abattit sur sa victime.

 

     Les journalistes affluèrent. Ils étaient friands de ce genre d'événement. C'était le moyen d'avoir un sujet brûlant sous la dent et des images sensationnelles. Et puis, les Super avaient le sens du spectacle. Fabrice/Rocco fut heureux de voir débarquer les journalistes, chaque caméra pointée sur lui était un encouragement de plus qui le transportait de bonheur. Pour la frime, il décida donc de dévaster un peu la rue à coup de poings. Et une façade éventrée, un trou béant en plein milieu de la chaussée. Et ça twittait, les photos faisaient le tour du web, les journaux télévisés faisaient leur beurre. Une fois satisfait, Rocco se prépara à décamper.

Un truc pourtant le heurta à toute vitesse. Il avait fini contre un mur. Il secoua la tête et se retrouva face à LUI ! Les journalistes et les badauds l'acclamèrent tous. Il avait choisi de se faire appeler Kratos. 1m95 de puissance, le sourire brillant, le visage serein et confiant. Il était connu pour être l'un des super-héros les plus puissants du monde. Un bandeau troué sur ses yeux lui garantissait son anonymat. Chevelure au brushing impeccable, regard de braise, il était l'idole des femmes qui voyaient en lui l'homme idéal. Super force, super vitesse, capable de voler...il était presque comme Superman, à la seule différence que Kratos n'avait pas de kryptonite.

     « Tu peux agrandir tes fesses ? Ce sera plus simple pour moi de les botter ! claironna Kratos.

— Tiens voilà un clown qui veut tester du Rocco !

— Approche donc mon poussin, je vais agrandir ta douleur ! »

 

     Le combat n'avait pas duré longtemps, et pourtant, les caméras présentes avaient eu de quoi se garantir des vues pour les années à venir. Le quartier avait changé de visage, de même que le pauvre Fabrice Pont qui ne fit pas le poids contre Kratos. Celui-ci fut aussitôt après le combat interrogé par les nombreux journalistes, désireux de recueillir ses déclarations, alors que la police embarquait Rocco vers une cellule dans laquelle il pourrait méditer sur ses actes.

     « Kratos avez-vous un message à faire passer aux jeunes qui vous suivent ?

— Bien sûr ! Les enfants, croyez en vos rêves, si vous vous donnez à cent pour cent, en restant droits dans vos bottes, alors il n'y a rien que vous ne pourrez accomplir ! » Ayant délivré son discours inspirant, Kratos prit son envol, laissant là une foule qui l'acclamait.

Kratos vola jusqu'à un bâtiment luxueux du Seizième arrondissement de Paris. Il vivait dans un appartement luxueux du Trocadéro avec vue sur la Tour Eiffel, de larges baies vitrées, et sur les murs étaient encadrés des articles de journaux à sa gloire. Il retira sa tenue de licra bleue foncée et enfila une tenue plus civile. Joël Pinker vivait la belle vie, c'était ce qu'il se disait alors qu'il se dirigeait vers sa chambre. Sur le lit se prélassaient deux jeunes femmes incroyablement belles. Deux mannequins. L'une d'elles s'adressa à lui, dans un accent trahissant des origines slaves :

    « On t'a attendu, héros. Si tu as encore de l'énergie, on va t'aider à la dépenser.

— Dégagez d'ici les roulures. Je suis fatigué, répondit d'un ton sec Kratos.

— Quoi ? Mais...

— Bon vous voulez du fric c'est ça ? Prenez et décarrez, coupa le Super Héros tout en jetant négligemment deux billets violet.

— Mais ça va pas ? On n'est pas des putes !

— PRENEZ L'ARGENT ! » avait hurlé Joël. Effrayées, les deux pauvres femmes se levèrent précipitamment et partirent aussitôt, ayant à peine pris le temps de se rhabiller. L'une d'elles avait ramassé d'une main tremblante un billet. Une fois qu'elles eurent passé la porte et l'avaient claqué, l'idole des jeunes se mit à éclater de rire. Puis, il alla se servir un verre de Whisky. Son téléphone sonna, c'était Wandrille, son agent.

 

     « Hey Kratounet ! T'as géré ce combat. Mais tu crois pas que tu aurais pu intervenir plus tôt ? On a un blessé parmi les convoyeurs de fonds. Il est dans le coma là !

— Ah merde, il n'est pas mort ? Dommage...

— Woh je te suis ps là !

— Ben hier je me suis dit, imagine un peu : Kratos arrive trop tard, il ne parvient pas à sauver quelqu'un. Tu me suis ? Alors là, genre, je fais profil bas...OK ? Genre remise en question et tout. Puis au moment opportun, quand un truc grave arrivera, Bim ! Le Superhéros revient en force après introspection, les gens kiffent et les contrats pubs pleuvent !

— Je sais pas man. Tu préfères pas garder un ratio de 100% de victoires ? T'es le meilleur y a pas de doutes. Tu crois pas que c'est risqué de montrer une faiblesse ?

— Wandrille, tu penses pas comme moi, tu me déçois. Mec je t'ai pas dit le plus beau. Je me fais rare. OK ? Les gens m'attendent OK ? On crée la demande ! Lorsqu'ils en peuvent plus, je redébarque, et alors là, on lance toute la gamme de produits dérivés, et t'auras l'impression d'être devenu un super héros ! On t'appelera Couilles-en-platine-man !

— Mec t'es un génie ! Ca marche, la prochaine fois, t'y vas mollo, on laisse crever un gars ou deux, et on lance le projet Héros sur le retour. Bon je te laisse, j'ai rendez-vous avec Coca-Cola, ils veulent ta tronche sur leurs canettes de Coca Zéro. Ils vont les rebaptiser Coca Hero, je te négocie un contrat aux petits oignons. Oh et au fait, super ton speech. J'ai failli croire à tes conneries de croire en ses rêves et tout là. »

     Après que Wandrille ait raccroché, Joël se dirigea vers sa salle de bain et se regarda longuement dans le miroir. Et il aimait ce qu'il voyait. Oh oui, c'était bon d'être Joël Pinker.

 

     Oh oui c'était chiant d'être Greg Gorman se disait ce dernier, alors qu'il se retrouvait de nouveau dans la rame du métro, un journal entre les mains, en direction du groupe de soutien de Michael Perséphone. Édition Spéciale du quotidien, consacrée à Kratos, le super-héros trop classe. Greg avait le même âge, et pourtant il avait un boulot de merde et un pouvoir ridicule tandis que l'autre frimeur avait lancé une marque de fringues et avait eu une relation amoureuse avec une actrice d'Hollywood. « Y a des mecs qui ont eu de la chance à la loterie génétique. » Greg haussa les épaules. Le métro marqua l'arrêt, et il se dirigea vers la sortie, prêt pour la troisième séance avec ses camarades inutiles.

 

     « Je vois que tout le monde est présent ! Aujourd'hui on va faire un genre de jeu de rôle assez spécial !avait annoncé tout de go Michael.

— Un jeu de rôle ? demanda Claire.

— Est-ce que ça comprend des tenues en cuir, du latex et des fouets ? renchérit Greg d'un air détaché.

— C'est possible, rétorqua sans se laisser démonter Michael.

— Je vois pas en quoi faire un jeu de rôle pourrait nous aider, soupira Gaëlle.

— J'ai eu l'idée en regardant les infos ce matin. Vous savez Kratos contre Rocco...

— Oh mon dieu, Kratos, ce mec ! Beau, sexy et tout puissant ! C'est en le voyant que je regrette de ne pas avoir le pouvoir de retirer les vêtements au lieu de les faire apparaître, rugit Claire.

— Tch...une tête de con ce mec ouais...cracha Greg.

— Tiens, on a un jaloux par ici ! Que veux tu mon cher, tout le monde peut pas être comme lui, un vrai modèle pour l'humanité, la voix de Cédric frappa Greg au visage.

— C'est un mec qui donne de l'espoir aux jeunes. J'aime bien lire ses interview, ça a l'air d'un type sympa, observa Gilles.

— Je sais pas...je pensais que les vrais héros étaient plutôt du genre discrets. Lui on le voit partout quand même. Il a même déposé un copyright sur son nom de héros, je me trompe ? Medhi semblait être méfiant vis-à-vis du grand Kratos.

— Je suppose qu'avec les risques qu'il prend pour sauver le monde à chaque fois, il mérite bien une compensation financière, déclara simplement Gaëlle.

— Quels risques ? Le mec n'a aucune faiblesse connue. C'est comme si tu ouvrais une marque sur ton nom parce que tu as dératisé un immeuble, cracha simplement Greg.

— On dirait que Greg a un autre super-pouvoir : la jalousie ! ricana Claire.

— Bon je propose qu'on la ferme à présent et qu'on écoute ce que nous propose Michael, trancha Gaëlle.

— Merci bien. Donc je vous disais que pour vous aider à vous sentir bien, on pourrait essayer de vous trouver des alias de super héros ! Bien sûr vous devrez les choisir vous même, après une mûre réflexion. Car c'est comme ça qu'on s'appellera entre nous ! »

 

     Tout le monde se regarda avec perplexité. Des alias de super-héros ? C'était ridicule ! Ce n'étaient plus des gamins ! Greg se demanda un moment ce que pensait bien faire Michael, et il lut dans le regard de ses camarades la même perplexité que celle qui était peinte sur sa face. Quand on demanda avec de grands yeux à quoi cela pouvait bien servir de se choisir des noms ridicules de Super-Héros, Michael leur répondit avec une excitation puérile que s'ils se choisissaient un alter-ego, ils ne se sentiraient que mieux. En effet, cela leur permettrait de passer du statut de phénomènes de foire à Héros potentiels, personnes qui considèrent leur pouvoir comme un plus, et non comme un handicap honteux. Il avait convaincu les six personnes du groupe de se prêter au jeu de la réflexion, bien que Greg prenait en vérité cela par-dessus la jambe. Un quart d'heure passa, et enfin, Michael annonça qu'il fallait à présent révéler son alias.

 

     Il se tourna tout d'abord vers Greg. Et lui demanda à quel nom il était arrivé au final, répétant que le premier nom qu'il sortirait serait celui qui le définirait.

« Atchoum-man, annonça Greg d'une voix laconique, ayant préféré passer un quart d'heure à penser à des poitrines et n'ayant accordé que cinq centièmes de seconde à son nom de scène.

— Très bien, Greg, tu seras Atchoum-man à partir de maintenant. Je peux savoir pourquoi ce nom ?

— Parce que je suis un mec, et que je fais éternuer les gens, répondit dans un sourire sarcastique Greg, s'attendant à entendre les noms ridicules des autres.

— Très bien on va passer à Cédric. Comment te ferais-tu appeler si tu étais un héros ?

— Euh...Vous promettez de ne pas vous moquer ?

— Nous ne sommes pas là pour ça ! Tu peux te jeter à l'eau !

— Vas-y fais nous rire, pensa Greg.

— J'ai pensé, enfin vous savez, je suis un gars qui peut faire pousser des fruits et...enfin je pense que si je devais être un super-héros, je me ferais sûrement appeler Arcimboldo !

— Hé c'est pas mal ! C'est même super bien vu ! Claire était enthousiaste et semblait sincèrement adorer le nouveau nom de Cédric.

— Et toi, qu'as tu choisi comme nom Claire ? demanda Michael.

— Oh c'est pas aussi travaillé. Mais j'avais pensé à Textil !

— Effectivement, au vu de tes pouvoirs, c'est logique, acquiesça Michael.

— Je me suis rappelée avoir vu dans un reportage que les nudistes appellent les gens habillés les Textiles, et puis j'aime bien comment sonne ce mot !

— Parfait au suivant, euh Gaëlle !

— Pour ma part, j'ai choisi Lumen ! Parce que ça veut dire lumière en latin, et aussi parce que c'est l'unité de mesure des flux lumineux. J'avais gardé ce terme en tête quand je faisais des recherches sur Wikipédia pour tenter de comprendre mon pouvoir.

— C'est très bien ça, Lumen, l'héroïne au regard de braise. Gilles, à ton tour.

— J'ai pas mal hésité, et j'ai simplement opté pour Tear. Déjà parce que les noms en anglais c'est plus classe, et puis Tear ça veut dire larme, mais y a aussi un coté agressif. Vous savez, to tear apart !

— Ha ha ! Je vois que tu as l'intention de faire pleurer tes ennemis, avec ou sans tes pouvoirs, impressionant Tear! Il ne reste plus que toi Medhi.

— Je me suis cassé la tête, et en fait je pense que le plus simple, c'est le mieux. Alors pour moi, ce sera le Cuistot.

— C'est vrai, c'est sobre. C'est efficace. Attention mécréants, le cuistot va vous faire passer à la casserole ! Très bien alors nous avons donc un groupe de super-héros : le Cuistot, Arcimboldo, Tear, Lumen, Textil et Atchoum-man !

— Eh j'ai changé d'avis pour mon nom ! Atchoum-man c'est naze !

— C'est trop tard hélas, Atchoum-man. Ce n'est pas qu'un simple nom que vous vous êtes donnés là ! C'est votre deuxième identité. Suivez-moi tous. »

 

     Michael mena son groupe à travers l'appartement. Il marchait à la tête tandis que les « inutiles » le suivaient en file indienne. Ils traversèrent un couloir, passèrent à coté d'une chambre fermée, puis arrivèrent dans une salle située au fond de l'appartement. Et chacun fut surpris. Dans la salle trônait une radio branchée sur les fréquences de la police. Celle-ci crachotait des instructions et des appels d'urgence. Un ordinateur avec un écran remarquablement grand, affichant une carte de Paris sur laquelle scintillaient des points de façon ponctuelle sur certaines zones attirait aussi les regards. Les souffles furent coupés, Michael jubilait.

     « Mec c'est quoi ce truc ? demanda finalement Medhi.

— Pourquoi j'ai l'impression que c'est illégal d'avoir ce truc chez soi ? renchérit Greg.

— Mes amis. Quoi de mieux pour vous prouver que vous n'êtes pas « inutiles » que de vous faire combattre le crime ?

— Comment ça ? Non il y a erreur. On n'est pas des flics, on ne peut pas juste...Claire en bégaya.

— Tu veux qu'on se fasse buter c'est ça ? Gilles avait la lèvre qui tremblait.

— Vous avez des pouvoirs fantastiques ! Et vous ne vous en rendez pas compte ! Je ne vous demande pas de le faire tous les jours, je vous demande juste de goûter une seule fois au feu de l'action ! D'être grisé ! Vous pourriez faire un truc pas trop dangereux, que vous ferez ensemble !

— Il y a déjà des super-héros ! Des mecs comme Kratos, lança Cédric.

— Peut-être que les mecs comme Kratos ont oublié le plus important, soupira Michael. N'avez-vous pas envie de savoir ce que c'est d'être un héros ? D'utiliser vos pouvoirs pour le bien ? Greg, tu l'avais dit toi-même ! Quand tu as muté, tu te voyais déjà devenir un super-héros, un mec bien ! »

 

     Pour la première fois depuis bien longtemps, Greg Gorman, qui était plongé dans un état léthargique dépressif sentit une étincelle de vie brûler en lui. Elle était légère, mais elle suffisait à griser son être, et c'était comme s'il reprenait des couleurs. Ses mains tremblaient, et il fit un effort énorme pour ne pas le montrer. Il risqua un regard vers les autres, et chacun prouvait, avec son visage tendu qu'ils hésitaient grandement. Michael les toisa tous et d'une voix solennelle il demanda :

 

« Lumen, Arcimboldo, Atchoum-man, Cuistot, Textil et Tear, allez-vous enfin vous décider à utiliser vos pouvoirs ? »

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 Alors voilà, j'ai décidé de tenter un nouveau feuilleton. Cette fois-ci pas de ragondin surpuissant ni de montage paint, mais un projet que j'ai décidé de partager avec vous tous . Je vais tenter au maximum de me discipliner pour offrir un rythme de parution le plus  régulier possible. J'espère que ce récit vous plaira, n'hésitez pas à me faire part de toutes vos critiques et bien entendu, Gloire et Levure B)

         On ne savait pas comment cela avait débuté. Pour certains, c'était une punition divine, pour d'autres une bénédiction. Cela dépendait de l'ouverture d'esprit. Les théories s'amoncelaient, à mesure que les réponses s'esquivaient. On avait pensé à tout, de l'empoisonnement à cause de la bouffe merdique remplie de trucs suspects à l'étape suivante de l'évolution. Tout ce qu'on savait, c'est qu'un jour, un type s'est réveillé quelque part au Nigeria et qu'il avait la capacité de faire jaillir des flammes de ses doigts. Le jour suivant, une vieille femme au Pakistan s'était découvert le pouvoir de voler à une vitesse supersonique. Dans la foulée, un petit garçon en Belgique communiquait avec le monde par télépathie. Partout dans le monde, des gens développaient des super-pouvoirs différents, et ce quel que soit leur rang social ou leur origine. En deux générations, 30% de la population s'était découverte des capacités surhumaines. Le monde avait changé, et en l'espace de quelques années, les super-héros et les super-vilains étaient devenus une réalité tangible.

 

          Greg Gorman somnolait presque, assis sur son strapontin bleu du métro parisien. Entre ses mains, un journal gratuit qu'il avait ramassé sur son siège de fortune. Le bruit lancinant de la rame le berçait de son son gris. Il ne put s'empêcher de laisser échapper un petit ricanement quand il tomba sur un article intitulé «UN SUPER HEROS CONDAMNE PAR LE TRIBUNAL DE GRANDE INSTANCE POUR PLAGIAT». Ce genre de nouvelles n'était pas si rares. C'était il y a dix ans que pour la première fois, un super-héros avait été condamné à payer des dommages et intérêts pour utilisation frauduleuse de l'image et la marque d'une société. En l'occurrence, c'était un type qui, s'étant découvert des pouvoirs d'araignée s'était acheté un costume de Spider-Man et résolut de combattre le crime sous le nom d'emprunt de Peter Parker. Les ayants-droits n'ont pas mis longtemps à lui envoyer une tripotée d'avocats, et contre eux, même les pouvoirs les plus dantesques n'ont pas d'efficacité. Ce genre de procès s'était démocratisé, et on avait appelé cet enthousiasme juridique la « jurisprudence Jonah J.Jameson ». Greg poussa un petit soupir d'amusement mêlé d'un soupçon de compassion « Ce mec se faisait appeler Aquaman car il savait parler aux poissons. C'était un activiste de Green Peace qui va se faire enfler par D.C... C'est con, de tomber pour le super-héros le plus naze de l'histoire des comics» pensait-il en lisant.

           Il passa une main dans ses cheveux bruns courts ébouriffés, puis regarda son visage. Il avait une barbe clairsemée de trois jours, et des poches de fatigue sous ses deux yeux noisette à l'air triste. Il regarda son visage qui lui parut très pâle. Il lui semblait osseux, et avait l'impression de voir son squelette. Il lança un regard autour de lui. Les visages des parisiens enfermés avec lui dans la rame étaient comme toujours sombres, et ils semblaient inaccessibles, comme s'ils s'étaient enfermés chacun dans un monde intérieur dont ils seraient les gardiens et uniques habitants, chacun savourant un coin de désert personnel. Greg se demanda en les regardant si l'une de ces personnes avait un super-pouvoir et se demandait ce que cela pouvait bien être. « Ca va être dur de faire pire que le mien »

          Il fut dérangé dans ses divagations mentales par le son d'une voix. Une femme, juste derrière lui était au téléphone. Cela durait, et elle semblait désireuse de raconter toute sa vie là, dans ce métro qui était plus une sorte de cocotte minute dans laquelle la mauvaise humeur ambiante faisait office de pression. Et elle parlait, elle parlait, elle parlait...de plus en plus fort, et pour dire de moins en moins. Greg se sentait chaque fois de plus en plus irrité. Et un regard aux alentours lui confirma qu'il n'était pas le seul à vouloir faire avaler son téléphone à la jeune femme. Il se concentra alors. Il visualisa la femme dans son esprit, puis se concentra de plus belle. La femme éternua une fois. Puis deux. Puis trois fois, une dizaine de fois, comme si elle ne pouvait plus se maîtriser. Plus Greg se concentrait, plus elle éternuait. Finalement il lui laissa un moment de répit, le temps qu'elle puisse dire, les larmes aux yeux et le visage rougi « Je te rappelle, je crois que je me suis enrhumée... »

 

          Il y a vingt ans, alors que c'était un garçon de sept ans, on avait annoncé au petit Greg qu'il avait le gène super-héroïque. Quelle ne fut pas sa joie de l'apprendre. Il allait devenir un super héros, changer le monde et contribuer à en faire un endroit meilleur. Mais la désillusion vint quand ses pouvoirs se manifestèrent dix ans plus tard. Gregory Gorman avait le pouvoir de faire éternuer les gens à volonté. Voilà ce qu'était son super-pouvoir. Ce n'était pas un super héros, c'était un gros rhume.

 

               Il existe dans le monde trois types de personnes. Celles qui ont des super-pouvoirs, qui deviennent des êtres puissants et quasi divins, les gens dits «normaux» qui sont dénués de pouvoirs, et ceux qui, comme Greg, ont des pouvoirs si improbables qu'à part susciter le rire, ils ne servent pas à grand'chose. On raillait ces gens qu'on appelait «Les inutiles», vus comme étant des gens qui s'étaient plantés quelque part dans l'autoroute de l'évolution, qui avaient pris une mauvaise sortie. On préférait souvent ne pas avoir de pouvoirs qu'être un «inutile». Les Super-Héros étaient vu comme des dieux, les Super-Vilains comme des démons, les «Inutiles» étaient vus comme des curiosités, des erreurs de mère nature.

 

              Greg vivait, comme la plupart de ses camarades de souffrance, assez mal le fait d'être un «Inutile». Mais il avait décidé de faire profil bas. Il préférait éviter de trop parler de son super pouvoir minable. Aussi évitait-il au maximum de rejoindre les quelques groupes de soutien aux «Inutiles» qui fleurissaient un peu partout dans les grandes villes. Pourtant, bien qu'il les évitait comme la peste, c'était bien vers l'une de ces réunions qu'il se dirigeait. Il regarda la carte de visite que cette jeune femme, qu'il avait croisé la veille dans ce bar, et qu'il avait essayé de draguer, éméché, lui avait tendu. Elle était plutôt jolie dans ses souvenirs nébuleux, mais elle avait disparu juste après lui avoir laissé la carte, sur laquelle était inscrite « MICHAEL PERSEPHONE : GROUPE DE SOUTIEN POUR PERSONNES AUX POUVOIRS ATYPIQUES » suivi d'une adresse menant au coeur de la capitale. Pourquoi y allait-il ? Greg lui-même ne le savait pas. Peut-être pour retrouver cette fille, ou bien parce qu'il avait bien besoin de se sentir valorisé. Toujours était-il qu'il allait rencontrer pour la premières fois d'autres «inutiles»

 

             La carte menait à un petit bâtiment situé non loin du quartier St Michel, à quelques encablures de la rue Soufflot. C'était une bâtisse tout à fait classique que rien ne saurait distinguer d'une autre. Greg se dirigea vers la porte vitrée et regarda longuement la liste des noms auxquels étaient attribués des boutons pour les interphones. Le nom de Perséphone lui sauta aux yeux. Il appuya longuement sur le bouton, et après un silence, il eut pour réponse le bruit métallique désagréable d'un buzzer discordant. La porte ouverte, Greg monta les trois étages de l'immeuble et arriva devant la porte qui portait le nom du maître des lieux. Il frappa.

 

             La porte s'ouvrit sur un bonhomme trapu à la tête ronde et aux cheveux noirs très courts. Il avait le regard dur, mais un large sourire était peint sur son visage. D'une voix forte, il s'exclama

                   « Je suis sûr que je peux vous aider.

— Je recherche le groupe de soutien aux inutiles.

— Mmmh. Je ne sais pas ce que sont les inutiles. Tout ce que je vois, ce sont des gens aux capacités atypiques.

— Non, mon pouvoir est vraiment inutile.

— Je vais vous dire un secret. Ils le sont tous en vérité. Maintenant, venez avec moi, il faut que vous rencontriez les autres.»

              Greg suivit Michael jusqu'à un salon dans lequel étaient assises cinq personnes, trois hommes et deux femmes. Ils saluèrent d'une voix le nouvel arrivant et alors que Greg les regardait, espérant retrouver la fille de la veille, Michael alla chercher un siège et invita Greg à s'asseoir.

            «Nous étions en train de nous présenter avant que vous n'arriviez. Peut-être voulez-vous nous parler de vous ?

— Je ne sais pas...commença à bafouiller Greg.

— Peut-être cela serait il plus simple pour vous si les autres se présentaient d'abord... »

 

              Une jeune femme se leva. Elle était assez grande et devait bien avoir entre vingt-deux et vingt-cinq ans. Ses cheveux étaient d'un blond éclatant et ils étaient si longs qu'ils retombaient dans le creux de ses reins. Ses yeux étaient d'un gris très clair et son teint était de rose. Sa voix était très mélodieuse et son sourire chaleureux.

             «Alors voilà, je m'appelle Claire Lurcel et j'ai un pouvoir atypique. Je suis capable de faire apparaître des vêtements.

— Quel genre de vêtement ? demanda Michael.

— Aucune limite à part mon imagination. Et quand je me concentre très fort, je peux même les faire apparaître sur les gens directement, claironna-t-elle. Puis, elle marqua une pause, et c'est alors que Greg eut la surprise de voir une écharpe moche d'un vert entre le caca d'oie et le vomi lui agresser le cou et les yeux.

— Très bien, au suivant, si vous le voulez bien.»

 

              Un des hommes se leva. Il était très grand et avait le teint basané. Ses yeux étaient noirs et tout comme Greg, il portait une petite barbe mal rasée qui le vieillissait, il faisait plus que ses trente ans avec. Il sembla hésiter un moment avant de prendre la parole.

«Bonjour, je m'appelle Medhi Feyghouz, et moi aussi j'ai un pouvoir atypique. Je peux transformer mes membres en ustensiles de cuisine, ayant prononcé ces mots il tendit les mains, et sous les yeux de chacun, ses doigts se transformèrent en cuillères, couteaux, fourchettes et tire-bouchons.

— C'est un pouvoir très utile quand on veut être cuisinier ! s'exclama Michael.

— Ben le problème c'est que je suis une quiche totale en cuisine. Je saurais même pas faire cuire un oeuf. Mon pouvoir sert à rien du tout, mes potes me vannent tout le temps, et hier, mon neveu m'a demandé si je prenais ma douche dans le lave-vaisselle.

— Les enfants sont amusants ! Michael était hilare.

— Les enfants sont des cons, ouais...» pensa instantanément Greg.

 

               Le deuxième de ces messieurs prit la parole. Il était très massif, et avait un visage doux. Ses cheveux clairs et raides lui donnaient de faux airs de Leon S. Kennedy, et sa voix tonnait.

                «Bonjour tout le monde, je m'appelle Cédric Martini et tout comme vous tous j'ai un pouvoir naze. Il ne me sert à rien. Voilà mon pouvoir, je peux créer des fruits, et ayant dit cela, il leva le bras, et des pommes, des bananes, des grappes de raisin semblaient pousser dessus. Il cueillit une poire sur son coude et la croqua.

— Je me demande s'il peut aussi sortir des fruits de son cul, en son for intérieur, Greg eut envie de se foutre de lui, mais parvint à se contenir.

— Mais c'est un pouvoir génial ! C'est très utile en fait, en plus les fruits c'est bon pour la santé ! Michael semblait réellement enthousiasmé par ce pouvoir.

— Arrêtez, vous me rappelez mon mec...» soupira Cédric.

 

                 Le troisième homme fit de même que ses collègues. C'était un petit bonhomme dans la fleur de l'âge qui portait encore son uniforme de travail, celui d'une entreprise de nettoyage. Ses tempes étaient grisonnantes et son regard vitreux. Il venait manifestement à peine de sortir d'une journée de travail épuisante.

                  «Je m'appelle Gilles Chapelier, et mon pouvoir atypique c'est que je peux faire pleurer les gens.

— Je ne vous suis pas, on n'a pas eu le temps de développer ce pouvoir tout à l'heure.

— Ben c'est simple, je me concentre et tout le monde chiale, lança-t-il d'une voix bourrue.

— Ce mec a le même pouvoir que mes fiches de paye, observa Greg. Puis sans qu'il s'en rende compte un voile se posa sur ses yeux. Il se rendit compte que des larmes abondantes coulaient de ses orbites sans qu'il ne puisse se contrôler. Et pour le peu qu'il pouvait distinguer, tout le monde semblait ruisseler de même.

— Merci merci, c'est bon vous pouvez refermer les vannes Gilles !» déclara Michael.

 

       La dernière femme était une jeune métisse à la chevelure sombre et lisse. Ses yeux luisaient étrangement, et Greg ne put que remarquer qu'elle était fort séduisante.

            «Salut tout le monde, je m'appelle Gaëlle Palantier et comme vous j'ai un pouvoir à chier. Je suis capable de tirer des lasers avec mes yeux.

— C'est un pouvoir qui me semble au contraire très impressionnant ! Vous êtes un peu comme Cyclope dans les X-Men.

— Ah non je me suis peut-être mal exprimée. Quand je parle de lasers, je parle de trucs comme les pointeurs laser, elle fit la démonstration en faisant clignoter deux petits points rouges sur un pan de mur.

— Mouais, en gros son super pouvoir c'est de pouvoir faire courir les chats.»

 

              Finalement, Michael se retourna vers Greg et lui adressant un sourire bienveillant, il lui dit :

« Alors à présent on va vous écouter. Qui êtes vous ?

— Je...mon nom c'est Grégory Gorman. Vous pourrez m'appeler Greg si un jour on devient potes, ce qui m'étonnerait beaucoup. Et mon pouvoir, c'est de...— il hésita un moment, convaincu que son pouvoir était le plus naze de tous. — Mon pouvoir, c'est de faire éternuer les gens à volonté.

— Ah ouais quand même...Cette remarque avait échappé à Michael, et Greg sentit le rouge monter à ses joues.

— Voilà...mon pouvoir, c'est pas un pouvoir, c'est une nuisance. Quand j'ai appris que j'allais muter, je pensais que je deviendrai un héros, et en fait non, j'ai autant de pouvoir qu'une pincée de poivre. Je suis un Inutile. Et vous tous aussi là, vous êtes Inutiles. En fait on ne sert qu'à une chose : à faire rire le monde ! »

             Tout le monde resta silencieux. Greg les toisa les uns après les autres. L'espace d'un instant, il s'en voulut. Il savait à quel point c'était dur de présenter aux autres ses pouvoirs inutiles. Il voulait s'excuser mais il ne parvenait pas à formuler la moindre phrase. Michael Perséphone se leva alors et fit quelques pas en sa direction. Greg s'attendait à se faire jeter manu militari. Mais à sa grande surprise, il lui posa une main amicale sur l'épaule et se tourna vers tous ceux qui étaient présents.

          «Voici en effet comment le monde vous voit, comment le monde NOUS voit. Nous sommes des gens qui ont des pouvoirs inutiles. Mais moi, je vais vous dire comment je nous vois. Nous sommes des êtres d'exception ! Et les super-héros de mon enfance, c'étaient aussi des êtres d'exception ! Quand j'ai ouvert ce groupe de soutien, je me suis donné un objectif très clair : que vous ayez ou non des pouvoirs, que vous soyez capables de lancer des montagnes, de soigner par la pensée ou de faire pousser des fruits sur votre corps, ce n'est pas CE que vous êtes qui compte, mais QUI vous êtes ! Et je sais au plus profond de moi, qu'aucun de vous n'est inutile

 

                Les mots de Michael avaient touché la plupart des gens présents dans la salle. Greg aussi se sentit ébranlé. Il restait toujours aussi pessimiste, mais sa curiosité était titillée. « Ca vaut peut-être la peine de voir où tout ça va me mener... » se dit-il.

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Feuilleton (BD-Manga-Comics)

Résumé : Alors que le président réglait le cas Dark Waldo, Mr Ragondin se prépare pour son dernier combat contre Sire Ragondin. Il découvre alors que le projet Alpha, destiné à l'aider dans cette tâche n'est autre que Michel Sardine, son ancien ennemi juré.

     

     

     

     

     

     

     

 

C'est le moment de se préparer à casser des bouches !!!

     

     

 

                 

 

Don't lose your way !!!

 

 

FIN

 

 

 

Mme Ragondin ! On compte sur vous !!!

A bientôt pour de nouvelles aventures !

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Feuilleton (BD-Manga-Comics)

Résumé : Alors que Mr Ragondin affronte Sire Ragondin, le président Waldotarie se confronte à Dark Waldo. A la surprise de l'univers, le président renonce à son titre et nomme son frère comme successeur...

     

     

     

     

     

     

     

     

God Denis in da place !!!

             

             

     

     

     

     

SERIOUSNESS IS SERIOUSLY SERIOUS !!!

M...Mais ?! Il est de retour ?! Le Mal absolu serait le projet alpha ? Mr Ragondin peut-il rééllement compter sur Michel Sardine ? C'est ce que vous saurez dans le prochain épisode de Mr Ragondin : Rebellion...

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Édito

Bon j'ai eu un gros moment de flemmingite aigue, mais depuis Juillet en fait, ce blog est entré dans sa troisième saison. Mais comme là, j'ai un sursaut de motivation, on va faire comme si je n'avais pas lézardé comme un gros viandard depuis cet été.

 

Et n'oubliez pas de croire en mon brushing, car mon brushing croit en vous.

Ancien Prez Critomore,

pire éditorialiste de blog de ce coté de la Galaxie.

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