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Test de Secret of Mana (PS4, PS Vita, PC)

TEST de Secret of Mana : Un secret qui aurait dû le rester

Par Thomas Pillon - publié le

Autrefois considérée comme une certaine forme de quintessence du genre Action-RPG, la série Mana semble depuis plusieurs années reléguée au rang de faire-valoir de Square Enix, cantonnée à quelques épisodes mobiles qui ne resteront franchement pas dans les mémoires. Conscient de l'image quelque peu écornée de sa saga, le géant du J-RPG est décidé à dépoussiérer ses succès d'antan...

Et alors que les joueurs occidentaux se languissent de voir un jour débarquer sous leurs latitudes une certaine Seiken Densetsu Collection qui fleure bon la nostalgie, c'est finalement Secret of Mana, le second épisode chéri des fans (et donc de votre serviteur) qui aura vu sa façade ravalée, tout comme sa fierté.

Autrement dit... Lapinou se fait rosser !

Dans la vallée, oh oh, de Mana, la li la la

Vous le savez depuis déjà plusieurs mois : ce remake sobrement intitulé Secret of Mana aura sans doute souffert de nombreuses réunions au sommet au sein de Square Enix, puisque le jeu opte pour une sorte d'entre-deux assez discutable sur de nombreux plans : les équipes de Masaru Oyamada (dont vous pouvez retrouver l'interview ici-même) ont en effet plaqué une sorte de skin 3D sur le jeu d'origine, en conservant ainsi tous les assets d'époque. Il en résulte un drôle d'hybride qui aurait pu faire partie du premier gouvernement d'Emmanuel Macron, tant il essaye désespérément de mettre en pratique sa fameuse doctrine du "en même temps".

La mini-map nichée dans le coin supérieur droit de l'écran est là pour vous le rappeler en permanence : la refonte graphique conserve tous les aspects du jeu de 1993, puisqu'il ne s'agit pas là d'une nouvelle orientation. Là où il aurait été sans doute bien plus pertinent de pousser la logique du remake jusqu'au bout en posant de nouvelles bases modernes, ou en conservant l'aspect 2D mais en sublimant sa partie visuelle comme sait par exemple le faire Vanillaware, Square Enix opte pour ce qui est sans doute la pire des solutions. Et tant qu'à essayer de faire entrer ce remake de plain-pied dans la modernité, qu'il eût été judicieux de proposer a minima une fonction cross-save, sans même espérer du cross-buy. Dans un cas comme dans l'autre, il faudra repasser.

Les dialogues avant le coucher creusent les relations entre les personnages.

La Flammykuche aux lardons

Ainsi, tout ce qui s'avère aujourd'hui complètement dépassé et qui aurait largement pu être malicieusement extrait ou transformé demeure en l'état : l'étrange système de collision qui temporise l'action sans que l'on comprenne toujours pourquoi est toujours là, et rend les combats assez peu passionnants. Même avec la jauge de recharge qui simule une forme de tour-par-tour ingénieux à l'époque, on se retrouve à asséner des coups d'épée espacés de quelques secondes sur des ennemis la plupart du temps immobilisés, des moments de gêne décidément trop, trop présents. Le design desdits ennemis est d'ailleurs complètement raté, puisque vos adversaires mignons d'autrefois cèdent la place à des amas de polygones grossiers et criards.

D'une manière générale, le jeu ne brille pas par sa direction artistique, qui semble bien plus adaptée aux récents épisodes sortis sur smartphones qu'à un jeu notamment disponible sur une console de salon. Si un certain soin semble avoir été apporté aux différents protagonistes, la patte Super Deformed passe relativement mal lors des cinématiques doublées qui ponctuent l'aventure. Heureusement pour nos oreilles, les voix japonaises sont disponibles d'entrée de jeu, histoire de ne pas avoir à souffrir devant le jeu d'acteur discutable de la version anglophone...

Les magies sont toujours aussi pratiques...et pénibles à augmenter.

À base de Popoï Popoï

Et tant qu'à parler d'oreilles et d'options, sachez que la bande-son remixée des somptueuses compositions d'Hiroki Kikuta souffre du mal de ceux qui veulent constamment en faire des caisses. Inégaux au possible, les morceaux de ce remake oscillent entre l'inspiré (parfois) et la cacophonie (trop souvent) qui prend tellement de libertés qu'on peine à retrouver les mélodies originales au milieu de ces dissonances malvenues. Le thème des boss provoquera à coup sûr une syncope au mieux portant de nos lecteurs, tandis que celui de Matango offre une belle relecture de l'original. Mais dans sa globalité, la nouvelle bande-son reste à éviter, tant il semblerait que chaque composition ait craqué son slip et soit partie bien trop loin dans son délire pour que l'on puisse la rattraper.

Heureusement, les versions originales restent sélectionnables à tout moment en passant par le menu des options, tout comme il est désormais possible de trouver son propre équilibre entre bruitages, voix et musiques. La possibilité de porter le nombre maximum d'item de quatre à douze fait également partie des rares ajouts tentant de rendre le système d'époque un poil moins austère. En revanche, la présence d'une sauvegarde automatique semblait a priori une excellente idée, mais son unique slot vous obligera à faire très attention à son utilisation. Le prix à payer pour une telle feature est en tous cas beaucoup trop élevé, puisque chaque changement d'écran se traduira par un chargement de quelques secondes, et dieu que les zones sont petites... On comprend d'autant moins les crashs en pleine partie lorsqu'il y a si peu d'éléments avec lesquels jongler...

La rencontre avec Flammy reste un des grands moment du jeu.

Jean qui rit

Mais il ne faudrait pas trop charger la mule au risque de l'enterrer un peu trop tôt : ce remake de Secret of Mana corrige quand même quelques points noirs de la version de 1993, à commencer par sa traduction qu'on sait rétrospectivement très compliquée. Exit les localisations forcées à grands coups de patronymes tricolores : les Jean, Lucie et autres Tom redeviennent les Gemma, Rusalka et Durac qu'ils auraient toujours dû rester. Mais à l'image du jeu dans sa globalité, le design mobile de ces héros d'hier passe très mal à l'écran lorsque les développeurs ont joué les radins sur le nombre de polygones mobilisables. Enfin émancipée des contraintes techniques et philosophiques de l'époque, la trame scénaristique peut alors coller à l'originale et prendre un peu plus de hauteur, surtout avec les nouvelles discussions pré-hypnique du trio, qui creusent un peu plus le caractère de chaque protagoniste.

Et si nous avons déjà sonné plus haut le glas des cut-scenes, les quelques animations in-game d'époque deviennent une véritable sinécure anachronique en 2018 : voir les personnages se regrouper et fusionner avec votre héros au mépris des lois élémentaires de la physique, avant de voir votre petite troupe se mouvoir comme un trio robotisé, provoquera légitimement quelques grands moments de malaise. Et ce serait encore pire si nous prenions le temps d'aborder les nombreux, nombreux bugs de collision. Ah, et des ces foutus alliés qui continuent à rester coincés dans le moindre élément de décor... Heureusement, Secret of Mana a au moins le mérite de tourner merveilleusement bien sur PS4 et PC (encore heureux), tout le contraire de sa portable version Vita. Avec ses animations saccadées et sa gestion plus qu'hasardeuse de l'éclairage, la différence de 10 euros s'envole aussi sec pour ne laisser place qu'à un goût amer, bien difficile à faire passer.

PS4
PSV
PC
Moyen
5
Où acheter :
En choisissant de plaquer sur le jeu original un masque 3D tout droit recyclé d'un jeu mobile, Secret of Mana loupe complètement le coche en proposant un remake qui risque de ne pas satisfaire grand monde. Aucun des bugs d'époque n'a été corrigé, un paradoxe assez incompréhensible lorsque s'écoule entre les deux versions un quart de siècle. Pour ceux qui seraient prêts à passer outre sa direction artistique petit bras, son game design un brin rouillé et ses remixes franchement ratés, ce millésime 2018 proposera tout de même une bien meilleure traduction et un background plus fourni que l'original. Mais au vu de l'addition plus que salée sur tous les supports, les souvenirs enchantés de votre enfance risquent de laisser la place à une triste, bien triste, réalité. Le temps passe et passe et passe, et beaucoup de choses ont changé...
par
+ On aime
  • Les saynètes entre les personnages qui enrichissent leurs liens.
  • Les voix japonaises d'office.
  • La limite d'item qui passe de 4 à 12.
  • Une traduction enfin à la hauteur.
  • Un système de sauvegarde automatique...
  • Techniquement très fluide sur PS4 et PC...
- On n'aime pas
  • Une direction artistique de jeu mobile.
  • Des temps de chargement PER-MA-NENTS.
  • Une IA complètement aux fraises.
  • La gestion des dégâts à contre-temps.
  • ... qui peut se retourner contre le joueur.
  • ... mais un frame-rate toussotant sur Vita.
  • Une bande-son remixée très inégale.
  • Le levelling des magies vraiment pénible.
  • Des plantages bien violents.
  • Ni cross-save, ni cross-buy.
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