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League of Legends : Zaboutine nous parle des talents en LCS, d'Immortals et des Worlds

League of Legends : Zaboutine nous parle des talents en LCS, d'Immortals et des Worlds

Par Eva Martinello - publié le
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Avant la finale mondiale, nous avons eu l'opportunité de nous entretenir avec Thomas 'Zaboutine' Si-Hassen, commentateur pour O'Gaming dans le mondial et coach pour Immortals en saison régulière de l'Amérique du Nord.


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Quelques heures avant la finale mondiale opposant FunPlus Phoenix à G2 Esports, nous nous sommes entretenus avec Zaboutine. Ce dernier est coach pour OpTic Gaming, maintenant Immortals, depuis deux saisons. La structure a récemment annoncé reconduire son contrat pour 2020. 

En plus de ce rôle, ce dernier a pris sa casquette de commentateur O'Gaming pour le World Championship, chaîne dont il a fait partie plusieurs années avant de partir de l'autre côté de l'Atlantique. 

L'objectif, quand les gens viennent à un événement, est de défendre leur titre de meilleur public du monde. Il y a une compétition sur le fait que les joueurs doivent vivre un moment exceptionnel.

Gameblog : Comment t'es-tu préparé à commenter les Worlds ?

Zaboutine : J'ai une approche différente car depuis que je suis coach, on attend de moi exclusivement de l'analyst desk en jeu : clés de compréhension, storytelling... c'est un rôle important surtout quand on commente à deux dans un studio, car il faut avoir une base de connaissances solide. 

Pour un événement comme celui-là, je vais me contenter d'analyses pures donc ma préparation sera moins importante. Ce qui importe, c'est que je comprenne ce qu'il se passe en jeu. Pour ça, je dois regarder des matchs, mais après une année à avoir travaillé sur cette meta, les grandes lignes restent les mêmes et je me suis senti prêt rapidement.

En tant que commentateur, qu'est-ce qu'a changé le fait d'être coach ?

C'est paradoxal, car mon approche préférée c'est le play-by-play, donc commenter ce qu'il se passe, mettre de la hype et du flot de paroles. Pour des raisons de broadcast que je comprends, d'autres personnes peuvent faire ça alors qu'en tant que coach, tu feras de l'analyse car ton expertise professionnelle augmente drastiquement en étant au contact des joueurs tous les jours. Pour que le produit final soit mieux, la meilleure chose à faire est que je me tienne dans un rôle d'analyste. Donc mon approche a changé dans la mesure où je laisse les teamfights et je me concentre sur trouver la clé du match pour la transcrire et la rendre digeste pour l'audience. 

On dit que le public français est très bruyant et hypant, qu'est-ce qu'il a d'autre de spécial ?

Je pense que le public français a été "éduqué" dès 2011 par O'Gaming à crier, à faire du bruit... on a toujours vécu l'esport comme un moment sportif traditionnel où les supporters communient. Et ça, qu'il y ait les joueurs ou non : au Trianon en 2015 [retransmission de la finale qui était à Berlin], pour la finale mondiale ayant opposé KOO Tigers à SKT, la salle faisait beaucoup de bruit ! Et je pense que c'est européen et latin où on a tendance à montrer ses sentiments, donc une part de culture en plus d'une part d'éducation. 

Et je pense que c'est devenu un meme, une fierté, et l'objectif quand les gens viennent à un événement est de défendre leur titre de meilleur public du monde. Il y a une compétition sur le fait que les joueurs doivent vivre un moment exceptionnel... on sait que des événements sont à Paris non seulement pour le prestige de la ville -comme on l'a vu avec le partenariat Louis Vuitton, mais aussi car l'événement doit être hype pour que les esportifs se disent : « Quand j'étais à Paris, c'était extraordinaire ».


Chips, Nono et Zaboutine à la finale mondiale à l'AccorHotels Arena. @Riot Games

L'année prochaine, ce sera important pour moi de grandir en tant que coach, de trouver mon équilibre et de garder la même énergie tout au long de la saison.

Comment concilies-tu le cast des Worlds avec O'Gaming et ton rôle de coach chez OpTic Gaming ?

Le paradoxe, c'est que l'esport ne dort jamais, il y a des bombes qui sortent même si la saison régulière est terminée. Pour l'instant, ma priorité en France est de commenter. Mais que ce soit avec l'Europe ou l'Amérique du Nord, tu es toujours en veille. C'est un peu la bénédiction et à la fois, la malédiction de ce milieu. 

Tu as acquis beaucoup d'expérience cette année, est-ce que tu as des pistes d'amélioration que tu comptes explorer en saison prochaine ?

Je peux parler à titre personnel ; l'année prochaine, ce sera important pour moi de grandir en tant que coach, de trouver mon équilibre et de garder la même énergie tout au long de la saison, ce qui n'a pas forcément été le cas cette saison. Ce sera aussi important de m'entourer de personnes avec qui j'aurai une meilleure relation humaine au sein du staff, avec plus de personnes, car l'an dernier, pour des raisons qui ont échappé à mon contrôle, j'ai dû me sous-staffer.

J'ai souffert de l'absence d'effectifs pour me concentrer sur mon travail. J'ai trouvé que ma performance en tant que coach était correcte, mais j'ai aussi l'impression de m'être battu contre le vent et je pense qu'il y a moyen de faire mieux. Après, c'est difficile de te fixer des objectifs en termes de résultats car si tu peux améliorer le processus, le résultat dépend de beaucoup de critères. Et dans la compétition, ça ne suffit pas d'être bon, il faut être meilleur.

Est-ce que tu penses que le rachat d'OpTic par Immortals améliorera les choses en termes de budget ?

Le fait qu'il y ait rachat n'implique pas forcément qu'il y ait plus d'investissement, on ne peut pas le savoir. Ça dépend aussi de ce que l'on entend par investissement. C'est la même chose qu'en sport : ce qu'il compte, ce n'est pas d'avoir plus de budget, mais d'en avoir plus que les autres. C'est pouvoir trouver le joueur disponible, lui proposer un projet sportif qui soit compétitif, arriver à le convaincre, lui proposer un encadrement... sans compter que les autres joueurs doivent être d'accord. C'est très loin de ce que l'on voit sur Football Manager par exemple, où il suffit de prendre les profils disponibles et d'attendre que les milliers tombent. Pour Immortals, on verra ce que donnera l'offseason !

L'Europe se renouvelle perpétuellement avec ses ligues nationales : pour chaque talent qui arrive en Amérique du Nord, il y en a 5 en Europe, sans compter la Chine avec ses 16 franchises et la Corée du Sud.

Qu'est-ce que ça signifie pour toi qu'une équipe remporte le mondial ?

Je pense qu'il ne faut pas juger le niveau d'une équipe sur un seul tournoi. C'est comme dire que toute l'année, 365 jours par an, OG est la meilleure équipe de Dota 2 car elle a gagné The International. Après, concernant League of Legends, G2 Esports est l'équipe la plus dominante de sa région, c'est sûr. Même si on ne peut pas dire en étant sûrs que l'Europe est la meilleure région. On sait que l'Amérique du Nord est à la traîne, on le voit au niveau de jeu qu'ils produisent. Pour ce qui est de la Chine, c'est une région chaotique mais qui arrive à produire des individualités et des équipes qui sont très efficaces en tournoi. La Corée du Sud est un terrain de talents énorme et le championnat peut-être le plus relevé, mais les joueurs ont du mal à passer à la vitesse supérieure en tournoi international... mais quand on regarde les Worlds, ce qui fait que SKT T1 n'est pas en finale, c'est le tirage. Donc aujourd'hui, celle qui gagne la finale mondiale montre tout simplement qu'elle a été meilleure que l'équipe adverse sur ce match... et il faut rester là-dessus. 

Tu parlais de l'Amérique du Nord, pourquoi est-ce une région à la traîne malgré les budgets qui sont donnés ?

Certes il y a plus de budget, mais comparé à l'Europe, à quel point le budget est supérieur ? Et il faut rapporter les budgets aux talents disponibles en soloqueue, en voyant les choses sous cet angle, on se rend compte que l'Amérique du Nord est pauvre, finalement. Quand on prend l'historique des talents qui ont été développés dans la région ces trois dernières années, contre celui des talents en Europe, on voit qu'il y a énormément de nouveaux talents qui sont arrivés et qui remplissent toutes les équipes comme Nemesis [Fnatic] ou Abbedagge [FC Schalke 04], en plus des anciens comme Febiven [Misfits] ou PowerOfEvil [CLG] qui continuent à se maintenir. L'Europe se renouvelle perpétuellement avec ses ligues nationales : pour chaque talent qui arrive en Amérique du Nord, il y en a 5 en Europe, sans compter la Chine avec ses 16 franchises et la Corée du Sud. 

Donc oui, il y a de l'argent et il est possible d'importer des talents, mais la question c'est : comment développer ces talents dans une soloqueue qui est désastreuse, sans ligue nationale qui pourrait prendre la forme d'une ligue Étatique ? S'il y avait ces ligues, une au Michigan, en Californie... et qu'on prenait à chaque fois des joueurs qui pouvaient jouer sans ping en soloqueue [temps de latence dû à la connexion], recrutés par des coachs dès qu'ils atteindraient le Diamant 1 ou le Master, on aurait quelque chose qui a du sens. Mais pour l'instant, il y a pas de talents et c'est impossible pour les joueurs ayant du potentiel de s'améliorer dans ces conditions.

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