Shadow of the Colossus sur PlayStation 2, le test de Cathedrale

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Cathedrale
10
Cathedrale PS2

l'ombre d'un Titan

D'un ciel lourd et menaçant  s'échappe un aigle qui, battement d'aile fugace, fend l'air brumeux, souffle du joueur quiet, dont la respiration se drape d'une rythmique synchronisée aux sabots d'Agro. Wanda, noble cavalier, franchit discrètement un mince précipice rocheux et disparaît au coin d'une falaise , alors même que naissent de timides notes jouées par une poignée de violons mélancoliques. Un ensemble de choeurs mystiques, solennels, accompagne les deux silhouettes qui ne font qu'une, au coeur d'une forêt ancestrale lourde de menaces endormies. Puis, de la brume laiteuse du dehors jaillit la monture silencieuse et son maître, par delà l'aqueduc de la vie, voûtes ombragées caressées par une bise volage, les rayons d'un soleil plein de promesses luisent, l'aqueduc s'anime, l'aventure commence. 

 

Le corps de Mono, délicatement déposé sur l'autel du sanctuaire, immobile et glacé, illumine de sa frêle présence le coeur du joueur; se signe alors un pacte funèbre, immuable, entre Wanda et l'entité glabre du sanctuaire. Craquement du vent folâtre, respiration paisible de l'attente d'entre deux mondes, frou-frou téméraires d'oiseaux joueurs - Wanda crispe ses mains sur son épée magique, serre les dents, cette quête n'est pas des plus aisées. Seize Colosses. Seize mastodontes qui feraient passer Cerbère pour un vulgaire avorton. L'astre solaire luit, l'épée illumine un point lointain de l'horizon, par delà les montagnes, "Agro!! en route" . 

Un sentiment inégalable de liberté nous submerge alors, cheveux au vent, le regard centré dans les pupilles du Destin, sans sourciller, rien ni personne ne pourra nous arrêter. Le temps de jouer avec quelques lézards, d'attraper un aigle par les pattes que déjà le poids de notre quête se fait sentir, mordant notre poitrine d'un coup de dent vorace. Pas de temps à perdre, une vie est en suspend. Wanda ne parle pas, ou peu, il ne se définit que dans son agilité, sa grâce, dans sa capacité à absorber toutes les sources de lumière à l'écran.

L'heure du premier affrontement approche , la corde de l'arc est bien tendue, Peur glisse sur Wanda telle la goutte de rosée sur une feuille courbée ; s'élèvent alors quelques accords d'une pureté confondante, le trait de lumière s'épaissit, l'antre du Colosse n'est plus loin, Wanda se défait d'Agro, le temps d'escalader la grappe de pierres qui le sépare de son combat. La Terre frissonne, le joueur esquisse un soubresaut, pressé d'en découdre, ôh toi, Colosse Archangélique, Colosse de Mort et de Vie, où te caches tu? Une ombre épaisse et menaçante se dessine entre les grains de terre et les quelques touffes d'herbe, "te voilà" ! La musique explose aux oreilles de Wanda, du joueur, tout se confond, se mélange, le ciel se couvre de terre, le sol devient atmosphère, l'Amort embrasse la Vie. Wanda commence son assencion, agrippé à son Colosse tout comme Mono à son amour, éternel, essence du plus beau des combats. Nos destins sont scellés.

 

Sans garantie de réussite ni d'un éventuel ticket retour, Wanda nous entraîne dans une quête hors du temps, hors des mots, où notre être ne se laissera guider que par des émotions fortes, pures, sans limites, contradictoires, une quête où notre meilleur arme s'avérera être notre courage, car, nombreux seront les moments de doute, d'incertitude, qui nous pousseront à maudire cette solitude menaçante, irrévocable, avec toujours le visage de Mono en arrière plan, troublante Mono, qui, même une fois la console éteinte, n'aura de cesse de nous hanter. 

 

 

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