Silent Hill : Shattered Memories sur PSP, le test de The-reaper

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8
The-reaper PSP

Une relecture qui fait froid dans le dos!

Depuis 1999 et la sortie du premier épisode sur Playstation, la série des Silent Hill a pris une place importante dans le coeur des joueurs, notamment les fans de jeux terrifiants. L’ambiance oppressante, l’horreur psychologique et les scènes parfois malsaines qui se déroulent dans chacun des jeux, portés la plupart du temps par des personnages à la frontière de la folie, et enrobés dans un style assez proche de la peinture (Francis Bacon, Bruegel l’Ancien par exemple), et la littérature (on peut retrouver des influences à Dante, par exemple), a énormément contribué à la réputation forte de cette série. Et quand le deuxième épisode est entré au Panthéon des plus grands jeux de l’histoire pour de nombreux joueurs, on se dit qu’on n’a pas fini de voir la colline silencieuse. C’est donc avec une relecture du tout premier Silent Hill que Climax (déjà aux manettes du Origins et du prochain Silent Hill HD) s’invite sur Wii, PS2 et PSP (la version que j’ai testée).


Retour 11 ans en arrière donc : Harry Mason a un accident de voiture aux abords de Silent Hill, petite bourgade perdue des Etats-Unis. Lorsqu’il se réveille, il se rend compte que sa petite fille Sheryl, 7 ans, qui était à bord avec lui, a disparu. S’ensuit alors une quête effrénée à la recherche de sa progéniture à travers les rues emplies de brouillard de Silent Hill et au rythme de rencontres toutes aussi étranges et glauques les unes que les autres. Voici le point de départ du tout premier épisode de la saga, qui inspire fortement celui de ce Shattered Memories. Pourtant, et c’est assez rare pour être souligné, ce jeu n’est pas à proprement parler un remake, mais une relecture, voire une refonte complète du jeu. Car hormis les lieux et les personnages, tout a changé, à commencer par le scénario, loin des délires ésotériques et démonologiques du premier opus. Maintenant, on flirte avec la psychanalyse. C’est d’ailleurs la base du jeu. La narration est basée sur des flashbacks, entrecoupés de séances de psychothérapie chez le “Docteur K.”, un éminent spécialiste qu’on consulte en vue subjective, avec moults déclarations vaguement psychologiques et des tests à effectuer, et qui n’a finalement rien à envier en terme d’oppression à Pyramid Head ou aux infirmières des précédents volets. Car la grande nouveauté de ce Shattered Memories, c’est qu’il n’y a plus vraiment d’ennemis à combattre. D’ailleurs, on n’a plus d’armes! Harry Mason, le héros donc, ne se promène qu’avec une lampe torche et un smartphone multifonctions (GPS, appareil photo, etc...) qui sera bien utile pour l’ambiance. Parce qu’il ne faut pas s’y tromper : ce n’est pas parce qu’on n’aura pratiquement plus affaire à des ennemis (je dis pratiquement, car il y a une petite nuance dont je vais parler plus tard) que le jeu n’en est pas terrifiant pour autant. Il me semble même que c’est l’épisode qui m’a le plus mis mal à l’aise de toute la série, tant cette ambiance hors-norme est pesante et oppressante. En fait, Harry se promène d’un point à un autre de la ville, sans rencontrer âme qui vive, mais cette solitude est particulièrement usante pour les nerfs. D’autant plus que, à l’instar de la radio des autres volets, le smartphone réagit lui aussi à des stimulis au fur et à mesure qu’on joue à “chaud/froid” avec un point stratégique. Pour résumer le principe : vous allez vous approcher d’une zone (invisible en fait) dans une pièce, le téléphone va se mettre à grésiller de plus en plus fort lorsque vous vous en approchez, et quand le son est arrivé à son paroxysme, vous recevez un appel vocal ou un sms, en général d’une personne inconnue, comme si vous captiez les ondes des souvenirs de Silent Hill. Et je peux vous assurer que chacun de ses appels fiche clairement la chair de poule! C’est toute la force de ce Silent Hill : sous ses atours “normaux” (une ville normale, des décors banals, etc...), l’ambiance est particulièrement enlevée et on n’a jamais été aussi mal à l’aise d’être dans une école ou un magasin, la force notamment à des effets sonores de grande qualité.


Ce qui est aussi intéressant dans cet épisode, c’est que, contrairement à la plupart des survival-horrors, vous n’avez plus d’inventaire! Plus d’armes, mais aussi plus de potions de santé ou d’objets à ramasser pour utiliser plus tard. Ici, les seuls objets que vous trouverez sont des clés que vous utiliserez tout de suite (c’est un peu plus logique finalement!) et des “souvenirs”, qui ne sont pas utiles au jeu en lui-même, mais font plutôt office de “trophées de chasse”. Donc évidemment, pour quiconque est habitué au rythme des autres Silent Hill et Resident Evil, c’est assez déconcertant au début, mais ça n’en est pas moins intéressant : d’abord, ça fait plus réaliste (trouver un objet dans une chambre d’hôpital pour ouvrir la porte du chef de service, j’ai toujours trouvé cela étrange), et ensuite on se sent bien plus impliqué dans l’histoire, puisqu’on peut participer à de nombreuses scènes, notamment en vue subjective, avec des actions à effectuer (on sent à ce propos que le jeu a été conçu pour la Wii, tant il y a d’actions contextuelles  à effectuer!). D’ailleurs, vous trouverez un peu partout (sur des affiches, sur des mémos par exemple) de nombreux numéros de téléphone à appeler, qui peuvent vous fournir un indice pour progresser dans le jeu ou tout simplement ajouter un peu d’ambiance au jeu.

Maintenant, Shattered Memories ne serait pas un Silent Hill sans ses phases de cauchemar. Le propre de cet épisode est d’avoir laissé de côté l’ambiance “métallo-rouille” des autres jeux pour une ville complètement sous la neige. En effet, il neige à gros flocons sur Silent Hill, et les couleurs froides sont omniprésentes. Du coup, les cauchemars commencent lorsque le monde devient complètement gelé ; tout se fige et il vous faut fuir. Mais fuir quoi? Des petites créatures qui essayent de vous ralentir et qui vous sautent dessus jusqu’à vous immobiliser complètement. Mais ces ennemis, vous ne pouvez pas les combattre, seulement les repousser de différentes manières (avec les bras quand ils vous agrippent, en jetant des objets sur votre passage ou encore grâce à des fumigènes qui les arrêtent littéralement). Mais ça ne suffit pas, il faut courir et encore courir, défoncer les portes, trouver le bon chemin (et quand vous avez une horde de petites merdes à vos trousses, difficile de s’orienter!), grimper, escalader, bref, fuir pour votre survie! Et l’ambiance est là-aussi particulièrement prenante, notamment à cause des sons stressants à souhait (mais aussi d’une maniabilité moyenne, il faut l'avouer). Ces séquences de cauchemar sont en général courtes mais plutôt intenses (surtout dans le noir, le casque sur les oreilles!), et leur fin est souvent source de soulagement intérieur.

Alors, au final, que dire de ce Shattered Memories? Personnellement, j’ai été bluffé par le changement radical dans le gameplay de la série, un peu toujours identique depuis onze ans. Cette fois-ci, on se projette à fond dans ce qui a fait le nerf de Silent Hill, la représentation de la peur au niveau psychologique, voire carrément psychanalytique. Les séances chez le Docteur K, un sinistre individu porté sur l’alcool et qui a une tendance à la moquerie, sont particulièrement éprouvantes pour l’esprit, tant le jeu joue avec vous. D’ailleurs, à la fin, il trace un profil psychologique du joueur, en fonction des décisions prises au cours du jeu. Et je dois reconnaitre pour ma part que c’est assez ressemblant! L’utilisation de la vue subjective apporte elle aussi son lot de terreurs mentales, car on finit par se mettre dans la peau du personnage et ressentir de l’empathie. On se demande même si on n’est pas un peu fou!

Sur le plan des déceptions et points négatifs, il faudra d’abord aborder la technique. Jeu conçu à l’origine pour la Wii, le portage vers la PSP n’est pas forcément réussi. De nombreux loadings (merci l’UMD!), ainsi que des ralentissements sont assez désagréables pour l’ambiance, surtout lors des phases de cauchemar. D’autant plus que ces phases n’ont pas une jouabilité irréprochable. En outre, les graphismes sont ternes et manquent un peu de finesse. Je trouve même que le Origins, volet précédent sorti sur la portable de Sony en 2008, est plus joli et plus chiadé! En outre, la caméra est un peu trop excentrée, du coup, cela cache pas mal l’action, c’est déstabilisant, voire frustrant, tant on a l'impression de louper des choses alentours.

Ensuite, j’avoue avoir été un peu déçu par la durée de vie. Un peu comme l’ancien épisode PSP, on a l’impression que la fin tombe comme un cheveu sur la soupe, et qu’on aurait pu avoir une partie ou deux en plus. Cela dit, le ending est réellement génial et donne vraiment envie de recommencer le jeu pour voir tout ce qu’on a loupé, ce qui atténue la déception. D'autant plus que, comme à l'accoutumée dans les Silent Hill, il y a plusieurs fins à débloquer selon les actions que vous effectuerez dans le jeu (dont l'habituelle fin UFO, très drôle).

Maintenant, si on occulte ces quelques défauts, le jeu reste majeur dans la saga, de par son orientation narrative, son ambiance unique, son culot au niveau du gameplay et son scénario simple mais vraiment prenant. Il est encore loin du 2 et du 3 (qui sont des chefs d'oeuvre du jeu vidéo), mais peut se targuer d’arriver derrière, ce qui n'est pas si mal, vous l'avouerez. Si vous aimez les Silent Hill, il faut absolument faire cet épisode, et si vous aimez les jeux à ambiance, où l’atmosphère est primordiale par rapport au jeu en lui-même, vous ne pourrez pas être déçus.

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