Yakuza 2 sur PlayStation 2, le test de Pedrof

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Pedrof
6
Pedrof PS2

Vrai bac à sable et ambition narrative ? Hmm...

Pas sûr que le bac à sable soit un bon truc pour raconter une histoire. Dans Yakuza, pour moi, ça n'a pas fonctionné : ces interludes fréquents dans la ville m'ont coupé régulièrement de l'histoire. Il y a mille et une chose à faire et on pourrait passer des heures à chercher les clés de casier, draguer les hôtesses, trouver des quêtes annexes, compléter les (redoutables) tableaux de completion (un truc pour trophy whores, typiquement) qui comptabilisent absolument tout de la vie citadine, de la nourriture consommée aux actions spéciales de combat réalisées. La ville de Yakuza est tout simplemen un jeu parallèle à celui de baston scénarisée, de film interactif-dans-lequel-on-joue-les-phases-de-baston qui raconte l'histoire de Kazuma. Et ce jeu parallèle de vie citadine entre en concurrence avec le jeu principal. A chaque fois qu'on est lâché dans la ville on est tenté d'arrêter l'histoire pour se consacrer à d'autres tâches.

Du coup je me pose sérieusement la question de la pertinence d'un jeu bac à sables pour raconter une histoire. Je me force à penser à GTA : ça fonctionnait dans celui-là ? Pas le dernier que j'ai fait, celui avec les motards, mais là c'était parce que les cinématiques n'avaient aucun intérêt. Prenons GTA IV. En fait ça fonctionnait plutôt bien si je me rappelle. Je n'avais pas trop le sentiment d'être coupé dans l'histoire quand une mission se terminait. Pour plusieurs raisons :

- d'abord la ville est le terrain de jeu du bac à sable mais aussi des missions du scénario (ce qui n'est pas le cas dans Yakuza, le scénario nous emmenant quasi toujours nous battre dans des décors autre que les rues de la ville)

- GTA n'est pas vraiment un bac à sable, comparé à Yakuza. Il y a bien moins de choses à faire dans la ville et du coup, bien moins de distractions à l'histoire. Dans mon cas, pour GTA, le bac à sable a rarement pris le pas sur la poursuite de l'histoire. D'ailleurs j'irais jusqu'à maintenir que GTA n'est pas vraiment un bac à sable mais un jeu à niveau unique.

- les déplacements ne sont pas abstraits mais bien réels dans GTA, contrairement à Yakuza. Les trajets en voiture ne sont jamais seulement des "interludes" que la narration peut se permettre de sauter à loisir, mais des nécessités. Dans Yakuza, le fait qu'on te demande d'aller à l'autre bout de la map pour l'enjeu du scénario, c'est plus une proposition de te perdre dans les occupations de la ville qu'un effort de réalisme géographique. En effet, le jeu se permet à maintes reprises de te téléporter d'un endroit à l'autre, ce que ne fait jamais GTA. Devoir se déplacer de missions en missions faisait partie de la logique "réaliste" du jeu ; c'est moins justifié dans Yakuza qui se permet de te téléporter quand ça lui chante.

Tous ces éléments font que les phases "entre missions" décrochent moins de l'histoire dans GTA IV que dans Yakuza.

Je le dis tout de suite, j'ai joué à Yakuza 2 pour suivre une histoire. Toute la vie citadine, même si elle a bien réussi à casser régulièrement l'élan du scénario, à me happer hors de l'histoire, ne m'intéresse pas beaucoup. Donc ma note est subjective, bien entendue, comme dans toutes mes critiques postées sur Gameblog. Je veux dire par là que vous aurez beau me dire à quel point le nombre, à quel point l'intérêt des à-côtés, je ne le prends pas en compte pour la note parce que ça ne m'intéresse pas. C'est pas ça qui va me faire kiffer le jeu et m'en rappeler encore dans 3 ans. Maintenant continuons.

Les cinématiques, puisqu'il y en beaucoup. Parlons-en. Les visages sont modélisés de façon moins réaliste que dans un MGS. Est-ce que ça a joué dans mon relatif détachement émotionnel des personnages ? Peut-être. Quand on cherche à faire un film à la Kojima, peut-être que des faces crédibles aident à faire passer la pilule. Difficile de prendre au sérieux Kazuma quand il s'approche d'une femme pour l'embrasser et qu'on remarque que sa tête est deux fois plus grosse que celle de sa partenaire. Mais passons là-dessus.

Un problème certain pour l'empathie, c'est la surpuissance du héros, Kiryu Kazuma. Comment peux-tu construire un semblant de drame autour de ce mec invincible, que dis-je ce Dieu vivant ? Il est : indestructible, intelligent, apprend la vie à tout le monde et fait la morale à tour de bras. Il est effroyablement baraqué, sent rien quand on lui casse une bouteille sur la tête et garde son sang froid en toute situation. Présenté comme il l'est dans le jeu, ce mec n'a pratiquement aucune faille ! Comment peux-tu construire un semblant d'empathie avec un mec qui ne craint absolument rien, surpuissant, jamais pris en tort et qui semble être revenu de tout ?

Je trouve ça pour ma part bien tendu. Que j'ai pointé les bonnes raisons ou non, je suis resté tout du long plus ou moins à l'extérieur de ce Yakuza. Et c'est pas la faute à l'enquête policière, rythmée et très cohérente, du début et (presque) jusqu'à la fin. C'est sans doute la faute à un ton et des dialogues qui malgré tout, continuent de faire bien jeu vidéo et manquent de la maturité qu'on peut trouver dans les films ou d'autres titres.

Dernier détail, un peu dommage, j'ai trouvé les combats très faciles, plus que dans le premier volet. Tout cela étant dit, j'ai pas passé un mauvais moment avec Yakuza. Même si tout l'aspect narratif n'a pas sur moi fait des miracles, je serais de mauvaise foi si je disais que je me suis ennuyé ou que j'ai passé un mauvais moment. L'histoire a été la plupart du temps très engageante et les personnages un minimum intéressants. Etant donné que son histoire est pour moi à peu près le seul intérêt de ce jeu, si je lui mets la moyenne c'est plutôt bon signe. 

La fin, je l'ai trouvé émouvante et j'aurais aimé qu'il n'y ait rien après le générique (haha, si Yakuza 3 et 4 avaient été des flash-back...). J'ai été bien sûr très agréablement surpris par l'introduction pas du tout anecdotique dans le récit d'une dimension romantique. Tout cela a fait de Yakuza 2 un très honnête divertissement que je ne peux et ne veux pas démonter. Simplement, pour le chef d'oeuvre je repasserai.

N.B : les combats sont similaires à ceux de Yakuza 1, donc potentiellement très fun, mais leur facilité dans cet épisode a cassé pour moi de leur intérêt.

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