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Plainte contre les éditeurs de jeu vidéo : l'UFC nous répond

Plainte contre les éditeurs de jeu vidéo : l'UFC nous répond

Edouard Barreiro, Directeur Adjoint du département Etudes
Par Grégory Szriftgiser - publié le
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Interview

Quel est le but de l'action entreprise par UFC Que Choisir contre certains éditeurs et distributeurs de jeu vidéo ? Pourquoi ces éditeurs et ces distributeurs en particulier ?

Il y a d'abord un point à faire. Nous n'attaquons pas ces acteurs sur des pratiques (DRM, clés à usage unique, etc.) mais sur le défaut d'information. Or, les autres acteurs informent correctement les consommateurs sur ce point (les informations sont disponibles de manière claire sur la boite ou sur le site lorsqu'il s'agit d'un e-commerçant).

Nous commençons par cette démarche, attaquer sur l'absence de l'information, car juridiquement c'est la plus efficace. Mais ce n'est qu'un début.

Les éditeurs de jeu vidéo ont-il le droit de tuer le marché de l'occasion ?

Non, pas plus que n'importe quelle autre industrie.

En supposant qu'une dématérialisation complète soit un avenir très probable dans le domaine, impliquant une maîtrise totale par les éditeurs des contenus livrés aux consommateurs, la bataille n'est-elle pas vaine ?

On ne se bat pas contre le fait que les éditeurs maitrisent le contenu, même si cela peut poser des problèmes qu'il faut prendre au sérieux. Mais contre les moyens qu'ils utilisent pour y parvenir. Il n'est pas normal que le consommateur ne puisse jouir totalement d'un bien, dématérialisé ou non, pour lequel il a payé. Cependant, si les éditeurs veulent aller vers la location, qu'ils le disent clairement et qu'ils adaptent les prix. Est-ce normal de payer 70 euros un jeu que l'on ne peut pas utiliser comme on le veut et que l'on ne peut pas revendre ?

Est-ce la première action de l'UFC Que Choisir dans le domaine du jeu vidéo ?

Oui c'est la première. Comme c'est la première fois que les consommateurs viennent à nous aussi nombreux pour nous demander de nous mobiliser sur le sujet.

N'est-il pas tout simplement du ressort des consommateurs eux-mêmes de réguler, voire éliminer ces pratiques qu'ils peuvent juger nuisibles, en refusant tout simplement d'acheter ?

Tout d'abord, le milieu des jeux est avant tout un milieu de fans, de passionnés : comment leur demander cela ? De plus on ne peut substituer un jeu par un autre comme on le ferait pour une voiture ou un téléphone portable. Je suis fan de Battlefield, s'il ne fonctionne pas, je ne me consolerais pas avec Gran Turismo. De la même manière qu'un fan de Lenny Kravitz ne se consolera pas d'un mauvais album de l'artiste avec une oeuvre de Britney Spears aussi bonne soit-elle !

Ensuite, nos témoignages le montrent, beaucoup achètent les jeux à leur sortie voire en précommande. Par conséquent, ils découvrent le problème chemin faisant. Que fait-on pour eux ? Tant pis pour vous, vous auriez dû attendre et qu'un patch (correctif) soit disponible ?

Enfin, on ne tolère pas qu'une voiture ou un frigo ne fonctionne pas, pourquoi le tolérer pour un jeu ? Et je ne parle pas du petit bug qui agace mais n'empêche pas de jouer. Le problème c'est le bug qui altère considérablement l'expérience utilisateur (donc le plaisir !) ou qui empêche tout simplement le fonctionnement du jeu. Or, ce que nous disent les consommateurs c'est que non seulement ce type de dysfonctionnement est croissant mais aussi que les correctifs, trop souvent imparfaits, tardent à venir.

Peut-on considérer ce genre d'action comme l'équivalent des "Class Action Suit" regroupant plusieurs particuliers plaignants dans la justice américaine ?

Non. Malheureusement un tel dispositif n'existe pas en France. Cela est, d'ailleurs, une des raisons pour lesquelles ce type de pratiques est très rentable pour les industriels. Car même s'ils sont condamnés suite à une procédure comme la nôtre, la sanction sera sans commune mesure avec les bénéfices que leur a permis de dégager la pratique en question.

Cependant, l'UFC-Que choisir ne veut pas d'une classe action punitive à l'américaine (qui incorpore des dommages et intérêts) mais milite pour une action de groupe qui permettrait simplement de réparer le préjudice subi par le consommateur : par exemple le remboursement du jeu défectueux. Un tel mécanisme constituerait déjà une menace crédible qui pourrait discipliner les industriels et les contraindre à respecter le consommateur en leur fournissant des produits qui fonctionnent normalement !

Est-ce le meilleur moyen pour un particulier aujourd'hui de tenter de faire valoir ses droits, que de contacter et sensibiliser l'UFC Que Choisir ?

Aider les consommateurs ayant un litige avec un professionnel est notre mission première. Elle est accomplie par notre réseau de bénévoles. Environ 160 associations locales réparties sur l'ensemble du territoire. De notre côté, à la fédération (le siège de l'association), les remontées des consommateurs sont essentielles pour savoir sur quels sujets nous devons nous mobiliser sur un plan politique (lobby) et juridique (des actions plus générales comme celles qui nous intéressent aujourd'hui).

En termes de calendrier, et par rapport aux précédents cas similaires, à quoi peut-on s'attendre pour la suite des événements ?

C'est très difficile à dire, selon les recours activés cela peut durer plusieurs mois comme plusieurs années.

Quand l'affaire sera-t-elle jugée ?

Nous n'avons pas encore cette information.

A combien estimez-vous les chances que cette mobilisation fasse changer certaines choses ? Lesquelles en priorité ?

C'est très difficile à dire. Nous pensons que notre procédure est solide. S'il y a une condamnation elle fera jurisprudence et imposera de fait la transparence de l'information.

Notre communication a aussi « popularisé le sujet », elle peut donc avoir une influence sur les choix des consommateurs.

Enfin, nous avons saisi la DGCCRF au sujet des dysfonctionnements des jeux. Il faut attendre de voir comment elle va réagir.

Existe-t-il d'autres actions similaires dans d'autres pays ? Au regard du droit Européen ?

Pas à ma connaissance.

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