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Pourquoi Beyond Two Souls fait du bien au jeu vidéo

Le jeu qui libérait la parole
Par Julien Chièze - publié le
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Rarement un jeu n'aura enregistré une telle ventilation dans le spectre de ses notations. De 100 à 40 selon Metacritic. Faisant fi du consensus mou, on aime ou on déteste. 

Si Beyond ne laisse pas indifférent, c'est que d'un bout à l'autre de l'échelle d'appréciation, chacun semble avoir l'impression de devoir défendre une certaine idée du jeu vidéo. Il y a ceux pour qui il est inconcevable de qualifier Beyond de jeu vidéo, ceux trouvant l'expérience ennuyeuse... et il y a les autres, ceux rêvant de voir plus d'expériences de ce style dans leur console.

Avec sa vision et ses choix affirmés, David Cage crée les conditions du débat et du clivage. Résultat : l'affrontement s'organise sur les forums, chaque camp essayant de convaincre l'autre de son erreur de jugement. Pour ma part, en respectant l'avis de chacun (du moment qu'il est correctement exprimé), j'ai choisi : malgré des défauts manifestes, j'ai aimé profondément Beyond. Pour ce qu'il est en tant que jeu, mais aussi pour ce qu'il représente pour l'industrie. Les deux étant, à mes yeux, indissociables.

Beyond obligerait presque à avoir un parti pris, à sortir du bois. Diantre, que cela est sain. Que cela tranche avec les habituelles critiques à la grille d'écriture souvent uniformes, souvent calquées sur un modèle bien établi, souvent bridé par cette envie illusoire de recherche d'une impossible objectivité. Parlons avec nos tripes, notre âme, notre vécu, parlons de la trace laissée et oublions un peu nos pouces...

 

Affirmer sa différence

En cela Beyond permet aux rédactions d'affirmer leurs positionnement. Car, c'est un fait, chaque rédaction, chaque site, ne partage pas forcément la même vision du jeu vidéo. Des jeux comme Beyond le révèlent avec encore plus de force. Et au lieu de nous en inquiéter, réjouissons-nous. Plus de subjectivité, moins de tests "contrôle technique"... voilà ce dont a aussi besoin la presse de jeu vidéo pour franchir un cap. Car au-delà de la sacro-sainte note qui cristallise les attentions, il y a des textes, avec des mots, et des partis pris. Certains exprimeront plus ou moins précisément leur ressenti... mais il y en a toujours un. Un jeu comme Beyond pousse à un traitement différent. Avec les tests de jeux comme Beyond, plus que jamais, chaque rédaction affirme ses choix dans ce qu'elle souhaite pour le jeu vidéo. Veiller au respect des codes établis pour les uns, envie d'expérimentations pour les autres. Et si tester un jeu Quantic Dream relevait presque de l'acte militant ? Et si la note attribuée portait aussi en elle un message envoyé à l'industrie ? 

Beyond permet d'aller chercher de la pure subjectivité... et en cela élever un peu le débat. Beyond n'est pas parfait. Ne pas l'aimer n'a rien d'un crime, l'aimer n'a rien de fantastique. Beyond est avant tout une expérience. De celles qui s'enrichissent plus on a à y apporter quelque chose. Si on vient dans le but de tester le système, d'en chercher ses failles, il sera aisé d'en trouver, de voir les bords du cadre, de pester contre les limitations. Mais si l'on se laisse aller, si l'on se concentre sur l'histoire de Jodie, si l'on vient avec ses doutes, ses peurs d'enfants, si on y apporte nos relations familiales, avec notre propre mère, notre père, nos possibles frères et soeurs... soudainement, le jeu prend un autre sens.

Combien de jeux questionnent ce que nous avons vécu, individuellement ? Combien de jeux vous permettent d'incarner un personnage qui, à certains moments de sa vie, peut vous rappeler votre propre vie (en exagérée évidemment) ? Combien de jeux se découvrent presque autant en écoutant l'autre nous raconter son expérience, son voyage ? 

 

 

Un autre public

Beyond possède une autre force : rendre séduisant le jeu vidéo à un autre public que celui des passionnés. Avant lui, Heavy Rain avait ouvert la voie. Combien de joueurs avaient alors entrepris le voyage en couple, avec une moitié pourtant traditionnellement réfractaire au jeu vidéo ?

Beyond ne fonctionne pas sur la mécanique de sanction habituellement usitée dans le jeu vidéo. De fait, en s'affranchissant de l'un de ses codes fondateurs, le titre se veut iconoclaste et porte en lui les germes de la défiance d'une frange des joueurs. Mais les codes sont fait pour être transgressés, pour être redéfinis, non ?

A l'heure où GTA V monopolise l'attention avec ses gangsters, ses actes de vandalismes assumées et ses codes si "jeu vidéo", n'est-il pas sain de proposer aussi autre chose, de montrer au monde que notre industrie dispose d'une palette moins restrictive que certains voudraient le faire croire ? Et si la maturité passait par l'acception de l'autre, de la différence des genres et des expériences ? 

 

A la fin de l'envoi...

Nous sommes tous responsables de nos actions, de nos paroles. Et à l'image de Beyond, les répercussions de nos messages peuvent être insignifiantes ou importantes. A court, moyen, ou long terme.

Il est tout à fait possible de ne pas aimer Beyond. Evidemment, et pour de nombreuses raisons, certaines objectives, d'autres personnelles. Pour ceux qui s'emportent sur les forums, rendez-vous juste compte qu'en rageant ad nauseam sur ce genre de titre, sur une proposition de différence (même si vous ne l'aimez pas), en cristallisant tant d'énervement, le message envoyé pourrait être "nous ne voulons pas de différence"... après, impossible de se plaindre de voir continuer le règne de la cohorte des grosses licences AAA réactualisées chaque année. Beyond ne prend pas la place d'un autre jeu. Il existe en plus. Pour un public.

Pour ceux qui le détruisent de peur que cela devienne l'avenir (comme s'il n'y en avait qu'un seul possible) du jeu vidéo, rappelez-vous pragmatiquement que Beyond ne prend pas la place d'un autre jeu. Et pour le moment, objectivement, ce style de jeux se révèle violemment marginal...

La meilleure chose que Beyond pourrait apporter au jeu vidéo ? Que l'on apprenne à respecter l'avis de l'autre. Libre à chacun d'aimer ou pas, mais discutons-en plutôt que de nous rentrer dedans. Notre passion commune pour le jeu vidéo mérite mieux que ça...

La diversité est une chance. Y compris pour le jeu vidéo.

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