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Journal d'un Ours Gamer

Journal d'un Ours Gamer

Par Waltrius Blog créé le 22/11/11 Mis à jour le 23/11/13 à 11h15

Plutôt baraque, plutôt pataud, et totalement inoffensif, le joueur de 24 ans que je suis est souvent comparé à un vieil ours. Après 60h de Skyrim, la vérité m'est apparue : A terme, les ours vont dominer le monde. La seule solution pour survivre était de leur vouer un culte sur Gameblog...

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Catégorie : Gaming philosophy

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Gaming philosophy

Ma série d'article sur les personnages de jeu que j'adore s'étend et devient une série qui traitera aussi des questions philosophiques que soulèvent ces personnages. C'est la tournure de mon article sur Andrew Ryan qui m'a donné cette idée de ne pas axer l'article uniquement sur mon intérêt pour le personnage, mais aussi sur la complexité de ces personnages, et sur les questionnements philosophiques qu'il apporte.L'objectif est aussi de montrer que le jeu vidéo est aussi un media qui peut être profondément intelligent et mature dans les questions qu'il pose. 

Je vais aborder aujourd'hui un autre personnage qui m'a beaucoup plu et dont la personnalité et l'histoire m'ont amené à me poser beaucoup de questions, un peu comme Andrew Ryan : Adam Jensen, de Deus Ex Human Revolution. ATTENTION SPOILERS INSIDE

 

Adam Jensen est un personnage torturé et rongé par la vengeance, un perso comme je les aime

Adam est un ancien SWAT. Suite à une bavure, pour laquelle il va porter le chapeau, il démissionne de la police et est engagé par Sarif, PDG de Sarif Industries, pour diriger la sécurité du groupe. Adam a également eu une relation avec Megan Reed, une des scientifiques à la tête du département R&D de Sarif Industries. Adam, c'est le gars droit, honnête. Il n'est pas un partisan des "augmentations" que vend et conçoit Sarif Industries. Mais il ne va pas avoir le choix. L'attaque de Sarif Industries et le meurtre de Megan Reed par un groupe commando le laisse gravement blessé. Sarif lui-même tient à le maintenir en vie et autorise l'ajout de nombreux implants sur Adam. Adam est sauvé mais lourdement robotisé (Une partie des organes vitaux, les deux bras et les 2 jambes). 

J'ai distingué deux grands dilemmes que le jeu nous pose et qui nous amènent à vraiment réfléchir sur ce que NOUS aurions fait à la place d'Adam.

 

Adam est-il encore humain ? Les "augmentations" sont-elles corruptrices ?

 La première question concerne plus le personnage d'Adam et impacte sérieusement sur notre façon de jouer dans le sens ou elle va influencer notre style.

Comme c'est très bien résumé dans le trailer de lancement, Adam va se poser tout le long du jeu la question "Suis-je plus qu'humain, ou moins ?". Cette question, le joueur est amené à se la poser en permanence et à réfléchir sur sa perception des "augmentations", comme l'avatar que nous controlons. Ces implants, Adam (le joueur) va les utiliser, et va ressentir la puissance qu'ils apportent. Votre style de jeu découlera directement de votre réaction à cette question: Puisqu'ils nous rendent plus fort, plus puissant et donc susceptibles de tuer sont-ils corrupteurs et deshumanisants ? A ceci s'ajoute le background du personnage. La femme de sa vie est morte, il veut se venger et il n'a plus rien au monde qui le retienne de sombrer psychologiquement. Bref, c'est un surhomme brisé qu'on contrôle.  Fort de ces nouveaux pouvoirs, faut-il se venger en laissant exploser sa haine ou reprimer sa colère ?

 

Le trailer de lancement résume assez bien le dilemme permanent d'Adam

Chacun aura sa propre réponse, et sa manière de jouer devrait s'en ressentir. On peut se laisser griser et devenir une véritable machine à tuer, ou bien user de ces dons avec parcimonie et jouer de manière plus discrète.

J'ai personnellement choisi une réponse grise. M'identifiant beaucoup au personnage, j'ai  choisi d'adopter un style de jeu pragmatique en accord avec le contexte d'Adam, de la perte de l'être aimé et de la vengeance. J'ai assomé et épargné quand je le pouvais, tué sans hésitation quand c'était nécessaire, et avec un certain sentiment de puissance quand il s'agissait d'utiliser les implants.

 

Le transhumanisme et la question de la frontière entre l'Homme et la Machine est une question permanente du jeu

Le jeu fait vraiment réfléchir sur la frontière entre l'humain et le robot, et sur les dérives (autant que sur les avantages) de "l'amélioration de l'être humain".

 

Les "augmentations" sont-elles l'avenir ou la fin de l'humanité ? 

Question bien plus vaste et et pour laquelle le jeu nous demande carrément la réponse à la fin du jeu. En effet, après l'attaque contre Pangea, le joueur à le choix entre 4 solutions via la diffusion d'une vidéo qui marquera l'opinion publique et l'influencera durablement :

Il peut soutenir les tenants du contrôle des augmentations (Humanity Front). Il ferait ainsi porter le chapeau du fiasco de Pangea aux pro-augmentations. Ici, le postulat est que la technologie sans controle va asservir l'Homme. C'est la réthorique classique du Complexe d'Icare : L'Homme veut voler, se laisse griser, mais va se bruler les ailes en volant trop près du soleil. Les augmentations impliquent la prise d'un traitement quotidien pour éviter tout rejet des implants. C'est d'ailleurs très bien résumé par le studio de Montréal dans leur propre trailer. L'augmentation implique donc une dépendance, une dépendance parfois lourde. Bien sur, la question religieuse entre en jeu avec la question de l'âme. Jusqu'ou est-on encore humain ? Il est également important de noter que les Illuminatis ont noyauté ce courant et que leur objectof est de "guider" l'Humanité tout en controlant son évolution.

Le clip live (un trailer du jeu) du groupe extremiste Purity First est criant de réalisme

Il peut décider de soutenir les pro-augmentations. L'attaque de Pangea est alors présentée comme une attaque terroriste de groupe extremistes anti-augmentation. Cette voie est la voie du Transhumanisme, mouvement bien réel et fondé sur l'idée que l'Homme par essence doit dépasser ses limites. Les augmnentations ne sont pas vues comme une régression mais au contraire comme le prochain stade de l'évolution, la création d'un transhumain. Adam représenterait alors l'espoir puisque son ADN unique permet la pose d'implant sans traitement anti-rejet, et donc pourrait permettre à l'Homme de s'affranchir de la dépendance au traitement. Il est donc lui-même le prochain stade de cette évolution.

 

Le clip promotionnel de Sarif Industries (un autre trailer) représente l'alternative transhumaniste

Il peut diffuser le message d'origine de Darrow, le créateur même des augmentations qui prône l'abandon total des augmentations sous pretexte qu'elles ne seront pas accessible à tous et qu'elles renforceront les inégalités sociales. C'est la théorie de la corruption par la technologie mais aussi une thèse égalitariste extrême : Si une personne ne peut avoir accès aux augmentations, alors personne ne doit y avoir accès. C'est aussi un retour aux valeurs traditionnelles comme la religion. En effet, il est expliqué dans le jeu que certains ADN rejetteront toujours, malgré le traitement prévu, les implants. C'est le cas de Darrow lui-même qui est handicapé sans chance de rémission à cause de son ADN.

Parce qu'il n'aura lui-même jamais accès à ses propres créations, Hugh Darrow prône leur abandon pour éviter les inégalités

Enfin, la solution qui n'impose pas au joueur de faire un choix : Faire exploser Pangea, tout ensevelir et tuer tout le monde. Le monde sera alors ignorant de toute forme de complot et fera alors son propre choix, sans personne pour l'influencer. C'est la thèse du libre-arbitre : Personne ne choisira pour l'humanité. Elle fera elle-même son propre choix.

 

Le syndrome d'Icare résume bien le dilemme de tout le jeu : Faut-il élever l'Homme au risque de lui bruler les ailes ?

Le choix est donné au joueur de décider de l'avenir de l'humanité et de donner sa propre réponse. Suivant que vous considerez les implants d'Adam comme une malediction ou une bénédiction, vous bannirez ou renforcerez les augmentations, ou alors vous choisirez de laisser l'Humanité choisir. Le jeu nous oblige, au moins la première fois qu'on y joue, à choisir selon notre vision, à prendre position, à vraiment réfléchir sur ce futur.

 

Les questions que posent le jeu sont bien réelles et nous y serons probablement confrontés un jour

Un article long mais qui reflète réellement tout le plaisir que j'ai eu à jouer à ce jeu et à quel point il m'a poussé à réfléchir, et à me poser des questions sur des thèmes qui se rapprochent de nous assez rapidement. J'ai découvert l'existence du mouvement transhumaniste, tout en comprennant toute la complexité des problèmes que posent les "augmentations". J'ai vraiment apprécié le personnage d'Adam. C'est personnage torturé et rongé par la colère. Il est la réussite du subtil équilibre entre personnage fort et implication-identification du joueur.

Bref, c'est un jeu qui fait réfléchir et c'est trop rarement le cas ! En tout cas, aux quelques courageux qui seront arrivés jusque là : merci de m'avoir lu jusqu'au bout !

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Gaming philosophy

Aujourd'hui je commence une nouvelle série d'article sur les jeux vidéos qui m'ont poussé à réfléchir, à me poser des questions "In Real Life", et sur les questions philosophiques qui les sous-tendent.

Le premier article sera consacré à un perso qui m'a beaucoup marqué intellectuellement : Andrew Ryan. Bon d'avance, il va y avoir du SPOIL à fond, donc si vous n'avez pas encore fini le jeu, ne lisez pas la suite !

 

Totalement mégalomane, Andrew Ryan est aussi très charismatique

Rappelons d'abord le background du personnage. Jeune russe ayant fui avec sa famille le communisme soviétique, il a été élevé aux États-Unis ou il est devenu un self made man typique dans l'industrie de l'acier. Traumatisé par l'idée du partage des richesses et du vol de ce qu'il considère comme son oeuvre, il rejette le capitalisme americain   de l'époque qui se fonde sur l'idée que le riche doit aider le pauvre (capitalisme keynésien des années 30). Fervent défenseur de la propriété privée, il défend une idéologie qui veut que l'individu est supérieur au "nous". Frustré par les idées de son époque, il décide de créer avec sa fortune sa propre utopie, sa ville, isolée du monde, ou ses idées individualistes pourront s'exprimer : c'est la naissance de Rapture.

La vidéo qui nous est présenté lors de la descente du batiscaphe vers la ville reste un moment mémorable du jeu, et un très bon résumé des idées qui ont mené à la construction de cette ville. Ce passage me donne toujours des frissons et est à mon sens une des meilleures introductions pour un jeu à ce jour.

 

Le personnage d'Andrew Ryan nous apparaît tout au long du jeu via des messages radios, ou des enregsistrements type monologue ou il explique le Pourquoi de cette ville, et aussi comment elle a sombré. Car tout l'intérêt de ce "méchant", c'est que c'est un homme avec un rêve, qui voulait un monde meilleur. Ce rêve à fonctionné pendant un temps, avant de se corrompre progressivement, avec son créateur. Car pour protéger sa cité libre du despotisme et de corruption, Andrew Ryan s'est transformé en ce qu'il avait jurée de combattre. C'est cette lente descente aux enfers qu'on entend aux travers des messages audios tout au long du jeu.

 

Véritable héros "randien", Andrew Ryan est autant l'auteur d'un rêve humaniste que son destructeur et corrupteur

Un des scènes les plus marquantes reste la fin d'Andrew Ryan. En effet, notre face à face avec le créateur de la ville est l'occasion d'un nouveau monologue ou Ryan nous parle de la différence entre un homme et un esclave. Il nous explique que la différence c'est le choix, que l'homme libre peut choisir son destin, et non l'esclave. Et pour nous démontrer sa théorie, il nous ordonne de le tuer, ce que nous faisons avec son club de golf, alors que le joueur est incapable d'empêcher l'acte barbare qui se déroule devant nos yeux. C'est la grande force du personnage, il est met comme il a vécu, en homme libre, et il a préféré que le héros (qui est en fait son fils) se dévoile comme un vulgaire esclave qui assassine l'homme libre.

 

Le personnage d'Andrew Ryan à une histoire en dehors du jeu vidéo. Certains sauront que Bioshock est largement inspiré d'un livre américain Atlas Shrugged, écrit par une philosophe américaine d'origine russe Ayn Rand. Le livre est une véritable bible de l'objectivité, une philosophie libertaire ultra individualiste et ultra libérale ou le héros, richissime capitaine d'industrie, fonde une ville avec les plus grands esprits de son époque, une fille loin du communisme et du "socialisme" américain et qui recompenserait à leur juste valeur chaque individu. Le jeu Bioshock reprend cette idée, et s'oppose à l'objectivisme à travers le personnage d'Andrew Ryan (l'avatar d'Ayn Rand) qui fonde cette ville avec un idéal de justice, mais la voit petit à petit se corrompre et demontrer que l'individualisme n'est pas tout.

Totalement méconnue en Europe, l'auteur et l'oeuvre qui ont inspiré Bioshock sont incontournables dans la culture américaine

J'ai vraiment adoré ce personnage, son charisme, ses idées, puis sa descente aux enfers, jusqu'à sa mort. Il est la preuve de toute l'intelligence qui sous-tend le scénario de Bioshock, de toute son inspiration philosphique. Le courant objectiviste est très peu connu en Europe, mais est très influent aux USA, et vaut le coup de s'y intéresser ne serait-ce que pour comprendre comment Bioshock est conçu.

 

 

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