Nouvelles Réalités

Par Sowillo Blog créé le 04/03/16 Mis à jour le 14/06/18 à 19h54

Nos pratiques évoluent et avec elle notre réalité. Voyager par le jeu vidéo, le comics, le manga, le cinéma, la littérature, internet, et toutes ces "geekeries" créatrices de microcosmes de passionnés sont nos nouvelles réalités. News et analyses de cette passion qui est la nôtre.

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Catégorie : Cinéma

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Cinéma (Cinéma)

Enfin un lead féminin dans un film de super héros ! Condensé de badasserie en chaîne ou énième production mitigée ? Que donne ce quatrième film du DCU, le premier à mettre en scène un héros solo autre que Superman ? Verdict.

 

Après une brève – mais non moins transpirante de classe – introduction dans Batman v Superman : Dawn of Justice, l’héroïne au charisme qui ferait pâlir Batman est de retour dans son origin story. Wonder Woman, premier film de héros solo du DC cinematic universe (DCU) depuis Man of Steel, catalysait les espoirs des fans. Mais le film relance-t-il le DCU en bonne et due forme où s’inscrit-il dans la maladroite continuité de ses deux prédécesseurs (BvS, Suicide Squad) ? Pour une fois, les critiques semblent confiantes et ne retiennent pas leurs éloges. Attention, spoilers à l’horizon.

Enfin un lead féminin !

 

L’une des craintes qu’il était légitime de formuler avant de voir le film était que Wonder Woman – ou Diana pour les intimes – ne soit pas le véritable lead de son film, mais davantage le sidekick du premier rôle masculin : l’espion américain Steve Trevor. Premier bon point, elle n’est ni un personnage-fonction, ni un outil scénaristique et encore moins la simple motivation émotionnelle d’un homme. Ici, Wonder Woman n’est pas encore la combattante aguerrie entraperçue dans BvS et il lui reste encore beaucoup à apprendre, mais elle est véritablement l’héroïne. Elle incarne la justice, le courage, la force et des valeurs parfois plus humaines que celles de vrais humains. Plus fort encore, elle instille et inspire ces valeurs chez les autres. Il est à la fois agréable et inquiétant de se réjouir qu’un film d’une telle ampleur donne enfin ce rôle à jouer à un personnage féminin. Pourquoi est-ce une exception à saluer, et pas quelque chose de normal ? Just asking.

Une action maîtrisée

 

De nombreuses scènes d’actions mémorables ponctuent le film qui bâtit sans pression son histoire avec un rythme qui n’a pas peur de ralentir quand il le faut, ni d’accélérer juste au bon moment. Résultat : un patchwork plutôt maîtrisé qui se découpe en trois grands actes logiques bien que légèrement inégaux entre eux.

Le premier acte, sur l’île de Themyscira, n’est pas sans rappeler le kitsch des séries de la fin des années 1990 et du début des années 2000 comme Hercule ou encore Xena la guerrière. Mais une esthétique soignée tant au niveau des costumes, que de l’architecture, des paysages et de la mythologie introduite dans ces premières minutes du film ont tôt fait de pardonner le reste.

Themyscira, l'île des Amazone, dépayse par son esthétique et son architecture réussies

Pas de grosse surprise dans Wonder Woman. On devine très tôt comment se terminera le film et quand et comment interviendra le « twist » final. Rien de dérangeant, puisque ce n’est pas fondamentalement ce qu’on attend d’un blockbuster superhéroïque.

L’action, quant à elle, est une grande réussite. Quand certains semblent déçus par le rythme, je l’acclame au contraire. Wonder Woman donne le temps de souffler, de saisir les personnages (certains plus fonctions que d’autres) et leur profondeur. Mais quand elle se fâche et passe à l’action : frissons garantis ! Appuyée par son thème musical électrique, iconique et franchement audacieux, la princesse des Amazones fend l’écran par sa superbe. La scène du no man’s land, notamment, se démarque par une chorégraphie et un art du ralenti qui ont fait vibrer chacune des fibres de mon corps de spectateur ébahi. Et c’est exactement ce que j’attendais du film.

Grincements de dents

Hélas, j’ai grincé des dents bien plus souvent que je ne veux bien l’admettre.

L’une des premières phrases du héros est « je suis un gentil et eux, ce sont les méchants » (en parlant des allemands). Aïe. Une phrase qui aurait « limite » pu passer si on parlait de nazis, mais il s’agit ici de soldats allemands de la première guerre mondiale, qui ne font qu’obéir aux ordres de leurs supérieurs comme le font les soldats français, anglais, américains, russes, etc… Un manichéisme malvenu donc, même pour un film de super-héros : car ce conflit est bel et bien super… humain. Heureusement, ce propos est rattrapé à la toute fin du film mais j’y reviendrai ultérieurement.

Grinçons des dents encore un peu, avec une petite série de blagues portées sur les parties génitales de monsieur. Non seulement ces blagues sont vues et revues, mais en plus elles desservent, à mon sens, le propos du film. Outre leur caractère exagérément marvelien (ça ne se dit pas mais faisons comme), ces blagues embarquent les deux personnages principaux (Diana et Steve) dans une spirale « sexuelle » seulement quelques minutes après leur rencontre. Est-ce donc à dire qu’un lead féminin ne peut se passer, dans son film, de cette connotation sexuelle avec un homme ? La question me paraissait assez intéressante pour être posée. En rien ce détail n’a gâché le film, malgré le déroulement inéluctable de discussions sur le sexe homme/femme qui se poursuit ensuite jusqu’au dénouement de l’intrigue amoureuse à la fin du deuxième acte. Une intrigue qui sert l’évolution du personnage, mais dont le film pouvait largement se passer.

Pour une fois, c'est un homme - Steve Trevor - qui joue le rôle de l'intérêt amoureux de l'histoire. Même s'il hérite d'une belle part d'héroïsme

Nous ne nous attarderons pas outre mesure sur un antagoniste (Ludendorf) au plan largement faillible et aux motivations franchement douteuses. Ni sur des soldats complètement sourds et aveugles qui ne se rendent pas compte que leur général se fait administrer une sévère fessée, à quelques mètres d’eux dans un mirador visible depuis tout le reste de la base.

Noir ? Blanc ? Gris !

Ce que je reproche le plus aux blockbusters en général et particulièrement aux films de super-héros, c’est la culture de la surenchère. Il faut toujours plus impressionner, avec plus d’effets spéciaux, d’explosions et de combats spectaculaires à l’ampleur sans cesse croissante.

Milieu du troisième et dernier acte. Wonder Woman vient de tuer le général Ludendorf qu’elle pensait être Arès et… révélation : il n’est pas le dieu de la guerre. Arès n’est pas responsable de cette guerre. Oui, film ! Très bien ! Après des propos manichéens hasardeux, tu développes finalement un propos intéressant. Eh oui : l’humain s’est foutu lui-même dans la mélasse dans laquelle il stagne. Il n’avait pas besoin d’une entité divine maléfique pour cela. La guerre, il la déclenche parce qu’il n’est pas fondamentalement bon, ni fondamentalement mauvais. Il est simplement gris. Et comme le dit Steve Trevor lui-même « tout ça, c’est de notre faute à nous tous », excluant ainsi l’unique responsabilité des ‘méchants’ allemands. Ouf. Ainsi Wonder Woman laisse l’enfant amazone naïve derrière elle et devient la combattante responsable qu’elle doit être, suite à cette claque royale administrée par la réalité.

Le combat final contre Ludendorf est simple, se cantonne à une échelle humaine et synthétise les procédés utilisés jusqu’à maintenant : ralentis, chorégraphie maîtrisée, équilibre. Voilà ! Enfin un film de super héros qui ne surenchérit pas en… Ah non, Arès existe vraiment en fait. Il est super puissant. Combat dans les airs. Explosions partout. Feu. Bim. Bam. Boum.

Bien sûr, le combat contre Arès n’est pas excessif. Contrairement aux combats finaux de BvS et Suicide Squad, il est même plutôt raisonnable. Toutefois il dessert le propos du film qui, pourtant, était devenu très intéressant. Alors certes, Arès explique qu’il n’a pas déclenché la guerre, seulement l’évolution technologique menant aux armes qui permettent de la mener. Mais il était donc tout de même impliqué, là où son absence totale aurait été l’argument final d’un portrait critique de l’humanité et de ce dont elle est capable dans sa bêtise. Finalement la nécessité d’un combat époustouflant et d’un discours sur la force de l’amour contre la haine l’ont emporté sur une volonté (non moins existante, laissons-lui cela !) de faire quelque chose de différent en tout point.

Verdict

À ce jour, Wonder Woman est de loin l’un des films les plus solides du DC universe. Consistant, identitaire, rythmé, il relance avec succès l’espoir et les attentes pour la suite des aventures des héros de la Justice League. On y ressent encore la signature DC, même si celle-ci s’efface au profit d’une casualisation ou, oserait-on le dire, d’une marvelisation. Loin d’être exempt de défaut, mais encore plus loin d’être mauvais, Wonder Woman se détache de la noirceur inhérente des films DC (au profit d’un peu plus d’humour), sans pourtant s’en délester totalement. Un avant-goût de la tournure que va probablement prendre le DCU : ni blanc, ni noir… au final, plutôt gris.

W.R.P.

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Cinéma (Cinéma)

Une équipe de grands méchants, charismatiques, badass et timbrés, lancés dans une mission suicide, c’est ce que promettait David Ayer dans Suicide Squad, le dernier film de l’univers cinématographique DC. Depuis sa sortie, le film fait l’objet de nombreuses critiques négatives. Sont-elles méritées ? Verdict.

Des anti-héros. Des supers-vilains sans c½ur ou complètement fous, recrutés contre toute attente par le gouvernement qui les a jetés en prison, pour combattre le mal. Voilà ce que propose, sur le papier, Suicide Squad. Depuis la sortie du film, on lit partout dans la presse et sur le net que le film est « oubliable », « incohérent », et « terriblement raté ». Mais, à l’instar de ce qu’il s’était produit pour Batman v Superman, les critiques sont-elles trop sévères ? Pas si sûr. Attention, spoilers à l’horizon.

Une construction chaotique

L’une des premières réflexions que je me suis faite en sortant du film concernait sa construction narrative. On retrouve dans Suicide Squad un rythme chaotique et inconstant qui faisait déjà légèrement défaut à Batman v Superman. Si la première partie du film enchaîne à grande vitesse les scènes pour introduire les différents personnages et les « enjeux » de ce qui va suivre, la seconde partie ralentit subitement. Si sur le papier cette inconstance rythmique n’est pas un défaut, elle dessert profondément le film et l’enfonce dans sa schizophrénie mal assumée, mais je reviendrai sur ce point ultérieurement.

Principal acteur du chaos narratif de Suicide Squad : son montage, qui a manqué de me faire m’arracher les cheveux à plusieurs reprises, surtout en première partie. En effet, certaines scènes m’ont parue incompréhensibles tant elles semblaient sortir de nulle part, sans explications, et sans transitions.

Suicide Squad ou Deadshot the Movie ?

La force de Suicide Squad devait en partie résider dans l’originalité de ses personnages et leurs interactions. La folle Harley Quinn, le tueur sans scrupule Deadshot, le maléfique El Diablo, le brutal Killer Croc, et l’imprévisible Joker. Mais les critères définissant de ces personnages ont-ils été respectés ? Pas vraiment. En lieu et place d’un Deadshot meurtrier, véritable tueur au sang-froid, Will Smith (qui n’y est sûrement pas pour rien) incarne plus un bon père en quête de rédemption qu’un sanglant criminel. Par ailleurs, le tireur d’élite occupe une place prépondérante dans le film, à tel point qu’il fait de l’ombre aux autres personnages, y compris Harley Quinn qui est reléguée, hélas, au triste poste de personnage secondaire féminin dont les atouts sont bien (trop) mis en avant.

Will Smith n’est pas un mauvais acteur. Il est capable de belles performances mais il semblerait qu’il n’ait pas compris le personnage qu’il devait jouer dans ce film. D’aucuns diront qu’il a d’ailleurs forcé la main à la production en donnant à Deadshot un côté plus humain et bon, ce qui est probablement le cas. Will Smith sait jouer le bon père de famille et c’est ce qu’il a encore voulut faire ici.

Quid des autres personnages ? Difficile de juger leurs qualités et leurs défauts tant ils évoluent dans l’ombre de Smith. Harley Quinn, dont c’est la première adaptation au grand écran depuis l’invention du personnage par la série animée des années 1990, fera l’objet de quelques fulgurances tout au long du film, mais déçoit par d’autres aspects, comme notamment sa relation avec Joker, sur laquelle je reviendrai quelques lignes plus bas. Quant à El Diablo, Captain Boomerang ou encore Katana ? Ils sont si brièvement introduits que le spectateur éprouve des difficultés à s’attacher à eux ou même à se sentir concerné par ce qui leur arrive tout au long du film.

 

Le Joker, cette blague.

Le Joker. Attendu au tournant par une énorme communauté de fans du personnage, Jared Leto livre à l’écran une prestation qui laisse perplexe. Le défi à relever était de taille : succéder au brillant psychopathe incarné par Heath Ledger n’est pas chose aisée, loin de là. D’aucuns diront que le Joker de Suicide Squad est un sous-produit mal interprété du Joker de la trilogie The Dark Knight. Si ce n’est pas vraiment le cas, le clown de Gotham de Jared Leto est loin d’être parfait.

Le problème principal :  le Joker ne sert à rien. Ne faisant pas partie de la Suicide Squad, il passe l’intégralité du film à essayer de sauver son Harley Quinn… qui n’a pas besoin de l’être ! Certaines scènes totalement superflues, et terriblement mal réalisées (celle où il propose à un gangster de « fricoter » avec Harley) ne font rien pour arranger les choses, voire tournent en ridicule ce personnage qui n’est là que pour faire plaisir aux fans. Le Joker apparait ça-et-là au cours du film, comme une mauvaise blague sortie en soirée pour détendre l’atmosphère, sans réussir.

Au-delà de son inutilité, intéressons-nous plutôt à son « caractère ». Dans Suicide Squad, Joker est une sorte de parodie des gangsters « fous-fous » des années 1930. Mais on ne le voit pas suffisamment à l’½uvre pour s’imprégner du décalage qui, normalement, le définit et le caractérise. Par ailleurs, sa seule motivation dans le film consiste à sauver sa bien-aimée : l’amour donc. Une motivation bien trop humaine et compréhensible par le spectateur pour que le Joker ne puisse briller par sa folie et son imprévisibilité.

Parlons-en, d’ailleurs de cette relation : elle ne fonctionne pas. Dans les comics (ou la série), Joker se fiche éperdument de la donzelle qui, elle, revient sans cesse à la charge, folle de lui. Au contraire, Joker utilise plutôt Harley pour servir ses intérêts sans jamais vraiment ressentir d’amour pour elle. On est bien loin de cette relation dans l’amour passionnel et partagé qu’ils éprouvent dans Suicide Squad.

Alors : oserons-nous poser la question ? Pourquoi pas : le Lex Luthor de BvS n’est-il pas un meilleur Joker que le Joker lui-même ? Trop tôt pour le dire. Attendons d’en voir plus du clown de Gotham dans un éventuel futur Batman.

Des enjeux décalés, une intrigue ratée

Toute cette belle équipe (plus ou moins réussie/ratée, c’est selon) est donc bel et bien réunie par Amanda Waller, « The Devil », celle qui veut combattre le mal par le mal. Mais le mal, où est-il ? Et bien il vient de l’intérieur. Le grand méchant de l’histoire vient finalement de l’équipe constituée pour le combattre. En effet, Enchantress, une sorcière métahumaine vieille de plusieurs milliers d’années, l’une des membres de la squad, se rebelle contre Waller et retrouve son frère pour qu’ils étendent leur domination sur Terre. C’est alors que la Suicide Squad entre en scène. Leur objectif final (passons outre les « rebondissements ») : vaincre cette semi-divinité aux pouvoirs ancestraux.

Décalage, vous avez dit ? Complètement. Comprenez-bien : vous envoyez une psychopathe armée d’une batte, un tireur d’élite, un mutant-crocodile tout doux tout gentil, une ninja, un pyromane pacifiste et un homme qui se bat à l’aide de boomerangs pour combattre un démon ancestral de plusieurs millénaires ?

Ici, le problème n’a qu’un seul visage : la surenchère. La volonté de toujours faire les choses en grand. Pourquoi envoyer une équipe pareille se battre contre une menace aussi dangereuse et beaucoup trop puissante ? Dans sa perpétuelle quête de démesure, le cinéma hollywoodien brille ici par ses défauts : il sacrifie la cohérence scénaristique au profit d’effets spéciaux spectaculaires et d’antagonistes aux pouvoirs divins et illimités qui sont en complets décalages face aux (anti)héros de la Suicide Squad. Le film aurait bien mieux fonctionné avec une menace à leur portée. La menace, d'ailleurs, ne se fait jamais vraiment sentir : l'antagoniste n'a aucun intérêt et ses motivations sont inintéressantes.

 

Suicide Squad est schizophrène

Comment en est-on arrivé à ce résultat ? Suicide Squad a été victime d’une série de mauvaises décisions, d’une réalisation bipolaire, et d’une pression mal placée des studios. Pour comprendre où je veux en venir, je vous invite à visionner à nouveau la toute première bande annonce du film, dévoilée en juillet 2015.

 

La première bande-annonce témoigne d'une ambiance qui devait être plus sombre qu'elle ne l'est finalement

Si vous avez vu le film, vous devez probablement vous dire que l’ambiance qui en ressort est bien loin de celle que présentait ce premier trailer. Que s’est-il passé ? Deux raisons : les critiques de Batman v Superman et le succès de Deadpool. Hélas. Comme je l’avais précisé dans mon verdict sur Batman v Superman, les critiques ont été injustement sévères avec le second film de l’univers cinématographique de DC. On reprochait au film sa trop grande « maturité » et sa tendance à être trop sombre (ce qui est pourtant tout l’intérêt de DC par rapport à Marvel). Cela, ajouté au succès retentissant de Deadpool, qui brise les conventions des films de superhéros, a poussé les studios a demandé aux équipes de Suicide Squad de retourner certaines scènes du film pour les rendre plus « humoristique », plus « Deadpool-like ». Résultat : Suicide Squad est schizophrène.

Le film avait pour vocation initiale d’être bien plus sombre. Il était même question d’une relation abusive entre le Joker et Harley Quinn, bien plus proche de ce qui se produit dans les ½uvres originales. Mais au final, le ton sombre côtoie l’humour, parfois réussit, parfois pas : dans un mélange incohérent et auto-contradictoire.

L'évolution du logo du film depuis son annonce jusqu'à au jour de la sortie montre bien qu'il a complètement changé de ton

Par ailleurs, le film met en avant un casting de super-vilains et joue sur l’originalité de personnages aux motivations obscures et qui n’aspirent qu’au chaos. Même à cela, le film échoue partiellement. Non seulement les différents personnages sont trop peu mis en avant en raison d’un Deadshot bien trop présent, mais en plus, ils se retrouvent finalement à jouer le rôle de simple héros : combattant un mal plus grand et plus dangereux qu’ils ne le sont, réduisant leur statut de vilain à un simple « titre ». Finalement, même Waller, celle qui a assemblé la team, est une meilleure vilaine dans la mesure où elle agit bien plus froidement que les méchants eux-mêmes, lorsqu’elle n’hésite pas à tuer sans remord ses propres employés.

Verdict

Suicide Squad promettait de briser les conventions, d’apporter de la fraicheur et de l’inédit dans le monde cinématographique des superhéros. Hélas, le film échoue et, au contraire, essaie à moitié de se calquer sur une recette qui ne lui est pas adaptée. Décevant et loin d’être à la hauteur de ce qu’il faisait miroiter, Suicide Squad est presque oubliable. L'inquiétude grandit à mesure que les films DC déçoivent et je ne peux m'empêcher d'être triste en pensant à quel point le film aurait pu être bon et innovant s'il n'avait pas échappé au contrôle de son réalisateur. Avec du recul, toutefois, Suicide Squad consitue un bon divertissement qui offre quelques scènes mémorables avec des personnages, mine de rien, qui s'avèrent tout de même attachants. Schizophrène, vous avez dit ?

W. R-P.

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Cinéma (Cinéma)

Le combat du siècle, c’est ce que promettait Zack Snyder dans son film, Batman v Superman : Dawn of Justice. Depuis sa sortie, mercredi 23 mars 2016, le film fait pourtant l’objet de nombreuses critiques négatives. Sont-elles justifiées ? Verdict.

On lit partout sur le net que Batman v Superman est un naufrage, une catastrophe cinématographique, un enchaînement de ratés. C’est comme si l’ensemble des critiques européennes (et quelques critiques américaines) s’étaient concertées pour l’assassinat organisé du nouveau film de Warner et DC. Si Batman v Superman est effectivement parsemé de maladresses, il n’en est pas pour autant un mauvais film, bien au contraire. Pour bien comprendre les différents avis exprimés, intéressons-nous aux détails qui ont plu et déplu. Attention, spoilers à l’horizon.

Un bordel cohérent.

Le premier reproche fait au film est sa structure narrative. Le film se découpe en deux grands actes bien distincts (tant dans leur forme que dans leur fond). Le premier est un enchaînement de scène parfois un peu trop précipité qui peut égarer le spectateur en formant un patchwork d’évènements entrecoupés les uns avec les autres sans véritables transitions. Mais cette désorganisation est, à mon sens, volontaire. Zack Snyder a voulu raconter énormément de choses dans son film, et ça se sent. Cette première heure et demie sert à installer l’intrigue et à présenter les personnages et notamment le Batman de Ben Affleck dont nous parlerons un peu plus tard. Le tout en alternant intelligemment les points de vue entre Bruce Wayne et Kal El pour faire monter la tension et converger vers le conflit. Parsemé ça-et-là de visions troublantes et de délirs de Bruce Wayne (qui laissent d'ailleurs présager les futurs Justice League) cette première partie laisse un arrière-goût brouillon.

Le deuxième acte est celui de l’affrontement. Batman contre Superman, puis plus tard unis avec Wonder Woman contre Doomsday. Si le combat opposant les deux héros n’est pas particulièrement marquant, il dégage tout de même quelques idées intéressantes. Son plus gros défaut étant l’usage abusif de flash lumineux trop agressifs (le combat se passe pendant un orage) m’ayant forcé à détourner le regard plusieurs fois.

En résumé, une construction rythmique inégale qui essoufle le spectateur.

Superman, investi émotionnelement

Super-prestation pour Superman

Beaucoup reprochaient (et reprochent encore) à Superman d’être trop sombre dans Man of Steel, le personnage étant par nature lumineux et bienveillant. C’est un Superman tourmenté qu’on retrouve dans Batman v Superman et c’est une très bonne chose, question de goût. La direction prise par l’univers DC est bien plus sombre et « mature » que celle empruntée par Marvel. Le dieu tout puissant remis en cause pour l’immensité de ses pouvoirs, la souffrance, le rejet ; autant de problématiques qui donnent du relief à un personnage qui aurait pu être trop parfait (et donc ennuyeux). Henry Cavill donne de la superbe à Superman dans ce qui est, à mon humble avis, la meilleure interprétation du héros sur grand écran.

Batman, âgé et brutal

Autre point très positif pour le film, le Batman de Ben Affleck. En plus d’interpréter Bruce Wayne avec brio, l’acteur donne de la fraicheur au Chevalier Noir. Plus âgé et meurtri que ses précédentes incarnations au cinéma, cette version de Batman est tout droit inspirée des excellents The Dark Knight Returns (à voir absolument !).

Les critiques accusent Batman de tuer de sang-froid plusieurs malotrus et donc d’être dénaturé. Révisez vos classiques, Batman a déjà tué. Si le héros limite le plus possible d’engendrer la mort, il lui est déjà arrivé de tuer, par accident ou bien volontairement, ses adversaires. Le justicier de Gotham est par ailleurs dépeint plus sombre et meurtri que lors de ses précédentes apparitions au cinéma. Ce qui s’explique notamment par ses 20 ans de combat contre la pègre et la mort de son partenaire : Robin, tué par le Joker, comme le fait comprendre la tenue souillée du personnage que l’on aperçoit dans la Batcave.

Soutenu par un Alfred brillamment interprété par Jeremy Irons, le Batman de Ben Affleck plait, mais on attendra un film dédié pour être complètement convaincu.

Bruce Wayne, impuissant face à l'horreur à Metropolis

Wonderful !

Ne faisant que quelques apparitions en civil jusqu’à la dernière partie du film où elle entre véritablement en scène, Wonder Woman vend du rêve. Son arrivée ne fait pas dans la dentelle, avec son thème musical électrique composé par Hans Zimmer et Junkie XL, la guerrière amazone est badass et réussit à donner envie de plonger dans le film lui étant dédié, prévu pour l’année prochaine (enfin une super-héroïne en vedette !). Elle permet d’ailleurs d’introduire assez habilement les trois autres héros prévus pour la Justice League : Flash, Aquaman et Cyborg.

Snyder fait du Nolan… mais pas que !

Autre critique fréquente : Snyder est sorti de son style. Depuis quand un réalisateur a-t-il l’obligation de se cantonner à ce qu’il a déjà fait ? Avec Christopher Nolan (trilogie The Dark Knight, Inception, Interstellar…) en producteur, Snyder a vu son style évoluer et les deux approches se complètent pour le meilleur.

Le réalisateur de Batman v Superman est très pertinent à plusieurs reprises tout au long de son film. Snyder donne l’occasion aux spectateurs d’assister à un combat de super-héros du point de vue des civils. À travers les yeux d’un Bruce Wayne impuissant devant la violence du duel Superman-Zod, Snyder rappelle le traumatisme vécu par des milliers d’américains le 11 septembre 2001. Immeubles qui s’effondrent, nuages de poussière étouffants, civils en panique et victimes par milliers, cette scène permet de relier l’Aube de la Justice à Man of Steel et d’expliquer le conflit principal du film.

Au-delà de sa pertinence, Snyder s’illustre par l’esthétique soignée qui caractérise ses réalisations. On pense notamment à la scène d’introduction du film qui montre la mort des parents de Bruce Wayne (vraiment réussie, pour une énième scène de ce genre !)

Des réussites et des ratés

Si le film est bon dans l’ensemble, il est révoltant sur certains points. On salue la performance de Jesse Eisenberg dans la peau de Lex Luthor même si ce dernier, normalement calculateur et froid, est dépeint ici avec un brin de folie qui rappelle légèrement le joker. Certes, le Joker n’a pas le monopole de la folie, et celle de Luthor est bien différente de celle du clown de Gotham, mais les mimiques utilisées par Eisenberg laissent dubitatif à certains moments.

Le moment qui dérange c’est celui de la transition ennemi-ami entre Superman et Batman. Alors que le justicier de Gotham s’apprête à achever Clark, ce dernier lui demande de sauver sa mère, Martha. Trente secondes plus tard, ils sont meilleurs amis. Evidemment dit comme çela, ça paraît ridicule (et visuellement, dans le film, ça l’est) mais en y réfléchissant, on comprend que Batman est propulsé à la place de l’assassin de ses parents lorsqu’il entend ces mots, sa défunte mère s’appelant également Martha. Ajoutez à cela que les deux héros ne sont pas fondamentalement différents et plutôt faits pour s’entendre. Leur conflit et la haine qu’ils se vouent ne sont que le résultat de l’image qu’ils se renvoient d’eux-mêmes. Comme un miroir qui mettrait en exergue leurs propres défauts. Ces notions bien en tête, on pardonne à moitié la soudaineté de leur nouvelle amitié.

Verdict

Batman v Superman : l’Aube de la Justice n’est pas à la hauteur de ce qu’il promettait. Le film accumule des maladresses qui font parfois grincer des dents mais, loin d’être mauvais, il fait preuve de pertinence et de fulgurance lors de scènes qui resteront dans les mémoires. Il est surtout une introduction réussie au nouvel univers cinématographique DC qui promet, on l’espère, du très lourd pour les années à venir.

W. R-P.

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Édito

Nos pratiques évoluent et avec elle notre réalité. Voyager par le jeu vidéo, le comics, le manga, le cinéma, la littérature, internet, et toutes ces "geekeries" créatrices de microcosmes de passionnés sont nos nouvelles réalités. Ici, nous en parlons, nous en rions et nous débattons de ce qui nous fascine, nous passionne, nous surprend ou nous déçois. Bienvenue dans les Nouvelles Réalités !

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