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Chroniques de l'abîme

Chroniques de l'abîme

Par Samizo Kouhei Blog créé le 31/12/09 Mis à jour le 14/08/13 à 10h35

Mon blog sur lequel je parlerai de mes coups de coeur (et de gueule) en matière de jeux vidéos, BD, cinéma, musique, lecture.

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Réflexions de joueur

Comme promis, voici un 2ème article autour de Bioshock Infinite. J'ai décidé de parler de la religion (ou plutôt de l'image véhiculée dans le jeu) et non plus de la science ou uniquement dans son rapport avec la religion.

Dans mon précédent billet, j'avais parlé du contexte historique et idéologique du jeu, en disant que Columbia se conformait à une certaine vision des premiers temps des Etats-Unis (qui s'accomodait notamment de l'esclavage). Cela passe également par un fort discours religieux, qui sera l'objet principal de cet article.

SPOILERS SUR L'HISTOIRE

La religion occupe une place très importante dans la mentalité américaine. Les premiers migrants venus d'Europe étaient les puritains, des protestants persécutés en Angleterre pour leur vision un peu trop littérale de la religion. Encore aujourd'hui, le discours puritain est encore fort influent dans la Bible Belt.

Dans Bioshock, Andrew Ryan rejetait toute religion (au nom de l'avènement de l'individu) tandis que dans Bioshock 2, Sophia Lamb établissait un culte autour d'Eleanor pour mettre en place son utopie collectiviste. Dans Bioshock Infinite, le principal antagoniste est Zachary Hale Comstock, autoproclamé "prophète". On ne sait rien de son passé avant qu'il devienne prophète et pour cause, puisque Comstock n'est autre qu'une version alternative de Booker deWitt, qui par un deuxième baptême, efface son lourd passé. Mais au contraire du mouvement des Born Again Christian qui vise à "renaître" spirituellement par une (re)conversion au christianisme évangélique dans le but d'absoudre une vie d'excès (comme exemples connus on peut citer George W. Bush ou Dave Mustaine), Comstock ne se repent absolument pas de son passé sanglant (massacre de Wounded Knee, brisage de grève au sein de Pinkerton) et exploite ses faits d'arme pour sa propagande personnelle dans le Hall des Héros et au travers de nombreuses affiches et statues monumentales. Dans l'un des premiers Voxophone, Comstock évoque le baptême (ce qui prend une toute autre signification à la fin du jeu) : "Un homme plonge dans les eaux du baptême et c'est un homme nouveau qui en ressort. Mais qui est donc cet homme qui repose au fond des eaux ? C'est autant un saint qu'un pêcheur jusqu'à ce qu'il se révèle aux yeux des hommes". Il s'agit donc avant tout simplement de changer d'identité. Comstock se créée une persona de prophète à barbe de patriarche, au visage terrible apparaissant dans le ciel pour frapper les ennemis de Columbia du feu divin.

Comstock a une vision vengeresse de la religion, beaucoup plus marquée par l'Ancien Testament (et son Dieu jaloux et vindicatif) que par le Nouveau Testament (message universaliste et pacifiste de Jésus). S'il envoie le feu de Columbia lors de la révolte des Boxers, c'est pour anéantir les "vipères orientales" et punir la "Sodome inférieure". Dans l'un de ses Voxophones, Comstock affirme :"Le Seigneur pardonne tout, mais je suis juste le Prophète ... je n'ai pas à pardonner". Il prédit la punition des Etats-Unis qui lui ont tourné le dos, non pas par lui mais par Elizabeth (ce qui arrive effectivement dans une des réalités où on assiste au bombardement dans les années 1980 de New York par les zeppelins de Columbia). A l'instar des prophètes qui parsèment l'Ancien Testament, Comstock a reçu la visite des anges (l'archange Columbia) et met en garde contre le "Faux Berger", dont il a prophétisé la venue.

Comme beaucoup de prédicateurs protestants / évangéliques avant lui (et après lui), Comstock détourne en fait la foi des gens à son propre avantage idéologique et matériel (voir la banque qu'on visite en fin de jeu). On entre dans Columbia par une église où on voit que Comstock a mis en place sa propre trinité : Mme Comstock prend la place de Marie (sans l'Immaculée Conception mais avec une gestation de 7 jours !) en plus d'être une martyre assassinée par Daisy Fitzroy (la chef de la Vox Populi), Dieu lui-même n'est presque pas nommé dans le jeu mais parle par le biais de son prophète ... et Elizabeth est surnommée l'Agneau (Jésus est surnommé l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde).

Les personnes qui pourraient dévoiler son imposture (le fait qu'il soit stérile et qu'Elizabeth ne puisse être son enfant) sont éliminées (Mme Comstock et les Lutèce). Comstock maintient parfaitement l'illusion de l'utopie par un mélange de propagande et de science avancée. Plus dure sera la chute pour les citoyens de Columbia quand la Vox Populi réussit à mettre la main sur des armes.

Dans son interprétation toute personnelle de la religion, Comstock introduit une dimension "mythologique" à la fondation de Columbia, puisqu'il place la cité sous le patronage de 3 Pères Fondateurs, représentés sous formes de statues grecques, telles des divinités poliades : Thomas Jefferson, George Washington et Benjamin Franklin, munis respectivement des attributs du parchemin, de l'épée et de la clé (les signes servent de mot de passe pour rentrer à Columbia). Comstock met en place une religion civique à l'instar des religions grecque et romaine.

Dans un dernier article, je reviendrais sur la fin du jeu et mes hypothèses progressives au fur et à mesure que j'avançais dans l'intrigue.

Voir aussi

Jeux : 
BioShock Infinite
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Commentaires

Dr.MaManoueD
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Dr.MaManoueD
Superbe article, Bravo, bravo, bravo ! :)
Glados
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Glados
i want this game *__*
Akisuki
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Akisuki
Très bon article, hâte de voir la suite ! :)

Édito

Mon opinion sur l'actualité vidéoludique, mes impressions sur les derniers jeux auxquels j'ai joués, mes coups de coeur ou coups de gueule en matière de BD, cinéma, musique et dernières lectures.

PSN : samizo_kouhei

3DS : 2921 9505 3989 

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