Rêves électriques

Rêves électriques

Par Noiraude Blog créé le 17/09/10 Mis à jour le 04/09/17 à 00h15

30 ans de passion pour les jeux vidéo, le Japon et le cinéma, ça laisse forcément des traces. Vous voulez en savoir plus?

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Catégorie : Humeur

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Humeur (Jeu vidéo)

Yop tous !

La consigne avait été donnée à mi-mots au courant de la semaine par les vendeurs de mon magasin de jeux vidéo préféré: peut-être le Street Fighter nouveau allait-il faire son apparition dans les rayons dès ce samedi, par cette belle journée printanière de février. Passionné de VS fighting depuis les années SuperNes et n'écoutant que ma furieuse envie de tâter de la bête sans attendre, je me suis donc rendu dès ce matin chez mon fournisseur de galettes préféré, ceci pour découvrir que l'heureux événement était bel et bien arrivé. Ni une, ni deux, je dégainais le portefeuille, me retrouvais dans la foulée délesté de 70 euros (sic!) et marchant d'un pas guilleret vers mon doux foyer... où m'attendaient mon fauteuil, ma console, ma manette, ma compagne et mon LCD. Pour sûr, ils allaient tous chauffer.

Quelques instants suffisant à évincer ma douce du canapé où elle avait entrepris d'attaquer un roman gros comme un pavé, je m'attelais à lancer tout ce petit monde vers le principal objectif de la journée. Et le petit temps d'installation inhérent à la PS4 enfin révolu, les récriminations de ma moitié pour le contrôle du salon enfin taries, je pouvais concrétiser. Enfin, presque: encore fallait-il télécharger d'office la mise à jour de 5Go indispensable pour profiter de Street Fighter V sans avoir à sacrifier le netplay. J'ai craqué. Une fois n'est pas coutume, j'ai choisi de zapper le téléchargement. Résultat: voici que sans crier gare, en coupant toutes les cinématiques dont je n'avais aucunement l'intention de me préoccuper, je déboulais sur un écran d'accueil assez austère que j'entreprenais immédiatement de décortiquer. Forcément, avec un enthousiasme forcené.

Quelques secondes ont suffi à le tempérer. Une fois sorti des modes multijoueurs et  d'un espace "boutique" pas encore activé mais qui annonce déjà la couleur, ne se distinguaient grosso modo que deux modes de jeu solo. Une partie histoire dont je n'allais pas tarder à découvrir qu'elle invitait à suivre les aventures de chaque personnage au fil de... trois combats chacun (et parfois moins), et un mode survival dont l'intérêt, en VS Fighting, ne m'a jamais paru franchement assuré. Heureusement, je pouvais toujours compter sur le mode arcade, évidemment. A moins que... J'ai eu beau chercher, fouiller dans les menus, les sous-menus, rien. Absolument rien. Le mode arcade avait disparu. Rayé comme ça, un beau matin, de l'environnement Street Fighter auquel il avait apporté ses lettres de noblesse voici 25 ans. La vie est ingrate.

J'avoue avoir douté, et même espéré. Après tout, la mise à jour allait peut-être tout changer. Je ressortais donc du jeu après quelques parties vite bouclées en mode histoire pour découvrir que le téléchargement s'était poursuivi tandis que je me familiarisais avec le gameplay. Bon point, je relançais immédiatement le blu-ray pour revenir sur l'écran d'accueil, toujours aussi froid mais légèrement remanié. Un mode arcade ? Que nenni. Faut pas rêver.

Certains, bien sûr, vont me demander: pourquoi donc se focaliser sur ce mode bien particulier? Parce qu'il est emblématique de ce dont je veux ici témoigner. Street Fighter V, n'ai-je pas tardé à comprendre, ne se destine pas au joueur isolé. Point d'écran de sélection du personnage flatteur pour la rétine, point de boss de fin de partie, point de crédits. Et c'est tout juste si le versus hors ligne a été implémenté - sans doute pour éviter la révolution dans les fratries qui ont acheté le jeu pour s'afffronter. En revanche, tout, dans l'interface, semble avoir été prévu pour enchaîner les parties sur le web. Avec un petit côté compétitif assumé: les développeurs privilégient nettement les parties avec un combattant spécifique, au point qu'il faut passer par le menu des options (!) pour en changer. Touche-à-tout du VS Fighting, passez votre chemin: ici, tout transpire la spécialisation à outrance sur un personnage donné.

Evidemment, je ne dirai pas que le plaisir est absent de l'expérience une fois lancé dans un match. Si le jeu ressemble davantage à un SF 4.5 qu'à un véritable cinquième opus en bonne et dûe forme pour l'instant - tant sur le plan technique qu'au niveau de la jouabilité - les parties s'enchaînent aisément, l'habitué de la saga de Capcom retrouve vite ses marques et prend encore plus rapidement la mesure des quelques avancées de gameplay proposées (notamment à travers les utiliations de la jauge "V", trigger, reversal ou skill), même si elles semblent étonnamment superficielles. Point positif également, la façon de jouer Ryu et Ken, dans la lignée du précédent opus, est de plus en plus différenciée. Avec, même, un léger avantage au second qui a un tantinet gagné en vélocité. Quand on a passé son adolescence à alterner entre les deux loulous pour enchaîner les parties gagnées contre un frangin lui aussi acquis tout entier à la cause des deux copains rivaux, c'est le genre de détails qui comptent.

Mais là où la chose se fait plus perturbante, c'est que Street Fighter V est vendu à un prix franchement élevé pour ce qu'il propose, et sans dire à aucun moment ce qu'il est réellement. La jaquette fait évidemment l'éloge du jeu en ligne, mais se contente de parler, dans un euphémisme coupable, de parties hors ligne disponibles. Le joueur peu séduit par les sirènes des matches contre d'autres compétiteurs humains prêts à tout pour gagner n'a donc aucun moyen de savoir ce qui l'attend avant de se lancer dans le jeu. Car ici, en l'état, point de salut hors du PS+: il ne faudra guère qu'une petite heure pour faire le tour des possibilités offertes sans connexion à ce réseau réservé aux abonnés. Qu'on se le dise, donc: Street Fighter V peut - et doit- se concevoir comme un jeu réclamant de verser une obole aux services en ligne payants proposés sur PS4. Sans eux, il ne présente plus guère d'intérêt.

J'ai pu lire ici et là que Capcom avait annoncé la mise à disposition de nouvelles fonctionnalités et de nouveaux modes pour courant mars. Mais pour un contenu solo véritablement renforcé -le fameux mode Cinematic Story Expansion, qui sera gratuit et que Capcom annonce gargantuesque (je demande à voir) - c'est jusqu'à juin qu'il faudra patienter. D'ici là, le blu-ray risque donc fort de prendre la poussière chez tous ceux qui ne sont pas prêts à s'investir dans une expérience e-sport assumée, doublée d'un passage régulier à la caisse pour financer des DLC. Autant l'avouer: je suis déjà forfait...

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Humeur

Bon, ben, je me lance, deux jeux à (re)finir absolument avant fin 2017. Je voudrais pas passer à côté d'éléments du scénario parce que j'ai oublié...

 

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Humeur (Cinéma)

[ Attention, la critique contient des spoilers ]

Hello tous !

Aaaah, Jurassic World. Hier soir, j'avais un peu de temps à tuer, et une furieuse envie de tâter de la bête. Après tout, pas mal de mes amis  m'avaient promis du bonheur, à peu près en ces termes : "Tu vas voir, il est sympa ce Jurassic World", "Il est vraiment impressionnant", "On frissonne beaucoup, c'est très efficace", "C'est sans doute le meilleur depuis le premier". OK, vendu. Bien décidé à suivre ces avisés conseils, j'ai donc filé acheter mon billet dans mon ciné, pris la file, monté l'escalier vers la plus grande salle du complexe, puis me suis lové dans mon fauteuil préféré, stratégiquement disposé au bord de l'allée, à quelques pas de la sortie. Après tout, d'un navet, on n'est jamais à l'abri.

Aller voir un film comme Jurassic World, bien sûr, c'est accepter de faire des concessions. Admettre que l'efficacité et le grand spectacle primeront sur le fond et la réflexion. Mais le long métrage est aussi une production Amblin, et l'héritier d'un opus inaugural réalisé par Steven Spielberg en des temps où il faisait encore l'unanimité. Les grands dinosaures du Crétacé y montraient les dents pour faire passer un message écologiste en avance sur son époque: ce n'est pas parce que la nature peut se montrer hostile qu'il ne faut pas la respecter. Spielberg avait réussi à proposer du divertissement intelligent à travers un blockbuster géant.

Je ferai l'impasse sur les deux séquelles, qui ne méritent même pas d'être évoquées ici. En revanche, l'idée de relancer la franchise 22 ans après ses débuts sur grand écran, avec un pitch racontant le devenir d'Isla Nublar 20 ans après les événements narrés dans le film de Spielberg lui-même tiré du roman de Michael Crichton, me semblait une excellente idée. L'occasion sans doute de montrer les mécaniques du profit et du business, la marchandisation de la nature et toutes ces dérives qui, pour paraphraser notre Chirac national, font que "la maison brûle et nous regardons ailleurs". Bon sang de bois, il y avait du potentiel dans cette affaire !

 

Bons débuts

Jurassic World, de fait, a conscience de ces enjeux, et les cite dès l'ouverture en opposant deux visions du parc, celle du conseil d'administration qui le possède et celle de John Hammond, dont le nom surgit au détour d'une discussion. Montrer la beauté de la nature ou l'exploiter : ce sont ces deux approches qui créent une ligne de front dans l'administration du parc, tandis que l'armée elle-même commence doucement à s'intéresser au potentiel destructeur des dinos. Autant dire que ces ouvertures scénaristiques sont de belles promesses, et c'est donc avec confiance que le spectateur que je suis se plonge doucement dans l'histoire, le premier quart d'heure durant.

La scène du mosasaure est impressionnante.

Bon. Peut-être pas une totale confiance. Deux frangins sont envoyés au parc rejoindre leur tante qui bosse dans l'équipe de direction, ce qui sonne immédiatement comme une repompe éhontée du premier film. Et puis, un peu plus loin, il y a ce nouveau dresseur qui tombe dans l'enclos des raptors. Et là, hop, Chris Pratt qui s'interpose, retenant les pires dinosaures jamais créés par le parc d'un simple regard pénétrant. Mon détecteur de nanars tressaille, subitement, comme lorsque j'avais vu l'affiche montrant le même Pratt rouler au milieu des raptors d'un air confiant. Une fausse alerte, sûrement.

Sages, les enfants, sages !

La suite est téléphonée. Les gamins faussent compagnie à leur nounou d'un jour et s'en vont tenter le "hors pistes" tandis que, dans le parc, l'on découvre les petits secrets qui s'apprêtent à péter à la figure des propriétaires. Le bidule, en l'occurrence, c'est un "Indominus Rex", nouvelle espèce de prédateur né d'une hybridation entre un T-Rex, quelques grenouilles, une seiche... et un ingrédient spécial que les savants fous du coin refusent de dévoiler mais-que-tout-le-monde-sait-que-c'est-un-raptor-sauf-les-spécialistes-du-film. Youpi youpla, on apprend au passage que la bébête a vu le jour parce que les visiteurs aiment avoir peur et qu'il fallait un nouveau joujou pour les impressionner. Plus méchant qu'un T-Rex, donc, et infiniment plus meurtrier. Et évidemment, Rex II va s'échapper, au moment où Chris Pratt, enfin alerté de l'existence de l'animal , quitte son repère de baroudeur au bord du lac -au milieu des dinos, mais no souci, il a une barbe de trois jours, c'est un dur- et s'en vient examiner le fameux enclos. Y'a des hasards, comme ça.

Arme non létale contre Indominus Rex. Conséquences prévisibles.

L'Indominus Rex, c'est la trouvaille de Jurassic World. Alors, on en profite un maximum. Les attaques se multiplient tandis que les équipes du parc commencent doucement à prendre conscience du malaise, jusqu'à fermer une à une les attractions à mesure que le prédateur s'approche des zones habitées. C'est sans doute le moment le plus réussi du film, avec quelques scènes de massacre (notamment des brontosaures) qui font effectivement frissonner -un peu. Mais le malaise s'installe, doucement. A ne pas trop savoir à qui il s'adresse, Jurassic World hésite un temps entre le film tout public et l'oeuvre adulte, capable de montrer cette histoire de science-fiction sous un jour réaliste. Colin Trevorrow, le réalisateur, finit par choisir son camp, celui que les blockbusters privilégient hélas trop souvent : il opte pour le pop-corn quitte à remiser au placard les bonnes intentions du début. Déconnexion cérébrale en vue.

 

Cerveau : mode OFF

Dès lors, les invraisemblances s'enchaînent. Les deux gamins qui trouvent une porte ouverte dans l'enclos pour rejoindre la zone d'accès restreint où se trouve l'Indominus Rex, la tata BCBG qui vire aventurière à la Indiana Jones en nouant son chemisier pour retrouver ses neveux, les attaques de ptéranodons qui font au plus quelques blessés dans la foule, alors qu'un tel contexte aurait dû induire un carnage assuré... Et puis, Jurassic World tourne à l'économie des scènes, évite de prendre le spectateur à rebrousse-poil, s'interdit de faire peur ou de choquer ne serait-ce qu'un tantinet. On finit par comprendre : il y a une volonté derrière tout cela, celle de rassurer, de créer une forme d'empathie avec les dinosaures à travers une idée qui renie totalement l'héritage des trois autres Jurassic Park : ici, l'homme peut contrôler la nature, voire s'en faire une alliée. Et bonjour les théories fumeuses sur l'amitié naissante entre l'humain et le prédateur qui a passé plus d'une heure à le regarder pour savoir à quelle sauce il allait bouffer son dîner. Il y a un mot pour décrire le sentiment que l'on ressent lorsque, comme s'il était sorti de l'affiche, Chris Pratt s'en va à moto chevaucher au milieu des raptors pour attaquer avec lui l'Indominus Rex : trahison. Puis trois autres me viennent à l'esprit : foutage de gueule.

Oups, photo tirée de Jurassic World 2.

Ce n'est pourtant pas (encore) ici que le film perd totalement son spectateur. Mais, paradoxalement, durant la spectaculaire scène finale, en osant une improbable alliance entre l'homme, le raptor et le T-Rex pour éradiquer la menace hybride. Qui finira finalement digérée - comme c'est pratique- par le mosasaure (le dino marin d'une des affiches) qui faisait  hurler de plaisir les gamins une heure plus tôt et qui arrive à point nommé pour s'allier à ses petits camarades. Mais c'est bien sûr : en fait, Jurassic World, c'est Avengers version dinos !

 

 Il ne fallait pas les ressusciter

Le générique est enfin arrivé. Je reste assis quelques instants, à fulminer contre ce final sans doute pondu sur un coin de table lors d'une soirée trop arrosée (ou pire) entre producteurs déchaînés. Jurassic World y aura foulé au pied les règles les plus inviolables de la franchise, au nom du grand spectacle (mon dieu, ce regard complice final entre le raptor et le T-Rex), juste pour justifier les centaines de millions de dollars de son budget. C'est tout le paradoxe du long-métrage, d'ailleurs : visuellement impressionnant, capable de fulgurances et d'un vrai sens de l'image pour raconter son histoire, mais jamais en mesure de réfléchir aux implications de ce qu'il montre à l'écran. En 1993, Jurassik Park restait ancré dans le réel, malgré son postulat de départ qui relevait de la science-fiction. En 2015, Jurassic World est à l'autre bout de la chaîne alimentaire, en faisant oeuvre de pure fiction de science alors que son postulat de départ est plus que jamais proche de devenir une réalité (http://www.lepoint.fr/science/75-millions-d-annees-apres-du-sang-de-dinosaure-retrouve-10-06-2015-1935327_25.php, ou http://tempsreel.nouvelobs.com/sciences/20150612.OBS0674/ressusciter-les-dinosaures-que-du-cinema.html). C'est tout le problème, lorsque l'on donne de quoi écrire à des ados attardés...

 

 Fuyez !

 

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Humeur

Voilà.

Parce qu'il faut pas abuser, quand même. Tragédie, Cali, Christophe Maé, c'est des Mickey.

Parce que tant qu'à le faire, autant le faire en salissant à jamais l'image d'un géant. Je parle de Patrick, pas de Van Halen. Ou pas.

Et si vous pigez pas, je peux rien pour vous. Allez voir Snake. http://www.gameblog.fr/blogs/intrigue/p_98383_prise-d-otages-sur-gameblog-l-action-revendiquee-par-des-int

 

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Humeur

[Ce post contient quelques spoils, mais rien de crucial pour le déroulement du jeu]

 

C'était écrit.

Trois nuits blanches, un sentiment d'épuisement avancé mais une furieuse envie de saisir le clavier pour coucher enfin sur l'écran la puissance des émotions qui m'ont étreint plus de quinze heures durant. J'aurais voulu terminer cette histoire d'une traite, comme on le ferait d'un bon film blotti au fond d'un fauteuil dans une salle de cinéma surchauffée. Cela n'a pas été possible, mais je n'ai jamais laissé reposer l'affaire. Je voulais rester imprégné de cette tristesse ressentie dès le premier soir, de cette expérience de la rue gravée au fer rouge dans ma mémoire. David Cage avait pourtant bien prévenu ses adeptes que son nouveau jeu emprunterait des chemins inattendus. Je n'en attendais pas tant. La puissance de l'instinct de survie, couplée à une description acerbe et désenchantée de notre société, est un  fabuleux moteur de narration.



Beyond n'est pas ce que l'on attendait de lui. S'il leur emprunte certains codes, il n'est pas un thriller, encore moins un polar noir ou une expérience de l'action aux confins du fantastique. De cette course éperdue contre la fatalité, je retiens le visage d'une petite fille abandonnée par ses parents adoptifs. Je garde au fond des yeux l'image d'une jeune femme en perdition, qui doit toucher le fond pour enfin repartir de l'avant. Je me rappelle la flamme, enfin, de celle qui trouve sa raison d'être, sa place dans un monde qui n'a jamais vraiment été le sien. Beyond est un périple initiatique, une fable sociale qui prêche le courage face aux coups du sort, contre l'adversité. Naif ? Pas tant que ça. Plutôt quelque chose qui tient de l'espoir ténu, de l'idée qu'à force d'y croire, les choses finissent parfois par aller un peu mieux. Parfois.

C'est, avant tout, l'histoire d'une enfant inadaptée, confrontée à un monde qui lui dénie ce qu'il y a pourtant de plus important: le droit à un peu d'humanité. Jodie, le personnage incarné par Ellen Page, encaisse les coups et finit par plier. C'est cela que raconte Beyond, jusqu'à cet instant terrible où l'on se rend compte que la fin de la souffrance n'est qu'à un pas en direction du vide. Question lancinante qui s'en revient inlassablement torturer l'héroïne. Pourquoi donc rester en ce monde ? Pourquoi ne pas préférer l'autre côté, où se cachent tant de ces réponses dont l'ignorance fait de la vie de Jodie un enfer ? C'est en ces instants que Beyond est un jeu difficile, et non quand il se pique de chercher un peu d'action, sacrifiant presque par obligation aux codes du jeu vidéo. Mais la démarche est superflue, ces séquences sont d'ailleurs les plus faibles de l'épopée. De fait, peu importent les vicissitudes d'un enrôlement au sein de la CIA, ce n'est pas ici que David Cage et son équipe veulent s'attarder. Non, l'âme de leur jeu se trouve quelque part sur la route, au coeur du désert du Nevada, dans ses teintes ocre et or, ou sous un pont, à l'abri du vent et de la neige grâce à la bonté d'un homme qui n'a déjà plus rien. Incroyable renversement de point de vue, lorsque l'on devient l'autre, celui dont on a peur, celui à qui on nie parfois le statut d'être humain. Le vagabond qui, sac sur le dos, trace son chemin. Le SDF aux abois, contraint parfois aux décisions les plus inavouables pour survivre, chassé du monde des vivants d'un simple revers de la main.

         - S'il vous plaît, j'ai faim. Aidez-moi"

        - On ne sert pas les clodos, ici. Casse-toi. Allez, casse-toi."

Le lire est une chose. Le vivre, pad en main, est une expérience difficilement soutenable. Qui génère un salutaire sentiment de culpabilité, auquel l'on doit enfin frontalement se confronter.



C'est que Beyond a une histoire, dure et sans concessions, à raconter. Alors, on n'y joue guère, au sens auquel nous sommes habitués. Presser quelques boutons, indiquer une direction... Le fait d'interagir n'a guère d'autre but que de nous impliquer émotionnellement dans la trajectoire de celle que l'on est amené à incarner. C'est efficace, et cela permet tout juste d'influer légèrement sur le cours des événements. Chaque choix a ses conséquences, parfois ténues, parfois anecdotiques, parfois dramatiques. Mais toujours, le jeu s'adapte, agit en conséquence, prend en considération le mouvement que l'on lui a imprimé. Et déroule son histoire, immuablement, pour tendre vers les leçons de vie qu'il entend nous proposer. Pour nous ouvrir les yeux, parfois, sur le monde tel qu'il est, sur la place que l'on y occupe, à force de ne pas s'en offusquer.


Le fantastique, ici, est un prétexte au débat. Il donne une réalité, à travers l'omniprésence de l'entité "Aiden", à l'envie de Jodie de survivre, de se battre pour échapper au chemin que d'autres ont tracé pour elle. Il est l'avis divergent, il est l'ami, le confident, peut-être l'amant. Il est la voix qui vient de nulle part, celle que personne ne peut entendre. Il pourrait être la folie, celle qui guette dans l'ombre, peut-être plus proche qu'on le souhaiterait. Il est aussi le mysticisme, la tradition, les croyances d'un peuple auxquelles Jodie finit par se raccrocher, comme à une bouée. De là renaît, plus fort que jamais, son besoin de savoir, de comprendre. Savoir qui l'on est pour savoir où l'on va. Question de toute une vie, que celle qui pose ici. Qu'elle naisse dans le désert, au coeur de la communauté Navajo, n'a rien d'un hasard. Elle surgit pour nous inviter, nous aussi, à nous demander si nos choix de civilisation,  qui font de nous ce que nous sommes, nous mènent bien dans la bonne direction. Une question que Jodie devra aussi se poser, in fine.

De Beyond, c'est cela que je veux retenir. Peu importent les faiblesses de gameplay, les concessions de la narration au spectaculaire, seul compte l'humain. C'est dans les petits détails, dans les moments les plus intimes que l'histoire de David Cage prend son sens. Elle y témoigne d'une foi inébranlable en l'homme, en sa capacité fondamentale au bien. Et nous rappelle que parfois, changer le monde, c'est commencer par tendre une main... En finir avec la traversée du désert, enfin...

 

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Humeur

Hello tous,

Pourtant, je m'étais juré que cette fois, on ne m'y prendrait pas. De mon point de vue, pas question d'écrire une ligne sur GTA V, je refusais d'entrer dans la spirale infernale de la surenchère médiatique, de me laisser berner une fois encore par le plan comm' savammment orchestré par Rockstar. Un ressenti purement personnel, certes, et un sentiment de rejet plus que jamais douloureusement ressenti face à la déferlante de brèves, d'articles et de dossiers consacrés partout au sujet. Une impression de profonde injustice, aussi. Parce que GTA V, une fois dépouillé de ses atours les plus clinquants, apparaît là où il a réellement sa place : dans le vaste paysage des jeux bien finis, certes, mais dont les qualités objectives ne permettent pas de prétendre à la légende. Que l'on cesse de se voiler la face : le mythe n'est pas à la hauteur de la réalité. L'open world suppose trop de compromis pour être techniquement et narrativement viable en l'état actuel des choses. C'était le cas pour GTA IV et Red Dead Redemption, c'est aussi le cas pour les Saint's Row et les Assassin's Creed. Pas de raison qu'il en aille différemment pour cette franchise qui plus est engluée dans ses habitudes.

Pourtant, en ce jour de sortie de la "bête", je m'en suis allé chercher mon exemplaire, en bon petit soldat. J'ai longtemps hésité, puis le souci de l'honnêteté intellectuelle m'a poussé, une fois de plus, à me faire mon idée de la chose. Et je dois bien dire que, pour une fois, j'ai failli être bluffé. Scène d'introduction mémorable, braquage à la mise en scène remarquablement timée, aux enjeux narratifs et émotionnels parfaitement maîtrisés. Les premières minutes de ce GTA V m'ont ouvert les yeux sur un monde que je n'avais jusqu'alors jamais soupçonné, concernant la franchise. Pendant un instant, j'ai douté.

Sans transition,  mon cher Léon

Puis est venu ce moment où l'on se frotte à la réalité du soft. Surgit, d'abord, un personnage confronté à un psychologue, en pleine crise de confiance. On ne le voit que furtivement. Puis un autre, black et pétri de cette culture gangsta que nous sert au quotidien la télévision américaine, sert de personnage principal pour débuter l'aventure. Intrigué, je me laisse guider. Je "récupère" quelques bagnoles auprès de propriétaires qui ont négligé de rembourser leur crédit. Je découvre que mon univers, c'est celui de la débrouille, du système D. Mais au fond, je suis un bon gars, je le sens. Puis je participe à l'éradication d'un gang pour une bête histoire de moto non remboursée. Puis j'enchaîne, forcément sous la coupe de mon comparse black qui rêve de deal, de putes et de fric facile, par un enlèvement.

Bonjour la transition. En quelques minutes de jeu je viens de passer du mec qui essaye de s'en sortir à celui qui n'a pas froid aux yeux. Psychologiquement parlant, c'est limite. Scénaristiquement, c'est au minimum tiré par les cheveux. Mais bon. Quelques instants plus tard, après avoir aidé le chien de mon pote à faire ses besoins et appris que si je veux en faire un compagnon utile (comprendre : pas totalement obsédé par les femelles des environs), il faudra que je m'occupe de lui sur mon smartphone - si c'est cela, le transmédia, je n'en veux pas -, je m'en vais braquer une caisse dans la rue. Je jette la pauvre nana au volant par terre, puis je m'emploie consciencieusement à la renverser. Marche arrière, marche avant, histoire d'être sûr. La double peine, comme qui dirait. Rien que du classique pour GTA.

Quitte à faire dans l'excès, je roule sur le trottoir, histoire d'être sûr de faire un maximum de dégâts dans les rangs de la population civile. Pas de problème, cela ne gêne personne, pas même les flics dont le comportement frise l'apathie en ces premières heures de jeu. Ma bagnole, elle, a tout l'air d'un tank. Difficilement manoeuvrable, affichée selon un angle de vue qui limite considérablement ma capacité à anticiper le moindre virage. Soit, j'ai la possibilité de modifier l'angle de la caméra dans les options. Mais je suis perplexe : n'eût-il pas mieux valu proposer une visualisation viable dès le départ ? Et que dire de cette logorrhée verbale qu'il m'incombe de suivre tandis que je pilote, tandis que je chasse l'une ou l'autre cible ? Difficile de suivre une conversation textuelle - les sous-titres - et de rouler à pleine vitesse lorsque l'on ne maîtrise pas totalement la langue de Shakespeare à l'oral.

Une fois à pied, les choses semblent s'arranger quelque peu. Jusqu'à ce que je sois invité à sortir mon gun. Là, d'office, je tombe des nues en découvrant  le système de visée automatique proposé par le titre. Pan, pan, pan, les adversaires tombent comme des mouches, selon un gameplay qui n'a plus rien d'une invitation à faire parler son skill. Plus grave encore, les rares velléités de prise de contrôle total de cette visée dont je fais preuve sont annihilées par un viseur quasiment invisible. Un ridicule point blanc, tutti riquiqui, au centre de l'écran. Je mets au défi de l'utiliser correctement tous les joueurs qui vont vers leurs quarante ans.

Place au die and retry. Système basique de couverture, je me fais tirer dessus et envoyer ad patres. Le jeu me ramène quelques secondes en arrière, je suis invité à retenter ma chance au début de la fusillade. Viser en automatique, tirer, s'abriter. Viser en automatique, tirer, s'abriter. Classicisme décevant, forcément. Alors, aigri par la chose, je cours, je tire à tout va, jouant de cette gachette L2 qui me permet de cibler qui je veux en une fraction de seconde. Non, décidément, je n'y trouve pas mon compte. Une croix de visée, une souris et un PC, tant qu'à faire, m'auraient davantage convaincu de l'intérêt de la chose.

Chez les strip-teaseuses

Un peu dépité, je m'en vais me consoler dans un bar coquin de la cité. Ici encore, c'est la fête aux clichés. Mais ces messieurs de Rockstar sont du genre sage, même quand il s'agit de s'encanailler. Les demoiselles, sauf exception, portent des sous-tifs qui feraient se gausser ma prude moitié, et quand bien même elles n'en portent pas, ce n'est pas un bout de téton qui va sentir le souffre, eu égard au monde qui nous entoure. Besoin de grandir, me dis-je, tandis que les demoiselles se déhanchent langoureusement lorsque je paye pour une petite séance privée. Le gameplay? Je pose mes mains sur leur joli popotin lorsque le vigile est occupé ailleurs, et je leur dis des choses cochonnes - mais pas trop - histoire de les exciter. Chouette, mais M6 fait mieux le dimanche soir, comme qui dirait.

Mais c'est que GTA V fonctionne sur sa réputation historique de bad boy des jeux vidéo. C'est elle qui lui a ramené un public aussi conséquent. Or, le succès amène aussi les concessions. Pas question de choquer, encore moins de montrer des choses qui pourraient valoir des restrictions sévères ou même entraîner des interdictions dans certains pays. Autrefois, Rockstar ne se préoccupait guère de ce genre de détails. Ce n'est plus le cas, et précisément à cause de cet argument massue que la firme balance à qui veut l'entendre : un budget de 250 millions de dollars. Pour faire simple : il suppose qu'il puisse être remboursé. A la clé, un syndrôme de blockbuster décérébré.

Tiens ? Pendant que je réfléchis à tout ça, j'ai chauffé la demoiselle. Elle me propose de la ramener chez elle. Ici encore, GTA V s'offre une ellipse digne de lui ouvrir les portes du Grand Séminaire. Non, chatouiller la surface des choses passe encore, mais pas la moindre représentation de la réalité des comportements sociaux, moraux et sexuels en vigueur dans notre société - ce qui pourtant rendrait les choses nettement plus intéressantes. Symptôme mass-média à la clé, ici encore : autant la violence est communément admise - quoiqu'on en dise, et bien que l'on s'en offusque même de temps à autre - et donc mise en scène dans l'outrance, autant la représentation du reste - a fortiori le "monstre" qui sommeille dans l'inconscient de l'Amérique - est davantage risquée... et Rockstar semble moins que jamais prêt à s'aventurer sur un tel terrain. C'est le lot de tous les produits qui construisent leur réputation sur leur capacité  à choquer : à force d'être attendus, adulés, ils finissent par être absorbés dans les courants dominants qui sous-tendent l'éthique de notre société. Réfléchissez-y un instant : quel média a réellement opposé un quelconque argument moral autre que purement rhétorique à GTA V, cette année ?

Il est libre, Max ?

Je me dis alors qu'il reste au moins la liberté. Celle de circuler, celle de choisir qui je tue, qui je laisse vivre, comment j'organise mon temps et ce que j'ai envie de visiter. Je décide, revigoré, de me promener à travers la ville au moyen d'une caisse que je viens de braquer, et je prends mon pied à circuler au pied des buildings, à admirer la très séduisante modélisation de ce Los Angeles rêvé qui a servi d'inspiration à l'éuqipe de développement. Et soudain, un point bleu sur mon radar. Deux braqueurs sortent d'une supérette, en tabassant au passage le pauvre vieux qui tenait la caisse. J'ouvre la portière, je m'approche d'eux. Ils me demandent de l'aide pour s'enfuir, alors que les sirènes commencent à hurler, au loin. Pas fou, je me rappelle que j'aspire à une vie normale, c'est ce que le début de cette aventure a tenté de m'enseigner. Je sors mon gun, j'essaye de buter les deux indélicats,  ou au moins de les forcer à se mettre à terre. Rien n'y fait, le jeu veut que je les sauve des griffes de la police. Lorsque je retourne dans ma voiture, ils me suivent, et c'est bientôt la course-poursuite, selon une succession d'événements prédécidés, à laquelle je ne pouvais guère échapper. Liberté, mon cul. Je suis un gangsta, doublé d'un sale type sans aucune humanité. Mon destin est tout tracé, puisque le jeu vient de le scripter. 

Réaction épidermique. J'arrête GTA V, le blu-ray retourne dans son boitier. Demain, j'irai sans doute me faire rembourser. En espérant ne pas devoir braquer mon revendeur pour y arriver...

NOTE : Au cas où vous ne l'auriez pas compris en lisant ce texte, cette chronique reflète une vision totalement subjective, un ressenti construit sur les premières heures passées en compagnie de GTA V. Il en ressort un profond sentiment de frustration, l'impression que le gameplay et la cohérence de l'expérience n'ont clairement pas fait partie des priorités de l'équipe de développement, pas plus que le level design. En revanche, certaines scènes cinématiques et la construction du scénario laissaient entrevoir un potentiel certain, ce qui fait que je ne suis pas encore totalement certain, en réalité, de vouloir rendre les armes si facilement. Néanmoins, Dieu que ce jeu est agaçant...

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Yop tous,

Quand mon frangin m'a demandé ça, devant un nan bien baveux de vache qui rit et parfait pour mon cholestérol, un mets d'ailleurs idéal pour accompagner l'agneau tikka tout gras qui me servait de plat de résistance, j'ai failli avaler de travers. Non, pas parce que je bouffais n'importe quoi n'importe comment, ça c'est mon lot quotidien. En fait, j'ai respiré un grand coup, rigolé un grand coup, et j'ai dit oui en recrachant le bout de viande qui s'était coincé au fond de ma gorge sous l'effet de la surprise. Parrain, moi ? D'une petite fille ? Je pouvais pas laisser passer ça.

J'imagine que ça a dû discuter longtemps, en haut lieu. Parce que ma belle soeur, elle, elle est du genre méfiant. Alors, quand on se retrouve flanquée d'un beauf qui a fait de son bureau une salle de jeu - et pas que le bureau, en fait - et qu'on  nourrit une aversion franche et profonde pour la chose vidéoludique, je veux croire qu'on a du mal à se dire un truc du genre: "Tiens, je vais confier à ce type-là la vie de ma fille, au cas où tout ne se passerait pas comme prévu". C'en est encore plus délectable. Parce que moi, ma filleule, je sens que je vais l'adorer. Et c'est bien connu, quand j'aime, j'aime partager. Autant dire que je vais faire de la schtroumpfette une authentique et minuscule geekette assumée. Je prie pour que sa maman ne voie pas cette petite bafouille avant que le mal ne soit fait : parce que c'est dit, bientôt, on sera assez nombreux dans la famille pour tenir une équipe complète à Fifa, vu le nombre de givrés qu'on réunit autour du sapin chaque année.

Maintenant que j'y pense, mon frangin avait un petit sourire sadique quand on en a causé. J'imaginais qu'il devait se douter, lui aussi, de ce qu'il allait arriver. C'est une cabale dont je suis le bras armé, j'y mettrais ma main à couper. Une offensive version Battlefield pour forcer madame à capituler face à la Force - version LucasArts, restons puristes - qui est puissante, dans ma famille - mes parents, qui ont autrefois désespérément tenté de nous forcer, mon frangin et moi, à rejoindre nos lits alors que nous étions en pleine partie de PES ou de FF7 à 4h30 du matin, peuvent en témoigner. J'ai déjà tâté le terrain, tiens, il y a quelques jours. Devant les brochettes du barbecue, j'y suis allé des premières insinuations subtilement distillées... "Tu pourrais amener une gourmette", qu'on m'avait dit. Je me suis exécuté. Et en tendant le cadeau à ma belle-soeur, j'ai glissé un petit "Dans le prochain, y'aura des piles". Regard noir et furibard à la clé. Sourire amusé du frangin, aussi, mais qui a su rester discret. J'ai un allié dans la place, j'en suis sûr. La bataille est déjà presque gagnée.

Après tout, c'est une question de principe. Aux jeux vidéo comme dans la vie, j'aime gagner. Le premier bébé me fut honteusement soustrait et je n'ai pu exercer ma terrible influence comme je le souhaitais. Le résultat est mitigé : la demoiselle joue, certes, mais de manière très modérée. Je garde espoir, cependant, l'adolescence devrait, la concernant, m'offrir une nouvelle opportunité. Et puis je vais vite pouvoir compter sur sa petite soeur pour l'attirer du côté obscur. J'entends d'ici les "Diiiiis, tu viens jouer avec moi ?" auxquels il lui sera difficile de résister. Ayez confiance : d'ici peu, j'aurais fait en sorte de convertir toute la petite famille aux joies de Bomberman en multitap PC-Engine. J'ai déjà tout prévu, je suis ma-chia-vé-lique...

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Yop,

Vous aviez envie de voir le show  et vous n'étiez pas aux premières loges ? Quelques images de la curée ce matin à Strasbourg...

Une pensée émue pour les 20 salariés qui ont dû subir ça et qui ont toujours été très sympas avec les clients. ils ne méritaient pas un tel traitement.


Ruée chez Virgin par dna_web

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N'ayant rien d'autre pour l'instant à vous proposer que ma plus franche sympathie, je me permets de vous souhaiter le meilleur pour les deux jours qui viennent.

Alors...

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Hello tous,

Aujourd'hui, je reprends un peu la plume parce que j'en ai gros sur la patate. Non, pas à cause de L'origine du monde, qui a déjà fait couler ici suffisamment d'encre, mais plutôt à cause  du monde tel qu'il va. Ou plutôt, ne va pas.

Je pourrais m'étaler des pages et des pages sur les grandes questions des inégalités nord-sud, des politiques opportunistes des Etats amenés parfois à soutenir les dictatures afin d'honorer le dieu Mammon. Je pourrais parler du cynisme désespérant avec lequel nous détruisons notre home sweet home, méthodiquement, en rognant toujours plus sur les derniers espaces inviolés de la planète bleue - et je ne parle pas que de l'Amazonie. Je pourrais m'arrêter sur les méfaits du capitalisme, sur la confiscation du pouvoir et des ressources par une caste toujours plus soucieuse de préserver ses acquis et son statut.

Mais ce que je souhaite ici, surtout, c'est évoquer la question, non moins importante, des rapports que nous entretenons avec l'Autre. Celui qu'on ne connaît pas, celui qu'on fréquente chaque jour, celui qu'on regarde parfois en coin. Cette question, c'est celle qui est inséparable de notre conception de la société, celle qui régit les valeurs mêmes de la communauté. Cette question se devine, en filigrane, derrière toutes ces grandes thématiques que j'ai évoquées plus haut. C'est elle, aussi, qui m'interroge chaque matin, quand je navigue de page en page, sur le web, dans la presse, à lire la sordide histoire de notre quotidien. Cette question, c'est celle qui définit notre compréhension profonde de la nature même de l'être humain. Ce n'est pas moi qui le dit, mais des gens bien plus savants, qui ont théorisé voici plusieurs siècles la conception du vivre ensemble. Hobbes, notamment, soutenait que nous étions un animal communautaire par nécessité: pour nous placer au sommet des écosystèmes, pour échapper aux dangers d'une nature dont nous n'avions autrefois pas le contrôle, pour exister justement au regard de l'autre en tant que complément, et non plus comme concurrent, nous avons construit une société dans laquelle nous devions nous sentir unis, et en sécurité.

Aujourd"hui, cette nécessité a fait long feu. Nous dominons notre environnement, nous apprenons progressivement à maîtriser les éléments, quand bien même ceux-ci se rappellent parfois douloureusement à notre mémoire. Peut-être est-ce là qu'il faut chercher la raison profonde de l'émergence de l'individualisme le plus total dans les sociétés les plus avancées. Cet individualisme qui nous fait oublier l'essentiel: nous ne pouvons exister, prospérer, que dans des valeurs de respect, au risque sinon de voir détruite la notion de communauté.

C'est cet individualisme, cet oubli du prochain qui me fait aujourd'hui réagir. J'ouvre la page d'actus de Google News, j'y lis à chaque ligne l'étendue de notre échec en tant qu'hommes. Aujourd'hui, nous manifestons contre l'accès au mariage et à l'adoption pour les homosexuels. Nous regardons l'autre comme un ennemi, comme une créature étrange dont ne voulons pas comprendre qu'il n'est pourtant que le reflet de ce que nous sommes. Aujourd'hui, nous faisons extraire par la police une enfant de cinq ans d'une cantine municipale, au simple motif d'un impayé qui concerne ses parents. 170 euros de dette, ai-je pu lire, pour une action qui n'a à aucun moment envisagé les conséquences du point de vue de l'enfant. Comment peut-on, dans une communauté, admettre une telle chose, comment pouvons-nous soutenir un tel choix lorsque nous enlevons à cette petite fille ce qui constitue sans doute l'un des derniers points de stabilité de sa jeune vie ? Ceux dont les parents ont divorcé le savent mieux que moi : voir sa famille se déchirer, puis grandir dans les ruines de son foyer est une souffrance dont a du mal à se relever. Celui qui a ordonné cette action est à l'image de tout ce que je dénonce :en cet acte il oublie, comme tant d'autres, l'importance vitale de l'humain.

L'intolérance, le refus de la différence, l'intransigeance... Autant de comportements qui trouvent leur source dans l'incapacité croissante de notre société à se mettre à la place de ceux qu'elle martyrise. Une vision peut-être noire, certes, et objectivement partielle de la réalité. Car, et vous aurez raison de le souligner, il y a aussi du bon en nous ; la communauté reprend le dessus lorsque celle-ci se trouve confrontée à l'exceptionnel, au dramatique. Mais c'est insuffisant. Pour bâtir un monde dans lequel nous nous sentirons bien, nous devons réapprendre à devenir les anonymes héros de notre quotidien, à nous mettre à la place de notre prochain. Nous devons retrouver le goût de choisir l'intérêt de tous plutôt que celui de chacun. Un voeu pieu cependant, je le crains...

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Édito

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Ceci n'est pas une pipe.

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