Rêves électriques

Rêves électriques

Par Noiraude Blog créé le 17/09/10 Mis à jour le 01/06/19 à 10h32

30 ans de passion pour les jeux vidéo, le Japon et le cinéma, ça laisse forcément des traces. Vous voulez en savoir plus?

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Catégorie : Cinéma

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Cinéma (Cinéma)

Hello tous !

La nuit est déjà bien avancée, mais impossible d'aller rejoindre les bras de Morphée sans attraper le clavier et coucher ici même les premières remarques qui me viennent à propos du film que vous êtes nombreux à attendre. A Strasbourg comme un peu partout en France, une séance spéciale de minuit a en effet permis aux plus courageux de découvrir la nouvelle pépite de Joss Whedon, l'Avengers 2 qui se devait de relever le défi de prendre la suite d'un premier opus resté dans toutes les mémoires. Autant le dire tout de suite : s'il n'atteint pas les sommets de son prédécesseur, Age of Ultron n'en reste pas moins un spectacle abouti à plus d'un titre, et il serait criminel de passer à côté de ce qui s'annonce comme une gigantesque oeuvre de transition dans l'écosystème mis en place par Marvel dans les salles obscures depuis quelques années maintenant.

[ATTENTION : ce qui suit contient quelques spoilers]

Mais commençons par le commencement. Avengers avait laissé la petite équipe de super-héros épuisée, mais désormais solidement soudée par ce qu'on décrira comme une forme embryonnaire d'amitié mâtinée d'une confiance en l'autre inébranlable, née sur le champ de bataille durant la guerre contre les Chitauris. C'était là le principal apport du premier opus qui décrivait, plus de deux heures durant, la genèse d'une équipe dans le magma de très, très fortes individualités.

Depuis cependant, les équilibres du monde ont changé. Avengers 2 postule de fait que le spectateur a suivi les événements racontés par Captain America : The Winter Soldier. Une terrible bataille contre Hydra y a conduit à l'implosion du Shield, noyauté de toutes parts, et c'est dans ce contexte que démarre  le film : Captain, Thor (désormais en mesure de rallier la Terre, depuis le deuxième opus de ses aventures), Ironman, Hulk et les autres s'emploient à finir le boulot lorsque démarre cette nouvelle aventure. Un quart d'heure plus tard, Hydra est vaincu, mais il laisse un héritage dont on ne mesure pas encore toute l'importance: deux jumeaux que les Avengers décrivent comme des "humains optimisés". Le premier peut se déplacer à la vitesse de l'éclair, la seconde peut manipuler l'énergie et les esprits. Quicksilver et Scarlet Witch intègrent l'univers Marvel ainsi que The Winter Soldier le laissait supposer lors de sa scène post-générique.

Les ressorts narratifs du nouvel Avengers sont dès lors en place. Et mènent à l'arrivée sur le devant de la scène d'un nouveau-né, une créature cybernétique mûe par l'envie de sauver l'humanité... quitte à l'éradiquer si elle ne veut pas progresser. Né des expériences menées par Tony Stark avec la complicité de Bruce Banner, Ultron est un authentique super-vilain, mais un super-vilain très différent de Loki ou de Thanos, apparu dans la scène post-générique du premier opus: sa nature cybernétique est contrebalancée par sa profonde humanité. Ultron  en a adopté, d'ailleurs, tous les traits de caractère : il est menteur, sensible, hésitant parfois comme le serait un adolescent tiraillé entre son envie de rébellion et son besoin de reconnaissance, capable de compréhension et du plus terrible des aveuglements. C'est ce qui le rend terriblement attachant.

Oui, bon, c'est vrai qu'on ne lui donnerait pas un premier rôle dans un Shakespeare,
comme ça, de prime abord.

 

En face, Joss Whedon remet en question les liens humains -justement - qui font des Avengers ce qu'ils sont. La cohésion du groupe repose sur des non-dits et des conceptions du rôle de chacun qui varient profondément. De ce postulat, le réalisateur fait usage pour décrire de nouveaux rapports de force et l'émergence de factions au sein même de l'équipe. Tout l'enjeu du film consistant dès lors à savoir si ces factions sont capables de travailler ensemble au bénéfice d'une cause supérieure. Car le danger est bien réel, et donne évidemment a lieu à des scènes d'action d'une folle ampleur. Sur ce point, le spectacle est total. Marvel assume enfin totalement la nature "bédé" de son univers et en délivre à l'écran une représentation digne des cases d'un comics survitaminé. Tous les personnages de l'équipe des Avengers en ont au passage profité pour gagner en puissance et en efficacité, jusqu'à Hawkeye et Natasha Romanoff qui ne sont plus cantonnés, désormais, au rôle de faire valoir. Au contraire même.

C'est l'heure d'une petite berceuse ?

 

Focalisons-nous un instant sur les deux "humains" de l'étape, d'ailleurs. Age of Ultron souffre d'un scénario un peu (beaucoup?) maigrichon, sans doute dévoré par son appétit pour les scènes d'action (jusqu'à l'écoeurement par moments), mais parvient paradoxalement à travailler plus en profondeur la caractérisation de ses personnages. Et ceux qui y gagnent le plus sont, justement, Hawkeye et Romanoff. Le premier dévoile à l'équipe un aspect inattendu, et vraiment touchant, de son intimité, tandis que la seconde semble enfin nourrir des émotions et des sentiments, dans une dynamique de rapports humains qui n'a rien de simple. C'est ici que disposer d'acteurs de la trempe de Jérémie Renner et Scarlett Johansson s'avère précieux : Whedon s'adonne enfin à une véritable direction d'acteurs lorsque la caméra se fait plus intime, et permet aux deux stars hollywoodiennes de justifier leur cachet. Il ne leur faut pas plus de quelques minutes pour donner une véritable épaisseur aux deux rôles, et donc créer une tension qui se révèlera précieuse une fois le danger omniprésent lors des combats. On vibre pour eux, on souffre avec eux face à l'adversité.

Cette dynamique des rapports humains, je la tiens pour l'aspect le plus réussi du long métrage. Amours impossibles, besoin de vengeance, peur de soi et des autres... Plus sombre, plus mature, Avengers Age of Ultron se fait étonnamment calme, par moments, pour un blockbuster de cette envergure, laissant enfin la psyché de chacun s'installer à l'écran. C'est alors notamment l'occasion d'explorer les motivations de Tony Stark, qui semble commencer à dévoiler un aspect de sa personnalité  que les films, au contraire des comics, n'avaient pas encore effleuré. C'est aussi une opportunité de s'interroger sur ces nouveaux personnages que le film introduit. Quicksiver semble superficiel, mais révèle bien vite une plaie béante partagée par sa jumelle. Scarlet Witch, elle, est à fleur de peau, mais mûe par un irrépressible besoin de justice. Interprétée par Elisabeth Olsen, elle est l'une des très bonnes surprises du film, et devrait à coup sûr prendre une place importante dans l'univers Marvel version phase 3, et sans doute dès le Captain America Civil War prévu l'an prochain.

 

La phase 3 ? Pour ceux qui n'auraient pas suivi, chaque Avengers vient conclure un cycle dans les longs métrages estampillés Marvel. Le premier avait introduit l'univers et ses enjeux, le deuxième vient remettre en cause les équilibres et annoncer la genèse éventuelle d'une nouvelle formation d'Avengers. La grande question qui sera posée ces prochaines années sera de savoir qui survivra à cette remise en cause, et qui sera présent pour affronter le gigantesque enjeu que devrait constituer Avengers Infinity War, prévu en deux parties pour 2018 et 2019. D'ici là, on devrait en savoir plus avec un nouveau Captain America, donc, mais aussi un Dr Strange, un Gardiens de la Galaxie, un Thor... et un Spiderman. Vous avez bien lu : l'homme araignée devrait intégrer le groupe ces prochaines années. Avec lui, l'équipe sera au complet pour affronter le plus grand des dangers...

 

Ce qu'il faut retenir

Avengers Age of Ultron, redisons-le, n'est pas à la hauteur de son modèle. Principalement en raison de son scénario un peu trop expédié pour être honnête et d'un appétit un peu trop féroce pour les scènes d'action gargantuesques qui occupent l'écran les trois quarts du temps. Les enjeux financiers sont énormes, faut-il rappeler, ceci expliquant sans doute cela.

Heureusement, Whedon parvient à préserver l'essentiel, à savoir le capital sympathie du spectateur pour les personnages - l'on constate d'ailleurs au passage que les figures de proue du premier opus - Thor et Ironman - passent doucement au second plan, au profit du leader naturel de l'équipe, le Captain America. Et, surtout, le réalisateur pose les bases d'une phase 3 dont on attend désormais qu'elle renouvelle un peu les codes du genre, auquel Marvel semble un peu trop attaché. On veut y croire : l'exemple réussi des Gardiens de la galaxie a prouvé que la firme sait quel chemin emprunter pour faire évoluer ses bébés..

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Cinéma (Cinéma)

Yop !

Je ne sais pas si vous avez déjà eu l'occasion de voir quelques images du prochain Mad Max de George Miller, mais c'est une affaire qui me semble diablement bien négociée. Hâte d'être le 15 mai...

 

Et pour ceux qui auraient raté le train...

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Cinéma (Cinéma)

Yop tous !

Se retrouver face à Marjane Satrapi par un jeudi soir froid et pluvieux dans l'Est de la France, c'est un truc qui ne vous arrive pas souvent. La réalisatrice - et dessinatrice - du superbe Persepolis était pourtant à Strasbourg pour présenter son nouveau film,  The Voices, qui la voit s'aventurer sur des terres inattendues, celles du film de genre. Le côté décalé en prime. Sans doute le cadeau d'une ancienne de l'école des Arts Déco à la capitale européenne, dans laquelle elle a vécu pendant trois ans. C'était il y a longtemps.

The Voices, c'est une version trash des dessins animés de Tex Avery. Jerry Hickfang (Ryan Reynolds) est un gars apparemment sans histoires, bien sous tous rapports et passionné d'emballages au point d'en avoir fait son soporifique métier. Surtout, Jerry voit la vie en rose. Le rose pétant de sa ville, le rose bonbon de l'entreprise dans laquelle il bosse, version Willy Wonka... Et Jerry  vit dans un monde extraordinaire. Son chien lui dit son amour et sa fidélité chaque soir quand il rentre du boulot, son chat lui crie son envie de patée et se moque de ses difficultés à s'insérer dans la société. C'est que Jerry est psychotique, et pas qu'un peu. Alors, depuis qu'il a laissé tomber ses pilules malgré les avertissements de sa thérapeute, il entend des voix. Qui lui disent ses envies de mal, qui lui crient que "non, il ne faut pas". Ou que balancer le chien sous les roues d'un monospace, ce serait une idée à explorer plus sérieusement que ça...

Marjane Satrapi aime Jerry. Elle le dit haut et fort quand elle en parle devant les spectateurs, elle le démontre scène après scène à l'écran. Ryan Reynolds incarne l'archétype du bon gars, un peu lisse, bien sous tous rapports, légèrement gauche avec les filles. C'est ce léger décalage qu'exploite la réalisatrice pour créer le rire, d'abord, l'inquiétude, ensuite. La question de la séduction amène le film vers de nouveaux rivages, imperceptiblement. Jerry tente de séduire Fiona (Gemma Arterton), se fait joliment planter avant de "planter" à son tour. Mais l'innocence du personnage tranche avec cet acte fondateur, commis par maladresse. Et c'est en toute innocence que le personnage sombre, petit à petit, dans la plus meurtrière des folies. Par amour.

The Voices, tout du long, se construit sur la vision qu'a Jerry du monde. Les meurtres, sa maison, ses relations avec les autres, réels ou non... Tout repose sur son imagination - ce qui explique au passage que ce soit Ryan Reynolds qui fasse les voix de Bosco, le pataud canin, et de Mr Moustache, le diabolique petit rouquin.

Evidemment, lorsque la réalité explose -brièvement - à l'écran, elle n'en est que plus terrifiante. Derrière cet univers ouaté se cache le monde poisseux et malsain d'un esprit dérangé. Marjane Satrapi a beau détester "regarder des films d'horreur", la réalisatrice franco-iranienne sait faire peur, et manie les codes du film de genre avec bonheur. Jusqu'à modifier en une scène centrale toute la perception que le spectateur peut avoir de l'oeuvre. Tour de force : l'on rit malgré tout, tandis que l'on plonge dans la terreur...

Quelque part entre film de genre, comédie potache et bande dessinée, Marjane Satrapi s'est approprié le scénario de Michael R. Perry ( Paranormal Activity 2) pour  y glisser son cinéma à elle, tout à rebrousse-poil.  The Voices faisait partie, explique-t-elle, des scenarii "blacklistés à Hollywood, parce qu'ils sont bons mais trop chers à réaliser pour le gain espéré, ou techniquement trop compliqués". Le défi ne l'a pas rebutée, pourtant, et c'est pour une enveloppe de 11 millions de dollars qu'elle a mis en boite le film, le tournage durant une trentaine de jours. "En lisant cette histoire, je savais exactement où aller, ce que je voulais scène par scène. Ce film s'est imposé à moi", raconte la réalistarice, qui a déployé des trésors de persuasion pour lui donner vie. "Une fois que je suis lancée de quelque chose, il faut que j'aille au bout quoiqu'il en coûte", sourit-elle. Elle a sans doute été bien aidée par l'arrivée de Ryan Reynolds au casting, spontanément venu offrir ses services car séduit par l'histoire et le rôle.

Pour échapper au diktat des studios, Marjane Satrapi a fait le choix de tourner en Europe, en Allemagne plus précisément. A l'écran, cela ne se devine pas un instant. "Vous savez, l'Amérique est enfant de l'Europe, alors vous arriverez toujours à trouver de ce côté de l'Atlantique une petite ville qui ressemble trait pour trait à ce que vous avez là-bas". Une parenté que la réalisatrice a voulu mettre en avant jusque dans sa manière de faire un film : "Ce genre de cinéma, on ne l'a pas en France, et je me demande bien pourquoi. Parce que rien ne nous en empêche". Sans doute les mauvais conseils d'un chat...

 The Voices sort le 11 mars sur les écrans français.

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Cinéma (Cinéma)

Hello tous,

 

Hier soir, l'un des cinémas strasbourgeois a accueilli une séance un peu exceptionnelle, puisque consacrée à un film véritablement Z devenu véritablement culte au fil des années. A l'invitation des films du Spectre, l'association qui se charge d'organiser chaque année le FEFFS (festival européen du film fantastique), les étudiants qui avaient pensé à retirer leur place à temps ont pu profiter d'une séance animée du Rocky Horror Picture Show, moment de grâce cinéphilique pour peu que l'on ne soit pas du genre à pleurnicher pour des vannes uniformément sous la ceinture. Autant vous dire que la salle était chauffée à blanc.

Un bref rappel pour expliquer le culte dont ce drôle de long métrage fait l'objet: le Rocky Horror Picture Show a vu le jour sur les écrans british en 1975. Réalisé par Jim Jarman, le long métrage (96mn) est en réalité l'adaptation d'une comédie musicale sortie deux ans plus tôt à Londres et créée à l'époque Richard O'Brien. Les années 1970, pour vous situer le contexte, ce sont celles des premiers pas d'un groupe qui marquera l'histoire et dont l'esthétique déjantée n'est pas sans rappeler celle du film dont nous allons parler : Queen. De là à penser que l'un ait influencé à l'autre... Ce sont aussi les années des films de la Hammer. Les décors du Rocky - un château que Frankenstein n'aurait pas renié - s'en inspirent ouvertement.

Le Rocky Horror Picture Show, à sa sortie, est un échec commercial. Trop décousu, trop explicitement sexuel pour l'époque, trop... tout, en fait. Les années 1970 ne sont pas propices à l'émergence d'une oeuvre qui a fait du chaos son leitmotiv. S'y télescopent le film d'horreur, la science-fiction, la comédie potache, le film érotique à (grosses) tendances gay et transexuelles (on y apprend tout de même que la planète Transsexuel est planquée dans la galaxie Transylvanie, ce qui a au moins le mérite d'expliquer le look de Christopher Lee dans les Dracula de la Hammer), la comédie musicale... Surtout, le film est une bombe référentielle qui fait feu de tout bois, au point d'en devenir presque illisible pour le spectateur lambda. Les chansons renvoient à des films et des acteurs de SF et de fantastique des années 1930-1950, les scènes du film s'en vont librement puiser dans les classiques de l'époque (Folamour, Nosferatu, King Kong - pauvre Rocky, la chute dut être douloureuse). Rocky lui-même est une créature qui vient de loin, enfant déjanté du livre de Mary Shelley.

Difficile de résumer l'histoire de cet ovni cinéphilique. Un couple très BCBG, Brad Majors et Janeth Weis (Bary Bostwick et... Susan Sarandon, s'il vous plaît) tombe en panne non loin d'un chaeau et décide de s'en aller y demander de l'aide. Evidemment, les choses tournent très, très bizarrement puisque les voilà rapidement accueillis dans un univers gay et trans où l'exceptionnel devient la norme. Angoissant ? C'est ce que dit le narrateur. Délirant, c'est ce que constate le spectateur.

On y croisera donc, dans le désordre (le plus total), des serviteurs flippants qui lèvent la jambe pour danser et chanter, des convives qui se foutent à poil à la première occasion, un couple coincé qui va voler en éclats devant la tentation, des scènes de fesses épiques (et tout public, sisi !), et le tout chapeauté par un hôte qui se prend pour le Dr Frankenstein himself - version sexuellement explicite s'entend: le Dr Frank-n-Furter cache bien son jeu - et sa guêpière - sous sa cape de vampire.

La suite est encore pire, et c'est sans doute pour ce côté totalement allumé que le Rocky Horror Picture Show est passé à la postérité. Je suis sérieux. Du Fame d'Alan Parker (une projection dans le film est consacrée au Rocky) jusqu'au manga One Piece qui construit le personnage du révolutionnaire Ivankov sur celui de Frank-n-Furter, en passant par Britney Spears (dans le clip d'Hold it against me) et Glee (S05E02), le film de Jarman est régulièrement cité sur les écrans.Juste hommage pour une oeuvre qui n'a jamais cessé d'être projetée sur les écrans depuis sa sortie. Aujourd'hui encore, il est encore inscrit à la programmation régulière de plusieurs salles à travers le monde. Sans compter les projections spéciales, comme celles organisées à Paris, au studio Galande.

C'est une autre spécificité du Rocky Horror Picture Show, ces séances spéciales. Avec les années, un véritable culte s'est créé autour du film, au point que des troupes ont été formées pour propser un spectacle complémentaire sur la scène devant l'écran. Il s'agit d'une relecture encore plus délurée du film, les acteurs s'employant à rendre explicite le sous-texte sexuel du long métrage tout en commentant scènes et dialogues à la lumière des références de notre époque. A Londres, le Prince Charles Cinema est particulièrement répité pour ces spectacles, et en France, jusqu'en août dernier, c'était le studio Galande qui abritait le fan-club officiel du Rocky. Et sa troupe des Sweet Travestite, désormais sur les routes de province pour faire connaître son travail, après plus de 800 shows donnés dans la capitale en 10 ans.

Ce sont précisément les Sweet Travestite qui étaient de passage à Strasbourg lundi soir. Autant vous dire que le show fut à la hauteur des attentes. Au programme : humour graveleux, danse et chant et, surtout, public régulièrement sollicité, ainsi que le veut la tradition. Car le Rocky Horror Picture Show est un film interactif. Quand il pleut, les spectateurs s'affrontent à coups de pistolet à eau (d'autres se protègent avec un journal - accessoire indispensable !). Quand Brad et Janet se marient, on y va des sachets de riz, et quand ils chantent sous la pluie, ce sont les briquets et les lampes torches qui sont de sortie. Je vous épargne les histoires de gants en plastique, de papier toilette, de toasts et de clochettes qui font également partie du kit de survie pour m'attarder sur le fait, également, que ce n'est pas une séance que l'on passe tranquillement assis dans son fauteuil à profiter de la balade. Non, ici, on se lève pour danser avec les acteurs, chanter, gueuler, haranguer le film (Janet ? Bitch !). Bref, 96 mn de grand n'importe quoi.

 

Ces séances spéciales ne sont pas de tout repos. Mais ne pas en avoir vu une au cours de sa vie, c'est péché. Je ne saurais donc que trop vous conseiller d'essayer d'assister à l'une de ces projections lorsque la troupe passera dans votre région. Et si  on vous demande d'aller sur scène pendant deux minutes, surtout. Dites non. Ou alors, pensez à fermer votre compte facebook et à disparaître des réseaux sociaux pendant quelques mois...

 

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Cinéma (Cinéma)

Yop !

 

Ca y est : depuis quelques minutes maintenant, le teaser de Star Wars The force Awakens est en ligne sur le web. Le 8 décembre 2015, l'on devrait donc enfin connaître la suite des événements narrés dans Le Retour du jedi, cette nouvelle trilogie étant censée se dérouler plusieurs dizaines d'années après les événements des épisodes 4, 5 et 6. J.J. Abrams est à la réalisation, et il s'est chargé de coécrire le scénario avec Lawrence Kasdan, qui était déjà l'auteur des histoires des épisodes 5 et 6.

 

Quelques images tirées du teaser :

 

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Cinéma (Cinéma)

Hello tous !

 Chose promise, chose due : alors que le festival européen du film fantastique se dirige tout doucement vers la fin, il est temps de faire le point sur les films qui ont marqué les esprits durant cette édition, ceci d'autant plus que la qualité de ces longs métrages est souvent exceptionnelle. Ce soir, je vais donc vous parler des trois perles que j'ai pour l'instant identifiées au fil de la programmation, à savoir A Girl walks home alone at night, What we do in the shadows et White God. Accrochez vos ceintures, il y a là de quoi satisfaire aussi bien les fans d'horreur que les cinéphiles les plus avertis.

 

I. Les pelloches en vrac

Commençons néanmoins par effectuer un petit tour des autres pelloches vues ces derniers jours. Soyons francs, il y eut quelques déceptions, à commencer par le très médiocre The Canal, énième variation sur le thème de l'hésitation fantastique partant d'un scénario laissant le spectateur face un personnage principal dont on ignore si, fou, il a tué sa femme ou si c'est une entité surnaturelle qui s'en est chargée. Le long métrage irlandais d'Ivan Kavanagh repose sur cette seule et unique idée et la recycle à l'envi, une heure et demie durant, sans jamais parvenir à accrocher le spectateur autrement qu'au fil d'effets horrifiques lorgnant sur le gore et, pour tout dire, franchement hors sujet. Je suis parti avant la fin, et beaucoup d'autres dans la salle, eu égard aux commentaires entendus après la séance, auraient bien aimé en faire de même.

Starry Eyes, lui aussi, laisse un petit goût d'inachevé : cette histoire d'actrice prête à tout pour réussir joue la carte de la métaphore pour critiquer le star-system à l'hollywoodienne - laisser ses amis derrière soi, et patati et patata... - mais le fait sans guère de subtilité. Intéressant une heure durant, le long de Kevin Kolsch et Dennis Widmyer se noie peu à peu dans une intrigue convenue et prévisible, pour finir par laisser le spectateur relativement indifférent, la faute à un dénouement peu satisfaisant. On attendait mieux, même si l'on est loin au-dessus de The Canal.

Le FEFFS aura aussi été, entre autres, l'occasion de revoir le fameux Knights of Badassdom, dont la sortie sur les écrans est attendue depuis près de deux ans maintenant. Ici encore, petite déception : le film, réduit à une durée de 86 minutes, a beaucoup perdu comparé aux versions de 145mn qui circulaient sous le manteau via le web il n'y a pas si longtemps. Reste que cette histoire délirante de démon s'invitant au beau milieu d'une partie de jeu de rôles GN, avec les très chouettes Ryan Kwanten, Steve Zahn et Peter Dinklage, vaut toujours le détour pour son côté absurde assumé. Dommage que les coupes infligées à cette version lui fassent perdre 80% de son deuxième degré...

Le second degré, en revanche, ce n'est pas ce qui manque à Why don't you play in hell, l'avant-dernière réalisation en date du dingue Sion Sono. Je vous la fais courte : il est ABSOLUMENT indispensable de découvrir cette histoire bien barrée de jeunes se rêvant cinéastes et se mettant à filmer des batailles rangées entre yakuzas. Je ne vous déflorerai pas ici le pitch, mais sachez que vous n'aurez jamais vu combats de rue mieux chorégraphiés. Et puis, surtout, le Japon sous acide, c'est par ici les amis.

J'en viens à ce qui constitue l'une des très bonnes surprises du festival. Je n'en attendais rien, mais Late Phases, qui remet au goût du jour les histoires de loups-garous, tient le spectateur en haleine de bout en bout, et ceci sans jamais oeuvrer en terrain connu. Ici, l'Américain Adrian Garcia Bogliano s'emploie en effet à raconter l'histoire d'un vétéran du Vietnam aveugle et décrépi confronté à une menace poilue et pleine de dents au beau milieu d'une résidence pleine de retraités attendant que la mort vienne les faucher. Evidemment, leurs souhaits vont être bien vitre exaucés... Pour ma part, je retiendrai la prestation remarquable de Nick Damici, qui joue le rôle de l'ancien militaire revenu de tout, profond et cynique à souhait, et le goût certain du film pour le politiquement incorrect notamment lorsqu'il se met à évoquer la question de l'intégration des anciens combattants dans la société US. Saignant, dans tous les sens du terme.

Bon. Je vous ai gardé le meilleur pour la fin. Programmé en section "midnight movie", Zombeavers a comme prévu fait sensation dans la salle. Il faut dire que le pitch - des CASTORS ZOMBIES qui s'en prennent à un groupe de jeunes en rut, aka bikinis, nichons, effets spéciaux ultra-kitsch et gore à l'envi - sert de prétexte à Jordan Rubin pour enchaîner délibérément, 1h25 durant, toutes les âneries possibles et imaginables que l'on puisse imaginer sur un tel sujet. Oui, un castor zombie sait qu'il faut couper les fils d'une ligne fixe pour empêcher les victimes d'appeler les secours, et ça le fait marrer. Zedissime, Zombeavers aura fait hurler de rire la salle de la première à la dernière image, ce qui n'est pas rien. Et ceci en réussissant l'exploit de se cantonner pile à son sujet, sans aucun deuxième degré ni approche métaphorique qui rendrait l'oeuvre soit-disant plus intelligente, "meta" que l'on serait tenté de le croire. Non, Zombeavers est totalement débile, et on l'adore pour ça.

 

II. Les merveilles

Je pourrais encore m'arrêter sur pas mal de films vus depuis dimanche. Mais je vais plutôt essayer de consacrer un peu de place à des longs que je trouve particulièrement remarquables, et qui ont globalement fait l'unanimité dans le public.

Dans le genre, What we do in the shadows est sans doute la production la plus grand public. Tourné en Nouvelle-Zélande, le film de Jemaine Clement et Taika Waititi s'amuse, en un documenteur d'1h26, à suivre le parcours de quatre vampires installés en colocation et dont les personnalités renvoient aux archétypes des suceurs de sang que tout un chacun connaît (le Dracula de Stoker, le Lestat d'Anne Rice, le Nosferatu de Murnau - génial, d'ailleurs - et le rocker dépassé de Génération perdue). Furieusement drôle, cette histoire s'amuse à imaginer les difficultés de la vie quotidienne pour ces créatures de fiction tout en les démystifiant face contre caméra. Rien de plus décalé et étrange que de découvrir que le (ex-) puissant Vladislav a parfois lui aussi avoir besoin d'un psy, que la corvée de vaisselle n'a rien d'une synécure et que pouvoir voler, c'est quand même vachement pratique pour passer l'aspirateur au plafond. Bref. What we do in the shadows est l'un de ces films, à l'instar du non moins excellent Housebound, qui marchent dans les traces des vieux gore déjantés de Peter Jackson, Bad taste et Braindead en tête. Le réalisateur du Seigneur des anneaux avait déjà à son actif une jolie filmographie dans son pays, et il s'en trouve encore pas mal, de l'autre côté de l'hémisphère, qui ne l'ont pas oublié.

Dans un registre très différent, White God est une parabole politique filmée d'un point de vue canin. Le postulat de départ est presque réel : une loi (qui a véritablement été proposée par le parti d'extrême droite là-bas) est promulguée en Hongrie qui interdit de posséder un animal qui ne serait pas de race pure. A cause de cette loi, un père force sa fille à abandonner son chien dans la rue. Le toutou en question, c'est le brave Hagen, animal qui va se retrouver confronté à la barbarie de l'homme avant, spectacle surréaliste, de se rebeller contre ce diktat au point de remettre en cause les fondements mêmes de la société. Inutile de préciser que la métaphore est furieusement politique dans cette affaire.
White God a fait l'effet d'une bombe au FEFFS. Poignant, heurtant, jouissif et incroyablement poétique par moments, le film de Kamel Mundruczo est de ces oeuvres qui vous prennent aux tripes, vous arrachent des larmes puis des sourires contentés lorsque l'heure de la revanche a sonné. Mais Hagen et ses amis ne sont que des compagnons à quatre pattes, victimes de leur condition et d'une terrible oppression. White God veut donc leur dire haut et fort la beauté de la liberté, du droit de chacun à disposer de lui-même, veut défendre des idées de tolérance et de respect de l'autre. Il y a ici une puissance philosophique que peu de films portent en eux. Que l'oeuvre ait été sélectionnée dans la catégorie "Un certain regard" lors du dernier festival de Cannes n'a, à ce titre, rien d'un hasard. Quant à moi, je garderai longtemps son final, absolument magique, en mémoire.

Venons-en,  enfin, à ce qui constitue l'autre très grande découverte du FEFFS. Déjà sélectionné à Sundance et récompensé du prix Révélation au festival de Deauville la semaine dernière, A Girl walks home alone at night n'a pourtant rien d'un film évident. Je vous fais le pitch : l'histoire tourne autour d'un jeune homme, Arash, qui fait la rencontre d'une femme superbe mais pleine de mystère. Cette beauté ingénue cache pourtant un terrible secret : c'est une vampire qui erre, chaque nuit, en quête de proies dans les rues de Bad City.
Vous allez évidemment me demander: "Quoi, juste un film de vampires?" Ce à quoi je vous répondrai que l'originalité de l'oeuvre vous pète à la figure dès les premières scènes. Réalisé par Ana Lily Amirpour, jeune réalisatrice américano-iranienne, A Girl Walks home alone at night a été construit autour de l'idée, visionnaire, que le vampirisme n'était pas l'apanage de l'occident. La créature ici mise en scène porte donc un tchador tout en se déplaçant sur un skate board. Surréaliste, le film se joue sans cesse des attentes du spectateur, le caresse à rebrousse-poils, ceci pour raconter une histoire qui parle ici encore de liberté, qui ose dire la relativité du mal et poser les fondements d'un amour impossible entre un James Dean à la mode persane et une créatuire à la dérive, dont les quelques préceptes moraux - ne se nourrir que de ceux qui contribuent à la noirceur de la cité - ne tiennent guère face à son insurmontable bestialité. Inutile en revanche de chercher un sens politique à cette vision totalement décalée et d'une noire poésie : dans ce film en noir et blanc d'une élégance rare, nouri des influences de Sergio Leone, de Jim Jarmush, de David Lynch ou même de Godard (mais juste pour la marinière, hein, le reste, elle déteste), Ana Lily Amirpour ne revendique guère que le syncrétisme des cultures comme moteur de son cinéma, manière pour elle de nous rappeler, en remettant incessamment l'idée sur le métier, que nous sommes des citoyens du monde, plus que jamais. Un beau credo que l'on devrait retrouver dans son prochain long métrage... une histoire de cannibales amoureux.

 

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Cinéma

Yop tous,

Vous allez adorer cette news. La diffuser partout. La lire et la relire. Vous mettre à prier pour qu'elle devienne réalité. Rencontré mardi soir à New York par les p'tits gars du site tmz.com, John Turturro aurait répondu de manière très encourageante à la question de l'éventualité d'un spin off du cultissime - et je pèse mes mots - The Big Lebowski. La rumeur circule depuis des années, mais un film basé sur le personnage de Jesus pourrait donc bien être réellement sur les rails. Comme Turturro, un gros "maybe" avec un petit sourire en coin comme vous le verrez sur la vidéo ci-dessous.

 

Comment, vous ne connaissez pas The Big Lebowski ? John Turturro ? Jesus ? C'est cadeau, alors...

 Sur ce, je vous laisse, j'ai un cierge à aller brûler...

Source :

http://www.tmz.com/2014/04/16/john-turturro-the-jesus-big-lebowski-spin-off/

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Cinéma (Cinéma)

Hello tous,

Je sais, vous allez direct me sortir la sentence habituelle : les Français, ça sait pas faire de bons films d'horreur. Et je serai même d'accord avec vous, m'voyez. En revanche, les Franchouillards, ça aime le foot, et ça adore rigoler. Et en la matière, on sait tenir la dragée haute à la plupart des productions venues du monde entier.

Maintenant, imaginez juste un instant une sorte d'ovni version pelloche qui met bout à bout tout ce que je viens de décrire. Une sorte de variation comique dans laquelle on serait confronté à des beaufs bien comme il faut, à une petite pincée de mauvaise foi et à une bonne grosse rasade de crocs-en-jambe, de maillots tirés et de cartons rouges pour avoir insulté l'arbitre tout au long de la soirée. La base est là, alors ajoutez-y encore un petit coup de virus mutant, des têtes qui volent et une faim de chair humaine comme dans les meilleurs Romero des années 70. Oui, mesdames et messieurs, je vous parle de morts-vivants, de supporters et d'un bon petit match de coupe au fin fond de la cambrousse, version rouge sang. C'est barjot ? Assurément. Ca vous fait penser à la recette magique de la trilogie Cornetto d'Edgar Wright (Shaun of the dead)? Il y a de ça, probablement. On salue donc bien bas l'avènement de Goal of the dead, qui se paye le luxe, en prime, de vous offrir un film par mi-temps. Et rien qu'à voir la bande annonce du premier, ça s'annonce au minimum décapant.

Plus sérieusement, le diptyque est censé être déjà visible sur les écrans. De fait, il l'est, mais selon un mode de diffusion inhabituel, puisque les réalisateurs - Benjamin Rocher pour le premier opus, Thierry Poiraud pour le second - sillonnent l'hexagone de soirée spéciale en soirée spéciale pour faire connaître leur bébé dans les cinés. Goal of the dead sortira donc de son relatif anonymat un peu plus tard dans l'année, à la faveur d'une édition dvd (fin 2014 sans doute). Et d'ici là, il compte très fort sur le bouche-à-oreille pour faire connaître sa féroce envie de sortir le film de genre de l'ornière dans laquelle il est embourbé, dans notre beau pays, depuis quelques années.

Si je vous parle de ces deux films totalement azimutés, c'est parce que Rocher et Poiraud ont peut-être bien trouvé la solution au problème de reconnaissance dont le film d'horreur français souffre, victime bien souvent d'une intellectualisation trop artificielle pour réellement toucher les spectateurs. Ce qui a fait le succès du genre lors de son âge d'or, (les années 70-80, donc), c'était certes la capacité des réalisateurs de l'époque de s'emparer des grands sujets de société. Mais il s'agissait aussi de sujets qui touchaient tout un chacun jusque dans son quotidien. Dans un pays comme la France, qui érige le football au rang de quasi-religion, décortiquer les mécanismes du fanatisme à travers le prisme d'un moment gore et drôle a donc tout d'une idée lumineuse : c'est l'opportunité de saisir un instantané de notre culture populaire, de rire et de s'effrayer des comportements qui ont cours une fois au coeur de notre version moderne des arènes du colisée. Les jeux du cirque moderne, "croqués" à travers un film d'horreur bon ton et de toute évidence joliment troussé, voilà qui promet d'être savoureux de la première à la 90e minute. On se retrouve dans le quart de virage pour déguster le bébé ?

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Cinéma

Hello tous,

Un petit moment que je n'avais plus pris la plume pour parler de cinéma, mais l'occasion était trop belle ce soir pour que je fasse l'impasse sur un tel sujet. Comme vous devez sans doute le savoir si vous êtes ne serait-ce qu'un peu familier de l'oeuvre de J.R.R. Tolkien ou amateur des adaptations réalisées par Peter Jackson du Seigneur des Anneaux, ce mercredi marque en effet le grand retour des aventures de Bilbo le Hobbit au cinéma, pour le deuxième volet très, très attendu de ce qui sera bel et bien une trilogie. Le premier opus, qui faisait davantage office d'introduction à l'univers du livre [mais servait aussi de présentation assez exhaustive de la Terre du Milieu, ce qui convenons-en faisait défaut dans le triptyque du Seigneur des anneaux], avait faut-il dire laissé d'excellents souvenirs, ceci en trouvant son propre ton, plus léger que celui des films qui l'avaient précédé, sans pour autant trahir cette parenté. C'est donc avec beaucoup de curiosité et d'impatience que j'attendais cette suite; avec le secret espoir aussi que Peter Jackson retrouve le souffle qui animait ses longs métrages lors de la lutte désespérée des hommes, des elfes et des nains contre les troupes maléfiques de Sauron et Saroumane.

Un voyage inattendu s'était conclu sur cette promesse, et disons-le tout de go, cette promesse est tenue. Dans La désolation de Smaug, le spectateur se retrouve à marcher dans les pas de la petite compagnie montée par Gandalf le Gris et guidée par l'imprévisible Thorin Ecu-de-Chêne, toujours bien décidé à reprendre sa montagne des griffes du redoutable dragon Smaug. Mais désormais, il n'est plus temps de céder à la contemplation. Si les paysages de Nouvelle-Zélande sont toujours aussi fantastiques, Jackson entend avant tout raconter une histoire, et il sait avoir du pain sur la planche en la matière. La compagnie devra échapper aux orques, croiser le chemin d'elfes hostiles, affronter le regard des hommes puis plonger dans l'antre même du dragon. Pas question ici de vous gâcher la surprise, mais sachez que jamais ne pointe l'ennui, une quelconque lassitude. Désormais, c'est tambour battant qu'est menée cette intrigue, et c'est sans temps mort, mais avec une remarquable faculté de faire silence, quelques instants, pour présenter la grandeur de ses personnages, que le réalisateur néo-zélandais s'emploie à filmer cette histoire faite du bois dont on fait les légendes.

Car, pour croire et rêver, il faut des modèles, de la grandeur, des archétypes du bien et du mal capables de dépasser les simples clichés. En la matière, l'oeuvre de Tolkien est une somme inépuisable de références, et Peter Jackson les met en scène avec un talent consommé, avec sans doute aussi l'expérience accumulée derrière la caméra, au fil de toutes ces années passées à donner vie à un monde qui dépasse, soyons-en sûrs, le cadre de la seule heroïc-fantasy. Bilbo tout d'abord, s'y révèle avec ces traits de caractère que l'on lui connaît dans le Seigneur des anneaux, cette force d'âme qu'il transmettra au jeune Frodon et dont on devinera toute l'importance au moment crucial de la transmission de l'anneau. La Désolation de Smaug est aussi l'occasion de s'en aller davantage à la découverte de ces nains si inattendus, bourrus, braves, têtus ou honnêtes jusqu'au bout des ongles. Des archétypes, là encore, et l'on se prend à chercher - et trouver - ses préférés, peut-être le bienveillant Balin, sans doute Fili et Kili, dont la bravoure est mêlée à un remarquable sens de la fraternité, pourquoi pas le noble Thorin lui-même, dont le courage cède parfois du terrain à des instincts moins avouables. Cette lutte contre sa part d'ombre est une bataille dont on ne se lasse pas.

Et puis viennent les hommes et les elfes. On retrouve avec plaisir, forcément, la figure du jeune et courageux Legolas, plus que jamais incarnation de l'abnégation. Legolas perd en second degré ce qu'il gagne en noblesse d'âme et en agilité. Sur un ton plus tragique, vient aussi le contrebandier, Bard, dont on sent que le lourd passé pèsera de tout son poids lors du troisième volet de cette trilogie bien pensée. Une carte émotion que joue Jackson avec finesse, effleurant la question du veuvage, de la paternité. Bard est une belle personne, et sa présence apporte beaucoup à la force du long métrage.

 

Cette élégance des sentiments, c'est aussi la raison d'être d'un personnage absent des écrits de Tolkien. Les fidèles de l'oeuvre littéraire pourraient crier au scandale, mais le personnage de Tauriel, incarné par la ravissante Evangéline Lilly, échappe au double syndrôme de la jolie plante inutile ou de la copie conforme de la sublime Arwen (Liv Tyler), qui avait fait chavirer le coeur de Viggo Mortensen. Sa grâce elfique illumine le film tout du long, invite chacun des personnages qu'elle croise à montrer le meilleur de lui-même. Ici encore, de la grandeur, et c'est bien cela qui fait de La désolation de Smaug une oeuvre en tous points supérieure au long métrage dont il prend la suite directe.

Car de cette peinture de caractères et de sentiments ressort aussi une maturité à laquelle le premier volet n'avait pas nécessairement su accéder. La désolation de Smaug parle davantage à l'adulte qui vit en nous et se souvient de ses rêves d'enfant. La nuance est importante, car Peter Jackson n'oublie pas, cette fois, à quel public il s'adresse réellement. Il ressort de cette prise de conscience une grille de lecture du film à deux niveaux, à l'image de la tradition du conte. Car oui, notre âme d'enfant y verra encore et toujours l'histoire fabuleuse de petites gens qui se dressent contre un dragon géant. Mais il y a ici tant et plus, analyse fine de la nature humaine, mécaniques des jeux d'alliance et de pouvoir, beauté du métissage dans un monde qui a fait du cloisonnement entre les races une vertu cardinale... Sans jamais s'y attarder, avec le bon goût de ne pas surligner son propos, Jackson décrit le monde tel qu'il est, et tel qu'il pourrait aller. C'est cela qui se dessine en filigrane, d'ailleurs, dans ce second volet : les prémices d'une autre époque, d'une Terre en marche, enfin, vers l'alliance et l'unité. Le temps de la grande bataille est déjà en train d'approcher... Autant dire que l'on prend en la matière pas mal de liberté avec la matière littéraire de ce qui était initialement un conte pour enfants, mais ce souffle de la grande histoire donne désormais à cette vision du Bilbo The Hobbit une densité à laquelle ne pouvait réellement prétendre l'oeuvre de Tolkien.

Tout ceci pour dire que La Désolation de Smaug est un grand et beau film populaire, passionné et passionnant, dont on a peu de chances de ressortir frustré. Forcément, on attend la suite avec impatience. Rendez-vous le 13 décembre 2014 pour le troisième et dernier volet de la trilogie, qui s'intitulera Le hobbit : histoire d'un aller et d'un retour.

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