Le Blog de Lafouette

Par Lafouette Blog créé le 16/06/11 Mis à jour le 17/06/11 à 17h18

Ajouter aux favoris
Signaler

  Après avoir hésité longuement, retenu que j'étais par la bonne vieille peur de ne pas avoir une config' suffisante , j'ai finalement craqué et me suis acheté The Witcher 2 : Assassins of Kings. Si je ne reviendrai pas sur toutes ses qualités et ses quelques défauts, je voudrai simplement me pencher sur une cinématique située au début du jeu :


 

ATTENTION SPOILERS NOMBREUX

 

Les retrouvailles entre Foltest et ses « bâtards ».

 

   En effet, je trouve que cette scène est tout simplement superbe : les graphismes merveilleux du jeu sont mis en valeur par une mise en scène efficace reposant sur un montage sobre - mais tellement efficace - et une bande son magnifique. Mais c'est surtout la situation qui m'a littéralement donné des frissons (je sais, je suis émotif ^^). Frissons, comme je n'en avais pas eu (pour cette génération) depuis la mort de John Marston dans Red Dead Redemption, l'appel de détresse d'Alice Wake après que son mari ait prit sa place au sein de l'Antre Noire dans Alan Wake ; l'assassinat de Jenny dans The Darkness, où encore la scène dans laquelle il faut faire se traîner Solid Snake au milieu d'ondes nocives dans Metal Gear Solid 4 : Guns of the Patriots.

 

   La force de cette scène réside selon moi d'abord dans la façon dont elle est amenée. Dès la fin de The Witcher premier du nom, Foltest est montré comme un roi charismatique mais également capricieux qui, sans être cruel, ne porte que peu d'intérêt à la vie des autres (et particulièrement pas à celle de ses sujets). Ainsi, son entrain comique à guerroyer et ses sorties verbales (la promotion express de l'arbalétrier) le rendent extrêmement sympathique tandis que son manque d'empathie (le nombre de soldats qu'il sacrifie, sa façon d'exhiber le soldat défiguré, son consentement à l'encontre des exactions commises par ses soldats contre les civils,...) le rendent détestable. Un personnage ambivalent donc, à l'encontre duquel la détestation l'a emporté pour ma part. Je me suis ainsi rangé du côté de Geralt de Riv qui, chouchouté mais plus ou moins retenu contre sa volonté par Foltest, voit ce dernier comme un monarque despotique et capricieux, prêt à envoyer à la mort des milliers de soldats pour régler une obscure histoire de coucherie.

 

   Car il s'agit bien là du nerf de la guerre : Foltest, après avoir couché avec la reine locale, déclare la guerre à son royaume dans le but de soi-disant récupérer ses « bâtards », c'est-à-dire les enfants dont la reine a accouché après leur aventure. Au vu de ce que nous disions précédemment, j'étais intimement convaincu que le sort de ces enfants n'importe finalement que peu à un Foltest que j'imaginai surtout séduit par la possibilité d'annexer ainsi un royaume voisin.

 

   Seulement, tout cela change au vu de la fameuse cinématique qui nous intéresse ici. Ce qui m'a frappé dans cette scène c'est ce sentiment inexplicable d'humanité qui se dégage du monarque. Est-ce grâce au graphismes ? A la mise en scène ? Au jeu de l'excellent doubleur ? Tout cela à la fois ? Autre chose ? A moins que ce ne soit moins qui ai projeté tout cela ? Je ne connais pas la réponse à toutes ces questions. Mais toujours est-il que j'ai été frappé par la douceur qui s'est d'un coup dégagée de ce personnage habituellement brutal. Cette douceur qui était de plus accompagnée par une sorte de joie intériorisée et pudique qui est beaucoup plus à ressentir qu'à voir.

 

   Et c'est là, je pense, que The Witcher 2 marque pour moi un tournant. En effet, c'est sans doute la première fois pour moi que ces fameux frissons ne me viennent non plus du visible, d'un débordement d'émotion (Snake fait pitié à voir avec sa combinaison qui explose de partout, ses geignements et sa démarche de plus en plus pénible ; Marston tombe criblé par les balles de la façon la plus pathétique et tragique qui soit ; Alice Wake, affaiblie et visiblement vulnérable, crie de façon déchirante le nom d'Alan sur les berges du sombre Cauldron Lake,...) mais d'un débordement... de rien. Il n'y a pas d'explosion de joie, pas de grands sentiments - que ce soit chez Foltest ou chez ses enfants - mais juste de la joie retenue et de la prudence. Ce minimalisme émotionnel, qui sonne ici tellement juste, suffit pourtant à faire passer tant de choses : la joie de Foltest en revoyant ses enfants, sa fierté d'avoir enfin un héritier mâle (cela n'engage que lui...) auquel il pourra apprendre à tirer les ficelles de Temeria et qui lui succédera sur le trône,... On en viendrait presque, grâce au brio de cette scène, à légitimer toutes les exactions commises pour en arriver à ces retrouvailles.

 

   Je sais que ça paraît beaucoup pour une simple cinématique, je m'exprime à chaud et il y a donc sûrement une grande part de sur-interprétation. Cependant, je souhaitai que tout cela sorte pendant que ce sentiment m'habite encore car, me connaissant, il ne sera peut-être plus là la seconde fois...

 

Et vous, est-ce que des titres vous ont aussi fait « frissonner » (pas de peur, hein ;) ) car la situation montrée sonnait juste - sans utiliser le pathos ou l'épique - et était brillamment amenée ?

 

 


Ajouter à mes favoris Commenter (3)

Commentaires

Lafouette
Signaler
Lafouette
Vaa : ah excellent, n'ayant pas lu les livres je n'avais pas du tout pris ça comme ça. Je pensais que c'était simplement de la pudeur voir même de l'agacement (après tout Geralt n'a-t-il pas, malgré sa grande épaisseur cachée, une réputation de badass a assumer ?!). Ça fait un moment que j'envisage de m'attaquer au bouquin, tu viens de poser une pierre de plus ;)

lnk : Je dois avouer que pour l'instant je suis fan du titre (je suis encore très loin de la fin) par contre j'avoue que je rejoins les critiques sur le dosage de la difficulté. Certes je ne suis pas un hardcore gamer mais je reconnais que les combats sont très douloureux pour le moment (je suis au boss du chapitre 1). Enfin, il parait qu'après c'est le contraire... Cependant, de ce que j'en ai vu, c'est incontestablement un hit ^^
Vaa
Signaler
Vaa
Dans cette scène, ce qui m'a beaucoup plus, c'est certains plans sur Geralt, qui semble ailleurs à ce moment là, quand il regarde par la fenêtre. On a l'impression qu'il se force à ne pas observer les retrouvailles, que ça le blase de voir un père retrouver ses enfants. Ceux qui ont lu les livres comprendront :)
Ink
Signaler
Ink
J'ai vraiment bien aimé the Witcher 2. Mais je suis arrivé vraiment trop vite à la fin, et c'est un goût d'inachevé qui me reste en bouche...

Édito

Première tentative de blog sans prétentions, si ce n'est d'être agréable à lire. L'accent sera souvent mis sur la narration, les scénarios (ou scenarii pour les puristes) et la mise en scène des jeux vidéos.

Archives

Catégories