La Casa De Gounta

Par Gounta Blog créé le 13/12/09 Mis à jour le 06/05/10 à 11h07

A la découverte Poulpix.

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Il suffit de comptabiliser le nombre de tests réalisés en exclusivité avant la date de sortie officielle du jeu pour prendre conscience que le destin d'Heavy Rain n'est plus entre les mains de ses créateurs depuis bien longtemps. La sombre polémique qui a d'ailleurs secoué le petit monde du Jeu Vidéo témoigne tristement de cet état de fait. Alors quand il est temps d'aborder cette expérience, l'appréhension rôde dans les esprits comme l'attente d'un résultat d'analyses qui vous dévoilera si, oui ou non, vous faites partie des contaminés.

 

 

 

Tous avaient bien conscience que l'aventure proposée ne devait en aucun cas être abordée comme un jeu traditionnel. Heavy Rain, dans la droite lignée de son aîné Farhenheit, est un projet de longue haleine qui s'est donné pour objectif de repousser les limites de l'interaction et de l'implication émotionnelle. Il parassait donc évident que le gameplay proposé n'aurait par conséquent rien à voir avec ce qui est habituellement mis en oeuvre. Annoncé comme un phénomène révolutionnaire avant même les premières impressions partagées, les critiques formulées (et isolées) ont alors raisonné comme une claque magistrale adressée à Quantic Dream et Sony Computer Entertainment. Très vite gonflée en polémique, il s'est alors avéré que l'angle d'appréhension du jeu ne serait pas suffisant pour adhérer complètement à l'expérience, le titre n'étant pas dénué de défauts. Dès lors l'horizon s'assombrit un peu, laissant planer des doutes qui ne sont pourtant pas permis. Il apparaît clairement à partir de ce moment que l'adhérence à Heavy Rain ne sera pas unanime. Et si certains seront littéralement happés, d'autres seront retenus par une cruelle désillusion.

 

Loin d'avoir menti ou déformer la réalité, Heavy Rain (à travers d'ailleurs les propos mêmes de David Cage) s'est enorgueilli de proposer un véritable film interactif. D'ailleurs, les critiques saluent sans se forcer l'extraordinaire travail fourni pour proposer un tel niveau de mise en scène. Sur ce plan, le jeu est un modèle du genre. La réalisation donne vie à des personnages plus vrais que nature avec une consistance et une profondeur rarement atteintes, épaulées qu'elle sont par un niveau graphique exceptionnel qui permet aussi de développer une atmosphère tout aussi véridique. Immersion et implication sont prises au piège dans la toile d'une intrigue qui saisira les joueurs au coeur. Le principe de la jouabilité par l'intermédiaire de Quick Time Events multiplie l'identification aux différents protagonistes et plonge alors les acteurs dans un ensemble de possibilités d'une richesse impressionnante qui laisse à peine entrevoir le potentiel de rejouabilité. Non seulement l'aventure vous place devant des choix, mais elle vous en fait subir les conséquences sans jamais mettre en avant le concept d'échec à travers une fin de partie prématurée. La force du titre tient véritablement de cette capacité à proposer un tel niveau d'interaction qui provoque indéniablement une implication pratique et émotionnelle du joueur. Rapprocher le jeu à un film interactif est alors peu dire à tel point il est question de devenir l'acteur du destin des protagonistes. Porté par une histoire saisissante, le mode de gameplay permet avant tout de jouer avec ses trippes. Sur ce point, Heavy Rain est la révélation de l'année. Il va au-delà de ce que nous proposait Farhenheit. David Cage est parvenu à donner une toute autre ampleur à son oeuvre.

 

Face à un tel constat, il paraît bien difficile de trouver à redire. Et pourtant, à trop favoriser cette mise en scène détonante, un déséquilibre s'est creusé avec le reste. Outre le fait de souligner que la révolution annoncée ne tient certainement pas de l'originalité du principe du jeu, des défauts récurrents sont relevés comme autant d'aberrations qui trahissent le peu d'intérêt porté à cet aspect  technique. Pour ne citer que l'essentiel, il faut commencer par les temps de chargement suffisamment importants pour rendre toute immersion à long terme impossible. Tellement nombreux que l'aventure proposée ne devient plus qu'une succession de scènes. Vous êtes alors confrontés à cette sensation désagréable d'avoir mal dormi à force de vous réveiller plusieurs fois dans la nuit (et de ne pas avoir pu rêver d'une seule traite !). La puissance narrative des scènes est telle que les transitions entre chacun d'entre elles deviennent de plus en plus insupportables tellement elles vous arrachent du contexte régulièrement. Difficile de réellement s'immerger dans ces conditions. Pénibilité d'autant plus renforcée qu'Heavy Rain souffre d'un problème de rythme évident entre les phases essentielles à la progression et d'autres plus banales (mises en place pour user du gameplay, mais qui restent un passage obligé) qui mettent en évidence des temps de latence soporiphiques à la longue (qui ont le mérite de disparaitre au fur et à mesure que l'intrigue gagne en intensité). Pour prendre d'autres exemples comme la rigidité de déplacement, la synchronisation labiale uniquement basée sur la version anglaise ou l'ignorance totale de votre personnage sur les trajectoires pré-établies des PNJ (qui vous pousseront alors littéralement), l'équipe de développement est totalement passée à côté de ce genre de défauts pourtant évidents dès la première prise en main. Ceci ne peut alors signifier que l'essentiel des efforts n'a été consenti que pour appuyer un concept et non une expérience à part entière. Avec un soupçon de fluidité et de souplesse, de telles contraintes se seraient volatilisées.

 

Finalement, Heavy Rain est autant un chef d'oeuvre aux yeux de certains qu'une inévitable déception pour d'autres. Le problème vient à n'en pas douter de cette dissention entre deux aspects habituellement réunis. Le premier nous donne accès à un tel niveau de mise en scène, d'immersion, d'implication, de possibilités, d'émotions que la négligence du second  ne peut que nous faire regretter ce qu'aurait pu réellement donner un tel potentiel s'il n'avait pas été limité aussi sottement. Car Heavy Rain est à n'en pas douter une aventure particulière, sincère et extrême qui peut être accueillie fièrement et qui donne une toute autre ampleur à l'univers du Jeu Vidéo. Cependant, la finalité de ce projet est la preuve formelle que les impératifs financiers nécessaires pour soutenir ce genre d'initiative originale sont également les bourreaux d'une liberté d'action et de finition primordiales à un épanouissement complet et une réussite totale.

Voir aussi

Jeux : 
Heavy Rain, Heavy Rain (PS3)
Plateformes : 
PlayStation 3
Sociétés : 
Sony Computer Entertainment, Quantic Dream
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Édito

Un blog... Certes, certes. Mais pourquoi ? Sur un site comme Gameblog, les initiatives sur les thèmes fondamentaux que sont les jeux vidéo, le cinéma, la musique ou les mangas vont pleuvoir. Chacun voulant y aller de sa touche personnelle, parfois maladroite. Alors pourquoi ne montrerai-je pas aussi personnel et maladroit ? Et si la liberté des uns commence là où s'arrête celle des autres, c'est ici que prend effet ma juridiction. Il ne reste plus qu'à trouver une idée pour exploiter l'opportunité. Quoiqu'elle est dores et déjà toute trouvée. Voici donc une fenêtre ouverte sur le site que je développe. Je le crois original, détaché de toute concurrence dans sa manière d'approcher le sujet. Et, du coup, je me permets de penser qu'il a sa chance au milieu de tant de sobriété et de classicisme. Je vous présente donc Poulpix, un autre site sur les jeux vidéo (et pas sur la diffusion d'images et de vidéos holé-holé sur la reproduction des céphalopodes comme pourrait le laisser penser son nom). Bah oui, pas le choix, quoi.

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