Bréviaire des vaincus - Expérimentations littéraires

Bréviaire des vaincus - Expérimentations littéraires

Par maitrenanar Blog créé le 30/04/10 Mis à jour le 26/07/14 à 13h50

Le Bréviaire des vaincus vous proposent une plongée originale dans la littérature : science-fiction, romans noirs, fantastique ou oeuvres inclassables. Nous sommes ouverts à toutes les propositions, ceci est un terrain propice aux expérimentations littéraires !

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Henri Michaux, belge d'origine, est connu pour sa poésie. Cependant, c'est oublier bien vite ses carnets de voyages comme le succulent Un Barbare en Asie publié en 1933. Un carnet étonnant tant le ton est particulier. Michaux décrit les peuples asiatiques qu'il rencontre. L'Inde, par exemple, est pour lui l'occasion de disserter sur les moeurs de ses habitants. Le ton est acerbe mais jamais directe, il conserve cette distance du dandy, de l'homme qui foule les kilomètres avec le regard malicieux.

Néanmoins, les propos de Michaux n'ont rien d'inutiles ou de superficiels. Bien souvent, avec ses paragraphes lapidaires, son sens de la formule, de la phrase joliment complexe, sa façon à lui de démolir, il touche juste. Lorsqu'il parle du théâtre local, des habitudes culturelles/culinaires de tel ou tel peuple. Bien souvent également, il dit ce que l'on n'ose avouer, nous occidentaux. L'extrait ci-dessous, provenant donc d'Un Barbare en Asie, évoque la langueur des Indiens avec humour et pertinence.


« S'asseyant où ça leur plaît ; fatigués de porter un panier, le déposant à terre et s'y vautrant ; rencontrant un coiffeur dans la rue, ou à un carrefour, « Tiens, si on se faisait raser !... » et se faisant raser, là, sur place, en pleine rue, indifférents au remuement, assis partout sauf où on s'y attend sur les chemins, devant les bancs, et dans leur boutique sur des rayons de marchandise, dans l'herbe, en plein soleil (il se nourrit de soleil) ou à l'ombre (il se nourrit de l'ombre), ou à la séparation de l'ombre et du soleil, tenant une conversation entre les fleurs des parcs, ou juste à côté OU CONTRE un banc (sait-on jamais où un chat peut s'asseoir ?), ainsi en va-t-il de l'Indien. Ah, ces pelouses dévastées de Calcutta ! Pas un Anglais ne regarde ce gazon sans frémir intérieurement. Mais aucune police, aucune artillerie ne les empêcherait de s'asseoir où ça leur convient. ».
L'article d'origine : Extrait - Michaux et l'Inde
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Édito

Oeuvrant sous le pseudonyme d'Alfoux, je vous propose ici de découvrir les talents d'hier (oubliés) et les talents d'aujourd'hui et de demain. Des personnes intelligentes et proposant des écrits sortant des sentiers battus.

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