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Par BeeJay Blog créé le 07/07/15 Mis à jour le 12/07/15 à 15h08

Enfant des années 80, j'ai connu le jeu vidéo lorsqu'il naissait dans nos salons. Devenu conseiller dans le domaine du jeu une fois adulte, cette passion, loin de me quitter, s'est amplifiée. J'aime les jeux à histoire, d'aventure et de rôle par dessus tout.

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Jeu/ciné (Jeu vidéo)

Le transmedia

Les loisirs de divertissements sont nombreux, surtout dans nos sociétés modernes où la technologie fait reculer les limites et où la demande est forte de remplir un temps libre de plus en plus vaste. Concentrons nous aujourd’hui sur ceux de l’univers Geek, c’est-à-dire ceux qui permettent de voyager en pensée, sans avoir à bouger ou à sortir de chez soi.

Parmi eux on peut compter la littérature et la bande dessinée, les séries et les dessins animés, mais ce qui nous intéresse aujourd’hui est la relation de plus en plus affirmée que partagent les deux derniers que sont le cinéma et le jeu vidéo. Car tous les loisirs cités sont de moins en moins confinés à leur genre propre, s’accordant la liberté de rendre visite au média voisin. Un livre deviendra ainsi un jeu, un jeu un livre, ou encore une bande dessinée une série.
Cela s’appelle le transmedia.

 

L’espoir naît, fragile

Lorsqu’au détour d’une actualité encore fraîche, le joueur assidu apprend la rumeur d’une adaptation de l’une ses ½uvres vidéo-ludiques chéries sur le grand écran, il ressent souvent un bonheur intense tout droit issue de la nostalgie plus ou moins ancienne que sa pratique a pu graver en lui.
Il se peut que ce plaisir ressenti soit accompagné chez l’utilisateur aguerri d’une sueur froide, cette goutte glacée coulant le long de son dos à l’idée que le produit qui en ressortira ne rendra pas hommage à ce qu’il estime devoir être un chef-d’½uvre.

 

Choix d’une adaptation

Car le projet sera mené par des producteurs au service de leur compte en banque, ayant plus à c½ur de choisir l’½uvre à adapter parmi celles qui de leur point de vue ont le plus de chances d’être rentables que par réel amour du produit initial. Cela n’empêche pas pour autant le résultat d’être bon, mais peut être la première raison d’un plantage annoncé.

Je suis le premier à comprendre que l’investissement dans ces domaines est immense et que le retour attendu soit une donnée importante et logique, voire la donnée de base chez ceux qui financent le tout. On espère simplement deux choses:

  • que ceux qui fournissent l’argent laissent aux créateurs une liberté maximale de concrétiser leur vision sans imposer la leur
  • et surtout que ces-dits créateurs aient de leur côté une réelle connaissance et un amour profond de l’½uvre qu’ils adaptent.

Si ce point est validé, alors les rails vers une adaptation réussie peuvent être considérés comme bien posés.
Lorsque c’est le cas, cela aboutit souvent à une ½uvre de qualité qui fait plaisir aux fans, en plus de rapporter un joli pactole.

Les exemples de mariage inter genres sont légions mais celui du portage d’un jeu au cinéma, en plus d’être assez rare, est plutôt récent, exceptions faites de quelques tentatives lamentablement échouées à l’ère où le jeu vidéo, naissant et populaire, donnait des velléités de grandeurs aux actionnaires.
Citons pour le plaisir les nanars que sont le « Super Mario Bros » de 1993 ou encore le mythique « Street fighter: l’ultime combat » de 1994, à qui on ne peut enlever son casting exceptionnel pour l’époque.

La raison pour laquelle on choisit le jeu à adapter en film me paraît devoir couler de source: LE SCENARIO.

 

Nanar en approche

Et quand je parle de scénario, je veux le dire LE MÊME que celui qui a fait la force du jeu à l’origine. Quelle bêtise que d’en adapter un en le choisissant pour cette raison, mais de décider à un moment donné de sa création de ne garder que le titre, son univers si on a de la chance, et de donner à la nouvelle équipe le soin de créer une histoire différente.

Je pense deviner leur processus de pensée. Avec tout la bonne volonté du monde, la nouvelle équipe se dit qu’une intrigue inédite ne peut qu’être une bonne chose, et pense qu’adapter (changer entièrement) le scénario le fera mieux passer sur un grand écran. ERREUR. Et si jamais ça marche tout de même, j’ai envie de crier au coup de chance.
De la même façon, choisir d’adapter un jeu sans le moindre scénario est un mystère absolu qui prouve que le potentiel rendement est au centre des priorités de l’investisseur, pour qui un grand nombre de personnes va courir dans les salles de cinéma à la seule évocation du titre du film adapté car ils en ont adoré la version vidéo-ludique.

Je citerai le jeu TETRIS, rouleau compresseur international auquel la Gameboy doit en partie son succès et sorti en 1984. Jeu de réflexion génial où l’on devait faire s’emboîter des formes afin d’éliminer les lignes avant que l’écran ne se remplisse. Parfait exemple d’un jeu au potentiel cinématographique absolument inexistant et qui verra pourtant son adaptation devenir réalité par la volonté de la société Treshold Entertainment, qui a fait équipe avec The Tetris Company dans ce but.

Cela ne veut pas dire que le film sera forcément mauvais, on peut même avoir de bonnes surprises parfois.
Je veux juste souligner que l’impact important de l’argent que cela peut rapporter, grâce à une licence ultra connue, est à envisager comme étant essentiellement au centre du processus de création, au détriment de l’évidence qu’un bon scénario pourrait provoquer.

 

Le respect au c½ur de l’½uvre

Pour revenir aux adaptations de jeux dont le scénario est la raison numéro 1 d’exister, il est nécessaire de conserver un maximum de ce qui a fait la popularité du titre auprès des joueurs. La seule chose qui ne sera évidemment pas présente dans les salles obscures est en toute logique celle qui fait la différence entre les 2 media, le gameplay.

En gros, au cinéma, on suit l’histoire qui se déroule sur l’écran de manière passive quand dans un jeu on passe du temps à contrôler le protagoniste principal dans les phases d’action, de déplacements et parfois de dialogues.

Mais il faut absolument garder les personnages et leur caractère, la musique et le déroulé de l’intrigue au plus proche de l’expérience vécue par le joueur. Car le plaisir de l’initié vient de cette satisfaction intérieure de connaître les ressorts de l’½uvre, quand le profane assis à côté de lui ne voit pas les clins d’½il qui lui sont comme personnellement adressés, et apparaissent comme un cadeau invisible aux autres.

Si je devais choisir deux titres qui selon moi ont un fort potentiel d’être des films exceptionnels, non seulement car ce sont des blockbusters en puissance, mais aussi et surtout pour l’excellence dépassant parfois les meilleurs films de leur scénario, je citerais Bioschock et Mass Effect.
L’un angoissant et troublant à souhait. L’autre space opéra épique à l’aventure sidérante.