Catégorie : Livres

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Livres (Littérature)

   Après avoir évoqué "ZAI ZAI ZAI ZAI", je reviens à la charge avec plusieurs bandes-dessinées de Fabcaro sorties ces derniers temps. On sait que le type est bougrement prolifique puisqu’il vient également de sortir un roman dans la cadre de la rentrée littéraire. C’est terrible quand même ces types qui travaillent, dessinent, écrivent, sillonnent le pays pour faire des dédicaces alors que soi-même on est bien en peine de faire une pauvre vidéo Youtube de façon régulière.

Bref, en premier lieu je souhaitais vous présenter « Et si l’amour c’était aimer », publié fin 2017 chez Six pieds sous terre, encore une fois. « Et si l’amour c’était aimer », phrase que n’aurait pas renié Barara Cartland ou Danielle « Fistfull » of Steel, phrase qui met déjà bien dans l’ambiance, mine de rien, avec cette magnifique couverture ambiance Côte Ouest le long du grand pacifique les vagues défient le temps. Avec un dessin qui saute aux yeux, et qui affiche d’emblée un parti pris roman photo ambiance année 80-90, un peu, un aspect suranné tourné en dérision. La dérision chez Fabcaro, toujours la dérision…

Alors de quoi cause cette BD. Eh bien elle nous conte la petite vie tranquille que vivent Sandrine et Henri, couple ambiance classe aisée voire franchement pétée de thune si on prête attention à la maison croquée en première page. Un petite couple bien peinard, à l’abri du besoin, qui mène une vie tranquille Emile, le type bosse, la femme reste à la maison en mode assistanat total, Pénélope Fillon es-tu là ? Ambiance Côte-Ouest, je vous dis.  Ou plutôt Santa Barbara et , puisque nous en sommes à invoquer des référents de marque, analysons un peu le générique de cette série. Que nous dit Gilles Sainclair ? « Santa Barbara, je ne sais pas pourquoi j’ai le mal de vivre / Santa Barbara, je ne sais pas, je vais, comme un bateau ivre. » Rimbaud appréciera la référence. Cette langueur aboulique n’est pas étrangère à Sandrine. Et si vous avez assidûment lu Flaubert ou suivi Sunset Beach ou Les Feux de l’Amour,  vous savez très bien qu’un coup de foudre inopiné peut survenir au détour de l’ennui. C’est précisément  ce qui arrive à Sandrine alors qu’elle fait appel au service de Macédoine express et qu’elle se trouve nez-à-nez avec Michel,  un bellâtre d’une vingtaine d’années, qui à défaut de vivre des chansons sur lesquelles il travaille avec son groupe, fait office de livreur.

Les deux amoureux connaîtront des aventures tumultueuses – enfin pas tant que ça mais faut bien vendre le livre – enfin, il tenteront de s’en sortir dans cette fable absurde qui nous rappelle une fois de plus que les haricots n’ont pas d’odeur.

Dans la continuité de cette BD, on peut s’attaquer à « Moins qu’hier » (plus que demain), paru chez Glenat en mai 2018. Un titre également très bien trouvé pour une BD excellente qui croque non sans mordant – avec croustillant, donc – la vie amoureuse et les relations de couple. Les relations de couple qui, est-il utile de la rappeler, font parfois penser à une longue randonnée le long de la nationale par temps de pluie alors qu’on n’a pas de parapluie et qu’on s’est foulé la cheville en voulant imiter Mickael Jackson alors qu’on sait pas danser le Moonwalk. Oui, c’est un peu ça, l’amour, parfois.

Cette bande-dessinée se présente sous un angle différent à celle précédemment mentionnée. Ona la une série de petites scénettes, des strips, en somme, à travers lesquelles Fabcaro use de son humour décapant. Ainsi suit-on  de façon brèves Valérie et Yves, Laetitia et Jérôme ou encore Aline et Nicolas, Autant de couples souvent risibles, rarement attachant et c’est pour ça qu’on les aime… ou plutôt qu’on les moque. Après tout, l’affection n’est-elle pas une émotion parfaitement surcôtée ?

Seul Fabien est un protagoniste récurrent. C’est un type délicieux qui est persuadé que sa femme est à la boulangerie, et qu’elle est allée chercher des croissants avec sa valise.

Une BD vite expédiée, toutefois. Elle vous fera bien marrer mais ne vous tiendra pas non plus en haleine des heures durant.

Alors si vous êtes un peu à court, vous pouvez vous ruer sur Jean-Louis, autre BD du père Fabrice qui est sortie en même temps que Moins qu’hier plus que demain. Alors attention,il s’agit ici d’une réédition de Jean-Louis et son encyclopédie quei était précédemment parue chez Drugstore.

On retrouve donc ce fameux Jean-Louis dans un format à l’italienne. Jean-Louis est un enseignant qui arrive dans un nouveau collège. Collègue relou et imbécile patenté, il tente d’impressionner son petit monde avec l’encyclopédie qu’il a entrepris de rédiger.  A travers les petites explications qu’il tente de distiller dans son encyclopédie, on pénètre dans le nawak intersidéral.

Des strips en 3 cases qui font certes rarement la part belle à la subtilité. Un humour qui tâche un peu. Scato pas top.

Graphiquement, on est dans un style BD plus traditionnel, si tant est que cela veuille dire quelque chose. On est loin très loin des autres BD dont j’ai causé préalablement.

Pas aussi inspiré mais ça passe.

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Livres (Littérature)

Il y a un an, j’avais chroniqué un petit bouquin très chouette qui versait dans le porno gore intitulé « Dirty Sexy Valley », un roman d’Olivier Bruneau qui faisait la part belle aux incisions sadiques et aux éjaculations joyeuses.

Versant nettement moins dans les geysers de sang et les parties de jambes en l’air, le bouquin dont il est question ici, s’il n’appartient pas tout à fait au même registre, a, je trouve, des qualités un peu similaires. Il s’agit de VNR de Laurent Chalumeau.

Alors Laurent Chalumeau, je ne connaissais pas, mais je suis tout à fait capable de feindre être un type érudit récitant une fiche Wikipedia. Donc je me lance.

La légende raconte qu’à l’origine, Laurent Chalumeau s’appelait Maurice. Son meilleur ami, Eugène, jeune dislexique qui chuintait légèrement, usait d’un diminutif pour le saluer tous les matins, lorsqu’il passait le prendre pour se rendre à l’école.  « Chalut Mau ! » qu’il disait alors. Cette expression ayant supplanté l’identité originelle de Maurice, ses parents décidèrent de l’affubler d’un nouveau prénom. Laurent était un blase comme un autre, ils optèrent pour celui-ci, et c’est ainsi que Laurent Chalumeau est né.

Mais Wikipedia ne nous raconte pas cela, il se contente de nous dire que Laurent Chalumeau est journaliste à Rock n’ Folk et qu’il est également scénariste. Il pondait notamment les textes de De Caunes quand celui-ci officiait à Nulle Part Ailleurs. Il a par ailleurs publié des romans demeurés parfaitement inconnus par votre serviteur.

Voici l’auteur présenté, passons au bouquin !

VNR, de Laurent Chalumeau (titre + noms d’auteurs qui, pour le coup, portent bien leur nom, vous allez voir) est un roman en trois parties dans lequel le narrateur a littéralement pété un plomb façon Disiz La Peste ou « Chute libre », avec Mickael Douglas. Sans emploi, quitté par sa femme, méprisé par ses enfants, le bonhomme en question n’a plus rien à perdre. Et quand on n’a plus rien à perdre, eh bah on n’a plus rien à perdre. Donc, ce type a un peu les nerfs. Il avait une vie plutôt standard mais qui lui allait bien : un boulot pas dingue mais qui payait les factures, une femme un peu salace qui lui donnait pleinement satisfaction au pieu. Bref, une vie normale, comme dirait notre ancien président. Oui, mais alors tout ça, ça a volé en éclat très vite, puisqu’en un temps record, il a perdu son job et son zob, en un sens, puisque sa femme et toutes les cochonneries qu’elle daignait lui prodiguer se sont fait la malle. Ajouté à cela le cadre familial qui vole en éclat, bref rien ne va plus.

Alors le type, il a beau être de bonne composition, il est quand même un peu remonté. Donc, il décide de se venger. Se venger, c’est bien beau, mais contre qui, contre quoi ? Vu qu’il y a tout un maillage de choses qui font défaut au bien être de ce bonhomme et que c’est toute une galerie de personnages qui est responsable de sa situation, il va choisir avec méticulosité trois des acteurs majeurs auxquels il doit son désarroi, à savoir l’ancien boss de sa femme qui harcelait cette dernière, l’homme politique qui a fanfaronné et est demeuré impuissant face à la délocalisation de l’entreprise pour laquelle il bossait, puis la psy de sa femme qui a monté celle-ci, volontairement ou non, contre son mari et l’a amené à le quitter.

La force première de ce livre, c’est son ton. On est là dans un langage parlé, ce qui en soi n’a rien de bien « disruptif » comme on dit en 2018, mais ce langage ne manque pas de panache.  Et du panache, il en faut pour ce type de narration, car dans les livres dans lesquels on écrit comme on parle, on finit, souvent par se lasser assez vite. On remarquera que ceux qui se livrent à ce type de roman ont au moins le bon goût de faire des choses courtes. Et c’est d’ailleurs le cas ici puisque le livre fait 170 pages environ. Donc pas mal d’énergie dans ce texte, avec des erreurs syntaxiques qui rendent le propos d’autant plus convaincant. En revanche, j’ai débusqué quelques fautes d’orthographes qui, elles,  m’ont semblées moins volontaires, enfin passons.

L’intérêt principal de ce roman réside dans le système narratif mise en place, le narrateur, bourreau, s’adresse à ses victime, et par la force des choses, de façon directe au lecteur. Le lecteur en viendrait presque à ressentir la dureté de la chaise sur laquelle il est assis, le baillon qu’il mâchonne et les entraves qui l’empêchent de bouger. Mais il n’en est rien car le lecteur jouit de sa liberté et il jouit du mauvais sort qui attend chacune des victimes. Le lecteur savoure avec sadisme cette distance, trop heureux de ne pas être à la place de celui qui va manger…

Se venger, c’est bien beau, mais de quelle façon ? Me direz-vous.  Eh bien de la plus efficace qu’il soit, à savoir en kidnappant les personnes choisies et en les torturant jusqu’à ce que mort s’en suive. Beau programme. Le narrateur  a toutefois la politesse de leur expliquer pourquoi il fait cela et comment il en est arrivé là. Ainsi, à travers les trois monologues qu’il sert à chacune de ses victimes, on suit les étapes de sa douce descente aux enfers qui, dans sa bouche, est plus désopilante que sinistre.

Une lecture qui se fait de façon aussi plaisante qu’expéditive, un remède tout indiqué pour ceux qui se trouvent dans une période de je m’en foutisme littéraire en mode  « je préfère allumer mon Netflix en rentrant du taf que d’ouvrir un bouquin ». Bon, bah si jamais t’as envie de te replonger dans un truc poilant et un peu sadique, prends donc ça copain, Chalumeau saura te réchauffer le cœur !

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Livres (BD-Manga-Comics)

Alors ce coup-ci je voulais vous causer d’une BD que j’ai un peu découvert sur le tard, à savoir Zai Zai Zai Zai.

J’avais abordé Fabcaro sans trop le savoir à l’époque où je m’étais lancé dans la lecture de "Z comme Don Diego Coup de foudre à l’hacienda" que j’avais beaucoup aimé, très drôle, très chouette. Un album qui avait connu une suite, puis les deux tomes de cette série avaient fait l’objet d’une intégrale.

Bon alors Zai Zai Zai Zai Kezako ? ça cause de quoi ? Eh bah c’est l’histoire de Fabrice qui va faire ses courses et qui oublie sa carte du magasin. Bon alors, je vous l’accorde, le scénario est assez invraisemblable. Si vous n’êtes pas adepte de récits un peu fantaisistes , vous risquez d’avoir du mal à rentrer dedans. Mais bon, passé cet écueil on embarque pour une aventure impensable, un véritable Road-movie haletant qui ferait presque de l’ombre au Fugitif avec Harrison Ford.

Ah oui, et ce que je n’ai pas dit c’est que ce Fabrice est un dessinateur de BD. Est-ce à dire que Fabcaro ait pu, d’une façon ou d’une autre, effectuer une forme de projection de sa propre identité dans cette œuvre hautement subversive ? Se pourrait-il qu’il ait osé verser dans le filtre autofictionnel comme savent si bien le faire des écrivaines aux écrivains comme Christine Angot ou Emilie Frêche. Serait-il envisageable que, derrière le prénom Fabrice se cache Fabcaro. D’ailleurs, une profonde investigation m’a  amené à découvrir que ces deux noms-là commençaient par les trois mêmes lettres. Est-ce que Fabcaro serait en train de tenter de nous faire part d’une façon aussi habile que sulfureuse que lui aussi, parfois, aime se foutre du fonctionnement de notre société, et que lui aussi, parfois, sors de chez lui sans sa carte de course ? Qu’il se révélerait être le genre d’énergumène qui traverse en dehors des passages cloutés ou qui adresse encore la parole aux femmes dans la rue ? Serait-il désaxé à ce point ? On laissera Jacques Pradel mener l’enquête.

Suite à un tel forfait, il va de soi que toute la nation est en émoi. Les médias s’en mêlent, vous connaissez la chanson.

Bijou de l’absurde qui s’est écoulé à plus de 100 000 exemplaires, c’est dire si je suis précurseur avec cette vidéo. Je me demande d’ailleurs si on n’a pas atteint les 150 000 depuis, faudrait demander aux éditions Six pieds sous terre où ils en sont. Pas six pieds sous terre, je pense...

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Livres (BD-Manga-Comics)

« Moi, ce que j’aime, c’est les monstres » c’est LE Livre de la rentrée de Monsieur Toussaint L’ouverture. Alors Monsieur Toussaint L’ouverture, pour ceux qui ignoreraient de qui il s’agit ou plutôt de quoi il s’agit, il s’agit d’une maison d’édition  basée à Cenon, dans la région bordelaise. En fait on réalise qu’il y a tout un tas d’éditeurs de talents basés à Bordeaux, comme Finitude ou L’éveilleur.  On sait pas, à quoi c’est dû. Un microclimat, peut-être…

Cela fait plus d’une décennie qu’ils existent et on leur doit quelques pépites dont les ouvrages de Frederic Hexley, les romans de Steve Tesich ou  encore ceux de David Carkeet. Ils publient relativement peu, mais sélectionnent rigoureusement ce qu’ils veulent éditer. Cela avait été le cas avec la réédition de « Watership Down » de Richard Adams, ou avec le roman « La maison dans laquelle » de Mariam Petrosyan. Et c’est encore dans cette optique qu’ils publient en cette rentrée littéraire 2018 le roman graphique « Moi, ce que j’aime, c’est les monstres » d’Emil Ferris.

Emil Ferris dessinait des jouets et participait à la production de films d’animation. Une vie de mère célibataire assez banale jusqu’à ce que, à quarante ans, elle se fasse piquer par un moustique et là, paf, elle tombe dans un coma de trois semaines. En fait elle a chopé le virus du Nil occidental. Les médecins lui annoncent qu’elle ne pourra plus marcher et sa main droite, celle qui lui sert à dessiner, est paralysée. La tuile. Mais bon, elle se bat et va jusqu’à se scotcher un stylo sur la main pour dessiner. Suite à cela elle s’inscrit aux beaux arts de Chicago, en sort diplômée et entame le roman graphique que voilà. Six ans de travail, 800 pages et quelques 48 refus d’éditeurs plus tard, voilà que « My Favorite Things is Monsters » voit le jour. Le premier tome sort aux Etats-Unis en février 2017 (oui oui c’est en 2 tomes).  Pour ceux qui sont désireux d’en savoir davantage, vous pouvez vous rendre sur le site des éditions Monsieur Toussaint Louverture. Une petite fille du nom de Sandy (tirée du livre) saura vous présenter en détail Emil Ferris, sa vie, son œuvre, etc.

Ce roman graphique nous raconte l’histoire de Karen Reyes, 10 ans, qui vit dans le sous-sol d’un immeuble en compagnie de sa mère et de son grand frère. C’est une gamine fascinée par les histoires de Vampires, de fantômes et de monstres en tout genre. Sa petite vie de fille marginale se voit bouleversée le jour où sa voisine, la belle Anka Silverberg est retrouvée morte. Ayant succombé à une balle dans la poitrine, les autorités plus ou moins compétentes concluent au suicide alors même que l’arme n’a pas été retrouvée.

Karen, pas vraiment satisfaite par cette interprétation, va mener sa propre enquête.

Ce faisant, elle nous introduit dans son monde, un monde fait de fascinations pour les choses étranges que le commun des mortels a vite fait d’estampiller « tordues » ou « glauques ». Ces qualificatifs sont d’ailleurs facilement accolés à la jeune fille qui se voit ainsi marginalisée, notamment à l’école ou les autres filles ne sont pas très tendres avec elle. Mais qu’importe, elle a son monde bien à elle et dans ce monde, elle se dessine comme étant un monstre à chapeau dans un imperméable. Un détective plus attachant qu’horrifique. Karen a aussi  un entourage avec lequel elle nous familiarise. Sa mère est une femme aux allures de bigote et excessivement superstitieuse. Son frère, Deeze, est un jeune séducteur au corps recouvert de tatouages qui l’initie à l’art.

Alors que l’on tente de comprendre qui est cette fille, que le lecteur pénètre son univers non sans certaines phases humoristique, Karen elle, tente de démêler le vrai du faux concernant Anka et sa mort. Pour tenter de comprendre ce qui a pu arriver à cette femme, elle se remémore qui était cette femme, quels ont été les moments qu’elles ont pu partager ensemble. De fil en aiguille, on en apprend sur elle et sur son passé très difficile.

Si Emil Ferris use de la narration à la première personne lorsque l’on suit la petite Karen, puisqu’en fait ce roman graphique se présente comme étant le carnet intime de la jeune fille, elle fait basculer cette narration lorsque l’on écoute Anka, à travers de vieille cassette. Un habile procédé qui permet d’insuffler la gravité nécessaire inhérente à la vie de cette femme. Anka, avec toujours son visage colorié en bleu, nous raconte alors son enfance dans l’Allemagne des années trente, ou comment fille d’une mère maquerelle, elle a appris à survivre seule, dans une Allemagne dévastée par la misère et gangrénée par le nazisme. En dire davantage serait un sacrilège à forte teneur en divulgâchis.

Hormis cette Allemagne de l’entre-deux guerre, c’est aussi la ville de Chicago de la fin des années soixante qu’Emil Ferris croque. Le lecteur est plongé dans une ville suintant la crasse et la misère. Une ville âpre qui fait encore la part belle au racisme, dans une Amérique où l’on vient d’assassiner Martin Luther King.

Révolution sexuelle oblige, ce roman graphique aborde de la question de la sexualité et de l’homosexualité. Pour Karen, la sexualité est une grande inconnue qui fait partie intégrante du monde absurde dans lequel elle se raconte des histoires.

La solitude, la décrépitude et la folie sont également des composantes de ce monde qu’Emil Ferris met en exergue. Pour y faire face, Karen redouble d’ingéniosité pour créer de nouvelles fables horrifiques lui permettant de fuir ce monde sinistre.

Graphiquement, c’est une claque. Une merveille. Les qualificatifs élogieux si souvent utilisés et donc usés jusqu’à la corde semblent galvaudés si bien que l’on rechignerait presque à les utiliser tant il s’agit là d’un ouvrage singulier, émerveillant et dantesque. Art Spiegelman lui-même est tombé sous le charme de ce travail.

Les dessins, honorés au stylo à bille pour la majorité, sont incroyables. On a parfois des pages en noir et blanc, des pages monochromes souvent cassées par un élément coloré, et à d’autres endroits, on a des passages riches en couleur, au teintes vives, hallucinées qui éclatent, dynamisent le récit.

On y trouve des références à la pop culture, notamment à travers les couvertures de magazines que dessine Karen et qui font forcément penser aux contes de la crypte.

Tout un art de la gestion de la page sur des feuilles de cahier d’écolier, feuilles lignées du type Clairefontaine-Rodia. Un sacré ouvrage ! Il faut féliciter l’auteur certes, mais aussi l’éditeur, Monsieur Toussaint l’Ouverture qui, une fois de plus, a fait un sacré travail sur ce coup là et mérite tous les éloges dont ils doivent commencer à être accoutumés.

Enfin, notons que la traduction a été assurée par Jean-Charles Khalifa. Un ouvrage de fond bien fichu dont il peut être félicité !

 

 

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Livres (Littérature)

Un peu (beaucoup) dans le prolongement de ma vidéo concernant « Sur l’écriture » de Charles Bukowski, voici une petite sélection d’ouvrages du père Buk à consommer avec la modération de rigueur.

Ces dernières années ont vu fleurir les parutions posthumes du vieux Buk, notamment chez Grasset qui a publié dans la foulée « Le retour du vieux dégueulasse » (2014), puis « Un carnet tâché de vin » Grasset (2015). Si le premier est un recueil de nouvelles telles que l’on avait l’habitude d’en lire chez Bukowski, comme c’était le cas dans les « Contes de la folie ordinaire » ou dans « Au sud de nulle part » entre autres, « Un carnet tâché de vin » présente, lui, des écrits un peu plus épars, en mode fond de tiroir (nouvelles et chroniques, considérations sur la littérature…).

Mais outre Grasset, ce sont les éditions 13e Note qui se sont illustrées dans le registre bukowskien en publiant « Sheakespeare n’a jamais fait ça ». Pour rappel, les éditions 13e Note étaient quand même une foutue maison d’édition qui a publié des bouquins de Dan Fante, de William Burroughs, le « Raging Bull » de Jake Lamotta, ou encore le « Drugstore Cowboy » de James Fogles (qui a d’ailleurs donné lieu à une adaptation cinématographique en 1989 avec Matt Dillon, un film dans lequel William Burroughs himself tenait un rôle de prêtre dealer si mes souvenirs sont bons). Bref, 13e Note, c’était une superbe maison d’édition mais qui publiait pas mal de choses en rapport avec la drogue, la violence, bref, pas mal de noirceur en somme, des sujets pas toujours très jouasses, et des textes pas toujours très abordables, ce qui explique peut-être que ces éditions peinèrent à trouver leur public et peut-être aussi à le garder. Après, d’un point de vue matériel, les bouquins étaient des petites merveilles. A noter que fin 2015, le stock des éditions 13e note avait été racheté par la librairie le Monte en l’air à Paris, à voir ce qu’il en ait, m’étonnerait qu’ils aient écoulé tout leur stock, mais avis aux bibliophiles parisiens curieux, n’hésitez pas à passer dans cette librairie pour voir ce qu’il en est à l’occasion. Fin de la parenthèse.

Reste que contrairement à la large majorité du catalogue de 13e note, ce « Sheakspeare n’a jamais fait ça » a pu jouir d’une version poche dans la collection points. Dans une édition un peu particulière, un peu plus large qu’un point standard car ils ont conservé les photos qu’il y avait à l’intérieur.

Car « Skeakspeare n’a jamais fait ça » avait été une espèce de carnet de voyage de Bukowski à l’occasion d’un petit road trip européen en compagnie de sa femme et du photographe Michael Montfort, l’occasion pour lui de revenir en Allemagne, terre de ses origines. L’occasion également pour lui d’asseoir sa notoriété hexgaonale à travers sa participation à l’émission de Bernard Pivot Apostrophes. Tout le monde se souvient de ce passage durant lequel, imbibé, l’auteur des contes de la folie ordinaire n’avait eu de cesse de parasiter le bon déroulement des choses en marmonant des borboygmes durant toute l’émission, ce qui avait provoqué l’ire de Cavanna, pourtant admirateur de l’écrvain américain. Celui-là l’avait même sympathiquement menacé avec son « Ta gueule Bukowski, je vais te foutre mon poing dans la gueule ». Passage mémorable donc. Mémorable ? Pas pour Bukowski lui-même qui y fait vaguement allusion dans son récit, trop imbibé qu’il devait être pour en avoir un souvenir net.

Un très bon bouquin posthume, donc.

 

 

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Buk est quelqu’un de difficile à classer. Et d’ailleurs à quoi bon classer, c’est juste un truc de journaleux. Bref, tentons toutefois de se plier à l’excercie…  Beaucoup considèrent Bukowski comme un mètre étalon de la contre-culture si tant est que l’on puisse étlaonner la contre-culture. On a tendance à le considérer comme un post-Beat, un peu à la manière du canadien Richard Brautigan. A ce titre, le bouquin de Jean-François Duval « Buk et les Beats : essai sur la Beat Generation » était très intéressant puisqu’il revenait sur les liens entre Bukowski et la Beat Generation (comme son titre l’indique fort judicieusement). La Beat Generation qui n’était d’ailleurs pas un mouvement, un courant ou quelque chose de cet acabit. Les auteurs ne se sont jamais définis comme représentant la Beat Generation, ce terme étant une pure invention journalistique. Un gratte papier l’a écrit dans quelque journal et tout le monde a repris ce label la bouche en cœur, sans trop s’attacher à ce que les écrivains intéressés avaient à en dire.

Bref, On voit à travers le bouquin de Duval que Bukowski appréciait le travail de Kerouac et peut-être aussi ce qu’il représentait. En revanche point de tendresse à l’égard d’Allen Ginsberg, poète, auteur de Howl et une des figures les plus médiatiques de ce courant. Ayant la médiatisation et de la starification en horreur, sans doute l’aversion de Bukowski est-elle en partie due à l’implication de Ginsberg dans ce registre. Dans son bouquin « Sur l’écriture », il évoque Ginsberg, l’égratigne, pour rester poli. Mais l’aversion de Buk pour un autre écrivain n’a rien de bien original ou d’unique. Nombreux sont ceux qu’il critique vertement. Faulkner, Keats, pour ne citer que deux des plus fameux noms des lettres anglaises (et américaines, par capillarité).

En 2012 était sorti « Sheakspeare n’a jamais fait ça », sorte de carnet d’un voyage européen que Bukowski avait fait en compagnie de sa femme et du photographe Michael Montfort. Deux ans plus tard, « Le retour du vieux dégueulasse » fait son apparition en librairie. Là, on se dit, pas possible, Buk serait revenu d’entre les morts pour nous avoiner encore ses saloperies ? En rien. Il s’agit de quelques fonds de tiroir dépoussiérés. Il faut toujours se méfier des fonds de tiroir. A juste titre tant ce genre de parution vise en général, davantage à faire sourire le banquier de l’éditeur qu’à émerveiller le lecteur, l’amateur éclairé, l’inconditionnel. Grasset était même allé jusqu’à reprendre le même type de couverture que celle du vieux dégueulasse. Reste que le contenu était tout à fait honorable, avec, dans la plus pure veine Bukowskienne, du bon et du moins bon.

Un an plus tard sortait  « Un carnet tâché de vin » recueil de chroniques et de nouvelles. Alors là on se dit qu’à ce rythme là, on est bon pour se fader des œuvres posthumes sur plus d’une décennie tant Bukowski avait été prolifique et qu’il ne faut pas douter du fait que l’on retrouvera bien à plus ou moins long/court terme, quelques nouvelles parues dans d’obscures revues. Car dans les premiers temps, Buk fonctionnait essentiellement avec des publications dans des revues. Il envoyait nouvelles et poèmes par brassées, se heurtant souvent à des revers cuisants, comme cela est révélé à travers certaines lettres dans « Sur l’écriture », justement. Confrontant des sources qui diffèrent, certaines évoquant des fonds de tiroir et d’autres évoquant non des fonds de tiroirs mais un authentique nouvel ouvrage comportant nouvelles et chroniques, nous allons procéder à une clarification somme toute macronnienne en évoquant des fonds de tiroirs ayant permis un ouvrage inédit composé de nouvelles et de chroniques.

Si dans un carnet tache de vin, on trouve des considérations sur la littérature, et sur certains de ses référents (Hemingway, Ezra Pound…) on retrouve dans « Sur l’écriture », une approche assez similaire. Pour un écrivain, la question de l’écriture est fondamentale, c’est la fameuse question de la « cuisine ». Dans le même esprit, la maison d’édition americaine Scribner a publié une sélection de textes d’Ernest Hemingway intitulés « On writing », voyez comme la parentée est proche dans la démarche, comme dans le titre (dans la même idée, La découverte a publié en 2016 un Jack London « profession écrivain », recueil de textes dans lesquels London évoque l’écriture et tout ce qui s’y rattache). Avec « Sur l’écriture » de Bukowski, on a une sélection de lettres publiées dans un ordre chronologique, ce qui est pertinent car cela permet d’observer l’évolution du personnage de 1945 à 1993 soit près d’un demi-siècle.

De nombreuses lettres, donc, parfois agrémentées de dessins.

On regrettera le fait qu’il manque peut-être les lettres des destinataires,  ce qui fait que l’on passe parfois un peu à côté du propos. C’est le problème récurrent avec ce type d’ouvrages. Publier les lettres des correspondants aurait sans doute gonflé l’ouvrage de façon superficielle. Parmi les correspondants, on compte des éditeurs, des amis mais aussi des écrivains comme Harold Norse, Lawrence Ferlinghetti, John Fante ou Henry Miller. On y parle parfois de tout et rien, de littérature et de menue monnaie.

Un ouvrage à recommander aux amateurs de littérature, à ceux qui s’intéressent à l’envers du décor. Une bonne façon de découvrir aussi à quel prix se bâtit une renommée littéraire.

 

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Livres (Littérature)

 

Né en 1930 à bordeaux et décédé en 1982 dans la même ville, Jean Forton était un écrivain et libraire qui avait la ville girondine dans la peau (ville souvent rendue anonyme et fictive qui servit de décor à ses romans). De son vivant, la majorité de son œuvre est parue aux éditions Gallimard qui semblent avoir abandonné ses œuvres puisque plus aucun des romans qu’elles publiaient ne sont disponibles désormais. .

Il aura fallu attendre le milieu des années 90 pour que les éditions Le Dilettante fassent redécouvrir l’auteur avec la publication de L’enfant roi, puis de Les sables mouvants.

Au début des années 2000, les éditons Finitude ont eux aussi contribué à la redécouverte de l’œuvre de Forton en publiant Pour passer le temps, Jours de chaleur, puis Toutes les nouvelles (2013).

 

Désormais, c’est à L’éveilleur d’y aller de sa contribution en rééditant Le grand mal, dont la première parution datant de 1959 s’est faite chez Gallimard.

L’éveilleur, éditeur bordelais – il n’y a pas de hasard – , distribué par Harmonia Mundi (souvent gage de qualité), est un éditeur discret qui a vu le jour en 2016. Il a publié à ce jour un peu plus d’une vingtaine d’ouvrages dont Pipe, chien de Francis Jammes.

Dans Le grand mal, on suit les errements de deux adolescents de 13 ans : Arthur Ledru et Frieman (rien à voir avec Gordon, Morgan ou le facultatif membre d’IAM). Leur amitié est étrangement scellée en début de livre. Puisque ces deux là ne se connaissent pas, se provoquent, et sur un malentendu, Ledru, le narrateur, remporte le combat, suscite le respect de son adversaire qui, dans la foulée, réclame son amitié. Ces deux là deviennent copains comme cochon, donc. Ensemble, ils abordent un âge où la chose la plus importante, ce sont les filles. Frieman a une copine, Georgette, à la fois jaloux et curieux, Ledru aura un objectif : lui ravir cette fille. Une conquête aux accents de trahison qui se révèlera peu reluisante sous bien des aspects.

Les gosses s’ennuient au collège, se moquent de certains de leurs professeurs et le monde des adultes leur est étranger. Au milieu de toutes ces grandes personnes qui ne les comprennent pas et qu’ils ne comprennent pas, on trouve toutefois le personnage de Gustave qui est un portraitiste de rue, la figure de l’artiste crève la dalle peu estimé des adultes. Ce personnage de Gustave sert de passerelle entre les adolescents et les adultes, même s’il est étranger à chacun de ces mondes. Cette passerelle symbolique aura une destinée bien singulière.

Il n’y a pas d’innocence dans les figures de l’adolescent de Jean Forton. On le voit bien puisque l’on suit Ledru de l’intérieur et que ses rejets, ses impressions nous sont familières. De même, ses mesquineries et ses cruautés sont les nôtres, celles de l’adolescent ingrat que tout adulte a forcément été. Toutefois, les comportements de ces ados-là recueillent parfois l’incompréhension du lecteur, comme lors d’une scène où Ledru et Frieman viennent chahuter Gustave, comme ça, juste pour tromper l’ennui. A travers cette scène Forton cible à merveille ce qu’est l’effet de groupe. Il montre comment les gosses parfois, s’engrainent, s’intoxiquent entre eux pour révéler certaines de leurs facettes les moins reluisantes. C’est, entre autres éléments, ce qui en fait un très bon livre sur l’adolescence, à classer sans doute aux côtés de L’Enfant de Jules Vallès, de 1969 de Ryu Murakami ou encore de certains livres de John Fante comme Le vin de la jeunesse ou Bandini. Ces derniers livres appartiennent à des registres certes très différents mais traitent avec la même profondeur, la même subtilité et le même soucis d’honnêteté un des thèmes les plus riches de la littérature.

La tonalité de ce roman est difficilement descriptible en un adjectif. On y trouve de l’humour, de la bravade mais aussi de la trahison et de la lâcheté. Si ce n’était encore que cela…

Le mal réside aussi dans le fait que des enfants se font enlever non loin d’où vivent nos deux protagonistes. Des enfants disparaissent à la sortie de l’école sans que les autorités aient la moindre piste. Une menace qui demeure en filigrane et traverse un livre dominé par les affaires de cœur et préoccupations juvéniles qu’un malheur de cette envergure aura vite soufflé. En définitive, Le grand mal en question, renvoie sans doute à la cruauté des plus grands ainsi qu’à leurs noirs desseins. Choses face auxquelles des gosses, si turbulents soient-il, demeurent impuissants.

 

Le grand mal de Jean Forton, L’Eveilleur, 2018. 18 euros.

 

 

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Livres (Littérature)

 

Eh bien cela faisait une petite paye que je n’avais pas publié quelque chose sur ce blog. Si cet espace virtuel était susceptible de prendre la poussière, nul doute qu’il faudrait y passer un sérieux coup de chiffon.

Je passe par ici pour poster une petite vidéo que je viens d’achever de monter (assez laborieusement, convenons-en) sur Poison City de Tetsuya Tsutsui, mangaka également responsable des mini-séries Manhole et Prophecy. Du lourd, donc.

Dans Poison City, TsuTsui met en scène Hibino jeune mangaka en passe de percer grâce à la parution de son manga zombie-apocalyptique, appelez ça comme vous voulez, intitulé « Dark Walker ». Le problème d’Hibino est de publier cette œuvre dans un japon fictionnel de 2019, un Japon censé accueillir les Jeux Olympiques. Dans cette optique, les instances gouvernementales se prêtent à une sorte de purge artistique visant à lisser l’image du Japon (à croire que le pays du soleil levant avait besoin que l’on redore son blason). A travers ce manga en deux tomes, on suit donc les pérégrinations du mangaka, préoccupé par ce qui se passe. Son inquiétude est la nôtre. Ses remises en question également. La littérature peut-elle tout permettre. Peut-on créer « n’importe quoi » au motif qu’il puisse s’agir d’art ou d’œuvre de fiction ?

Si cette thématique originale est prise à bras le corps par Tsutsui, c’est en partie parce que ce dernier s’est heurté à la censure. Une autorité avait en effet déclaré Manhole comme néfaste. Un jugement que l’auteur évoque en postface de Poison City et qu’il déplore amèrement.

Une très bonne lecture, assez unique en son genre. Un dessin clair, léché, comme Tsutsui sait nous en proposer depuis quelques années maintenant. Une œuvre intrigante également par sa structure narrative puisque des planches de « Dark Walker » sont introduites dans Poison City. Une mise en abîme qui peut mener à la confusion, confusion voulue et ingénieuse. Le personnage principal de « Dark Walker » escorte une fille immunisée contre le virus qui a ravagé la terre. Cet homme veille à la protéger à l’aune de ce qu’elle représente : le salut du monde, une possibilité d’échappatoire, de vaccin, en somme un ultime espoir. Comment ne pas y voir une métaphore du manga qu’Hibino prend à bras le corps, travaille, réfléchit et désire protéger coûte que coûte. Une intrigue en cachant une autre, on se demande si Hibino finira par céder et frelater son œuvre, la pervertir, la dénaturer. Et s’il se soustrait à la censure, que risque-t-il ?

Une œuvre sur la liberté d’expression et de création, un débat en soi sans fin, traité de façon intelligente ici, par le biais d’un genre qui ne s’embarrasse pas si souvent de ce type de problématique.

 

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Livres

 

 

 

 

« Merde... Pourquoi tout le monde veut être Paris Hilton

et personne Spider-Man »

 

Dave Lizewski est un adolescent pour le moins ordinaire. Il joue aux jeux vidéo et est amateurs de comics, hormis cela, c'est un lambda discret qui rêve secrètement de combattre le crime comme le font si bien les héros déguisés de ses lectures. Qu'à cela ne tienne, affublé d'une tenue de plongée et d'un masque qui ne laisse entrevoir que ses yeux, il décide de rôder en ville tel un héros de l'ombre afin de supprimer la vermine et de protéger les innocents. Cependant, sa première expérience en la matière ne sera pas une franche réussite. Après s'être fait sévèrement rossé, avoir reçu un coup de couteau et avoir été percuté par une voiture, il devient un miraculé au crâne d'acier. Sa volonté, elle aussi elle est de fer et sa première déconvenue de l'a guère échaudé. C'est écrit, Kick-Ass retournera dans la rue.

 

Mark Millar et John Romita Jr. réalisent, avec Kick-Ass, un comics très réussi. Celui-ci mêle le second degré aux gerbes d'hémoglobine massives. A la fois drôle et mature, il nous présente un protagoniste qui n'a rien du marginal habituellement plébiscité pour ce genre de récit. Dave se pose simplement en parfait individu anodin aux passions et aux traits de caractère tout ce qu'il y a de plus banal. Bref, c'est juste un mec incapable d'approcher la fille la plus canon de la classe sans se faire rabrouer. Ses pérégrinations en tant que super-héros sont enrichies de rencontres avec Big Daddy et Hit Girl, un père et une fille doués pour éliminer les malfrats à l'arme blanche. Il apprendra également à connaître Red Mist, adolescent fortuné et visiblement inspiré par les premiers faits d'armes de Kick-Ass, ceux-ci ayant été relayés par les médias. En somme, Millar propose une histoire originale servie par un dessin de grande qualité.

 

 

Devenue une bande-dessinée culte, Kick-Ass a fait l'objet d'une adaptation cinématographique en 2010. Assez peu convaincante, cette production versait probablement trop dans le premier degré et le conventionnel (écueils que la BD était toutefois parvenue à esquiver) pour se hisser à la hauteur du comics. Notons d'autre part que le phénomène concernant des amateurs de comics désirant devenir de réels super-héros est tout à factuel outre-atlantique.

 

 

Je ne résiste pas à ajouter à cela ce petit reportage d'une émission qui ne fait certes pas dans l'investigation, mais peu importe. Cela porte sur Citizen Prime, un super-héros qui, à la ville, porte tout de même le nom de Wayne. Ca ne s'invente pas.

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Délaissé dans le désert, du sable au bord des lèvres et sur les plaies, Sona traîne sa carcasse de gosse décharné. C'est à l'article de la mort qu'apparaît Garami, sublime marchande d'armes aux formes voluptueuses et au tempérament sans concession.

 

Sona se remémore alors les corps de sa famille massacrée, sa petite soeur empalée, sa mère violée, dont les yeux pleins de larmes sont restés ouverts jusqu'à son dernier soupir. Contre un peu d'eau et de mansuétude, Garami sauve Sona d'une mort certaine. Cependant, il serait naïf de considérer la marchande d'armes comme une âme charitable puisque ce geste coutera à Sona 100 pièces d'or. Le jeune garçon devra donc rester en compagnie de la jeune femme jusqu'à ce qu'il s'acquitte de sa dette. Qu'à cela ne tienne, de toute façon, il lui faudra apprendre les arcanes des armes à feu s'il veut venger la disparition de sa famille.
 

 

L'histoire de The Arms Peddler se passe dans un monde fantastique dans lequel les corbeaux spectraux se repaissent de cadavres afin de les faire passer dans l'autre monde et où les nécromanciens peuvent se jouer des morts afin de lever une armée de zombies. On trouve également dans ce manga des monstres, vampires, rituels et autres superstitions. Kyoichi Nanatsuki ne s'épargne aucune créature fantastique ce qui rend l'ensemble des aventures de Sona et Garami riches en rebondissements. L'aventure se découpe en plusieurs morceaux, ce qui permet tant au lecteur qu'au protagoniste principal d'aborder plus en profondeur le monde qui l'environne mais également d'apprendre les subtilités propres à la fonction de marchand d'armes. Au fil de l'histoire, on en apprend un peu plus sur l'énigmatique Garami qui, outre le fait d'être marchande d'armes, semble également être une puissante guerrière.

 

Histoire originale servie par un dessin très soigné, The Arms Peddler est une saga d'excellente facture destinée cependant à un public averti (nus, violence). Les mangas de cette qualité (surtout dans le domaine de la dark-fantasy) sont suffisamment rares pour que l'on s'abstienne de passer à côté. The Arms Peddler fait d'ores et déjà partie des mangas cultes.
 
 (série en cours qui compte déjà 3 volumes chez Ki-oon. 7, 65 euros le tome.)


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Blog Littéraire et vidéoludique

Par balaziouf Blog créé le 03/12/10 Mis à jour le 08/11/18 à 18h56

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Petits papiers épars de quelqu'un qui n'aura jamais le temps de rédiger tout ce qu'il aurait souhaité...

Libraire, blogueur, critique littéraire et gamer occasionnel.

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