Catégorie : Livres

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Livres (BD-Manga-Comics)

Gus, enfant avec des bois (enfant hybride), vit avec son père, dans les bois. Ou plutôt dans une cabane dans les bois, sur une petite propriété.  Jusqu’à ce que son père décède. Gus décide donc de quitter la propriété sur laquelle il vivait avec feu son pater.  C’est alors qu’il rencontre Jepperd, gaillard costaud et un peu taiseux sur le début. On comprend vite que le monde a connu une épidémie et que l’humanité s’est salement fait décimer. Cette épidémie est survenue au même moment où on commencé à apparaître les enfants hybrides (mi-humains, mi-animaux).

 Jepperd, que l’enfant appelle respectueusement « Mr Jepperd »  va emmener Gus dans un endroit qui n’est pas vraiment un lieu très chaleureux ni fréquentable. Un acte cruel et lâche de Jepperd qui est légitimé par la propre histoire de cet homme.

Gus et Jepperd, c’est deux vies qui se télescopent. Un gosse qui trouve une figure paternelle et un gaillard qui se retrouve plutôt bien dans la posture du patriarche. On découvre au fil du récit ces deux histoires auxquelles viennent s’ajouter celles de rôles secondaires. Mais c’est en grande partie autour de Jepperd que repose l’enjeu du récit, de ce personnage complexe, sous la poitrine duquel bat finalement un petit c½ur fragile.

Ce récit post-apocalyptique se présente également comme une sorte de fable un peu écolo.

Le dessin de ce comics est pour le moins atypique, pas dit qu’il recueille l’adhésion de la majorité. Personnellement,  j’y ai été réfractaire. Un parti pris de Lemire que ce dernier délaisse sur un court segment du récit. Il nous laisse alors un dessin plus agréable mais peut-être un peu moins personnel. En un sens ça m’a un peu fait penser à The Walking Dead (un truc post apo au dessin âpre, en somme) et pour ainsi dire,  je m’attendais un peu à autre chose qu’à une simple histoire avec des gentils, des méchants et rentrez chez vous  les enfants. Je m’attendais à plus de fantaisie, plus d’originalité et non à un récit qui possède de sévères airs de déjà vu, déjà lu.

A la fin du troisième tome on a un entretien entre Jeff Lemire et Damon Lindelof (co-créateur des séries Lost et The Leftovers). Intéressant, même si ça commence quand même un peu avec une séquence cirage de pompe pas forcément pertinente.

En somme un avis assez mitigé sur cette BD en trois tomes au bout desquels j’ai eu du mal à aller.

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Livres (BD-Manga-Comics)

Y, le dernier Homme est une BD que j’avais entamée il y a de cela quelques années lorsque Urban Comics avait publié le premier volume (c’était en 2012, alors qu’initialement la Bd a été publiée entre 2002 et 2008 aux Etats-Unis) et là, j’ai profité qu’une bibliothèque possède les 5 tomes pour me farcir l’intégrale et je n’ai pas été déçu, loin s’en faut. On retrouve ici Brian K. Vaughan au scénario et Pia Guerra au dessin. Vaughan est un scénariste assez côté, il a bossé pour Marvel et DC mais c’est assez loin des superhéros qu’il nous a révélé ses plus belles surprises puisqu’il est au scénario de séries comme Ex Machina ou du superbe Saga.

Alors l’histoire, c’est tout simplement celle de Yorick qui est un jeune américain d’une vingtaine d’années, étrange survivant dans un monde où les hommes sont tous morts à un même instant. Fabuleux rêve de toutes les castratrices en puissances qui se délecteront de ce résumé, à n’en pas douter. Parce que oui, tous les hommes sont morts, les mâles de chaque espèce sont morts, sauf lui et son ami chimpanzé esperluette, qui contrairement à ce que semble indiquer son nom, est un petit bonhomme singe.

Bon, comme on peut s’en douter, le but de ce cher Yorick, ça va être de survivre au sein d’un monde dans lequel il représente un enjeu majeur : celui de la survie de l’humanité. Seulement il va être confronté à tout un tas de groupes, de milices et d’obstacles qui vont rendre l’aventure tumultueuse. Parmi ces adversaires on compte en premier lieu les amazones, qui est un groupe de femmes qui se réjouissent de la disparition des hommes et qui, en découvrant Yorick, ne seront pas forcément des plus amicales à son endroit. Ce groupe de femmes jusqu’au boutiste a poussé la référence aux amazones mythologiques jusqu’à se couper un sein (les amazones étaient prétendument connues pour se couper un sein afin de mieux tirer à l’arc). Bon les amazones du comics sont aussi dotées d’armes à feu, mais c’est pas grave.

Pour le protéger face à toutes ces menaces, la mère de Yorick, qui bosse à la Maison Blanche (rien que ça), va lui offrir une escorte de qualité en la personne de l’agent 355, femme du Culper Ring. Ces deux là vont rapidement faire la connaissance du docteur Mann, une femme médecin qui a travaillé sur le clonage. En gros, l’ensemble de la BD se passe avec ces trois zigs ainsi que toute une palanquée de guests, comme on peut s’en douter. Des personnages très attachants avec un protagoniste qui a des allures d’antihéros sympathique. Comique de service à l’humour parfois douteux. Il ne fait pas vraiment figure de candidat de choix pour survivre à une éradication masculine.

Une très bonne BD, vraiment. Un dessin très comics mais pas trop clinquant ou luisant, comme ça peut être le cas parfois. Assez traditionnel jusque dans la narration. Les cases ne sont pas bousculées des masses, mais c’est pas mal comme ça, ça économise des effets de manches dont ce comics se passe très bien. On a parfois de légères impressions de remplissage, comme c’est parfois le cas sur des séries aussi longues, mais rien de trop rédhibitoire. On va jusqu’au bout avec plaisir et la dernière ligne droite est assez surprenante, j’ai trouvé, puisque l’on se fait tout un panel de scénarios possibles pour la fin et que personnellement, aucun de ceux que j’avais pu échafauder ne s’est réalisé.

Donc ruez vous là-dessus, que vous soyez Femen ou pas, reste que vous en avez quand même pour 5 volumes qui coûtent entre 22 et 28 euros, donc bon, c’est pas forcément donné, mais les comics le sont rarement, et pour le coup, là, vous aurez de la matière.

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Livres (Littérature)

Alors j’ai lu La vraie vie d’Adeline Dieudonné, et on ne peut pas franchement dire que j’ai été emballé.

Alors d’abord, il faut dire que ce n’est pas le premier ouvrage que je lis de Dieudonné, puisque j’avais déjà lu les Lettres d’insultes illustrées par Tignous. Je l’avais même acheté ce bouquin, comme quoi des fois on sait vraiment pas quoi faire de son fric… C’était quand même assez cinglant comme bouquin puisque Dieudonné retranscrivait pas mal de lettre d’insultes d’où le titre, héhé, et en fait c’est vrai que c’était quand même pas mal gratiné. On avait droit là à tout le consortium de jurons animaliers propre aux gens de couleur, bref, c’était pas triste.

Depuis, Dieudonné est devenu persona non gratis et il lui aura fallu modifier un peu son apparence afin qu’il lui soit permis de publier un roman chez L’Iconoclaste. A moins que je ne me sois trompé de personne, auquel cas je vous saurais gré de bien vouloir me le signaler.

Apparemment, Dieudonné se présente donc comme une jeune femme belge, qui écrit, car elle n’a pas la télé (d’après ce que j’ai pu lire), ce qui est quand même vachement plus pratique quand on ne veut pas se faire vampiriser par les marathon Beverly Hills le Dimanche. Des épisodes de 90210 de 9h à 15h, c’est vrai que c’est quand même sympathique, mais une fois le marathon achevé, on se sent un peu comme une merde, il faut bien le dire.

Donc elle écrit son premier roman et paf, c’est le carton plein, des ventes qui se comptent en centaines de milliers, elle est listée dans pas mal de prix littéraires et finit par glaner le Renaudot des lycéens.

Bon, c’est bien beau tout ça, mais cela ne nous dit pas de quoi que ça cause. Alors c’est le récit à la première personne d’une adolescente qui nous raconte un peu son quotidien pas folichon folichon, elle évolue sous l’autorité d’un patriarche rustre et fou de chasse qui emapille et expose dans la maison à peu près tout ce qui passe par le fil de son fusil.. qui n’a pas de fil mais c’est pas grave… Sa mère est transparente. Et elle a un petite frère qu’elle aime beaucoup. Alors tout ce petit monde vit sa vie jusqu’à ce que qu’un incident vienne redéfinir un peu les choses.

Alors autant le dire de suite, je ne suis pas allé au bout du truc. Ce n’est pas que j’ai détesté au point de fuir cette lecture, c’est juste que rentrée littéraire oblige, fallait que ça tourne fissa et pis c’est tout. Euh.. ; alors moi je vais me permettre une audace, c’est que je le rapprocherais bien d’en attendant Bojangles d’Olivier Bourdeau. Je le rapprocherais bien ne serait-ce que pour expliquer son succès. On a là une écriture d’enfant, même si je trouve que parfois on a des mots vachement compliqués qui rendent la crédibilité de la chose un peu vacillante, mais qu’importe, on peut très bien avoir 13 ans et deux fois plus de vocabulaire que moi. Toujours est-il que c’est une narration juvénile , comme pour Bojangles et cela rend la chose très accessible, et c’est d’ailleurs en cela que le roman est tout à fait abordable pour les adolescentes et que si le Goncourt des lycéens lui a échappé de peu, ce n’est que justice en soi, qu’il ait obtenu de Renaudot des lycéens.

Pour continuer la comparaison avec Bojangles, il faut quand mêe dire que l’ambiance est quand même bien différente, un peu fantaisiste aussi, mais plus lugubre, moins fantasque, moins légère que dans la première partie de Bojangles.

Euh voilà, ça c’était pour faire mon étudiant en littérature comparée.

Reste que j’e n’avais pas non plus aimé Bojangle, si ça peut rassurer tout le monde, donc bon. Voilà, hein, les goûts et les couleuvres, tout ça...

Enfin, il y a des chances qu’il s’agisse là d’un roman de choix à terme pour des profs de lycée qui veulent d’un truc abordable, un roman un peu initiatique sur les difficultés familiales. En somme un sort que connait En attendant Bojangles maintenant qu’il est disponible en format poche.

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Livres (BD-Manga-Comics)

 

L'histoire  se déroule au milieu des années 90 ou plus précisément à la veille du réveillon de Noël 1994. En d’autres termes, vraiment au milieu du milieu des années 90 comme en témoigne la superbe première planche de l’album qui nous plonge direct dans l’époque. On suit l’histoire de Jean-Doux, qui est un employé dans une entreprise de base nommée Privatek. Une entreprise spécialisée dans les broyeuses de papier, vous savez, ces  machines dont se servent tous les sans race de l’Histoire et tous les méchants véreux dans les films pour faire disparaître des documents compromettant. Voilà, c’est ça !

 Il arrive au boulot à l’arrache alors qu’il loupe une opération de rachat dont fait l’objet l’entreprise en question. Faut dire que la journée n’a pas très bien commencée, donc il choisit de s’exiler dans un coin pour s’en griller une, dans un petit local qui fait office de débarras et dans ce débarras, il trouve une mallette avec, à l’intérieur une disquette molle datant de 1976. Une antiquité, déjà à l’époque.   Et à partir de là va se jouer une aventure assez rocambolesque puisqu’il va falloir trouver le moyen de négocier l’emprunt d’un lecteur de disquette molle auprès de Jean-Daniel, le responsable informatique. Ah oui, parce que tous les protagonistes sont des Jean kek chose. Jean-Pierre, Jean-José, etc. On n’a pas de Jean peuplu, mais on a quand même un Jean-Iench, le chien de Jean-Yves, un collègue qui va aider Jean-Doux dans sa quête de vérité autour de la fameuse disquette.

Au bout de nombreux efforts, la fine équipe parvient à décrypter ce qu’il y a sur cette fameuse disquette. Et là, c’est parti pour l’aventure.

Cette BD a beau être drôle, elle sait maintenir un certain suspense. Je recommande chaudement !

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   Après avoir évoqué "ZAI ZAI ZAI ZAI", je reviens à la charge avec plusieurs bandes-dessinées de Fabcaro sorties ces derniers temps. On sait que le type est bougrement prolifique puisqu’il vient également de sortir un roman dans la cadre de la rentrée littéraire. C’est terrible quand même ces types qui travaillent, dessinent, écrivent, sillonnent le pays pour faire des dédicaces alors que soi-même on est bien en peine de faire une pauvre vidéo Youtube de façon régulière.

Bref, en premier lieu je souhaitais vous présenter « Et si l’amour c’était aimer », publié fin 2017 chez Six pieds sous terre, encore une fois. « Et si l’amour c’était aimer », phrase que n’aurait pas renié Barara Cartland ou Danielle « Fistfull » of Steel, phrase qui met déjà bien dans l’ambiance, mine de rien, avec cette magnifique couverture ambiance Côte Ouest le long du grand pacifique les vagues défient le temps. Avec un dessin qui saute aux yeux, et qui affiche d’emblée un parti pris roman photo ambiance année 80-90, un peu, un aspect suranné tourné en dérision. La dérision chez Fabcaro, toujours la dérision…

Alors de quoi cause cette BD. Eh bien elle nous conte la petite vie tranquille que vivent Sandrine et Henri, couple ambiance classe aisée voire franchement pétée de thune si on prête attention à la maison croquée en première page. Un petite couple bien peinard, à l’abri du besoin, qui mène une vie tranquille Emile, le type bosse, la femme reste à la maison en mode assistanat total, Pénélope Fillon es-tu là ? Ambiance Côte-Ouest, je vous dis.  Ou plutôt Santa Barbara et , puisque nous en sommes à invoquer des référents de marque, analysons un peu le générique de cette série. Que nous dit Gilles Sainclair ? « Santa Barbara, je ne sais pas pourquoi j’ai le mal de vivre / Santa Barbara, je ne sais pas, je vais, comme un bateau ivre. » Rimbaud appréciera la référence. Cette langueur aboulique n’est pas étrangère à Sandrine. Et si vous avez assidûment lu Flaubert ou suivi Sunset Beach ou Les Feux de l’Amour,  vous savez très bien qu’un coup de foudre inopiné peut survenir au détour de l’ennui. C’est précisément  ce qui arrive à Sandrine alors qu’elle fait appel au service de Macédoine express et qu’elle se trouve nez-à-nez avec Michel,  un bellâtre d’une vingtaine d’années, qui à défaut de vivre des chansons sur lesquelles il travaille avec son groupe, fait office de livreur.

Les deux amoureux connaîtront des aventures tumultueuses – enfin pas tant que ça mais faut bien vendre le livre – enfin, il tenteront de s’en sortir dans cette fable absurde qui nous rappelle une fois de plus que les haricots n’ont pas d’odeur.

Dans la continuité de cette BD, on peut s’attaquer à « Moins qu’hier » (plus que demain), paru chez Glenat en mai 2018. Un titre également très bien trouvé pour une BD excellente qui croque non sans mordant – avec croustillant, donc – la vie amoureuse et les relations de couple. Les relations de couple qui, est-il utile de la rappeler, font parfois penser à une longue randonnée le long de la nationale par temps de pluie alors qu’on n’a pas de parapluie et qu’on s’est foulé la cheville en voulant imiter Mickael Jackson alors qu’on sait pas danser le Moonwalk. Oui, c’est un peu ça, l’amour, parfois.

Cette bande-dessinée se présente sous un angle différent à celle précédemment mentionnée. Ona la une série de petites scénettes, des strips, en somme, à travers lesquelles Fabcaro use de son humour décapant. Ainsi suit-on  de façon brèves Valérie et Yves, Laetitia et Jérôme ou encore Aline et Nicolas, Autant de couples souvent risibles, rarement attachant et c’est pour ça qu’on les aime… ou plutôt qu’on les moque. Après tout, l’affection n’est-elle pas une émotion parfaitement surcôtée ?

Seul Fabien est un protagoniste récurrent. C’est un type délicieux qui est persuadé que sa femme est à la boulangerie, et qu’elle est allée chercher des croissants avec sa valise.

Une BD vite expédiée, toutefois. Elle vous fera bien marrer mais ne vous tiendra pas non plus en haleine des heures durant.

Alors si vous êtes un peu à court, vous pouvez vous ruer sur Jean-Louis, autre BD du père Fabrice qui est sortie en même temps que Moins qu’hier plus que demain. Alors attention,il s’agit ici d’une réédition de Jean-Louis et son encyclopédie quei était précédemment parue chez Drugstore.

On retrouve donc ce fameux Jean-Louis dans un format à l’italienne. Jean-Louis est un enseignant qui arrive dans un nouveau collège. Collègue relou et imbécile patenté, il tente d’impressionner son petit monde avec l’encyclopédie qu’il a entrepris de rédiger.  A travers les petites explications qu’il tente de distiller dans son encyclopédie, on pénètre dans le nawak intersidéral.

Des strips en 3 cases qui font certes rarement la part belle à la subtilité. Un humour qui tâche un peu. Scato pas top.

Graphiquement, on est dans un style BD plus traditionnel, si tant est que cela veuille dire quelque chose. On est loin très loin des autres BD dont j’ai causé préalablement.

Pas aussi inspiré mais ça passe.

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Livres (Littérature)

Il y a un an, j’avais chroniqué un petit bouquin très chouette qui versait dans le porno gore intitulé « Dirty Sexy Valley », un roman d’Olivier Bruneau qui faisait la part belle aux incisions sadiques et aux éjaculations joyeuses.

Versant nettement moins dans les geysers de sang et les parties de jambes en l’air, le bouquin dont il est question ici, s’il n’appartient pas tout à fait au même registre, a, je trouve, des qualités un peu similaires. Il s’agit de VNR de Laurent Chalumeau.

Alors Laurent Chalumeau, je ne connaissais pas, mais je suis tout à fait capable de feindre être un type érudit récitant une fiche Wikipedia. Donc je me lance.

La légende raconte qu’à l’origine, Laurent Chalumeau s’appelait Maurice. Son meilleur ami, Eugène, jeune dislexique qui chuintait légèrement, usait d’un diminutif pour le saluer tous les matins, lorsqu’il passait le prendre pour se rendre à l’école.  « Chalut Mau ! » qu’il disait alors. Cette expression ayant supplanté l’identité originelle de Maurice, ses parents décidèrent de l’affubler d’un nouveau prénom. Laurent était un blase comme un autre, ils optèrent pour celui-ci, et c’est ainsi que Laurent Chalumeau est né.

Mais Wikipedia ne nous raconte pas cela, il se contente de nous dire que Laurent Chalumeau est journaliste à Rock n’ Folk et qu’il est également scénariste. Il pondait notamment les textes de De Caunes quand celui-ci officiait à Nulle Part Ailleurs. Il a par ailleurs publié des romans demeurés parfaitement inconnus par votre serviteur.

Voici l’auteur présenté, passons au bouquin !

VNR, de Laurent Chalumeau (titre + noms d’auteurs qui, pour le coup, portent bien leur nom, vous allez voir) est un roman en trois parties dans lequel le narrateur a littéralement pété un plomb façon Disiz La Peste ou « Chute libre », avec Mickael Douglas. Sans emploi, quitté par sa femme, méprisé par ses enfants, le bonhomme en question n’a plus rien à perdre. Et quand on n’a plus rien à perdre, eh bah on n’a plus rien à perdre. Donc, ce type a un peu les nerfs. Il avait une vie plutôt standard mais qui lui allait bien : un boulot pas dingue mais qui payait les factures, une femme un peu salace qui lui donnait pleinement satisfaction au pieu. Bref, une vie normale, comme dirait notre ancien président. Oui, mais alors tout ça, ça a volé en éclat très vite, puisqu’en un temps record, il a perdu son job et son zob, en un sens, puisque sa femme et toutes les cochonneries qu’elle daignait lui prodiguer se sont fait la malle. Ajouté à cela le cadre familial qui vole en éclat, bref rien ne va plus.

Alors le type, il a beau être de bonne composition, il est quand même un peu remonté. Donc, il décide de se venger. Se venger, c’est bien beau, mais contre qui, contre quoi ? Vu qu’il y a tout un maillage de choses qui font défaut au bien être de ce bonhomme et que c’est toute une galerie de personnages qui est responsable de sa situation, il va choisir avec méticulosité trois des acteurs majeurs auxquels il doit son désarroi, à savoir l’ancien boss de sa femme qui harcelait cette dernière, l’homme politique qui a fanfaronné et est demeuré impuissant face à la délocalisation de l’entreprise pour laquelle il bossait, puis la psy de sa femme qui a monté celle-ci, volontairement ou non, contre son mari et l’a amené à le quitter.

La force première de ce livre, c’est son ton. On est là dans un langage parlé, ce qui en soi n’a rien de bien « disruptif » comme on dit en 2018, mais ce langage ne manque pas de panache.  Et du panache, il en faut pour ce type de narration, car dans les livres dans lesquels on écrit comme on parle, on finit, souvent par se lasser assez vite. On remarquera que ceux qui se livrent à ce type de roman ont au moins le bon goût de faire des choses courtes. Et c’est d’ailleurs le cas ici puisque le livre fait 170 pages environ. Donc pas mal d’énergie dans ce texte, avec des erreurs syntaxiques qui rendent le propos d’autant plus convaincant. En revanche, j’ai débusqué quelques fautes d’orthographes qui, elles,  m’ont semblées moins volontaires, enfin passons.

L’intérêt principal de ce roman réside dans le système narratif mise en place, le narrateur, bourreau, s’adresse à ses victime, et par la force des choses, de façon directe au lecteur. Le lecteur en viendrait presque à ressentir la dureté de la chaise sur laquelle il est assis, le baillon qu’il mâchonne et les entraves qui l’empêchent de bouger. Mais il n’en est rien car le lecteur jouit de sa liberté et il jouit du mauvais sort qui attend chacune des victimes. Le lecteur savoure avec sadisme cette distance, trop heureux de ne pas être à la place de celui qui va manger…

Se venger, c’est bien beau, mais de quelle façon ? Me direz-vous.  Eh bien de la plus efficace qu’il soit, à savoir en kidnappant les personnes choisies et en les torturant jusqu’à ce que mort s’en suive. Beau programme. Le narrateur  a toutefois la politesse de leur expliquer pourquoi il fait cela et comment il en est arrivé là. Ainsi, à travers les trois monologues qu’il sert à chacune de ses victimes, on suit les étapes de sa douce descente aux enfers qui, dans sa bouche, est plus désopilante que sinistre.

Une lecture qui se fait de façon aussi plaisante qu’expéditive, un remède tout indiqué pour ceux qui se trouvent dans une période de je m’en foutisme littéraire en mode  « je préfère allumer mon Netflix en rentrant du taf que d’ouvrir un bouquin ». Bon, bah si jamais t’as envie de te replonger dans un truc poilant et un peu sadique, prends donc ça copain, Chalumeau saura te réchauffer le c½ur !

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Livres (BD-Manga-Comics)

Alors ce coup-ci je voulais vous causer d’une BD que j’ai un peu découvert sur le tard, à savoir Zai Zai Zai Zai.

J’avais abordé Fabcaro sans trop le savoir à l’époque où je m’étais lancé dans la lecture de "Z comme Don Diego Coup de foudre à l’hacienda" que j’avais beaucoup aimé, très drôle, très chouette. Un album qui avait connu une suite, puis les deux tomes de cette série avaient fait l’objet d’une intégrale.

Bon alors Zai Zai Zai Zai Kezako ? ça cause de quoi ? Eh bah c’est l’histoire de Fabrice qui va faire ses courses et qui oublie sa carte du magasin. Bon alors, je vous l’accorde, le scénario est assez invraisemblable. Si vous n’êtes pas adepte de récits un peu fantaisistes , vous risquez d’avoir du mal à rentrer dedans. Mais bon, passé cet écueil on embarque pour une aventure impensable, un véritable Road-movie haletant qui ferait presque de l’ombre au Fugitif avec Harrison Ford.

Ah oui, et ce que je n’ai pas dit c’est que ce Fabrice est un dessinateur de BD. Est-ce à dire que Fabcaro ait pu, d’une façon ou d’une autre, effectuer une forme de projection de sa propre identité dans cette ½uvre hautement subversive ? Se pourrait-il qu’il ait osé verser dans le filtre autofictionnel comme savent si bien le faire des écrivaines aux écrivains comme Christine Angot ou Emilie Frêche. Serait-il envisageable que, derrière le prénom Fabrice se cache Fabcaro. D’ailleurs, une profonde investigation m’a  amené à découvrir que ces deux noms-là commençaient par les trois mêmes lettres. Est-ce que Fabcaro serait en train de tenter de nous faire part d’une façon aussi habile que sulfureuse que lui aussi, parfois, aime se foutre du fonctionnement de notre société, et que lui aussi, parfois, sors de chez lui sans sa carte de course ? Qu’il se révélerait être le genre d’énergumène qui traverse en dehors des passages cloutés ou qui adresse encore la parole aux femmes dans la rue ? Serait-il désaxé à ce point ? On laissera Jacques Pradel mener l’enquête.

Suite à un tel forfait, il va de soi que toute la nation est en émoi. Les médias s’en mêlent, vous connaissez la chanson.

Bijou de l’absurde qui s’est écoulé à plus de 100 000 exemplaires, c’est dire si je suis précurseur avec cette vidéo. Je me demande d’ailleurs si on n’a pas atteint les 150 000 depuis, faudrait demander aux éditions Six pieds sous terre où ils en sont. Pas six pieds sous terre, je pense...

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« Moi, ce que j’aime, c’est les monstres » c’est LE Livre de la rentrée de Monsieur Toussaint L’ouverture. Alors Monsieur Toussaint L’ouverture, pour ceux qui ignoreraient de qui il s’agit ou plutôt de quoi il s’agit, il s’agit d’une maison d’édition  basée à Cenon, dans la région bordelaise. En fait on réalise qu’il y a tout un tas d’éditeurs de talents basés à Bordeaux, comme Finitude ou L’éveilleur.  On sait pas, à quoi c’est dû. Un microclimat, peut-être…

Cela fait plus d’une décennie qu’ils existent et on leur doit quelques pépites dont les ouvrages de Frederic Hexley, les romans de Steve Tesich ou  encore ceux de David Carkeet. Ils publient relativement peu, mais sélectionnent rigoureusement ce qu’ils veulent éditer. Cela avait été le cas avec la réédition de « Watership Down » de Richard Adams, ou avec le roman « La maison dans laquelle » de Mariam Petrosyan. Et c’est encore dans cette optique qu’ils publient en cette rentrée littéraire 2018 le roman graphique « Moi, ce que j’aime, c’est les monstres » d’Emil Ferris.

Emil Ferris dessinait des jouets et participait à la production de films d’animation. Une vie de mère célibataire assez banale jusqu’à ce que, à quarante ans, elle se fasse piquer par un moustique et là, paf, elle tombe dans un coma de trois semaines. En fait elle a chopé le virus du Nil occidental. Les médecins lui annoncent qu’elle ne pourra plus marcher et sa main droite, celle qui lui sert à dessiner, est paralysée. La tuile. Mais bon, elle se bat et va jusqu’à se scotcher un stylo sur la main pour dessiner. Suite à cela elle s’inscrit aux beaux arts de Chicago, en sort diplômée et entame le roman graphique que voilà. Six ans de travail, 800 pages et quelques 48 refus d’éditeurs plus tard, voilà que « My Favorite Things is Monsters » voit le jour. Le premier tome sort aux Etats-Unis en février 2017 (oui oui c’est en 2 tomes).  Pour ceux qui sont désireux d’en savoir davantage, vous pouvez vous rendre sur le site des éditions Monsieur Toussaint Louverture. Une petite fille du nom de Sandy (tirée du livre) saura vous présenter en détail Emil Ferris, sa vie, son ½uvre, etc.

Ce roman graphique nous raconte l’histoire de Karen Reyes, 10 ans, qui vit dans le sous-sol d’un immeuble en compagnie de sa mère et de son grand frère. C’est une gamine fascinée par les histoires de Vampires, de fantômes et de monstres en tout genre. Sa petite vie de fille marginale se voit bouleversée le jour où sa voisine, la belle Anka Silverberg est retrouvée morte. Ayant succombé à une balle dans la poitrine, les autorités plus ou moins compétentes concluent au suicide alors même que l’arme n’a pas été retrouvée.

Karen, pas vraiment satisfaite par cette interprétation, va mener sa propre enquête.

Ce faisant, elle nous introduit dans son monde, un monde fait de fascinations pour les choses étranges que le commun des mortels a vite fait d’estampiller « tordues » ou « glauques ». Ces qualificatifs sont d’ailleurs facilement accolés à la jeune fille qui se voit ainsi marginalisée, notamment à l’école ou les autres filles ne sont pas très tendres avec elle. Mais qu’importe, elle a son monde bien à elle et dans ce monde, elle se dessine comme étant un monstre à chapeau dans un imperméable. Un détective plus attachant qu’horrifique. Karen a aussi  un entourage avec lequel elle nous familiarise. Sa mère est une femme aux allures de bigote et excessivement superstitieuse. Son frère, Deeze, est un jeune séducteur au corps recouvert de tatouages qui l’initie à l’art.

Alors que l’on tente de comprendre qui est cette fille, que le lecteur pénètre son univers non sans certaines phases humoristique, Karen elle, tente de démêler le vrai du faux concernant Anka et sa mort. Pour tenter de comprendre ce qui a pu arriver à cette femme, elle se remémore qui était cette femme, quels ont été les moments qu’elles ont pu partager ensemble. De fil en aiguille, on en apprend sur elle et sur son passé très difficile.

Si Emil Ferris use de la narration à la première personne lorsque l’on suit la petite Karen, puisqu’en fait ce roman graphique se présente comme étant le carnet intime de la jeune fille, elle fait basculer cette narration lorsque l’on écoute Anka, à travers de vieille cassette. Un habile procédé qui permet d’insuffler la gravité nécessaire inhérente à la vie de cette femme. Anka, avec toujours son visage colorié en bleu, nous raconte alors son enfance dans l’Allemagne des années trente, ou comment fille d’une mère maquerelle, elle a appris à survivre seule, dans une Allemagne dévastée par la misère et gangrénée par le nazisme. En dire davantage serait un sacrilège à forte teneur en divulgâchis.

Hormis cette Allemagne de l’entre-deux guerre, c’est aussi la ville de Chicago de la fin des années soixante qu’Emil Ferris croque. Le lecteur est plongé dans une ville suintant la crasse et la misère. Une ville âpre qui fait encore la part belle au racisme, dans une Amérique où l’on vient d’assassiner Martin Luther King.

Révolution sexuelle oblige, ce roman graphique aborde de la question de la sexualité et de l’homosexualité. Pour Karen, la sexualité est une grande inconnue qui fait partie intégrante du monde absurde dans lequel elle se raconte des histoires.

La solitude, la décrépitude et la folie sont également des composantes de ce monde qu’Emil Ferris met en exergue. Pour y faire face, Karen redouble d’ingéniosité pour créer de nouvelles fables horrifiques lui permettant de fuir ce monde sinistre.

Graphiquement, c’est une claque. Une merveille. Les qualificatifs élogieux si souvent utilisés et donc usés jusqu’à la corde semblent galvaudés si bien que l’on rechignerait presque à les utiliser tant il s’agit là d’un ouvrage singulier, émerveillant et dantesque. Art Spiegelman lui-même est tombé sous le charme de ce travail.

Les dessins, honorés au stylo à bille pour la majorité, sont incroyables. On a parfois des pages en noir et blanc, des pages monochromes souvent cassées par un élément coloré, et à d’autres endroits, on a des passages riches en couleur, au teintes vives, hallucinées qui éclatent, dynamisent le récit.

On y trouve des références à la pop culture, notamment à travers les couvertures de magazines que dessine Karen et qui font forcément penser aux contes de la crypte.

Tout un art de la gestion de la page sur des feuilles de cahier d’écolier, feuilles lignées du type Clairefontaine-Rodia. Un sacré ouvrage ! Il faut féliciter l’auteur certes, mais aussi l’éditeur, Monsieur Toussaint l’Ouverture qui, une fois de plus, a fait un sacré travail sur ce coup là et mérite tous les éloges dont ils doivent commencer à être accoutumés.

Enfin, notons que la traduction a été assurée par Jean-Charles Khalifa. Un ouvrage de fond bien fichu dont il peut être félicité !

 

 

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Livres (Littérature)

Un peu (beaucoup) dans le prolongement de ma vidéo concernant « Sur l’écriture » de Charles Bukowski, voici une petite sélection d’ouvrages du père Buk à consommer avec la modération de rigueur.

Ces dernières années ont vu fleurir les parutions posthumes du vieux Buk, notamment chez Grasset qui a publié dans la foulée « Le retour du vieux dégueulasse » (2014), puis « Un carnet tâché de vin » Grasset (2015). Si le premier est un recueil de nouvelles telles que l’on avait l’habitude d’en lire chez Bukowski, comme c’était le cas dans les « Contes de la folie ordinaire » ou dans « Au sud de nulle part » entre autres, « Un carnet tâché de vin » présente, lui, des écrits un peu plus épars, en mode fond de tiroir (nouvelles et chroniques, considérations sur la littérature…).

Mais outre Grasset, ce sont les éditions 13e Note qui se sont illustrées dans le registre bukowskien en publiant « Sheakespeare n’a jamais fait ça ». Pour rappel, les éditions 13e Note étaient quand même une foutue maison d’édition qui a publié des bouquins de Dan Fante, de William Burroughs, le « Raging Bull » de Jake Lamotta, ou encore le « Drugstore Cowboy » de James Fogles (qui a d’ailleurs donné lieu à une adaptation cinématographique en 1989 avec Matt Dillon, un film dans lequel William Burroughs himself tenait un rôle de prêtre dealer si mes souvenirs sont bons). Bref, 13e Note, c’était une superbe maison d’édition mais qui publiait pas mal de choses en rapport avec la drogue, la violence, bref, pas mal de noirceur en somme, des sujets pas toujours très jouasses, et des textes pas toujours très abordables, ce qui explique peut-être que ces éditions peinèrent à trouver leur public et peut-être aussi à le garder. Après, d’un point de vue matériel, les bouquins étaient des petites merveilles. A noter que fin 2015, le stock des éditions 13e note avait été racheté par la librairie le Monte en l’air à Paris, à voir ce qu’il en ait, m’étonnerait qu’ils aient écoulé tout leur stock, mais avis aux bibliophiles parisiens curieux, n’hésitez pas à passer dans cette librairie pour voir ce qu’il en est à l’occasion. Fin de la parenthèse.

Reste que contrairement à la large majorité du catalogue de 13e note, ce « Sheakspeare n’a jamais fait ça » a pu jouir d’une version poche dans la collection points. Dans une édition un peu particulière, un peu plus large qu’un point standard car ils ont conservé les photos qu’il y avait à l’intérieur.

Car « Skeakspeare n’a jamais fait ça » avait été une espèce de carnet de voyage de Bukowski à l’occasion d’un petit road trip européen en compagnie de sa femme et du photographe Michael Montfort, l’occasion pour lui de revenir en Allemagne, terre de ses origines. L’occasion également pour lui d’asseoir sa notoriété hexgaonale à travers sa participation à l’émission de Bernard Pivot Apostrophes. Tout le monde se souvient de ce passage durant lequel, imbibé, l’auteur des contes de la folie ordinaire n’avait eu de cesse de parasiter le bon déroulement des choses en marmonant des borboygmes durant toute l’émission, ce qui avait provoqué l’ire de Cavanna, pourtant admirateur de l’écrvain américain. Celui-là l’avait même sympathiquement menacé avec son « Ta gueule Bukowski, je vais te foutre mon poing dans la gueule ». Passage mémorable donc. Mémorable ? Pas pour Bukowski lui-même qui y fait vaguement allusion dans son récit, trop imbibé qu’il devait être pour en avoir un souvenir net.

Un très bon bouquin posthume, donc.

 

 

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Livres (Jeu vidéo)

 

Buk est quelqu’un de difficile à classer. Et d’ailleurs à quoi bon classer, c’est juste un truc de journaleux. Bref, tentons toutefois de se plier à l’excercie…  Beaucoup considèrent Bukowski comme un mètre étalon de la contre-culture si tant est que l’on puisse étlaonner la contre-culture. On a tendance à le considérer comme un post-Beat, un peu à la manière du canadien Richard Brautigan. A ce titre, le bouquin de Jean-François Duval « Buk et les Beats : essai sur la Beat Generation » était très intéressant puisqu’il revenait sur les liens entre Bukowski et la Beat Generation (comme son titre l’indique fort judicieusement). La Beat Generation qui n’était d’ailleurs pas un mouvement, un courant ou quelque chose de cet acabit. Les auteurs ne se sont jamais définis comme représentant la Beat Generation, ce terme étant une pure invention journalistique. Un gratte papier l’a écrit dans quelque journal et tout le monde a repris ce label la bouche en c½ur, sans trop s’attacher à ce que les écrivains intéressés avaient à en dire.

Bref, On voit à travers le bouquin de Duval que Bukowski appréciait le travail de Kerouac et peut-être aussi ce qu’il représentait. En revanche point de tendresse à l’égard d’Allen Ginsberg, poète, auteur de Howl et une des figures les plus médiatiques de ce courant. Ayant la médiatisation et de la starification en horreur, sans doute l’aversion de Bukowski est-elle en partie due à l’implication de Ginsberg dans ce registre. Dans son bouquin « Sur l’écriture », il évoque Ginsberg, l’égratigne, pour rester poli. Mais l’aversion de Buk pour un autre écrivain n’a rien de bien original ou d’unique. Nombreux sont ceux qu’il critique vertement. Faulkner, Keats, pour ne citer que deux des plus fameux noms des lettres anglaises (et américaines, par capillarité).

En 2012 était sorti « Sheakspeare n’a jamais fait ça », sorte de carnet d’un voyage européen que Bukowski avait fait en compagnie de sa femme et du photographe Michael Montfort. Deux ans plus tard, « Le retour du vieux dégueulasse » fait son apparition en librairie. Là, on se dit, pas possible, Buk serait revenu d’entre les morts pour nous avoiner encore ses saloperies ? En rien. Il s’agit de quelques fonds de tiroir dépoussiérés. Il faut toujours se méfier des fonds de tiroir. A juste titre tant ce genre de parution vise en général, davantage à faire sourire le banquier de l’éditeur qu’à émerveiller le lecteur, l’amateur éclairé, l’inconditionnel. Grasset était même allé jusqu’à reprendre le même type de couverture que celle du vieux dégueulasse. Reste que le contenu était tout à fait honorable, avec, dans la plus pure veine Bukowskienne, du bon et du moins bon.

Un an plus tard sortait  « Un carnet tâché de vin » recueil de chroniques et de nouvelles. Alors là on se dit qu’à ce rythme là, on est bon pour se fader des ½uvres posthumes sur plus d’une décennie tant Bukowski avait été prolifique et qu’il ne faut pas douter du fait que l’on retrouvera bien à plus ou moins long/court terme, quelques nouvelles parues dans d’obscures revues. Car dans les premiers temps, Buk fonctionnait essentiellement avec des publications dans des revues. Il envoyait nouvelles et poèmes par brassées, se heurtant souvent à des revers cuisants, comme cela est révélé à travers certaines lettres dans « Sur l’écriture », justement. Confrontant des sources qui diffèrent, certaines évoquant des fonds de tiroir et d’autres évoquant non des fonds de tiroirs mais un authentique nouvel ouvrage comportant nouvelles et chroniques, nous allons procéder à une clarification somme toute macronnienne en évoquant des fonds de tiroirs ayant permis un ouvrage inédit composé de nouvelles et de chroniques.

Si dans un carnet tache de vin, on trouve des considérations sur la littérature, et sur certains de ses référents (Hemingway, Ezra Pound…) on retrouve dans « Sur l’écriture », une approche assez similaire. Pour un écrivain, la question de l’écriture est fondamentale, c’est la fameuse question de la « cuisine ». Dans le même esprit, la maison d’édition americaine Scribner a publié une sélection de textes d’Ernest Hemingway intitulés « On writing », voyez comme la parentée est proche dans la démarche, comme dans le titre (dans la même idée, La découverte a publié en 2016 un Jack London « profession écrivain », recueil de textes dans lesquels London évoque l’écriture et tout ce qui s’y rattache). Avec « Sur l’écriture » de Bukowski, on a une sélection de lettres publiées dans un ordre chronologique, ce qui est pertinent car cela permet d’observer l’évolution du personnage de 1945 à 1993 soit près d’un demi-siècle.

De nombreuses lettres, donc, parfois agrémentées de dessins.

On regrettera le fait qu’il manque peut-être les lettres des destinataires,  ce qui fait que l’on passe parfois un peu à côté du propos. C’est le problème récurrent avec ce type d’ouvrages. Publier les lettres des correspondants aurait sans doute gonflé l’ouvrage de façon superficielle. Parmi les correspondants, on compte des éditeurs, des amis mais aussi des écrivains comme Harold Norse, Lawrence Ferlinghetti, John Fante ou Henry Miller. On y parle parfois de tout et rien, de littérature et de menue monnaie.

Un ouvrage à recommander aux amateurs de littérature, à ceux qui s’intéressent à l’envers du décor. Une bonne façon de découvrir aussi à quel prix se bâtit une renommée littéraire.

 

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Par balaziouf Blog créé le 03/12/10 Mis à jour le 10/02/19 à 19h49

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