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Livres (BD-Manga-Comics)

« Moi, ce que j’aime, c’est les monstres » c’est LE Livre de la rentrée de Monsieur Toussaint L’ouverture. Alors Monsieur Toussaint L’ouverture, pour ceux qui ignoreraient de qui il s’agit ou plutôt de quoi il s’agit, il s’agit d’une maison d’édition  basée à Cenon, dans la région bordelaise. En fait on réalise qu’il y a tout un tas d’éditeurs de talents basés à Bordeaux, comme Finitude ou L’éveilleur.  On sait pas, à quoi c’est dû. Un microclimat, peut-être…

Cela fait plus d’une décennie qu’ils existent et on leur doit quelques pépites dont les ouvrages de Frederic Hexley, les romans de Steve Tesich ou  encore ceux de David Carkeet. Ils publient relativement peu, mais sélectionnent rigoureusement ce qu’ils veulent éditer. Cela avait été le cas avec la réédition de « Watership Down » de Richard Adams, ou avec le roman « La maison dans laquelle » de Mariam Petrosyan. Et c’est encore dans cette optique qu’ils publient en cette rentrée littéraire 2018 le roman graphique « Moi, ce que j’aime, c’est les monstres » d’Emil Ferris.

Emil Ferris dessinait des jouets et participait à la production de films d’animation. Une vie de mère célibataire assez banale jusqu’à ce que, à quarante ans, elle se fasse piquer par un moustique et là, paf, elle tombe dans un coma de trois semaines. En fait elle a chopé le virus du Nil occidental. Les médecins lui annoncent qu’elle ne pourra plus marcher et sa main droite, celle qui lui sert à dessiner, est paralysée. La tuile. Mais bon, elle se bat et va jusqu’à se scotcher un stylo sur la main pour dessiner. Suite à cela elle s’inscrit aux beaux arts de Chicago, en sort diplômée et entame le roman graphique que voilà. Six ans de travail, 800 pages et quelques 48 refus d’éditeurs plus tard, voilà que « My Favorite Things is Monsters » voit le jour. Le premier tome sort aux Etats-Unis en février 2017 (oui oui c’est en 2 tomes).  Pour ceux qui sont désireux d’en savoir davantage, vous pouvez vous rendre sur le site des éditions Monsieur Toussaint Louverture. Une petite fille du nom de Sandy (tirée du livre) saura vous présenter en détail Emil Ferris, sa vie, son œuvre, etc.

Ce roman graphique nous raconte l’histoire de Karen Reyes, 10 ans, qui vit dans le sous-sol d’un immeuble en compagnie de sa mère et de son grand frère. C’est une gamine fascinée par les histoires de Vampires, de fantômes et de monstres en tout genre. Sa petite vie de fille marginale se voit bouleversée le jour où sa voisine, la belle Anka Silverberg est retrouvée morte. Ayant succombé à une balle dans la poitrine, les autorités plus ou moins compétentes concluent au suicide alors même que l’arme n’a pas été retrouvée.

Karen, pas vraiment satisfaite par cette interprétation, va mener sa propre enquête.

Ce faisant, elle nous introduit dans son monde, un monde fait de fascinations pour les choses étranges que le commun des mortels a vite fait d’estampiller « tordues » ou « glauques ». Ces qualificatifs sont d’ailleurs facilement accolés à la jeune fille qui se voit ainsi marginalisée, notamment à l’école ou les autres filles ne sont pas très tendres avec elle. Mais qu’importe, elle a son monde bien à elle et dans ce monde, elle se dessine comme étant un monstre à chapeau dans un imperméable. Un détective plus attachant qu’horrifique. Karen a aussi  un entourage avec lequel elle nous familiarise. Sa mère est une femme aux allures de bigote et excessivement superstitieuse. Son frère, Deeze, est un jeune séducteur au corps recouvert de tatouages qui l’initie à l’art.

Alors que l’on tente de comprendre qui est cette fille, que le lecteur pénètre son univers non sans certaines phases humoristique, Karen elle, tente de démêler le vrai du faux concernant Anka et sa mort. Pour tenter de comprendre ce qui a pu arriver à cette femme, elle se remémore qui était cette femme, quels ont été les moments qu’elles ont pu partager ensemble. De fil en aiguille, on en apprend sur elle et sur son passé très difficile.

Si Emil Ferris use de la narration à la première personne lorsque l’on suit la petite Karen, puisqu’en fait ce roman graphique se présente comme étant le carnet intime de la jeune fille, elle fait basculer cette narration lorsque l’on écoute Anka, à travers de vieille cassette. Un habile procédé qui permet d’insuffler la gravité nécessaire inhérente à la vie de cette femme. Anka, avec toujours son visage colorié en bleu, nous raconte alors son enfance dans l’Allemagne des années trente, ou comment fille d’une mère maquerelle, elle a appris à survivre seule, dans une Allemagne dévastée par la misère et gangrénée par le nazisme. En dire davantage serait un sacrilège à forte teneur en divulgâchis.

Hormis cette Allemagne de l’entre-deux guerre, c’est aussi la ville de Chicago de la fin des années soixante qu’Emil Ferris croque. Le lecteur est plongé dans une ville suintant la crasse et la misère. Une ville âpre qui fait encore la part belle au racisme, dans une Amérique où l’on vient d’assassiner Martin Luther King.

Révolution sexuelle oblige, ce roman graphique aborde de la question de la sexualité et de l’homosexualité. Pour Karen, la sexualité est une grande inconnue qui fait partie intégrante du monde absurde dans lequel elle se raconte des histoires.

La solitude, la décrépitude et la folie sont également des composantes de ce monde qu’Emil Ferris met en exergue. Pour y faire face, Karen redouble d’ingéniosité pour créer de nouvelles fables horrifiques lui permettant de fuir ce monde sinistre.

Graphiquement, c’est une claque. Une merveille. Les qualificatifs élogieux si souvent utilisés et donc usés jusqu’à la corde semblent galvaudés si bien que l’on rechignerait presque à les utiliser tant il s’agit là d’un ouvrage singulier, émerveillant et dantesque. Art Spiegelman lui-même est tombé sous le charme de ce travail.

Les dessins, honorés au stylo à bille pour la majorité, sont incroyables. On a parfois des pages en noir et blanc, des pages monochromes souvent cassées par un élément coloré, et à d’autres endroits, on a des passages riches en couleur, au teintes vives, hallucinées qui éclatent, dynamisent le récit.

On y trouve des références à la pop culture, notamment à travers les couvertures de magazines que dessine Karen et qui font forcément penser aux contes de la crypte.

Tout un art de la gestion de la page sur des feuilles de cahier d’écolier, feuilles lignées du type Clairefontaine-Rodia. Un sacré ouvrage ! Il faut féliciter l’auteur certes, mais aussi l’éditeur, Monsieur Toussaint l’Ouverture qui, une fois de plus, a fait un sacré travail sur ce coup là et mérite tous les éloges dont ils doivent commencer à être accoutumés.

Enfin, notons que la traduction a été assurée par Jean-Charles Khalifa. Un ouvrage de fond bien fichu dont il peut être félicité !

 

 

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Livres (Littérature)

Un peu (beaucoup) dans le prolongement de ma vidéo concernant « Sur l’écriture » de Charles Bukowski, voici une petite sélection d’ouvrages du père Buk à consommer avec la modération de rigueur.

Ces dernières années ont vu fleurir les parutions posthumes du vieux Buk, notamment chez Grasset qui a publié dans la foulée « Le retour du vieux dégueulasse » (2014), puis « Un carnet tâché de vin » Grasset (2015). Si le premier est un recueil de nouvelles telles que l’on avait l’habitude d’en lire chez Bukowski, comme c’était le cas dans les « Contes de la folie ordinaire » ou dans « Au sud de nulle part » entre autres, « Un carnet tâché de vin » présente, lui, des écrits un peu plus épars, en mode fond de tiroir (nouvelles et chroniques, considérations sur la littérature…).

Mais outre Grasset, ce sont les éditions 13e Note qui se sont illustrées dans le registre bukowskien en publiant « Sheakespeare n’a jamais fait ça ». Pour rappel, les éditions 13e Note étaient quand même une foutue maison d’édition qui a publié des bouquins de Dan Fante, de William Burroughs, le « Raging Bull » de Jake Lamotta, ou encore le « Drugstore Cowboy » de James Fogles (qui a d’ailleurs donné lieu à une adaptation cinématographique en 1989 avec Matt Dillon, un film dans lequel William Burroughs himself tenait un rôle de prêtre dealer si mes souvenirs sont bons). Bref, 13e Note, c’était une superbe maison d’édition mais qui publiait pas mal de choses en rapport avec la drogue, la violence, bref, pas mal de noirceur en somme, des sujets pas toujours très jouasses, et des textes pas toujours très abordables, ce qui explique peut-être que ces éditions peinèrent à trouver leur public et peut-être aussi à le garder. Après, d’un point de vue matériel, les bouquins étaient des petites merveilles. A noter que fin 2015, le stock des éditions 13e note avait été racheté par la librairie le Monte en l’air à Paris, à voir ce qu’il en ait, m’étonnerait qu’ils aient écoulé tout leur stock, mais avis aux bibliophiles parisiens curieux, n’hésitez pas à passer dans cette librairie pour voir ce qu’il en est à l’occasion. Fin de la parenthèse.

Reste que contrairement à la large majorité du catalogue de 13e note, ce « Sheakspeare n’a jamais fait ça » a pu jouir d’une version poche dans la collection points. Dans une édition un peu particulière, un peu plus large qu’un point standard car ils ont conservé les photos qu’il y avait à l’intérieur.

Car « Skeakspeare n’a jamais fait ça » avait été une espèce de carnet de voyage de Bukowski à l’occasion d’un petit road trip européen en compagnie de sa femme et du photographe Michael Montfort, l’occasion pour lui de revenir en Allemagne, terre de ses origines. L’occasion également pour lui d’asseoir sa notoriété hexgaonale à travers sa participation à l’émission de Bernard Pivot Apostrophes. Tout le monde se souvient de ce passage durant lequel, imbibé, l’auteur des contes de la folie ordinaire n’avait eu de cesse de parasiter le bon déroulement des choses en marmonant des borboygmes durant toute l’émission, ce qui avait provoqué l’ire de Cavanna, pourtant admirateur de l’écrvain américain. Celui-là l’avait même sympathiquement menacé avec son « Ta gueule Bukowski, je vais te foutre mon poing dans la gueule ». Passage mémorable donc. Mémorable ? Pas pour Bukowski lui-même qui y fait vaguement allusion dans son récit, trop imbibé qu’il devait être pour en avoir un souvenir net.

Un très bon bouquin posthume, donc.

 

 

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Livres (Jeu vidéo)

 

Buk est quelqu’un de difficile à classer. Et d’ailleurs à quoi bon classer, c’est juste un truc de journaleux. Bref, tentons toutefois de se plier à l’excercie…  Beaucoup considèrent Bukowski comme un mètre étalon de la contre-culture si tant est que l’on puisse étlaonner la contre-culture. On a tendance à le considérer comme un post-Beat, un peu à la manière du canadien Richard Brautigan. A ce titre, le bouquin de Jean-François Duval « Buk et les Beats : essai sur la Beat Generation » était très intéressant puisqu’il revenait sur les liens entre Bukowski et la Beat Generation (comme son titre l’indique fort judicieusement). La Beat Generation qui n’était d’ailleurs pas un mouvement, un courant ou quelque chose de cet acabit. Les auteurs ne se sont jamais définis comme représentant la Beat Generation, ce terme étant une pure invention journalistique. Un gratte papier l’a écrit dans quelque journal et tout le monde a repris ce label la bouche en cœur, sans trop s’attacher à ce que les écrivains intéressés avaient à en dire.

Bref, On voit à travers le bouquin de Duval que Bukowski appréciait le travail de Kerouac et peut-être aussi ce qu’il représentait. En revanche point de tendresse à l’égard d’Allen Ginsberg, poète, auteur de Howl et une des figures les plus médiatiques de ce courant. Ayant la médiatisation et de la starification en horreur, sans doute l’aversion de Bukowski est-elle en partie due à l’implication de Ginsberg dans ce registre. Dans son bouquin « Sur l’écriture », il évoque Ginsberg, l’égratigne, pour rester poli. Mais l’aversion de Buk pour un autre écrivain n’a rien de bien original ou d’unique. Nombreux sont ceux qu’il critique vertement. Faulkner, Keats, pour ne citer que deux des plus fameux noms des lettres anglaises (et américaines, par capillarité).

En 2012 était sorti « Sheakspeare n’a jamais fait ça », sorte de carnet d’un voyage européen que Bukowski avait fait en compagnie de sa femme et du photographe Michael Montfort. Deux ans plus tard, « Le retour du vieux dégueulasse » fait son apparition en librairie. Là, on se dit, pas possible, Buk serait revenu d’entre les morts pour nous avoiner encore ses saloperies ? En rien. Il s’agit de quelques fonds de tiroir dépoussiérés. Il faut toujours se méfier des fonds de tiroir. A juste titre tant ce genre de parution vise en général, davantage à faire sourire le banquier de l’éditeur qu’à émerveiller le lecteur, l’amateur éclairé, l’inconditionnel. Grasset était même allé jusqu’à reprendre le même type de couverture que celle du vieux dégueulasse. Reste que le contenu était tout à fait honorable, avec, dans la plus pure veine Bukowskienne, du bon et du moins bon.

Un an plus tard sortait  « Un carnet tâché de vin » recueil de chroniques et de nouvelles. Alors là on se dit qu’à ce rythme là, on est bon pour se fader des œuvres posthumes sur plus d’une décennie tant Bukowski avait été prolifique et qu’il ne faut pas douter du fait que l’on retrouvera bien à plus ou moins long/court terme, quelques nouvelles parues dans d’obscures revues. Car dans les premiers temps, Buk fonctionnait essentiellement avec des publications dans des revues. Il envoyait nouvelles et poèmes par brassées, se heurtant souvent à des revers cuisants, comme cela est révélé à travers certaines lettres dans « Sur l’écriture », justement. Confrontant des sources qui diffèrent, certaines évoquant des fonds de tiroir et d’autres évoquant non des fonds de tiroirs mais un authentique nouvel ouvrage comportant nouvelles et chroniques, nous allons procéder à une clarification somme toute macronnienne en évoquant des fonds de tiroirs ayant permis un ouvrage inédit composé de nouvelles et de chroniques.

Si dans un carnet tache de vin, on trouve des considérations sur la littérature, et sur certains de ses référents (Hemingway, Ezra Pound…) on retrouve dans « Sur l’écriture », une approche assez similaire. Pour un écrivain, la question de l’écriture est fondamentale, c’est la fameuse question de la « cuisine ». Dans le même esprit, la maison d’édition americaine Scribner a publié une sélection de textes d’Ernest Hemingway intitulés « On writing », voyez comme la parentée est proche dans la démarche, comme dans le titre (dans la même idée, La découverte a publié en 2016 un Jack London « profession écrivain », recueil de textes dans lesquels London évoque l’écriture et tout ce qui s’y rattache). Avec « Sur l’écriture » de Bukowski, on a une sélection de lettres publiées dans un ordre chronologique, ce qui est pertinent car cela permet d’observer l’évolution du personnage de 1945 à 1993 soit près d’un demi-siècle.

De nombreuses lettres, donc, parfois agrémentées de dessins.

On regrettera le fait qu’il manque peut-être les lettres des destinataires,  ce qui fait que l’on passe parfois un peu à côté du propos. C’est le problème récurrent avec ce type d’ouvrages. Publier les lettres des correspondants aurait sans doute gonflé l’ouvrage de façon superficielle. Parmi les correspondants, on compte des éditeurs, des amis mais aussi des écrivains comme Harold Norse, Lawrence Ferlinghetti, John Fante ou Henry Miller. On y parle parfois de tout et rien, de littérature et de menue monnaie.

Un ouvrage à recommander aux amateurs de littérature, à ceux qui s’intéressent à l’envers du décor. Une bonne façon de découvrir aussi à quel prix se bâtit une renommée littéraire.

 

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Livres (Littérature)

 

Né en 1930 à bordeaux et décédé en 1982 dans la même ville, Jean Forton était un écrivain et libraire qui avait la ville girondine dans la peau (ville souvent rendue anonyme et fictive qui servit de décor à ses romans). De son vivant, la majorité de son œuvre est parue aux éditions Gallimard qui semblent avoir abandonné ses œuvres puisque plus aucun des romans qu’elles publiaient ne sont disponibles désormais. .

Il aura fallu attendre le milieu des années 90 pour que les éditions Le Dilettante fassent redécouvrir l’auteur avec la publication de L’enfant roi, puis de Les sables mouvants.

Au début des années 2000, les éditons Finitude ont eux aussi contribué à la redécouverte de l’œuvre de Forton en publiant Pour passer le temps, Jours de chaleur, puis Toutes les nouvelles (2013).

 

Désormais, c’est à L’éveilleur d’y aller de sa contribution en rééditant Le grand mal, dont la première parution datant de 1959 s’est faite chez Gallimard.

L’éveilleur, éditeur bordelais – il n’y a pas de hasard – , distribué par Harmonia Mundi (souvent gage de qualité), est un éditeur discret qui a vu le jour en 2016. Il a publié à ce jour un peu plus d’une vingtaine d’ouvrages dont Pipe, chien de Francis Jammes.

Dans Le grand mal, on suit les errements de deux adolescents de 13 ans : Arthur Ledru et Frieman (rien à voir avec Gordon, Morgan ou le facultatif membre d’IAM). Leur amitié est étrangement scellée en début de livre. Puisque ces deux là ne se connaissent pas, se provoquent, et sur un malentendu, Ledru, le narrateur, remporte le combat, suscite le respect de son adversaire qui, dans la foulée, réclame son amitié. Ces deux là deviennent copains comme cochon, donc. Ensemble, ils abordent un âge où la chose la plus importante, ce sont les filles. Frieman a une copine, Georgette, à la fois jaloux et curieux, Ledru aura un objectif : lui ravir cette fille. Une conquête aux accents de trahison qui se révèlera peu reluisante sous bien des aspects.

Les gosses s’ennuient au collège, se moquent de certains de leurs professeurs et le monde des adultes leur est étranger. Au milieu de toutes ces grandes personnes qui ne les comprennent pas et qu’ils ne comprennent pas, on trouve toutefois le personnage de Gustave qui est un portraitiste de rue, la figure de l’artiste crève la dalle peu estimé des adultes. Ce personnage de Gustave sert de passerelle entre les adolescents et les adultes, même s’il est étranger à chacun de ces mondes. Cette passerelle symbolique aura une destinée bien singulière.

Il n’y a pas d’innocence dans les figures de l’adolescent de Jean Forton. On le voit bien puisque l’on suit Ledru de l’intérieur et que ses rejets, ses impressions nous sont familières. De même, ses mesquineries et ses cruautés sont les nôtres, celles de l’adolescent ingrat que tout adulte a forcément été. Toutefois, les comportements de ces ados-là recueillent parfois l’incompréhension du lecteur, comme lors d’une scène où Ledru et Frieman viennent chahuter Gustave, comme ça, juste pour tromper l’ennui. A travers cette scène Forton cible à merveille ce qu’est l’effet de groupe. Il montre comment les gosses parfois, s’engrainent, s’intoxiquent entre eux pour révéler certaines de leurs facettes les moins reluisantes. C’est, entre autres éléments, ce qui en fait un très bon livre sur l’adolescence, à classer sans doute aux côtés de L’Enfant de Jules Vallès, de 1969 de Ryu Murakami ou encore de certains livres de John Fante comme Le vin de la jeunesse ou Bandini. Ces derniers livres appartiennent à des registres certes très différents mais traitent avec la même profondeur, la même subtilité et le même soucis d’honnêteté un des thèmes les plus riches de la littérature.

La tonalité de ce roman est difficilement descriptible en un adjectif. On y trouve de l’humour, de la bravade mais aussi de la trahison et de la lâcheté. Si ce n’était encore que cela…

Le mal réside aussi dans le fait que des enfants se font enlever non loin d’où vivent nos deux protagonistes. Des enfants disparaissent à la sortie de l’école sans que les autorités aient la moindre piste. Une menace qui demeure en filigrane et traverse un livre dominé par les affaires de cœur et préoccupations juvéniles qu’un malheur de cette envergure aura vite soufflé. En définitive, Le grand mal en question, renvoie sans doute à la cruauté des plus grands ainsi qu’à leurs noirs desseins. Choses face auxquelles des gosses, si turbulents soient-il, demeurent impuissants.

 

Le grand mal de Jean Forton, L’Eveilleur, 2018. 18 euros.

 

 

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Livres (Littérature)

 

Eh bien cela faisait une petite paye que je n’avais pas publié quelque chose sur ce blog. Si cet espace virtuel était susceptible de prendre la poussière, nul doute qu’il faudrait y passer un sérieux coup de chiffon.

Je passe par ici pour poster une petite vidéo que je viens d’achever de monter (assez laborieusement, convenons-en) sur Poison City de Tetsuya Tsutsui, mangaka également responsable des mini-séries Manhole et Prophecy. Du lourd, donc.

Dans Poison City, TsuTsui met en scène Hibino jeune mangaka en passe de percer grâce à la parution de son manga zombie-apocalyptique, appelez ça comme vous voulez, intitulé « Dark Walker ». Le problème d’Hibino est de publier cette œuvre dans un japon fictionnel de 2019, un Japon censé accueillir les Jeux Olympiques. Dans cette optique, les instances gouvernementales se prêtent à une sorte de purge artistique visant à lisser l’image du Japon (à croire que le pays du soleil levant avait besoin que l’on redore son blason). A travers ce manga en deux tomes, on suit donc les pérégrinations du mangaka, préoccupé par ce qui se passe. Son inquiétude est la nôtre. Ses remises en question également. La littérature peut-elle tout permettre. Peut-on créer « n’importe quoi » au motif qu’il puisse s’agir d’art ou d’œuvre de fiction ?

Si cette thématique originale est prise à bras le corps par Tsutsui, c’est en partie parce que ce dernier s’est heurté à la censure. Une autorité avait en effet déclaré Manhole comme néfaste. Un jugement que l’auteur évoque en postface de Poison City et qu’il déplore amèrement.

Une très bonne lecture, assez unique en son genre. Un dessin clair, léché, comme Tsutsui sait nous en proposer depuis quelques années maintenant. Une œuvre intrigante également par sa structure narrative puisque des planches de « Dark Walker » sont introduites dans Poison City. Une mise en abîme qui peut mener à la confusion, confusion voulue et ingénieuse. Le personnage principal de « Dark Walker » escorte une fille immunisée contre le virus qui a ravagé la terre. Cet homme veille à la protéger à l’aune de ce qu’elle représente : le salut du monde, une possibilité d’échappatoire, de vaccin, en somme un ultime espoir. Comment ne pas y voir une métaphore du manga qu’Hibino prend à bras le corps, travaille, réfléchit et désire protéger coûte que coûte. Une intrigue en cachant une autre, on se demande si Hibino finira par céder et frelater son œuvre, la pervertir, la dénaturer. Et s’il se soustrait à la censure, que risque-t-il ?

Une œuvre sur la liberté d’expression et de création, un débat en soi sans fin, traité de façon intelligente ici, par le biais d’un genre qui ne s’embarrasse pas si souvent de ce type de problématique.

 

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Jeux Video (Jeu vidéo)

Ayant passé cinq années sur Rennes au début de ce millénaire et l'ayant quitté en 2007, je n'aurais pu, si je l'avais voulu, assister qu'à deux éditions du Stunfest dans la mesure où il a vu le jour en 2005. Mais trop occupé à valider des diplômes aussi pertinents qu'un Shoryu dans la garde, je liquidais mon temps entre deux lectures discursives et de fréquentes virées chez les bouquinistes du coin, qui répondent d'ailleurs toujours au poste place Sainte-Anne.Mon activité vidéoludique se résumait quant à elle à quelques rares parties sur Crash Team Racing. Avec un camarade de classe, nous révisions toutefois nos gammes piteuses sur  un Street Fighter Ex plus Alpha envers lequel j'ai toujours eu un petit faible, malgré ses tares et ses nombreux détracteurs.

Le jeu vidéo n'était plus mon affaire. Ou du moins, plus encore...

Après un sevrage de quelques années et d'inutiles rencontres aux GA (gamers anonymes), j'ai définitivement replongé dans les affres du jeu vidéo. Mais trêve de souvenirs.

                        

L'édition du Stunfest 2014 sera donc ma première.

Dimanche 4 mai. Levé à sept heures pour rendre visite au père. En terres finistériennes. Accompagné de ma chère et tendre. Après cinq heures de caisse, arrivée à Rennes. Dévoré un Subway. Trop fat. Pas pu le finir. Je m'en veux un peu de jeter le quignon de mon sandwich à la poubelle. Je me dis que je pourrais faire preuve de charité en l'offrant à un clochard qui doit bien traîner par là. Nous sommes à Rennes, après tout... Mais craignant que ce geste apparaisse comme une offense, je choisis de m'en débarrasser dans une poubelle.

Visite des Champs Libres et de son nouvel espace pour les jeunes permettant de jouer notamment à diverses consoles. Un petit bonheur pour les jeunes de la capitale de Bretagne, j'imagine. Cependant, ils n'ont toujours pas mis en place de prêt de jeu tant la législation demeure floue à ce niveau.

             

Le Stunfest s'offre à nous. Il s'expose dans l'imposante salle du Liberté pour la première fois, semble-t-il. Les billets ont bien été imprimés, puis soigneusement engouffrés dans le sac. Nous parvenons à remettre la main dessus. Un bon point pour nous.

On nous colle un bracelet rose fluo afin de valider notre entrée tout en nous laissant vaquer à notre guise entre et hors des murs du festival. L'ambiance bonne franquette saute aux yeux. Et rapidement aux narines. Cela me rappelle mes années fac et ses blocus interminables afin de manifester contre telle ou telle démarche gouvernementale(CPE j'écris ton nom).

                                 

Les couloirs sont gorgés de monde. Pas mal de types avec des sticks arcades sous les bras. Quelques dessins de Bastiens Vivès - entre autres - sont exposés.

Des consoles de la seconde génération de console sont jouables. A côté se tient le stand de l'éditeur Pix n'love.

Pendant que dans un coin certains esquintent leurs chevilles sur Dance Dance Revolution, d'autres s'excitent sur des jeux similaires sur lesquels il faut frapper sur des sphères à l'aide de ses mains. Pop n' Music.

               

 

Dans un couloir, les tables, jouxtées les unes aux autres, avaient amassé une masse de joueurs colossale.

Dix joueurs s'affrontent sur une partie de Bomberman et offrent un spectacle tout en suspense. Du jamais vu, en ce qui me concerne...

            

A côté, des joueurs s'écharpent sur N64 et Gamecube, les consoles de Nintendo étant encore les meilleurs pour jouer à plusieurs en écran splitté, on y trouve des aficionados de Mario Kart Double Dash ou encore de Super Smash Bros Melee. Plus loin, d'autres joueurs peut-être un peu moins dilettante conversent ensemble. Les sticks arcade sont posés négligemment sur des tables usées qui rappellent celles malmenées par les cancres. On se repose et on boit un coup entre deux phases de vesus fighting. Ca sent le mâle. Peau de banane sur téléviseur et gobelets délaissés. Le lieu prend des allures de squat, de fin de soirée. Ou de fin du monde.

              

A coté, deux jeunes rivalisent sur Windjammers, bijou de la Neo Geo. Secrètement, je les envie.

Plus loin encore, des bornes d'arcade sont exposées et quelques adolescents s'excitent sur des jeux de tirs cultes comme Time Crisis.

A l'étage, d'autres bornes sont alignées telle une ribambelle que l'on peut observer de l'extérieur du bâtiment, au travers des immenses baies vitrées de la salle de spectacle.

Nous assistons en direct à la mort d'Aerith lors d'un Superplay de Final Fantasy VII. Alors que le compteur affiche un peu moins de cinq heures de temps de jeu. Il y a dans ce passage du jeu une charge émotionnelle telle que lorsque Cloud et son équipée combattent Jenova, le Thème d'Aerith continue d'être joué, prolongeant la lancinance de cet instant dramatique.

Plus loin, un zig joue les équilibristes sur un jeu de skate.

                                

A côté, c'est la salle principale. On y propose des superplays et des tournois. Bref, c'est définitivement là que les choses commencent. Les transats de la ville de Rennes (ceux utilisés notamment place de la mairie pour larver en mode farniente lors des journées caniculaires, c'est-à-dire deux fois par ans) sont disposées devant un écran géant retransmettant les prouesses de joueurs qui ne jouent plus réellement, à ce niveau.

Alors qu'une session éprouvante vient de s'achever sous les applaudissements de la foule, je vois Ken Bogard. Je jouis intérieurement de partager le même oxygène que ce type à qui je dois tant d'éclats de rire. Je n'ose l'approcher alors qu'il est en train de s'égosiller à commenter un match probablement retransmis sur le net.

               

Nous faisons le tour et arrivons dans la zone réservée aux tournois. Pour accéder à celle-ci, il faut se munir d'un badge spécial, afin de ne pas être trop nombreux et gêner ainsi les participants. La concentration est à son comble et la tension palpable. Que du Versus fighting. Le bonheur. Du Street, du KOF, du Soulcal, du Ultimate Marvel versus Capcom 3, et j'en passe.

J'y croise Yamato, de Gamekult. Je dégaine l'appareil photo. Je devine qu'il se laissera tirer le portrait, car, selon son propre aveu, c'est un bisounours. Hors, il ne peut pas m'envoyer chier, sous peine de quoi il pourrait être banni du paradis des bisounours. Il se plie donc à l'exercice en m'adressant un franc sourire ainsi que ses deux comparses présents sur le cliché.

           

                         Yamato prêt à joyeusement en découdre sur Ken le survivant.

 

De retour dans la partie consacrée aux superplays , j'observe le stand de Radio campus, station pour laquelle j'avais failli travailler. On m'avait proposé une matinale. Mais étant plus indécis que matinal, j'avais laissé filer l'opportunité. Sur une estrade, ils étaient quelques uns parmi lesquels j'ai cru reconnaître Karim Debbache.

Sur la scène principale, SPS, joueur asiatique, fait un superplay sur Ketsui. Superplay, le mot est faible. Le type ratiboise tout ce qui apparaît sur l'écran et évite les gerbes incessantes de missiles ennemis avec un rigorisme de chirurgien.

Avec ma douce nous nous posons dans les tribunes qui ont davantage l'habitude d'accueillir des spectateurs de Pascal Obispo que de jeux vidéo. Parmi eux, 2080, quelques rangs devant nous, reconnaissable entre cent grâce à ses lunettes blanches.

A l'unisson, nous applaudissons à chaque fois que SPS étale un boss. Je tente d'expliquer ce qui se passe à l'écran à ma douce qui ne voit dans ce feu d'artifice de pixel que d'esthétiques effets pyrotechniques. Au bout de cinq minutes, elle semble avoir compris que le but du petit vaisseau en bas de l'écran est d'éviter les assauts massifs de l'intelligence artificielle. Elle comprend un peu mieux pourquoi le reste de la salle est époustouflée et pourquoi nous sommes quelques centaines plantés devant un écran géant.

Ce à quoi nous assistons est exceptionnel.

Elle me fait remarquer que SPS tient son stick paume vers le haut, ce qui peut dérouter. On apprécie davantage encore la maestria avec laquelle ce joueur se déplace. Le spectacle est ahurissant.

Certaines choses, en ce monde, sont difficilement compréhensibles. Il y a un degré d'excellence qui confine parfois au surnaturel. Qu'il s'agisse de la chapelle Sixtine de Vinci ou de la bicyclette de Zlatan contre l'Allemagne, il faut bien admettre que certaines choses se situent hors de portée du commun de mortel. C'est cela que l'on appelle l'exceptionnel.

SPS parvient au quatrième niveau sans perdre de vie. Il continue son ouvrage, tel un Kasparov du stick. Les nuées de missiles deviennent telles que cela en est dégueulasse. Puis il perd une vie, puis deux... En tout, il a du trépasser quatre fois. Les spectateurs, eux, sont restés éberlués jusqu'à ce qu'il détruise le dernier boss sous un tonnerre d'applaudissement, occasionnant par là une standing ovation de la part de la moitié de la salle.

Lorsqu'il commentera ensuite sa performance, il se fendra d'un remerciement envers le public. La fameuse humilité nippone.

          

                                     SPS après avoir terminé son run sur Ketsui

 

Ken Bogard a ensuite pris place sur l'estrade afin de commenter la finale de Super Street Fighter 2X opposant le français Balcork (Fei Long) au légendaire Justin Wong (Sagat). Bogard a beau avoir 'taunté' l'américain (qui ne pipe pas un mot de français) dans la langue de Molière, cela n'a eu aucun effet. Le match, ainsi que le tournoi, a été remporté par ce dernier, rendu célèbre par sa défaite face à Umehara Daigo sur 3.3 à l'EVO 2004.

Ecoeuré, Ken Bogard, non sans humour a évoqué un jeu de merde et tenté d'étouffer les applaudissements destinés à Wong. Mais Wong le téméraire a également brillé sur Ultimate versus Capcom 3. A un commentateur qui lui demandait, concernant son adversaire : « Can you beat him, but not too fast ? », l'americain répondit « Maybe. » avant de livrer un match serré contre le britannique 1upmiles. Wong a remporté le tournoi de ce jeu. Et là aussi, les applaudissements étaient de mise.

             

                                                    Justin Wong contre Momochi

 

Nous nous sommes éclipsés alors que le tournoi de Soulcalibur V faisait rage. Car il nous restait de la route à faire. Nous n'avons pas pu assister à la finale de Super Street Fighter IV AE et à la victoire de Luffy, qui fut vraisemblablement le point d'orgue venant conclure ce festival à merveille.

C'est probablement idiot, mais pendant quelques heures, je me suis presque senti moins seul. Cela est peut-être dû aussi au fait d'avoir aperçu un type ayant le même sac Atari que moi...

Toujours est-il qu'une fois arrivé à bon port, j'ai pu me reposer dans les bras de Morphée, espérant revenir dans cet antre du bonheur. Je me suis endormi avec, telle une promesse de gamin, le bracelet rose toujours attaché autour de mon poignet.

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« Merde... Pourquoi tout le monde veut être Paris Hilton

et personne Spider-Man »

 

Dave Lizewski est un adolescent pour le moins ordinaire. Il joue aux jeux vidéo et est amateurs de comics, hormis cela, c'est un lambda discret qui rêve secrètement de combattre le crime comme le font si bien les héros déguisés de ses lectures. Qu'à cela ne tienne, affublé d'une tenue de plongée et d'un masque qui ne laisse entrevoir que ses yeux, il décide de rôder en ville tel un héros de l'ombre afin de supprimer la vermine et de protéger les innocents. Cependant, sa première expérience en la matière ne sera pas une franche réussite. Après s'être fait sévèrement rossé, avoir reçu un coup de couteau et avoir été percuté par une voiture, il devient un miraculé au crâne d'acier. Sa volonté, elle aussi elle est de fer et sa première déconvenue de l'a guère échaudé. C'est écrit, Kick-Ass retournera dans la rue.

 

Mark Millar et John Romita Jr. réalisent, avec Kick-Ass, un comics très réussi. Celui-ci mêle le second degré aux gerbes d'hémoglobine massives. A la fois drôle et mature, il nous présente un protagoniste qui n'a rien du marginal habituellement plébiscité pour ce genre de récit. Dave se pose simplement en parfait individu anodin aux passions et aux traits de caractère tout ce qu'il y a de plus banal. Bref, c'est juste un mec incapable d'approcher la fille la plus canon de la classe sans se faire rabrouer. Ses pérégrinations en tant que super-héros sont enrichies de rencontres avec Big Daddy et Hit Girl, un père et une fille doués pour éliminer les malfrats à l'arme blanche. Il apprendra également à connaître Red Mist, adolescent fortuné et visiblement inspiré par les premiers faits d'armes de Kick-Ass, ceux-ci ayant été relayés par les médias. En somme, Millar propose une histoire originale servie par un dessin de grande qualité.

 

 

Devenue une bande-dessinée culte, Kick-Ass a fait l'objet d'une adaptation cinématographique en 2010. Assez peu convaincante, cette production versait probablement trop dans le premier degré et le conventionnel (écueils que la BD était toutefois parvenue à esquiver) pour se hisser à la hauteur du comics. Notons d'autre part que le phénomène concernant des amateurs de comics désirant devenir de réels super-héros est tout à factuel outre-atlantique.

 

 

Je ne résiste pas à ajouter à cela ce petit reportage d'une émission qui ne fait certes pas dans l'investigation, mais peu importe. Cela porte sur Citizen Prime, un super-héros qui, à la ville, porte tout de même le nom de Wayne. Ca ne s'invente pas.

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Délaissé dans le désert, du sable au bord des lèvres et sur les plaies, Sona traîne sa carcasse de gosse décharné. C'est à l'article de la mort qu'apparaît Garami, sublime marchande d'armes aux formes voluptueuses et au tempérament sans concession.

 

Sona se remémore alors les corps de sa famille massacrée, sa petite soeur empalée, sa mère violée, dont les yeux pleins de larmes sont restés ouverts jusqu'à son dernier soupir. Contre un peu d'eau et de mansuétude, Garami sauve Sona d'une mort certaine. Cependant, il serait naïf de considérer la marchande d'armes comme une âme charitable puisque ce geste coutera à Sona 100 pièces d'or. Le jeune garçon devra donc rester en compagnie de la jeune femme jusqu'à ce qu'il s'acquitte de sa dette. Qu'à cela ne tienne, de toute façon, il lui faudra apprendre les arcanes des armes à feu s'il veut venger la disparition de sa famille.
 

 

L'histoire de The Arms Peddler se passe dans un monde fantastique dans lequel les corbeaux spectraux se repaissent de cadavres afin de les faire passer dans l'autre monde et où les nécromanciens peuvent se jouer des morts afin de lever une armée de zombies. On trouve également dans ce manga des monstres, vampires, rituels et autres superstitions. Kyoichi Nanatsuki ne s'épargne aucune créature fantastique ce qui rend l'ensemble des aventures de Sona et Garami riches en rebondissements. L'aventure se découpe en plusieurs morceaux, ce qui permet tant au lecteur qu'au protagoniste principal d'aborder plus en profondeur le monde qui l'environne mais également d'apprendre les subtilités propres à la fonction de marchand d'armes. Au fil de l'histoire, on en apprend un peu plus sur l'énigmatique Garami qui, outre le fait d'être marchande d'armes, semble également être une puissante guerrière.

 

Histoire originale servie par un dessin très soigné, The Arms Peddler est une saga d'excellente facture destinée cependant à un public averti (nus, violence). Les mangas de cette qualité (surtout dans le domaine de la dark-fantasy) sont suffisamment rares pour que l'on s'abstienne de passer à côté. The Arms Peddler fait d'ores et déjà partie des mangas cultes.
 
 (série en cours qui compte déjà 3 volumes chez Ki-oon. 7, 65 euros le tome.)


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C'est dans un New York en ébullition que prend place l'action de Watchmen, alors que Nixon a été élu Président pour la cinquième fois consécutive et que la Guerre Froide est sur le point d'atteindre son apogée (à savoir le déclenchement d'un conflit nucléaire). C'est dans ce climat de tension que le corps du Comédien, ancien justicier oeuvrant jadis pour le salut de l'Oncle Sam, a été défenestré et retrouvé gisant sur le trottoir en contrebas de son appartement, dans une flaque de sang. Rorschach, ancien camarade de ce-dernier, enquête sur cette mort étrange qu'il assimile directement à un assassinat. Dès lors, il émettra rapidement l'hypothèse selon laquelle quelqu'un en aurait après les anciens justiciers. De ce fait, il reprendra contact avec ses acolytes d'un autre âge devenus des gens rangés ayant relégué leurs costume au statut de relique.
 

 

Watchmen, est un comics qui malmène ses super-héros (qui n'en sont d'ailleurs pas vraiment). Les prestations incroyables des justiciers ne sont évoquées qu'en guise de souvenir et il ne reste plus grand-chose de l'âge d'or des Minutemen ou des Vigilants. Les gardiens ne sont plus qu'une entité évasive, un souvenir que l'on évoque et une force désormais interdite par l'autorité, autrement dit, une puissance dissuasive devenue obsolète. A travers cette bande-dessinée, Moore et Gibbons ont pris le parti d'axer leur approche du justicier d'un point de vue psychologique afin d'en souligner toute la précarité voire la décadence.

 

Rorschach, à ce titre, apparaît comme quelqu'un de violent en conflit permanent avec le monde et son époque, un personnage sans états d'âme à l'égard des criminels et fondamentalement intransigeant face à la notion de justice.  Le docteur Manhattan, figure phare du super héro et personnage antinomique de Rorschach, combine toutes les formes de pouvoirs mais n'en demeure pas moins un être en proie à de sempiternels questionnements métaphysique. Paradoxalement, l'expérience dont il a été la victime, celle qui lui a conféré tous ses pouvoirs, l'a également privé d'un certain sens de l'empathie. Il ne constitue plus qu'un être insensible, curieux de ce que peuvent ressentir les être humains. Dans un cas comme dans l'autre, la figure de l'antihéros leur sied à merveille même s'ils échappent tous deux à toute forme d'étiquette durant tout le récit. Et que dire du Comédien dont l'identité, révélée au fil des récits et réminiscences, voit son image péricliter. Que cachait ce beau salopard ?

 

Watchmen creuse en profondeur les errements des protagonistes tout en effectuant de nombreux flashback et ce afin de mieux saisir l'histoire des justiciers, leur caractères, leurs différends, et leur destin pas toujours à la hauteur des lauriers qu'ils auraient mérité. Dans cette optique, le comics de Moore et Gibbons ne manque pas de surprendre en proposant de nombreuses audaces narratives notamment par le biais d'articles de journaux ou d'extraits d'ouvrages.
 

 

Désormais détenteurs de droits de DC Comics, Urban Comics profite de cette réédition pour remettre au goût du jour la traduction originelle de cette oeuvre lors de sa parution dans l'hexagone, à savoir celle de Jean-Patrick Manchette, auteur de polar particulièrement remis au goût du jour par les adaptations bédéiennes de Tardi. Nombreux seront les puristes ravis de ce choix tant la traduction des versions proposées par Panini semblaient horripiler ces-derniers. Cependant, à y regarder de plus près, et suite à une lecture comparée on aura du mal à affirmer formellement que celle de Manchette se révèle supérieure tant certaines tournures de phrases semblent étranges et, pour le dire simplement, pas toujours agréables à lire. Une question de goût, peut-être, car le choix de Manchette pour la traduction d'un auteur de polar sied quand même fort bien à cette bande-dessinée qui a toutefois autant à voir avec la BD de super-héros qu'à l'enquête policière.

 

On notera enfin que cette édition comporte une postface d'Alan Moore ainsi que des suppléments visant notamment à en savoir plus sur la création des divers personnages de cette bande-dessinée.

 

Quoiqu'il en soit, Urban Comics continue son bel ouvrage en proposant une édition de qualité de ce qui est souvent considéré comme étant le chef-d'oeuvre d'Alan Moore et, par-là même, un incontournable du 9e art.
 




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Batman Deathblow, Après l'incendie est, comme son titre l'indique, un cross-over entre Batman (création de Bob Kane que l'on ne présente plus) et Deathblow (personnage créé par Jim Lee et Brandon Choi, bien moins connu dans l'hexagone).

 

A travers cette bande-dessinée, on retrouve deux récits qui se situent à dix années d'intervalle. Il s'agit pourtant d'une seule et même enquête qui prend racine à Chinatown, Deathblow est sur la piste d'un pyrokinésiste qu'il n'attrapera jamais. Batman reprend le flambeau dix années plus tard, alors que Deathblow n'est plus. Si ces deux héros veulent mettre la main sur cet homme qui répond au surnom de Cherry Bomb, c'est afin de savoir quels sont les raisons de ses agissements et quels secrets cet énigmatique personnage renferme. L'histoire, pas toujours très simple à suivre au demeurant, met en cause différents organismes de services secrets (CIA, BAI) ainsi qu'un gouvernement gammorien sur lequel on n'apprend d'ailleurs pas grand chose.

 

Cette bande-dessinée mêlant mafia et services secrets est servi par un dessin agréable. Seule la fin déroutera éventuellement quelques lecteurs.

 
 
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Par balaziouf Blog créé le 03/12/10 Mis à jour le 20/09/18 à 18h28

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