Petits papiers épars de quelqu'un qui n'aura jamais le temps de rédiger tout ce qu'il aurait souhaité...
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A travers cette série en quatre volumes, Kei Sanbe propose un thriller dans lequel les enfants sont confrontés une fois de plus au monde des adultes. On connaît cette ritournelle maintes fois recyclée dans l’univers du manga ("On ne peut pas faire confiance aux adultes", etc.), cependant, le mangaka pousse cette logique plus loin, ce qui mènera les deux clans dans une escalade de violence. Certes, la fin peut paraître un peu tirée par les cheveux, comme c’est la coutume pour ce genre de production afin de faire valoir le fait que les choses, finalement, ne finissent pas si mal que ça ; cependant, Kei Sanbe parvient à accrocher le lecteur de façon très efficace en installant notamment des personnages intéressants dotés de caractères et d’histoires certes typés mais auxquels on s’attache sans sourciller.
Déjà auteur de Cinéphilo (qui a reçu un bon accueil de la critique et engendré une suite parue cette année), Ollivier Pourriol délaisse, avec Eloge du mauvais geste le domaine du septième art pour s’attaquer à celui du ballon rond. Une approche philosophique du football ? Pas seulement. Pourriol s’est intéressé plus particulièrement, comme l’indique le titre de son ouvrage au mauvais geste dans le football, ce qu’il peut signifier ou représenter. On verra d’ailleurs que la symbolique du mauvais geste est très importante pour cet auteur.
Interview d'Ollivier Pourriol sur son ouvrage
Les mauvais gestes sur lesquels Pourriol revient sont au nombre de six. Il s’agit du ‘coup de boule’ de Zidane, de la main de Dieu de Maradona, de la main de Thierry Henry face à l’Irlande, de l’agression d’Eric Cantona à l’égard d’un supporter, de celle de Schumacher face à Battiston et enfin de la joie de Platini lorsqu’il marque en finale de la Ligue des Champions et laisse éclater sa joie alors que des dizaines de supporters sont morts dans les tribunes quelques instants auparavant.
la main de Dieu de Maradona
Les mariages entre deux éléments antinomiques sont toujours des preuves d’audace, que ce soit en art culinaire, en littérature ou autres. Cependant, un mets comme le canard à l’orange fait partie intégrante des recettes traditionnelles de fin gourmet et un poème comme ‘Le sonnet du trou du cul’, même s’il amuse par sa thématique, laisse les littérateurs sur leur séant face à la maîtrise métrique et stylistique de Verlaine et de Rimbaud. Ainsi peut-on s’amuser de voir paraître l’Eloge du mauvais geste, et ce, pour plusieurs raisons. Car, et c’est un lieu commun – mais les clichés ont la vie dure – football et choses de l’esprit ne font pas forcément bon ménage (la confession de Loïc Rémy avouant – s’enorgueillissant ? – n’avoir jamais lu de livre de sa vie tend d’ailleurs à le confirmer). Est-ce à dire que tous les amateurs de football sont des décérébrés patentés ? Probablement pas, auquel cas je serait tenu de m’inclure dans le nombre. On compte d’ailleurs de nombreux amateurs de football tant chez les écrivains que chez les intellectuels en général. On peut citer notamment Albert Camus (qui, enfant, était gardien de but en Algérie) : « Ce que je sais de la morale, c’est au football que je le dois ». Ainsi si, comme le considérait Coluche, avec l’esprit d’équipe, il y a un esprit dans une équipe et que les joueurs sont forcés de partager, on peut se laisser aller à penser que si c’est avecl’esprit de Camus qu’il faut partager, il y en aurait assez pour onze.
remake de la main de Dieu par Messi
Selon Pourriol, le mauvais geste est inattendu, il n’est pas prémédité. Chacun des mauvais gestes en question a échappé à l’arbitre, mais ils ont également échappé à leur auteur qui, « dans un éclair de liberté sidérant, […] invente un geste inouï qui révèle le revers de son génie. […] Comme un chef-d’œuvre à l’envers. » A travers ce livre, Pourriol aborde entre autres, quels peuvent être les enjeux de ces mauvais gestes, ainsi note-t-il au sujet du coup de tête de Zidane: « La seule beauté qui reste dans la défaite, écrivait Michaux, jouer une défaite plus grande. Zidane, par son geste inouï en finale de la Coupe du monde 2006, ne joue même plus une défaite plus grande, mais se défait de la question de la défaite ou de la victoire. » Il n’est plus ici question de football. Face aux injures proférées par Materazzi, Zidane choisit de défendre son honneur et celui des siens en se faisant justice lui-même.
la main de Thierry Henry
La notion de justice revient d’ailleurs à plusieurs reprises dans le livre de Pourriol. Elle est bien évidemment une question centrale puisque l’arbitre, comme déjà évoqué, se voit dépassé lors de la création du mauvais geste. Mais le philosophe va plus loin. Pour Maradona, l’injustice est d’être si petit face à un gardien anglais d’une stature aussi imposante. Face à cette injustice, instinctivement, il corrige ce qui est inné et s’agrandit… par le bras. Il se fait ainsi justice lui-même et marque le premier but face à l’Angleterre… injustement. Ce droit à s’affranchir de la justice, il le fera valoir quelques minutes plus tard en effectuant cette chevauchée fantastique, légendaire, avant de marquer son second but du match et de propulser ainsi son équipe en demi-finale de la Coupe du monde 1986. Mais ce qui est intéressant c’est de considérer comment Maradona lui-même aborde ce mauvais geste. Car là où un Thierry Henry se montre penaud là où il faut confesser une faute, Maradonna assume. Pire, c’est lui qui invente l’idée de la main de Dieu. C’est lui qui en fait un culte. Messi imitera d’ailleurs le geste de son modèle et arborera fièrement l’inscription La mano de Dios sur ses Adidas lors de la Coupe du monde 2006.
le coup de boule de Zidane
Pourriol propose une approche très intéressante du mauvais geste, même si, en bon philosophe qu’il est, il tend parfois à un peu trop intellectualiser les choses. Ainsi lorsqu’il évoque le fait que Zidane a du mal à s’exprimer face à son geste et tente de s’expliquer en bafouillant, le philosophe considère que « les déchets [de langage] n’en sont pas, recèlent cette part de vérité que Freud assignait au lapsus. Ici on n’a pas affaire à un lapsus : Zidane affirme que son geste, loin de lui avoir échappé, l’exprime pleinement, et s’appuie sur une idée de la justicequ’il importe de défendre. » Ne pourrait-on pas quand même voir dans ces déchets des déchets?
explications de Zidane sur son geste
Adoubé tant par les aficionados du 9e art que par le grand public et définitivement mis au pinacle de la bande-dessinée française, Bastien Vivès a, avec son très remarqué Polina, suscité l’unanimité de la critique. Prolifique (Le goût du chlore, Les melons de la colère, Les autres gens…), ce jeune auteur n’en finit cependant pas de surprendre et d’aborder des registres pour le moins variés. Avec Le jeu vidéo, il décide ainsi de succomber à ses vils instincts de geek et s’adresse à l’univers fermé et élitiste des gamers.
Car là où un lecteur lambda ne saurait décoder la couverture de cet ouvrage, les joueurs s’étant échinés des heures durant à maîtriser le gameplay d’un Street Fighter IV y verront forcément un cap par lequel ils sont passés. Il faut d’ailleurs bien insister d’emblée sur le fait que cette bande-dessinée s’adresse presque exclusivement aux gamers, tant les strips proposés peuvent paraître pointus, dans certains cas. Vivès se charge également d’évoquer des tranches de vie que seuls les joueurs invétérés ont forcément connues : la mère qui appelle son enfant pour manger sans parvenir à le faire décoller de sa console ; mourir dans un jeu sans avoir fait de sauvegarde récente au préalable ; le désintérêt envers les filles au profit d’un jeu vidéo…
Il semblerait toutefois que le jeu de prédilection de Vivès soit Street Fighter IV au regard des nombreux strips qui lui sont consacrés : « Ecoute Michel, c’est pas parce que tu jouais Yun sur 3.3 qu’on va en faire un God Tier sur SSF4.». Sans compter l’emprunt évident de la typographie de Capcom utilisée pour le titre du livre. D’autre part, on sent bien que l’auteur a attentivement regardé les matchs commentés par Ken Bogard (les connaisseurs tilteront aux noms de ‘King Dévouze’ ou de ‘Gaïdo’, ainsi qu’aux expressions propres à ce jeu). Cependant, Vivès présente également des strips mettant en scènes des joueurs de MMORPG ou de FPS type Counter-Strike.

Nuit n'est probablement pas le livre le plus connu d'Edgar Hilsenrath, il n'en demeure pas moins son premier roman, écrit au sortir de la seconde Guerre Mondiale. Ce livre a connu une histoire assez atypique puisque paru en 1964 en Allemagne chez Kindler, il a très vite été autocensuré par l’éditeur et est ainsi passé inaperçu outre-Rhin. Nuit paraîtra ensuite aux Etats-Unis où il connaîtra un accueil favorable, même si c’est avec Le barbier et le nazi qu’Hilsenrath connaîtra une certaine notoriété. Quoiqu’il en soit, c’est en 2012 que Nuit paraît pour la première fois en France.
A travers ce roman, dont le début aurait été retravaillé vingt fois, Hilsenrath évoque son expérience de survie dans un ghetto de Roumanie, alors qu’il est avec sa mère, son frère et son oncle (son père, ayant rejoint la France). C’est en 1945 que germe en lui l’idée de retranscrire cet épisode de sa vie à travers un livre. Neuf années plus tard, la première version de Nuit ne compte pas moins de 1250 pages.
Ce roman retranscrit le quotidien des rebus qui sont parvenus à fuir assez loin les autorités allemandes pour ne pas être déportés dans les camps de la mort. Hilsenrath traite ici du quotidien de tous ces juifs tentant tant bien que mal de survivre dans un ghetto assez peu surveillé mais dans lequel il serait imprudent de relâcher son attention ou de sortir en pleine nuit, car les milices rôdent et nul n’est à l’abri d’une rafle. Dans un décor d’apocalypse d’un gris monochrome, ils tentent de résister au froid, à la faim ou au typhus. Ranek, le protagoniste de ce roman, évolue ainsi au milieu de figures plus anodines les unes que les autres. Certaines patibulaires, d’autres plus amènes, il ne fait toutefois pas bon être trop faible ou trop naïf dans cet univers ou nul n’est à l’abri de commettre quelques exaction ou autres truanderies à la petite semaine dans le seul but d’assurer sa survie. Ainsi les places dans les dortoirs sont rares, chères et tous les nouveaux venus en quête d’un petit espace pour pouvoir dormir, à l’abri du froid, en viennent à espérer qu’un autre succombe afin de libérer une place.

On retrouve dans Nuit, cet élan vital propre aux grands récits concentrationnaires dans lesquels tous les moyens sont bons pour ne pas trépasser. Dans ce roman, la mort de l’autre est une aubaine à ne pas négliger, car un mort libère souvent un endroit où dormir et offre des vêtements voire même pour certains des dents en or, ce qui représente dans le contexte une fortune toute relative. Cette dernière pourrait permettre de s’assurer un bol de soupe avec peut-être, qui sait, de vrais morceaux de viande dedans. Car il s’agit de pratiquer l’art du négoce ici, et on négocie sévèrement. On ne vend pas sa peau, on tente juste d’économiser assez pour qu’elle tienne un peu mieux sur les os. On ne vend pas sa peau ou presque… Certaines n’hésitent pas à louer leur vertu pour un quignon de pain ou un geste honorable, comme cette femme qui solde ses charmes afin d’offrir des funérailles à son fils. Les misères ont mille visages dans ces ruelles de la mort, et l’aménité ou l’empathie n’y ont plus leur place.
Après avoir réédité Le barbier et le nazi et Fuck America, les édition Attila poursuivent leur ouvrage et publient cet inédit de très bonne facture qui permettra au lecteur français de se plonger un peu plus dans l’œuvre d’un des plus grands écrivains de langue allemande du vingtième siècle. Nuit est à des milles de Fuck America. Plus sombre et terne, il n’en demeure pas moins burlesque et montre, comme l’on fait Semprun ou Primo Levi, quel peut être le visage des survivants.
Mise en place au Grand Palais, l’exposition Game Story (organisée sous l’égide de MO5) a été un franc succès. Celle-ci permettait au visiteur de jouer à plusieurs dizaines de bornes de jeu. De Pong à Crysis 2, nombreux étaient les jeux cultes dans lesquels les plus nostalgiques ou les simples néophytes pouvaient se plonger. Super Mario, Sonic, Space Invaders, Streets of rage, tous ces titres incontournables étaient ainsi à portées de doigts. Axée sur le registre de la pratique du jeu vidéo et n’omettant aucun des grands classiques de ce domaine, cette exposition n’en omettait pas pour autant d’exposer des consoles et des jeux ayant laissé leur empreinte de façon plus ou moins indélébile dans le domaine vidéoludique.

Avec Game Story, Une histoire du jeu vidéo, on est en présence du catalogue de l’exposition. Ce livre vise bien évidemment à retracer l’histoire du jeu vidéo et à en présenter les codes etles éléments fondamentaux qui, selon les auteurs, se décompose en trois parties majeures : 1)le gameplay, 2)l’univers proposé, 3)l’esthétiques choisie.
« La notion de culture est au cœur de cette exposition. » On ressent très rapidement cette volonté d’inscrire le jeu vidéo au panthéon culturel comme étant un de ses acteurs incontournables, sentiment partagé tant par l’ensemble de la communauté vidéoludique que par certaines autorités qui tendent à désamorcer la politique de diabolisation à laquelle l’univers du jeu vidéo a été assujettie ces vingt dernières années (on peut songer aux propos élogieux de Frédéric Mitterrand à l’égard du jeu vidéo, ou encore à l’ouverture du musée du jeu vidéo en 2010 à l’Arche de la Défense, même s'il a fermé depuis). Seulement, à la lecture du début de cet ouvrage on a parfois l’impression que les auteurs veulent à tout prix en faire un objet culturel, quitte à en travestir certains codes ou interprétations, notamment lorsque les auteurs traitent de la tangibilité du jeu vidéo (ce qui reste très discutable) ou encore, lorsqu’ils évoquent la mort dans le jeu vidéo et qu’ils considèrent que « contrairement à ce qui est souvent dit, le jeu vidéo a plutôt trait à la vie éternelle qu’à la mort », éludant de fait le véritable problème posé depuis toujours dans ce domaine et présent aujourd’hui plus que jamais, à savoir la violence.
Dans un premier temps, ce catalogue tisse donc une histoire du jeu vidéo qui est aussi accessible pour les profanes que pour les spécialistes en la matière. Game Story montre ensuite une de ses principales qualités lorsqu'il est fait référence au cinéma ou à la science fiction (space opéra, univers post-apocalyptique). Une mise en paralèlle est ainsi faite entre la science-fiction et le jeu vidéo, présentant, dans un spectre plus large les éléments de fantastique ou de fantasy que l'on peut retrouver dans le domaine vidéoludique. Le choix des auteurs est de clairement mettre en lumière les relations qu'entretien le jeu vidéo avec la pop-culture.
Ce rapprochement effectué entre culture et jeu vidéo est maintenu lorsqu'il est question de présenter les consoles. Car lorsqu'il s'agit de traiter l'"objet" jeu vidéo, les auteurs ont pris le parti de découper ses plus illustres représentants en fonction des différentes génération de console, ce qui, dans un soucis de lisibilité, semble logique. Ainsi, lorsqu'il est question de la parution de la Playstation, et de la seconde moitié des années 90, les auteurs ne manquent pas de faire références à la sortie de Princesse Mononoke de Miyazaki (sorti en 1997), à celle de Matrix, ou encore à l'apparition de Naruto au pays du soleil levant. De la sorte, l'ouvrage déborde sur le domaine de l'art ludique (cf. l'ouvrage de J-S Kriegk et J-J Launier) tant dans un soucis d'élargissement cuturel que de contextualisation des évolutions menées par le jeu vidéo. Pour chacune des périodes abordées, une courte sélection de jeux vient appuyer l'historique. Si les jeux présentés sont dans leur ensemble assez fidèles à ce qui se fait de plus culte en la matière et que les screenshots sont de bonne qualité, on peut déplorer le fait que ces derniers ne soient pas plus imposants ou nombreux afin de pallier les textes trop laconiques.
Dans l'ensemble, Game Story reste un catalogue de qualité et un livre intéressant pour quiconque s'intéresse à l'histoire des jeux vidéos. Cependant, il réussit aussi à dépasser le simple carcan vidéoludique et permet une transposition de ce domaine à l'ensemble de la culture contemporaine.
.Ben Ross, professeur d’histoire (qui ne maîtrise vraisemblablement pas son sujet), tente une expérience avec ses élèves. Alors qu’il aborde la question du nazisme et que ses élèves se demandent comment le drame de la Shoah a pu se produire, il leur propose de se livrer au petit jeu du totalitarisme. Il commence donc par leur imposer une discipline de fer. « La force par la discipline » est le premier slogan que récite la classe à l’unisson. Le tout se fait dans la bonne humeur, bien évidemment. Se pliant au jeu, le petit groupe décide de nommer ce simulacre de mouvement ‘La vague’. Son second mot d’ordre est « La force par la communauté », et avec cette idée, les barrières entre les élèves vont disparaître, ce qui, en soi, n’est pas mal puisque même Robert, le souffre douleur de la classe, parvient à se faire respecter et à trouver une véritable raison d’être à travers le mouvement. C’est avec le troisième volet de La vague, « La force par l’action », que la simulation n’a plus rien de ludique. Dès lors, les lycéens virent dans le plus pur stéréotype de fascisme.
Les lycéens, parlons-en un peu. Ces derniers sont creux, Strasser ne leur donne aucun relief et on ne sait rien sur eux si ce n’est leurs noms insipides comme Brad ou Brian. Ces adolescents là ne sont bons qu’à glousser bêtement pour quelques plaisanteries frivoles. Ainsi, lorsque leur inanité se confronte à l’horreur des camps, on a un peu l’impression de se trouver face à un épisode de Beverly Hills qu’on aurait pu intituler ‘Brandon et ses amis découvrent la Shoah’. Face à la découverte du gazage des juifs par paquet, ces jeunes s’offusquent naïvement en affirmant que jamais au grand jamais ils ne se seraient laissé prendre, eux, dans le piège du totalitarisme. Face à cette réaction simpliste et toujours très facile à adopter en temps de paix, leur professeur tente de leur décrire le contexte de l’époque. Seulement, ce-dernier, décidément très fébrile, est vite dépassé par les questions que lui posent ses élèves sur cette période noire de l’histoire. Si bien qu’il en vient à potasser des livres sur le sujet, en mode ‘Auschwitz pour les nuls’, à croire qu’il a oublié ses fondamentaux sur la seconde Guerre Mondiale.
On peine à être convaincu par cette histoire qui est cependant ‘tirée de fait réel’ (argument toujours très racoleur et sujet à caution), tant les adolescents sont transparents, d’autant plus étonnant au regard de ce qu’est l’adolescence : une période de formation de soi, de rébellion… Mais non, chez Strasser les adolescents ne ressemblent à rien et on ne s’étonne ainsi guère du fait qu’ils soient malléables, influençables et dépourvus d’identité.
La vague possède toutefois la qualité d’être un récit laconique et très aisé à lire. Et pour cause, c’est écrit avec les pieds et sous couvert de proposer un roman de 200 pages, ce dernier est rédigé dans une police de taille avec un interligne conséquent. Il est question ici d’un roman partial, binaire et d’une effroyable naïveté. Un récit qui se veut moralisateur afin de faire valoir le fait qu’il ne faut pas oublier. Mais si l’on ne veut pas oublier il y a les livres d’histoires pour nous aider, ou encore les témoignages de certains survivants. Primo Levi, Eli Wiesel ou encore Jorge Semprun ne sont que quelques uns des plus illustres représentant de ce qui se fait en la matière. Et quand bien même, La vague est un mauvais roman qu’on aura vite fait d’oublier.
Ah, la masturbation, sujet tabou, et pourtant pratique au combien répandue... Paru il y a maintenant une dizaine d'années, cet Eloge de la masturbation tend à réhabiliter voire même vanter cet acte devenu somme toute assez commun en ce début de XXIe siècle mais dont l'approche a considérablement évolué au fil du temps.
La sexualité ayant été tabou des siècles durant, on ne s'étonnera pas du fait que l'autoérotisme et sa manipulation la plus fétiche eurent droit à des réprimandes bien corsées. Terme vraisemblablement apparu pour la première fois sous la plume de Montaigne, la masturbation va devoir son caractère impie à la découverte par Leeuwenhoek en 1677 de spermatozoïde dans le liquide seminal masculin. De fait, l'intégralité des médecins du XVIIIe siècle visera à condamner cette pratique, Brenot évoque ainsi une croisade "légitimée par une très grande peur, celle de la fin du monde, et le fantasme de la destruction de l'humanité, lorsque l'on prit conscience que le sperme était vivant, qu'il contenait des êtres humains, et que sa perte pouvait confiner au génocide".
Cela commence principalement en 1758, lorsque Tissot, illustre médecin de Lausanne, fait paraître un ouvrage intitulé Essai sur les maladies produites par la masturbation dans lequel l'auteur vilipende fermement un procédé qui se présente sous deux termes: "manustupration (de manus, la main, et stupratio, action de souiller) et masturbation (du latin masturbatio, mais peut-être grec mastropeuein, prostituer)". Pour Tissot, la masturbation est une maladie qui attaque les jeunes et les libidineux, un mal qui "épuise les forces et tarit les humeurs, qui assèche le corps et l'âme". Afin d'illustrer son propos, Tissot ne manque d'ailleurs pas de conter l'histoire tragique d'un de ses patients s'adonnant à ce péché. Dès lors, le médecin suisse tend vers l'affabulation, dressant un portrait apoplectique et mourrant de son patient qui finira par succomber. Mauvais diagnostique ou pure invention? Il n'en reste pas moins que le trépas du bonhomme en question a logiquement peu à voir avec la masturbation.

Le texte de Tissot fera non seulement des émules, mais suscitera le respect de nombreuses élites à commencer par Voltaire et Rousseau, mais son influence sur les Lumières ne s'arrête pas à ces seuls auteurs puisqu'en 1765, l'Encyclopédie consacre un article de six colonnes à cette pratique honnie.
Philippe Brenot note d'autre part une différence entre la masturbation et l'onanisme. Si l'on a une idée assez précise du premier terme compte tenu de son étymologie, il en va autrement du second. L'onanisme renvoie à un épisode biblique concernant Onan, un homme qui, refusant de faire un enfant à sa belle-soeur, libère sa semence à même le sol, une première version du coït interrompu en quelques sortes. Onan commet ainsi un sacrilège puisqu'il tue sa progéniture dans l'oeuf.
En 1838, le docteur Lallemand dans la plus pure veine de Tissot, condamne également la masturbation, mais là où le médecin lausannois y voit une perversion du corps et de l'âme, Lallemand y voit un mal politique capable de ronger la cohésion familiale et sociale: "La masturbation mine le corps social, elle relâche ou détruit le lien conjugal, elle attaque par conséquent la famille, base essentielle de toute société." Quelques années plus tard, le docteur Debourge, lui, considère que "cette pratique abominable a mis à mort plus d'individus que ne l'ont fait lesplus grandes guerres, jointes aux épidémies dépopulatrices."

Ce ne sont là que quelques un des exemples les plus frappant de la diabolisation à laquelle a été sujette la masturbation. La déculpabilisation de cette pratique passera principalement par Freud et les psychanalystes du début du XXe siècle, comme la sexualité dans son ensemble.
D'un autre côté, Philippe Brenot, qui ne manque pas de signaler au tout début de l'ouvrage qu'il s'est adonné sans retenu au sujet en question, ne manque pas de faire référence, dans le dernier tiers de son ouvrage, aux écrivains qui se sont laissé aller à cette pratique, que ce soit pudiquement ou compulsivement. Ainsi y apprend-on que Diderot vante l'onanisme là où le marquis de Sade, durant ses trois décennies d'incarcération en fera un art de vivre, inventant par là même les termes 'masturbateur' et 'masturbatrice'.
Eloge de la masturbation est donc une lecture riche, presque salvatrice, permettant de mieux comprendre comment la masturbation était perçue dans les temps reculés. Il n'en reste pas moins l'éloge d'une pratique dont l'auteur ne manquera finalement pas d'énumérer, selon lui, tous les bienfaits.
Seiichi Kirishima a décidé d'emmener sa femme en virée, histoire de retrouver ce qui a été perdu dans leur couple, de repartir de zéro. Du moins c'est ce qu'il tente de lui faire croire car en réalité, ses motivations sont moins nobles. Repartir de zéro, certes, mais en solo. Pour ce faire, il doit se débarrasser de sa femme, et nul lieu n'est mieux choisi qu'une forêt lugubre et peu fréquentée. Seulement sa tentative va être enrayée par la rencontre avec d'étranges personnages rencontrés dans un grotte.
L'un des points forts d'Hideout est de nous présenter le narrateur comme un homme plein de bonne volonté avant d'en dévoiler les véritables desseins et sa part d'ombre grandissante. Ainsi, sombre-t-il lentement mais sûrement dans les abîmes de la démence et monte crescendo dans un état de violence et de perdition. Sa rencontre avec les étranges énergumènes peuplant la grotte dans laquelle il pénètre de manière fortuite va accentuer une bestialité someillant dans ses tréfonds. Nombre de flashback permettent de cibler les failles de cet homme : le traumatisme dû à la disparition de son fils ainsi qu'à son échec en tant qu'homme, auteur et père de famille. D'autre part, ce manga se révèle assez séduisant par la qualité de ces dessins, une efficacité qui ressort d'autant plus dans les scènes d'épouvante ou d'horreur.
Là où cette bande-dessinée pêche c'est dans la profondeur psychologique qui est tant bien que mal retranscrite. Le personnage de Seiichi n'est certes pas dénué d'intérêt, mais sa descente aux enfers et le délire dans lequel il sombre laissent quelque peu sur la faim. Est-ce dû au format one shot qui révèle une expérience trop courte? Ou au sort de ce personnage principal que l'on devine au fur et à mesure? Ce qui rend la fin presque convenue. A noter que l'absence de profondeur des autres personnages - dont on ne sait finalement rien - freine considérablement l'ampleur à laquelle aurait pu prétendre ce manga.
Il serait injuste de considérer Hideout comme étant un mauvais manga, notamment au regard de sa qualité graphique indéniable et de son histoire audacieuse (qui n'est pas sans rappeler The descent). Cependant, il n'en reste pas moins qu'on aurait pu en attendre davantage de cette production. Peut-être si elle avait été déclinée sur deux ou trois tomes.

Trelkovsky cherche un appartement. Il le trouve dans un petit immeuble. Ce deux pièces est une véritable aubaine, surtout au regard des réticences émises par le propriétaire lorsqu'il discute le bail. Mais à base de négociation et de chance (même s'il découvrira bien assez tôt que celle-ci est vouée à tourner), il parvient à y emménager. Seulement, ce nouveau locataire ne peut s'empêcher d'être intrigué par Simone Choule, la locataire précédente qui s'est défenestrée et est allée s'écraser quelques mètres plus bas en éclatant sans égard la verrière à travers laquelle elle est passée. Hospitalisée et pour le moins moribonde, cette femme ne semble pas susciter l'empathie du voisinage qui ne s'interroge guère sur les raisons de cette tentative de suicide et élude toute forme d'interrogation ayant trait à l'incident.
C'est ce même voisinage qui s'insinue peu à peu dans l'existence de Trelkovsky, le réprimande au moindre bruit émis, tente de l'intimider d'une façon où d'une autre. Et si Simone Choule avait elle aussi fait les frais de l'antipathie de cette petite communauté?
Avec ce roman Kafkaïen à bien des égards, Roland Topor livre un récit très sensible oscillant entre paranoïa et persécution, tanguant sur le fil de la santé mentale dont l'équilibre est constamment mis à l'épreuve.
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