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Par Tyler Cross Blog créé le 19/06/17 Mis à jour le 15/03/19 à 09h31

Diverses histoires et autres réflexions sur le JV

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Ce texte est un assemblage de plusieurs réflexions et/ou réponses écrites ici et là sur les forums et statuts que j'ai enfin pris le temps de rassembler en un billet.

Ce n'est pas réellement une critique du jeu.

J’ai entendu beaucoup de gens se plaindre du manque de fun dans RDR2. Qu’il ne méritait tout simplement pas sa place de GOTY, car il n’était pas fun. Et comme dans jeu vidéo, il y a jeu… CQFD. Argumentaire imparable. Il serait peut-être temps dès lors de redéfinir le jeu-vidéo. En effet, cela fait plusieurs années que le « jeu-vidéo » s’est petit à petit éloigné du simple jeu pour lorgner, parfois, vers une œuvre artistique en bonne et due forme. Cherchant à trouver sa place auprès de la littérature, du cinéma ou de l’art visuel. Est-ce que la littérature est-elle toujours fun ? Est-ce que le cinéma est-il toujours fun ? Est-ce que l’art visuel est-il toujours fun ? Non. Le jeu-vidéo-fun n’est qu’une branche, un cas particulier de ce qu’on pourrait appeler un « environnement virtuel interactif », lui-même faisant partie d’une branche plus large encore : les médias interactifs. Ce dernier englobant tous médias sur lequel le spectateur aurait un certain contrôle. RDR2 est donc un ENvironnement Virtuel Interactif (ENVI). Ainsi, la dernière production de Rockstar à toute sa place à côté d’autres ENVI plus fun. Et, d’une pierre deux coups, cette redéfinition permet à cette industrie d’embrasser enfin sa maturité qui lui fait tant défaut. Mais soit... car là, en effet, je fantasme tout seul dans mon coin...

Red Dead Redemption II n’est pas une œuvre à commencer par dessous la jambe. Beaucoup de joueurs ont attaqué le titre comme s'ils allaient voir Blade Runner 2049 avec le même état d'esprit que quand ils vont voir un Marvel. Parce que oui, il a tous les codes du blockbuster. Ou du moins, le service marketing a utilisé les mêmes codes. Parce qu'il a le même budget. Raccourcis facile mais complètement foireux. Il ne faut pas s’étonner alors que les spectateurs en ressortent déçus et frustrés… L’habit ne fait pas le moins. Pire que ça, le budget n’est pas un genre. RDR2 est un de ces titres au budget pharaonique, mais avec un réalisateur. Soit un auteur qui a une vision claire de ce qu’il veut proposer. C’est une oeuvre d’un studio indépendant. Un ENVI d’auteur (ouais, je sais...). Dans le sens noble du terme. Une œuvre avec une proposition singulière forte. Je dirais alors plutôt : RDR2 est un de ces titres au budget pharaonique, mais avec un réalisateur qui a une vision claire de ce qu’il veut imposer. Et ça, le joueur va le recevoir en pleine gueule. Et d’autant plus parce que l'assistanat des jeux à gros budget est, aujourd’hui, une directive de gameplay presque universelle. Ne surtout pas frustrer le joueur. Ne surtout pas le contraindre. Ne surtout pas lui imposer quelque chose. Pourquoi ? Parce qu’il ne faudrait surtout pas qu’il délaisse le titre pour un autre. Il faut dès lors que la carte soit remplie de marqueurs qui popent dans tous les sens, sans cesse. Les développeurs se mettent la pression pour constamment solliciter le joueur, éviter à tout prix qu’il s’ennuie. RDR2, c’est tout le contraire. Pas parce qu’il fait confiance au joueur – comme l’avait très bien fait Zelda: breath of the wild – non, simplement parce que RDR2 s’en fout du joueur. Et ça, l'air de rien, bordel, ça fait du bien. Ne plus être tenu par la main. Le titre va où il a décidé d’aller, avec ou sans le joueur. L’auteur a un parti-pris et il a une histoire à raconter. Ce parti-pris ira jusqu’à mettre des bâtons dans les roues du joueur avec une maniabilité qui n'est pas des plus intuitives, ok, mais cohérente. Pas cohérente avec elle-même, mais avec le majeur tendu qu'il fait au joueur. Mais, chose folle, après une bonne dizaine d’heures, le joueur s’y est fait. Si par contre, il a toujours du mal malgré tout ce temps, alors c’est que le joueur doit faire le triste constat qu'il rejette cette proposition. Il passera à côté du titre qui continuera sans lui. Tant pis pour lui. Il ne le mérite pas. Accepter les contraintes du titre rendra l’expérience incroyable. C’est au joueur de se plier au titre et pas l’inverse (comme le fait la majorité des autres AAA de plus en plus impersonnels). Il faut obligatoirement passer par ce lâcher-prise pour profiter pleinement de la proposition. Cette longue phase d’adaptation est un apprentissage humble qui ira jusqu’à déconstruire les vieux réflexes de joueurs. Le titre s'impose au joueur par une multitude de mécaniques et, surtout, par son rythme. 

La vraie question à se poser, c’est qu’est-ce qui restera de ce jeu après l’avoir terminé ? La maniabilité compliquée ? La lourdeur du personnage ? Ou la force narrative et contemplative du titre qui aura été, en fin de compte, sublimé par cette maniabilité et cette lourdeur ?

Voir aussi

Jeux : 
Red Dead Redemption II
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Commentaires

Bulos
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Bulos
Fachewachewa a tout dit ! je te rejoins.

après ouais, certains ont peut-être joué à red dead 2 dans l'état d'esprit de gta 5.

c'est censé être une simulation, lente, moue, et ennuyante par moment. alors vous me diriez "faut pas oublier qu'un jeu ça doit être fun avant tout" yes yes, mais si vous voulez de l'action permanente, allez plutôt jouer à gta, just cause, mercenaries ou à dying light! je trouve ça cool que rockstar se doit donné la peine de nous sortir un jeu qui ne se joue pas de la même façon que 90% des open worlds du marché. ici il faut prendre son temps, savoir explorer, tout prévoir à l'avance quand on part chasser, s'équiper convenablement avant d'aller dans les chaines montagneuses enneigées du jeu, faute de quoi on y passe!

pour finir je ne dis pas que ce jeu est parfait; j'aurais par exemple voulu qu'on puisse cambrioler presque toutes les baraques (ok ça c'est chaud :)), qu'on puisse aller miner, qu'on puisse castagner des mecs pour de l'argent comme dans the witcher 3, se faire des p*tes humm... :)

enfin bref, on aura t'être tout ça dans le 3 qui sait.

j'espère qu'ils sortiront un dlc solo !
Tyler Cross
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Tyler Cross

Je trouve qu'on a tendance à pardonner un peu trop à Red Dead Redemption II sa maniabilité parfois lourdingue ^-^
Alors oui, la carrure du bonhomme, "dans la vraie vie ce serait compliqué aussi", bla bla bla... pour moi ça reste un défaut.
Minime, parce qu'à côté de tout ce qu'on peut faire et voir, on s’accommode pour peu qu'on soit pris dans le jeu, mais un défaut quand même. Et je dirais même que c'est assez redondant chez Rockstar.
Depuis GTA IV en passant par GTA V et Red Dead Redemption premier du nom, tous ont des soucis de contrôle, de couverture, de physique, parfois de visée...
Dire que Rockstar l'a fait exprès rien que pour nous embêter, que c'est intentionnel pour voir qui sera assez valeureux pour passer outre, alors que ça fait un moment que ça dur... mouais, pas sûr =S
Je pense plus qu'ils se sont dit que les petits défauts de maniabilité (et ils SONT petits) allaient être largement compensés par l'univers, le sentiment de liberté, les personnages, l'exploration...

Après que la maniabilité imparfaite participe malgré tout à l'ambiance du titre... Ah pourquoi pas, oui =)

 

Je crois qu'il faut différencier cette maniabilité qui fait parfois défaut dans les jeux Rockstar et la volonté de proposer le gameplay de RDR2. Comme tu dis, les GTA ont toujours eu des soucis de maniabilité (et elle se retrouve dans RDR2) sans pour autant que ce soit volontaire ou faisant parti d'une expérience de jeu à la RDR2. Ne pas confondre les deux, défaut/intention, est primordial pour comprendre la portée de gamedesign de RDR2.

Yaeck
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Yaeck
Très bon jeu même si il ne m'a personellement pas autant marqué que la plupart. Cependant je sais que j'y retournerai avec plaisir quand je me déciderai à me refaire la trilogie...je pense même que j'apprécierai plus cette seconde partie que ma première (mais c'est souvent le cas avec moi).
Pour la lourdeur d'Arthur, évidemment que c'est voulu, cela reste pour moi le plus gros défaut du titre (et c'est minime par rapport à la proposition de l'ensemble)
Et comme très bien dit en conclusion, ce qu'il restera de ce RDR2 c'est un puissant sentiment d'avoir été témoin - et acteur - d'un très grand Jeu Vidéo!
Fachewachewa
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Fachewachewa
le TL;DR c'est qu'on pardonne pas la maniabilité de RDR2, on la comprend et on l'accepte. Parce qu'elle joue complètement sur l'ambiance etc, oui. Un gameplay assassin's creed là dedans aurait fait un jeu complètement différent (et tout aussi incohérent que ceux d'ubisoft)
Fachewachewa
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Fachewachewa
Des soucis de physique non mais sérieusement ?

Et il dit pas que rockstar a fait un jeu volontairement chiant pour faire chier et faire de la sélection, mais que rockstar a fait le jeu qu'ils voulaient faire sans chercher à savoir ce que les joueurs voulaient. C'est forcément voué à diviser, mais c'est pas un défaut pour autant, parce que derrière ces choix il y a une volonté et une réflexion (c'est pas du game design décidé par des statistiques de données de joueurs comme chez ubisoft quoi).
Parce que crois moi que c'est pas des "petits défauts qu'ils ont oublié / eu la flemme de corriger", tu fais pas ce genre d'animations par accident, et il y a des moments ou RDR2 est un jeu classique ce qui prouve quand même qu'ils sont pas complètement dans le "réalisme" à tout prix.
Obi-Doo
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Obi-Doo
Je trouve qu'on a tendance à pardonner un peu trop à Red Dead Redemption II sa maniabilité parfois lourdingue ^-^
Alors oui, la carrure du bonhomme, "dans la vraie vie ce serait compliqué aussi", bla bla bla... pour moi ça reste un défaut.
Minime, parce qu'à côté de tout ce qu'on peut faire et voir, on s’accommode pour peu qu'on soit pris dans le jeu, mais un défaut quand même. Et je dirais même que c'est assez redondant chez Rockstar.
Depuis GTA IV en passant par GTA V et Red Dead Redemption premier du nom, tous ont des soucis de contrôle, de couverture, de physique, parfois de visée...
Dire que Rockstar l'a fait exprès rien que pour nous embêter, que c'est intentionnel pour voir qui sera assez valeureux pour passer outre, alors que ça fait un moment que ça dur... mouais, pas sûr =S
Je pense plus qu'ils se sont dit que les petits défauts de maniabilité (et ils SONT petits) allaient être largement compensés par l'univers, le sentiment de liberté, les personnages, l'exploration...

Après que la maniabilité imparfaite participe malgré tout à l'ambiance du titre... Ah pourquoi pas, oui =)

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