est à vous

ALT+TAB #11 : Pluie

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Par Pyram - publié le
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Je m'enfonce confortablement dans mon fauteuil alors que se lance le jeu. La page d'installation s'affiche. Des instructions assorties de schémas.

Oh, apparemment c'est le moment de plier la petite cocotte en papier fournie avec le jeu. Les explications à l'écran sont longues mais je m'en passe aisément : j'ai l'habitude des origamis et mon pliage est rapidement terminé, bien que les plis ne soient pas parfaits à cause de la qualité du papier, glacé et un peu trop épais. C'est marrant, la cocotte révèle un code à quatre chiffres sur le côté : je suppose que cela sera utile pendant le jeu ?
Je reprends la manette et lance enfin.



La lumière du matin brille avec éclat à travers la grande baie vitrée, alors que j'aperçois un homme couché sur un lit, endormi. Il ouvre les yeux, s'étire, se lève tranquillement. Quasi-nu si ce n'est une paire de boxers, je le promène nonchalamment dans sa chambre. J'écoute ses pensées : il a apparemment envie d'une douche.
Entendu, trouvons la douche.
Tiens, une note par terre.
C'est sa femme, elle a emmené les enfants faire les courses.
Je sors de la chambre, regarde un joli petit oiseau bleu dans sa cage. Mais où est la salle de bain ?
A la place je trouve les toilettes. Je permets à l'homme de se soulager la vessie.
C'est bien la première fois que je fais pisser mon personnage dans un jeu vidéo. Je sens que je ne suis pas encore au bout de mes surprises...
Oh, voilà enfin la salle de bain. Je l'amène devant le lavabo.
Ah, on voit bien que c'est un homme, il passe un moment à s'admirer dans la vitre. Je me demande pourquoi il ne fait pas jouer ses muscles aussi, ç'aurait été tellement typique...
Je lui brosse ses dents, je le rase. C'est marrant.
Tiens, on peut aller sous la douche ?
Oh, voilà qu'il se déshabille ! Complètement ! Ohlala, du nu masculin intégral !



Hum, jolies fesses, un petit peu trop polygonales quand même. On s'essuie rapidement et on retourne dans la chambre à coucher s'habiller. Je passe dans une autre chambre : cela doit être celle des enfants. Oh, il y a un jeu de balles sur une étagère avec lequel on peut jongler. J'essaie.
Zut, je me rate.
Je réessaie.
Cool, j'y arrive !
L'homme repose les balles.
Je l'emmène au rez de chaussée.
Il se dit qu'il pourrait travailler avant que sa famille ne rentre. Ca ou écouter de la musique ou regarder la télé, voire aller dans le jardin. Je me demande quel métier il fait pour pouvoir travailler chez lui ?
Ah, j'ai trouvé la chaine stéréo. Hum, pas mal la musique à la guitare.
Oh, mais c'est quoi cet endroit ?



Ah ok, c'est donc le bureau.
On me propose de m'asseoir et de dessiner. C'est ce que je fais.
La musique change soudain. La guitare cède la place au piano.
L'homme est concentré. J'enchaîne les coups de crayons, stylos, feutres. Je fais des lignes, gomme un peu, colore le tout en noir et blanc. Le dessin est terminé, enfin : quelle jolie maison ! Je suis très fier de moi !




Ainsi donc, le héros est architecte...
Du coup, je comprends mieux l'ambiance catalogue Ikea qui règne chez lui.
Tout fier de moi, je le sors de son bureau et l'emmène au dehors.



L'atmosphère y est pleine de lumière, je sentirais presque la chaleur du soleil sur mon visage.
C'est beau.
Je ramasse une épée en plastique, joue un peu avec.
Oh, un bruit de voiture : je crois que la famille est rentrée.
L'homme retourne dans la maison.
Deux gamins lui sautent dans les bras. Ah, il y en a un dont c'est l'anniversaire, le plus grand apparemment.



Ma femme arrive aussitôt, je lui prends les courses des bras sans flancher et l'accompagne dans la cuisine.
Hum, je m'ennuie un peu à l'écouter piailler et à mettre la table donc je sors soulagé rejoindre les gosses. Je fais l'homme fort en les soulevant à la force de mes (petits) bras. C'est mignon.
Ils me demandent ensuite de jouer avec eux.
J'accepte et commence par le plus grand : après tout, c'est son anniversaire, il aura donc droit à un petit bonus d'affection. Je lui prends les mains et je le fais tournoyer autour de moi. Oh, ça tourne, ça tourne, ça tourne...
Nous avons le tournis quand c'est terminé. Il rit, son père aussi.
Allez, au tour du plus petit maintenant.
Je le prends sur mes épaules et je me mets à courir dans le jardin, le petit mimant un avion. Je souris. Je faisais ça avec mon Papa moi aussi, quand j'étais petit. Le jeu me renvoie soudain à mes propres souvenirs d'enfance - une époque où tout était plus simple, plus innocent, comme ce qui est montré à l'écran. Nous continuons à jouer, cette fois c'est un duel aux épées en plastique avec l'aîné. Je touche aisément au cours des trois premières passes mais pour les suivantes, je fais exprès de perdre : c'est son anniversaire après tout, je lui offre donc sa victoire. C'est aussi ça être père.
Je souris franchement alors que nous rentrons déjeuner.



C'est à ce moment précis que je comprends où le jeu veut en venir.
Tout ceci n'était pas qu'un simple didacticiel.
En m'associant à la vie quotidienne du héros, le jeu souhaite que je m'identifie au personnage, que je m'intéresse vraiment à lui et aux dilemmes futurs qui ne manqueront pas de lui tomber dessus (et à ce que j'ai compris, cela s'annonce horrible).
Dessiner dans le bureau, flâner dans le jardin, jouer avec les enfants : le jeu a gagné son pari, je me sens lié au personnage à présent. Sincèrement.

Je continue. Je sais que les choses finiront par mal tourner à un moment ou un autre mais j'avoue, je ne m'attendais pas du tout au contenu de la scène suivante.

Nous voilà au centre commercial, tableau vivant de la famille heureuse. On doit être samedi, il y a foule, par ici.
Ma femme emmène le benjamin essayer des chaussures dans une boutique tandis que je reste dehors avec l'aîné.
Je suis censé le surveiller, a priori.
C'est alors que je vois le gamin s'éloigner. Je voudrais l'arrêter mais le jeu m'en empêche.
Ah, enfin, le héros s'aperçoit que son fils a filé !
Je le poursuis donc jusqu'au stand de ballons tenu par un clown.



Je l'y retrouve : le gosse me dit vouloir un ballon. Rouge. J'acquièsce. Décidément, je suis trop gentil comme père.
Et là, alors que je cherche désespérément dans mes poches de quoi payer le clown, voilà que mon fils disparaît à nouveau ! Décidément ! Je retrouve soudain ma femme, et alors c'est la panique : où est-il ? Où est mon fils ?
Je parcours le centre commercial, en proie à une inquiétude montante. Ma nuque est glacée alors que la sensation de panique cherche à s'insinuer.
La foule des corps me submerge alors que j'essaie de garder le petit ballon rouge de mon fils dans mon champ de vision. Après une méprise, je le vois finalement sortir du hall. Une fois dehors, je le vois de l'autre côté de la rue du centre commercial : décidément ce petit n'est qu'un inconscient !
Je l'appelle (encore, le gars doit avoir la voix bien enrouée à force de crier "Jasoooooonn !") et m'avance pour aller le chercher.



Trop tard. Une voiture arrive, menace d'écraser mon fils. Je plonge.
Non ! Nooooonnn !
Je me jette en travers de la route mais...
Des cris, ceux de ma femme. Elle appelle notre fils. J'ai du arriver trop tard.
Le ballon rouge s'envole dans le ciel.

[...]

Je vous l'avoue, cette scène m'a sincèrement ému.
Assister au spectacle de cette homme avoir peur pour son enfant puis souffrir mille remords après l'avoir perdu, courir frénétiquement à sa recherche - pour finalement le voir mourir, cela m'a un peu secoué.

Parce que si j'avais eu un enfant, j'aurais sans doute réagi de la même façon.

J'ai lu beaucoup d'avis divers et variés sur ce jeu qu'est Heavy Rain (du studio français Quantic Dream) et je pense que ceux qui ont aimé sont ceux qui, comme moi, ont pu tisser un lien psychologique avec le héros, se sont reconnus dans sa table à dessin, dans ses flâneries dans le jardin, dans les jeux avec ses enfants : ils ont vraiment partagé un instant l'intimité de sa vie. A ce titre, le jeu adopte un pari risqué parce que ce genre de sentiment d'attachement dépend énormément du vécu du joueur/acteur.



A cet égard, je comprends tout à fait qu'un ado mettant les mains sur ce titre le trouve ennuyeux du fait d'un gameplay relativement fade et manquant d'enjeu : il s'attend à un *jeu*, pas à une sorte d'histoire interactive. De plus, sans le bagage émotionnel nécessaire, il doit être très difficile de suivre l'histoire d'un gars qui ne nous intéresse pas plus que ça.

Comme je l'ai signalé plus tôt, tout se joue donc pendant l'introduction/didacticiel.
Si pendant ce dernier, vous arrivez à vous attacher au héros, le pari est gagné : vous adorerez ce jeu. Si par contre le moindre détail empêche votre immersion, alors ce sera peine perdue. Vous trouverez que le jeu a un gameplay défaillant, pour ne pas dire risible, avec un scénario bourré d'invraisemblances et de clichés. A bien des égards, je pense qu'une bonne partie des critiques négatives sur le jeu viennent de là, de l'échec de cette connexion émotionnelle. Cet échec peut avoir plusieurs causes : la simple immaturité émotionnelle, un quelconque défaut de la mise en scène, voire tout simplement un refus du lien émotionnel du joueur, peut-être peu en phase avec ses propres émotions ou plus simplement, peu habitué à voir ce type d'émotion sollicitée dans un jeu et donc peu enclin à y céder.



Avouez, vous avez l'impression de lire le magazine Psychologie, n'est-ce pas ? Ok, ok, inutile de me jeter des tomates pourries parce que *vous* vous sentez ciblé par ce que je viens de dire et que vous n'avez effectivement pas aimé le jeu. La réaction de défense est somme toute normale, on se met tous des barrières.

Cela dit, le pitch du jeu se résume à cette simple question : jusqu'où iriez-vous par amour ? Le souci, c'est que tout le monde n'aime pas forcément la réponse qu'il y donnerait, voire tout simplement, accepterait de vouloir y répondre. Ce jeu prend le parti d'aller plus loin que la simple sensation de divertissement (que ce soit par le comique ou l'adrénaline) pour toucher à des émotions réelles, et comme dans d'autres domaines artistique, l'oeuvre peut ou non toucher.

A partir de là, je ne vous dirai pas que ce jeu est génial ou nul, je vous demanderai simplement d'essayer, de vous laisser un peu aller à l'immersion qu'il vous propose. Qui sait, à vous aussi une petite pluie ferait du bien. (source)

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