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De l’Humanisme au Fils de la liberté - Metal Gear manifeste Politique ?
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De l’Humanisme au Fils de la liberté - Metal Gear manifeste Politique ?

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Par Sensui - publié le
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Sélectionné par la rédaction

Les opinions et vues exposées dans les articles lecteurs ne reflètent pas forcément celles de la rédaction de Gameblog.

Il est de bon ton d'accorder à la fameuse franchise de Konami un grand nombre d'éléments à la fois spécifiques et rares pour le jeu d'action, lui donnant ainsi un statut de série culte qui n'est certainement pas volé... Et s'il y avait un aspect resté encore "inaperçu" jusqu’à présent dans Metal Gear Solid ?

Proposition

Beaucoup de choses ont étés dites sur la saga Metal Gear. La plupart des épisodes ont étés décortiqués par les fans les uns après les autres au grès de leurs sorties, et au gré des années qui s'écoulent avec comme conséquences une pléthore de discussions et débats. Certains opus ont fait couler beaucoup d’encre, c’est notamment le cas de Metal Gear Solid 2 : Sons of Liberty et de sa suite chronologique Metal Gear Solid 4 : Guns of the Patriots, pour des raisons qu’il n’est pas nécessaire de rappeler ici. Ce sont pourtant les deux épisodes sur lesquels nous puiserons l'essentiel du propos, non pas pour reparler encore et toujours du fameux 4ème mure ou de cette pseudo subjectivité établie entre Raiden et le joueur mais surtout parce que ce sont les deux épisodes de la saga qui prennent place dans un présent fantasmé et un avenir plus que proche qui de plus s'insère dans un contexte socio-économique et technologique qui nous est très familier.

Avant tout disons ce qu'est concrètement Metal Gear Solid. Au départ une saga de jeux d'infiltration à la pointe du savoir-faire japonais en termes de loisirs vidéoludiques. De ce point de vu la réputation des différents opus n'est plus à prouver, Metal Gear Solid premier du nom étant précurseur et novateur dans le domaine en popularisant le jeu d'infiltration qui était jusqu'alors un genre quasi inexistant. Ce n'est pourtant pas le seul aspect ou la saga Metal Gear se distingue et innove. Si il y a bien un élément qui percute et qui singularise la série pour en révéler sa substantifique moelle c'est bien son scénario. Evidemment les grands détracteurs de MGS surgiront pour pointer immédiatement du doigt ses aspects qu'ils aiment à qualifier de "faussement complexifiés", de "mytho intello" ou de "tirés par les cheveux", certains parlent aussi de "scénario de série B". Ce qui dans l’absolu n’est pas complètement faux admettons le. Pourtant quelque chose se dégage de l'histoire globale de la série, assurément nous pourrons toujours y trouver des incohérences, des choses à éclaircir où pour aller plus loin des aspects communs aux "nanars" du cinéma, nous en sommes bien conscients. Le but n’est pas de vouloir ériger Metal Gear au sommet de l’art narratif ou autre. Il n'empêche qu’en extrapolant un peu nous pourrions y voir bien plus qu'une simple histoire de Robots bipèdes, d'agents secrets clonés ou de missiles nucléaires…

Il s’agit en premier lieu d’une histoire qui contient plusieurs clefs de lectures vues au travers d’un prisme tantôt caricatural tantôt plus sérieux, avec une multitude de thèmes abordés nous en conviendrons aisément. De la dégradation de l'écologie aux méfaits de la Guerre, en passant par le progrès des sciences technologiques et biologiques, les sujets ne manquent pas. Nous avons pourtant un ultime discours développé en arrière-plan et faisant le lien de l’ensemble pour lui donner une cohérence synthétique à forte connotation Politique! Cette affirmation peut paraitre culottée de premier abord mais prêtons nous un instant au jeu et amusons nous l’espace de quelques lignes à en recenser les justifications. Mettons tout de suite les points sur les I, il ne sera pas question de politique politicienne ici, ce n'est évidemment pas le propos. De même la Politique de fonctionnement et de structure n'est pas non plus le sujet du texte. Mais il s'agira pour nous de Politique au sens large, au sens civique, anthropologique du terme, et d’en déceler les sous entendus diffusés sporadiquement dans la totalité de l’œuvre.

 

Retour vers le passé 

Il est établi que la série s'intègre dans l'Histoire en y récupérant des épisodes clefs qui ont forgés le 20ème et le début du 21ème siècle et retraçant grosso modo dix décennies entières en commençant par la création des Philosophes (1890/1900) à la destruction des Patriotes (2014), nous y reviendrons plus loin. Ce qui représente chronologiquement la moitié de ce que les historiens appellent "l'Epoque Contemporaine", (ou post-moderne) qui démarrerait en 1789 pour ce qui est de la France. C'est une date symbolique car elle correspond au début de la Révolution Française et au premier pas vers ce qu'on nomme la Démocratie Moderne autrement dit la naissance du monde politisé actuel. Rappelons qu'en Angleterre et aux Etats-Unis (qui sont deux pays liés à la saga) cette mutation politique a lieu quelques années avant nous le verrons par la suite. Ainsi, il nous faudra faire un rapide détour dans l’Histoire afin de baser les fondements de l’idée.

Au commencement la recherche du bonheur. Cette quête sans fin commune à toutes grandes aventures humaines et inscrite de manière inconditionnelle dans le conscient et l’inconscient de chacun, est aussi à l’origine des bouleversements et des troubles qui ont amenés les peuples à faire mouvement et à faire évoluer leur Histoire. Si recherche du bonheur il y a, c’est que malheur et tristesse ne sont jamais bien loin. Malheur et tristesse, fils et fille du plus grand fléau engendré par l’Homme : La Guerre. Et de toutes les guerres, les guerres idéologiques des 16ème et 17ème siècles furent les plus sanglantes (avant l’arrivée des armes nouvelles c’est entendu) et déchirèrent l’Europe voir tout le monde occidental de manière quasi ininterrompu pendant des décennies. D’où l’émergence d’un nouveau courant de pensée appelé "Humanisme" et ayant pour vocation de mettre fin à cette période de chaos notamment en détournant les énergies impulsives et belliqueuses autour du seul lien permettant la paix entre les hommes au-delà des divergences de croyances et de conception de la vie bonne : L’intérêt bien compris grâce aux vertus du doux Commerce. Comme le dira plus tard un grand érudit « lorsqu’il s’agit d’affaires, tout le monde est de la même religion ». Nous arrivons donc très lentement mais surement à la naissance du Libéralisme. Nous sommes alors au milieu du 17ème siècle et ces nouveaux penseurs Humanistes portent les noms de Hobbes, Spinoza, ou encore Descartes…

Ce courant de pensée va continuer à prospérer pour finalement être récupéré par la deuxième génération de penseurs plus rationnels et sous lesquels il va muter pour donner le fameux mouvement culturel des « Lumières ». Lumières qui seront développées et propagées par ceux que l’on nommera très vite Les Philosophes (nous retiendrons bien ce nom pour la suite…). Nous sommes désormais en plein 18ème siècle et les récentes découvertes scientifiques et techniques accélèrent le temps. Les nouvelles idées se propagent et les mentalités évoluent vite. L’ancien système hiérarchique des sociétés traditionnelles ne correspond plus aux nouveaux besoins notamment pour les structures mercantiles qui prennent de plus en plus de place (nous avons vu précédemment pour quelles raisons) et qui seront bientôt au centre des préoccupations des plus hautes instances. C’est le début de la lutte entre l’Ancien et le Nouveau Monde, lutte de la Religion face à la Raison, lutte de la Noblesse face à la Bourgeoisie, de la Monarchie et de la Démocratie. Le camp de Dieu face au camp des Lumières. C’est d’abord la Révolution Anglaise ou la Noblesse finit par s’entendre avec la Bourgeoisie dans un compromis qu’on appellera Monarchie Constitutionnelle. Puis vient le tour des Colonies Américaines qui après une lutte acharné (Boston Tea Party, Sons of Liberty, Révolution) obtiennent leurs indépendances pour fonder les Etats-Unis d’Amérique. Et pour finir la France où la Monarchie sera décapitée aussi bien symboliquement que physiquement pour laisser place à la République. C’est ainsi que les idées dans un premier temps humanistes, puis philosophiques et pour finir libérales ont triomphés de l’Ancien Monde pour faire entrer l’Homme dans l’époque actuelle avec pour but, ne l’oublions pas, de parvenir au bonheur collectifs.

 

Histoire et métahistoire

Le commencement de la saga Metal Gear prend acte de ces évènements et fait débuter "son" histoire au début du 20ème siècle quand un groupe d’hommes très puissants issu des Etats-Unis, de la Russie et de la Chine se regroupent dans le but de renchérir leurs pouvoir, le maintenir et l’exercer sur une grande partie du globe afin de prévenir toutes catastrophes humaines. Nommé le "Comité des Sages", ses hommes -au nombre de 12 tel les apôtres- se sentent de par leurs position investis d’une mission quasi divine. C’est donc en tant qu’héritiers de la pensée des Lumières qu’ils vont créer une organisation tentaculaire du nom des « Philosophes » (The Philosophers dans le texte) comme pour faire écho aux premiers Philosophes des siècles précédents en perpétuant leurs idéaux et leurs efforts pour maintenir la paix et faire prospérer le bonheur dans une société pacifiée.

Mais Incapable de prévenir et d’enrayer la grande crise et les deux Guerres Mondiales, l’organisation périclite et se désagrège très vite. Le dernier des membres originels meurt en 1930 et Les Philosophes, coquille vide totalement sclérosée et avili par le pouvoir et l’argent, ne sont plus que l’ombre d’eux même. Cependant un des membres de l’organisation -un simple exécutant- va continuer de croire au message initial en incarnant cet Universalisme et cet Humanisme originels hérités du passé en restant pure et désintéressé : Il s’agit de The Boss.

 

Le moment de l'Idéalisme

Cette petite digression historique nous était nécessaire pour revenir au sujet principal et introduire le point de départ du propos. The boss, en tant qu’allégorie de la «Femme» n’est autre que la personnification du bonheur (d’où son nom de code The Joy qu’elle portait avant 1945). Elle représente métaphoriquement Le Beau, Le Vrai et Le Bien. Prenant à la fois la forme de maitresse idéale, de mère attentionnée et d’amie intime de par ses relations avec les trois hommes les plus importants de toute la série MGS, à savoir, Naked Snake (l’amant), Ocelot (le fils) et Major Zéro (l’ami). Toute sa vie son combat aura été d’essayer de diffuser un message d’amour et de paix ce qui est tragique étant donné qu’elle sera soldate et ne vivra que par la guerre. Une femme ironique en somme, emplie de contradictions ce qui par conséquent va la contraindre malgré toute sa bonne volonté de ne jamais parvenir à léguer son héritage et son message humaniste. Parce qu’en effet The Boss restera une éternelle incomprise (elle n’avouera jamais ses sentiments à Snake, n’élèvera jamais vraiment son fils Ocelot et se séparera de Zéro quelques temps après la seconde Guerre Mondiale du fait de ses obligations patriotiques). Il n’empêche qu'elle sera toujours respectée et admirée par beaucoup pour sa raison, son immense capacité à aimer et à inspirer la sérénité. Malgré sa disparition prématurée, sa volonté et son idéologie de monde sans frontières feront l’objet d’un culte mais aussi d’une lutte acharnée entre ses deux disciples les plus fanatiques.

Parce qu'il y aura bien un passage de la théorie (idéaliste) à la pratique (politique) des aspirations de The Boss. Ce passage se fera sous la bannière de Major Zéro et de Big Boss les deux grands héritiers de la volonté de The Boss, leur mentor et icone de toujours. Leurs systèmes prendront racine dans le même tronc, l'Humanisme de The Boss, véritable héritage des Philosophes pour finalement se fracturer et se séparer selon leurs propres visions de cette idéologie. C'est ici que nous pourrons faire le premier lien direct avec le tableau démocratique que nous connaissons dans nos sociétés modernes. De même que les deux principales tendances politiques sont nées de la dichotomie du Libéralisme Philosophique hérité des Lumières, à savoir d'une part le Libéralisme Politico-Culturel (qu'on nomme couramment "La Gauche") et son pendant parallèle, le Libéralisme Economique (situé lui à "Droite"), l'idéologie de The boss donnera aussi deux systèmes politiques, l'un conservateur et l'autre anarchiste guidés respectivement nous l'avons dit par Zéro et Big Boss. 

Le contre et l'anti

Selon The Boss, le Monde ne doit faire qu'un. L'Homme, où qu'il vive sur la terre, est un être collectif qui quelques soit sa race ou sa religion aspire toujours à demeurer en paix et en sécurité. Une chimère qui n’est réalisable que dans un monde ou les concepts de frontière, d'allié ou d'ennemi perdent leurs sens. C’est ainsi que Zéro s'efforcera dans un conservatisme endurci de modeler une société uniformisée à l'échelle mondiale dont le rôle sera d’établir un espace commun ou les individus seraient liés entre eux par des rapports pacifiés. Il créera Les Patriotes (rejoint au commencement par Big Boss) dans ce but. Grâce à sa fortune colossale qu'il va largement investir et à sa nouvelle organisation, il imposera aux plus grandes nations son modèle civilisationnel, et offrira au monde son idéale de vie. Les Patriotes diffuseront un afflux massif d'argents et de capitaux qui irrigueront la société en circulant librement entre les nations au-dessus des êtres ordinaires conditionnés et gardés sous control (voir plan « S3 » dans MGS2 et plan « SOP » dans MGS4). Ce qui se traduira par des Etats souverains en apparence libres et démocratiques ou il fait bon vivre tant que le peuple ne sort pas du paradigme imposé par Zéro. Un paradigme en réalité très limité qui se borne à trois grands axes sensés garantir la paix civile que sont La Consommation, Le Travail et Les Elections. Tout cela maintenu et coordonné de manière minutieuse grâce à son emprise sur les consciences via le control de l'Information. Metal Gear Solid 2 : Sons of Liberty nous éclaire grandement sur ce point. Ainsi, on pourrait voir en Zéro et Les Patriotes une espèce de caricature de cette nouvelle Droite née dans les années 70 (même année que les Patriotes) très permissive voir même laxiste sur le plan économique mais sécuritaire et répressive sur le plan sociale rappelant ainsi les Néo-Conservateurs Américains ou la rigueur Thatchérienne d'Angleterre qui se perpétue de nos jours, courants politiques dont toutes les grandes nations industrielles ont leurs équivalents locaux.

Du message Humaniste de The Boss, Naked Snake devenu Big Boss aura quant à lui retenu et fait siennes les idées prônant La Liberté et L'Indépendance. Sa vision du monde ne correspondant en rien à celle de Zéro il finira par s'en séparer pour développer une organisation militaire à l'opposé des Patriotes et ainsi leur faire face et les défier. C'est la naissance d'Outer Heaven. Une terre promise non pas à un peuple élu mais à des soldats élus. Une terre bien spécifique qui n'est pas vraiment définie par un territoire géographique délimité par des frontières avec à sa tête un gouvernement. Il s’agit plutôt d'un concept, d'un idéal de vie ou le Soldat (puis par extension le citoyen) serait affranchi de toutes appartenances à une nation et vivrait sa vie de combattant (ou de sujet) de la manière qu'il souhaite sans endosser le rôle de pion à sacrifier sur le grand échiquier politique. Ce qui aura pour conséquence le développement du mercenariat (quelles conséquences pour le citoyen ?). De même que Zéro et son système rappellent les divers partis Conservateurs pour leurs rigueurs et leurs immobilismes, on pourrait voir en Outer Heaven et Big Boss une grossière parodie de la critique radicale à l'impérialisme Américain d'après-guerre. Big Boss serait alors calqué sur le modèle du Révolutionnaire à la fois marxiste et anti-impérialiste par excellence j'ai nommé Ernesto Che Guevara (voir Peace Walker) figure immensément respectée par tous les opposants sérieux en désaccord avec la politique Atlantiste et qui cristallise en lui tout l'esprit de révolte. Nous verrons ainsi Che Guevara en révolutionnaire armer des volontaires pour libérer Cuba de la dictature nationaliste pilotée par Washington. Puis Che Guevara en humaniste désirant étendre la lutte pour la Liberté aux pays du tiers monde (Afrique, Amérique Latine Sud-Est asiatique) colonisés et exploités pour les affranchir de leur tutelle immorale et illégitime. C'est donc aussi un internationaliste profondément socialiste, engagé dans une lutte à mort (c’est le mot) contre la domination Américaine et son modèle démocratique. Un combat d'idées qui fera couler beaucoup de sang, le même combat que mènera dans un premier temps Big Boss dans ses périples au Mozambique, en Rhodésie, au Kurdistan avec les "Militaires Sans Frontières", puis dans les Révoltes d’Outer Heaven et de Zanzibar contre les Patriotes et leur omnipotence. Kojima ira jusqu'à pousser le parallèle entre les deux hommes au-delàs même de leur idéologie commune...

Néantisation des systèmes

Contrôle généralisé ou Liberté totale? De premier abord il semble évident que quelques chose se joue et qu'un choix crucial doit être fait. Pourtant nous sommes bien en présence de deux consensus prétendument antagonistes mais de connivence objective. De même que dans un Etat Libéral le Droit (la Gauche), garantit les conditions formelles de la Croissance et du Marché (la Droite) pour finalement engendrer la Politique Economique, nous avons ici la thèse (Conservatisme des Patriotes) et l'antithèse (Anarchisme Révolutionnaire d’Outer Heaven) qui se synthétiseront en seul "tout". Il y a certes opposition frontale entre les deux groupes qui se matérialise par la lutte féroce entre Zéro et Big Boss mais Outer Heaven n'existe que pour s'opposer au monde des Patriotes, il s'agit d'une mécanique élémentaire celle du contre et de l'anti. Chaque système est l'anti de l'autre, il se pose en s'opposant. De fait, Big Boss fait partie intégrante des Patriotes dans les premières années mais pour s'identifier et être autre il est condamné à reprendre ce modèle et à l'inversé tout simplement pour exister. La différence se fait radicale alors mais en tant qu'inversion du même. Il répète mais à l'envers. En effet Big Boss n'a d'autre choix que de mimer ou de renverser Les Patriotes, se fondre en eux ou inverser leur idéologie. Mais dans les deux cas il copie. C'est toujours une copie, mais une copie conforme ou une copie inversée. Cette réaction existentielle - se poser en s'opposant - n'est que le premier moment (valide) de la dialectique proposée à l'origine par l'Humanisme de The Boss, mais isolée et réduite elle devient antidialectique et anti-synthétique. Car en effet, en restant figée elle crée une complémentarité des deux systèmes théoriquement contraires et rivaux dans l’opposition. D’un point de vu dialectique, nous dirons que se poser en s'opposant produit la thèse et l'antithèse, l'autre devient ainsi nécessaire. Les Patriotes et Outer Heaven sont dans une relation d'engendrement réciproque. Il y a donc un ensemble complémentaire dans leur dualité formant un bloc homogène qui empêche le moment synthétique (l’Humanisme de The Boss) de se produire. Certes les deux termes s'opposent mais ils empêchent ainsi toute autre opposition et bloquent le devenir de l’utopie, ils deviennent objectivement complices. Le corollaire matériel qui découle de cette antidialectique est en fin de parcoure l'Economie de Guerre, ce fameux "tout" vu plus haut. (cf Metal Gear Solid 4 : Guns of the Patriots).

L’un ou l’autre mais aussi l’un par l’autre, c’est l’opposition militaire d’Outer Heaven qui entraine le durcissement de la censure des Patriotes et qui la mène vers la Dictature. En réaction c’est la contestation de cette Dictature qui est à l’origine du durcissement doctrinal de Big Boss et de la radicalisation de ses mercenaires en groupe terroriste. Après 40 ans de lutte directe et indirecte entre les deux systèmes (mais interdépendants nous venons de le démontrer) on s'aperçoit que le monde qui en découle n'est que contradiction. Nous sommes désormais en 2014, Zéro n’est plus qu’un légume centenaire et Big Boss est mort depuis longtemps mais les deux idéologies (bien vivantes elles) ont inconsciemment fusionnées pour accoucher de l'horreur qu'est l'Economie de Guerre. Comme son nom l'indique ce système est non plus basé sur le prix du baril comme au 20ème siècle mais sur La Guerre qui devient objet de spéculations financières. Les guerres par procuration faites par des mercenaires non-professionnels payés des fortunes par les Etats belliqueux et des groupes privés sont bien au centre de la vie économique et régulent tous les marchés adjacents (marketing, vêtements, denrées alimentaires, armes, transports, matières premières, énergies etc...) rôle autrefois attribué au Pétrole. Ainsi, de même que le col blanc avait auparavant évincé le col bleu dans l’évolution des rapports de productions, le col kaki devient le nouveau symbole ontologique de la praxis. Ce nouveau rapport économique est à tel point rentré dans la norme que les programmes télévisuels peuvent dorénavant évoquer sans tabous et de manière totalement décomplexée le mercenariat et la guerre comme vu dans l’introduction à la fois dérangeante et malsaine de MGS 4 (Emissions de jeux télévisés, publicités, téléshoppings, etc). Drebin nous fait aussi remarquer qu’après la chute des Patriotes, ce modèle économique conduira les Etats vers un abîme financier insurmontable au vu des dépenses quasi illimitées en PMC (Compagnies Militaires Privées) nouveaux produits phares nés de l’Economie Guerrière et véritable gouffre à budgets nationaux (nous pouvons aussi y voir avec un certain amusement un lien avec les dettes publiques iremboursables envers les marchés privés). C’est cette bipolarité idéologique (celle du contre et de l’anti) qui aura accouché ce conditionnement historique.

C’est donc le résultat de l'alliance objective du mercenariat généralisé engendré 40 ans plus tôt par Big Boss et ses différents groupes de mercenaires (Militaires sans Frontières, Outer Heaven, Foxhound etc) et les dérives financières et ultra spéculatives des Patriotes via leurs Intelligence Artificielles, les fameuses IAs (GW, TJ, AL, TR) métaphores des HFT (High-frequency trading), ces robots-comptables et semi-autonomes des grandes bourses et hautes places financières (voir à 6min30).

Solidus le libérateur

Le génie de Solidus aura été de renvoyer dos à dos ces deux consensus en proposant une alternative inédite. Une alternative qui elle pousse la dialectique jusque son dernier moment en reprenant et en radicalisant le projet déjà contenu dans l'Humanisme de The Boss. Solidus refuse la toute puissance et la tutelle de Zéro et ses Patriotes de même qu'il s’abstient de marcher sur les traces de Big Boss (au contraire de Liquid) ce qui n'empêche qu'il ira puiser chez l'un et chez l’autre les éléments essentiels de son émancipation et de celle des Américains. Parce que chaque système soumis à la critique et épuré de ses propres contradictions contient en lui un formidable dynamisme révolutionnaire qui n'aura pas échappé à Solidus. Le principe qui se dégage de l'un peut devenir complémentaire de l'autre et cette conciliation permet de faire éclater l'Economie de Guerre. Cette conceptualisation de la voie proposée par Solidus est à la fois la critique du pouvoir absolu des Patriotes (qui s'accomplie par la censure et le contrôle total de l’histoire décrit dans MGS2) et l'idéologie anarchiste de Big Boss (qui commence dans Peace Walker et s'accomplira par le mercenariat et la guerre généralisé décrit dans MGS 4). A la fin du parcours de la critique, Outer Heaven est débarrassé de tous ses aspects anarchistes et de son nomadisme guerrier international : C’est Le Patriotisme. Solidus prône l'idée d'une nouvelle nation Américaine sur base des valeurs fondatrices qui ont vu naitre les Etat Unis, valeurs prônées à l'origine par « Les Pères fondateurs » (The Sons of Liberty) centrées autour de La Liberté, le libre arbitre, les Droits Civiques et de l'opportunité entrepreneuriale (tout ceci sur le point d'être balayées par la censure des Patriotes). De l'autre côté, Les Patriotes débarrassés de leur tendance à la Dictature et de leur égoïsme primaire donnent le moyen à Solidus de trouver sa propre préservation et celle du peuple Américains, le moyen de léguer un héritage aux générations futures (thème central de MGS2 Sons of Liberty) et de choisir eux même leur histoire : c’est le Conservatisme saint. Solidus récupère ainsi les deux positivités des deux consensus pour les retourner contre leurs négativités. Le Patriotisme combat à la fois la censure despotique et l’anarchisme. Le Conservatisme saint permet la transmission par la culture par le lègue et empêche les dérives et la démagogie. Grâce à Solidus, on peut être et de Droite et de Gauche sans souffrir d’aucune contradiction. On peut vouloir La Liberté sans l'Anarchisme, on peut vouloir l'Ordre sans la Dictature. C'est le principe de paix universelle contenu dans la volonté première de The Boss (et des premiers philosophes), ne pas vouloir changer à tout prix le monde mais le laisser tel quel. Et c’est sans doute la raison pour laquelle il tient son épée qu’il a surnomée « Démocrate » dans la main droite et « Républicaine » dans la main gauche…

L'héritage

Nous avons interprété les systèmes comme la preuve historique que chacun des termes, isolé, ne peut que dégénérer en sa propre caricature. Il apparait maintenant que Patriotisme et Conservatisme doivent être proposés en complémentarité, comme engendrement réciproque. Solidus nous a prouvé que le Conservatisme doit être démocratique et le Patriotisme doit être culturel pour que les Hommes puissent se réconcilier entre eux. Culture et Démocratie tel est le programme de la Saga Metal Gear Solid.

Alors évidemment on pourra dire que tout ceci n’est que pure délire de fan et que les créateurs de la saga n’aspiraient qu’à essayer de faire des jeux autour d’une histoire plus ou moins solide sans chercher plus ! Et nous aurions surement raison. Mais avouons tout de même que le doute est permit car après tout, cette réflexion découle d’éléments trouvés dans les différents opus de la séries et nul par ailleurs…

Nous en terminerons en oubliant pas de préciser que le point de mire de cet article n’est rien d’autre que le divertissement et qu’il a été écrit en prenant un peu de hauteur mais surtout beaucoup de légèreté vis-à-vis de l’ensemble de l’œuvre. Le but étant surtout de nous amuser avec ce que la série nous offre en extrapolant et en interprétant ses composantes de manière originale et insolite pour le fun. 

Mes amitiés.

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