[Avis à chaud] Drive de Nicolas Winding Refn par N.Van & Nouchi du groupe Madealone

La force Danoise

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Madealone15h37 | 13 Octobre 2011 | 17
Divers
par Madealone
Jouissant d’un fort capital sympathie durant sa présentation lors du Festival de Cannes, Drive, récompensé par le prix de la mise en scène, sort enfin sur nos écrans. Nicolas Winding Refn, réalisateur danois du très remarqué « Bronson » sorti en 2009 avec Tom Hardy

Introduction :
Pour l’anecdote, Drive est né de la rencontre entre Ryan Gosling (magnifique) et de Nicolas Winding, un soir de déprime. Le réalisateur venait de voir son prochain film avec Harrison Ford tomber à l’eau. La suite, banale : un retour en voiture jusqu’à l’hôtel, un silence de mort entre les deux hommes et puis, la radio qui diffuse « I can’t fight this feeling anymore » de Reo Speedwagon. Winding raconte que quelque chose est alors monté en lui, un état proche de l’euphorie en voyant Ryan Gosling conduire seul sur cette autoroute de Los Angeles.La première image qui lui est venue en tête était celle d’un cascadeur écoutant de la musique pop pour exorciser ses émotions…

Love forever :
Les spectateurs venus chercher de la castagne, des carambolages où des courses poursuites à la Fast and Furious seront vite déçus, car Drive raconte avant tout une histoire d’amour. A peu de choses près, le film ne doit compter que deux séquences de bagnoles à tout flinguer. Le cœur du film se situe bien dans cette relation unique entre ce fameux pilote mystère et Irène, représentant la symbolique même de ce qu’il reste encore de bon dans ce monde rempli de barges, où la seule lumière dans la vie de ce super héros n’ayant pour cape que son blouson marqué d’un scorpion dans le dos. Ses moments passés avec elle, sa seule présence, son sourire (ah, le sourire de Carey Mulligan...) suffit à canaliser la partie la plus obscure de sa personnalité, en témoigne cette merveilleuse séquence au bord de la fenêtre de l’appartement, entre le Driver et Irène, où le temps se retrouve considérablement suspendu. L’évolution de cette relation atypique fait vaguement penser au conte de Walt Disney, La Belle et la Bête.
L’une des vraies forces de Drive réside dans la façon dont Winding Refn suscite les émotions les plus vives et les plus radicales chez le spectateur, tantôt dans la violence la plus extrême, tantôt dans la poésie la plus somptueuse, principalement due à une gestion sans failles du cadre, du temps et de l’espace. La réalisation du Danois épouse à merveille le personnage du Driver. On vit, on voit et on ressent les choses uniquement à travers la psychologie de ce personnage, limite proche de l’autisme, où chacun de ses silences vaut mille mots. Hélas, puisque rien n’est parfait dans ce monde de brute, Drive n’arrive pourtant pas à tenir la même cadence jusqu’au bout. Une fois que Winding Refn fait tomber le masque de son « héros » après l’extraordinaire scène de l’ascenseur servant littéralement de bascule, le métrage tombe malheureusement dans des ficelles dramaturgiques imposées par le genre même du film et la faiblesse des personnages secondaires cantonnés à leur rôle de méchant, un peu comme dans les films noirs des années 50. Il en découle que dans cet ultime acte du film, le spectateur se voit dépossédé de ce charme et de cette magie hypnotique où la culture du « non-dit » fût roi durant le premier acte. Cette intensité est heureusement retrouvée lors de la séquence finale faisant indéniablement référence aux films de western. Des références, Drive en déborde et le réalisateur ne s’en cache absolument pas. Cela dit, il a l’intelligence et la manière de bien faire. De bien s’en inspirer. Ainsi, Drive revisite tout un pan du cinéma comme l’avait fait les frères Wachowski pour accoucher d’un certain « Matrix » premier du nom.

Réalisation :
Véritable pain béni pour qui viendra analyser et décortiquer sa mise en scène jusqu’à sa gestion sonore, Drive reste l’un des derniers bijoux en matière de réalisation « simple » grâce à une technique et une structure de montage taillée sur mesure. Ici, pas de « caméra shacker », pas de caméra à l’épaule, pas de fioriture au montage... On reste dans la maitrise même de la sobriété. De cette maitrise née la véritable force d’un cinéma « classique » (la vraie beauté du cinéma) qui, par la suite, vient épouser une structure quasi parfaite de la mise en scène. Chaque séquence indépendamment des autres est travaillée avec minutie. Cela peut-aller d’un plan fixe à un simple traveling, le tout accompagné par une gestion sonore plus vivante que jamais, gestion sonore allant jusqu’à épouser le silence du Driver, l’accompagnant dans des scènes de poursuite courtes mais efficaces, et aussi brutales que la violence de certaines scènes du film. Tous ces différents détails contribuent à pleinement caractériser les personnages, ce qu’ils ressentent, ce qu’ils respirent, ce qu’ils touchent, ce qu’ils entendent, ce qu’ils pensent... Nicolas Winding Refn fait partie de ces réalisateurs rares, comme Tarantino ou Oliver Stone (il fût un temps), qui rendent, au final, une œuvre palpable et organique où chaque expression de la part de Ryan Goseling et Carey Mulligan viennent transpercer ce grand rectangle blanc qui nous sépare d’eux pour nous allez tout droit en plein cœur et où en même temps chaque coup porté (fusil, marteau, couteaux...) font méchamment mal !

La lumière tout aussi travaillée fait partie intégrante de la narration et de la composition du cadre. Plongeant parfois une partie du visage du driver dans une pénombre symbolisant sa part obscure et ne le laissant apparaitre en pleine lumière qu’en présence d’Irene, miroir de ce qu’il y a de meilleur en lui. La bande-son est aussi un point sur lequel Drive mise tout particulièrement puisqu’elle est toujours en adéquation totale avec les personnages et plus précisément celui du Driver. Chaque morceau composé par Cliff Martinez ou repris de groupes comme Kavinsky ne sont jamais présent pour uniquement qu’accompagner les scènes, mais bien pour être constamment au service de la narration. Un peu comme Star-Wars ou plus récemment Tron où la bande-son joue un rôle vraiment à part entière, ce qui conforte encore plus l'œuvre dans son statut de « Film complet ».

Conclusion :
Générique rose bonbon sur fond de musique rétro, Drive, c’est un peu une rencontre incongrue organisée par James Gray (même si celui-ci reste le « Maître » en matière de dramaturgie), entre Le Transporteur et Sofia Coppola. Vrai film de genre à part expérimental, contemplatif, complet et malheureusement trop parfait durant sa première partie pour ensuite perdre un peu de sa superbe lors du deuxième acte, Nicolas Winding Refn rentre (à coup de marteau) malgré tout dans la cour des grands. Il n’y a plus qu’à confirmer.

Rédigé par N.Van et Nouchi du groupe Madealone.

COMMENTAIRES
AceTrash
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AceTrash
13/10/2011, 18:37
Très bonne critique, bien résumé.
Drive est un film exceptionnel de bout en bout, à voir sans modération. Je conseille toute fois de se renseigner un minimum sur le film avant de le voir, car nombreux sont ceux qui en sont sortis déçu, pensant voir un film bourré d'action. C'est dommage, ils sont passés, peut-être sans le savoir, à côté d'un futur classique.

SniperWolf91
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SniperWolf91
13/10/2011, 23:12
en effet c'est très probable


Ce film est tout simplement superbe, en sortant de la salle je me suis tout simplement dit "Putin sa faisait longtemps que j'avais pas vu un film aussi bon"

Une mise en scène excellente ( plus on avance dans le film, plus le protagoniste principal sombre dans l'obscurité via des plans très intelligemment fait), une Bande Original qui m'as personnellement enchanté, le tout porté par des acteurs convaincants

Même si le film reste globalement prévisible, c'est tellement bien fait que l'on lui pardonne volontiers.

Giggs
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Giggs
14/10/2011, 12:01
Euh as-tu vu les autres films de Nicolas Winding Refn ??? Car il y est déjà dans la cour des grands et Drive ne fait que le confirmer qu'une superbe manière ;)

Très bonne critique sinon, je ne suis juste pas très d'accord avec la conclusion . En même temps j'ai du mal à voir les défauts de ce film.

Kaydasan
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Kaydasan
14/10/2011, 12:30
C'est marrant mais j'ai trouvé ce film chiant à mourir ... il me fait beaucoup penser à No country for old men ... même enthousiasme général... même résultat pour moi !
Vraiment pas accroché du tout, je l'ai trouvé mal ficelé, les plans pas géniaux, seul l'acteur principal (que je ne connaissais pas) est absolument époustouflant.

Madealone
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Madealone
14/10/2011, 12:33
Bonjour Giggs,
Si nous disons cela c'est tout simplement parce-que ses films sont pour la plupart un peu resté "confidentiel" mise à part Bronson qui est passé par la case cinéma et Valhalla Rising qui a eu plus un succès d’estime qu'autre chose. Drive reste le seul film de sa filmographie (pour le moment) à avoir été "reconnu" publiquement et surtout, à vraiment avoir un status de film "complet" comparé aux autres.

Madealone
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Madealone
14/10/2011, 12:37
Kaydasan,
Pour ma part, je peux aisément te comprendre, surtout si tu t'attendais à autre chose. Je me suis aussi fait chier sur No Country for old men (sachant parfaitement pour le coup ce que j'allai voir) mais seulement durant la deuxième partie. Ces films ne sont absolument pas dénués de qualités mais il est clair que ce n'est pas des films forcément accessible à tous.

upselo
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upselo
14/10/2011, 12:40
J'aurai mis la bascule dans le motel après le braquage perso.
Sinon, je suis d'accord pour l'aspect Transporteur mixé avec Sofia Coppola (c'est d'ailleurs le titre de ma critique sur Sens Critique ^^), mais j'ai du mal à être aussi enthousiaste que toi.
Pour moi, les personnages sont creux, et ce n'est pas en leur donnant de longs regards silencieux qu'on leur donne une consistance. C'est juste laisser tout le boulot au public et espérer que ça marche.
Mais Irene est un personnage de cruche primaire. Femme faible jusqu'au bout des ongles, tout juste bonne à sourire et à tomber pour le premier venu, que ce soit le père de son gosse ou le voisin de pallier. Elle ne fait qu'attendre, subir, dans sa vie. J'avais du mal à lui trouver des qualités.
Presque l'impression que c'était la première fille que le Driver voyait, surpris que sa vie soit si bouleversée par elle.
Pour le reste, le monde des gangsters et de la mafia m'a paru pas bien intéressant, assez cliché.

Madealone
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Madealone
14/10/2011, 13:03
upselo,
Encore une fois, je ne peux qu'être compréhensif à ton égard. Drive est un film qui comme pas mal d'autres films jouant sur le même genre de faux rythme et sur la culture du non-dit (très peu de paroles) ne fonctionne ou ne fonctionnera tout simplement pas pour tout le monde. Le rapprochement que l'on a pu faire toi et moi (excellent, je viens de voir sur le site !) sur le cinéma de Sofia Coppola en ai le parfait exemple, combien de personnes ce sont fait chier en regardant Lost in translation ? Tout ça pour dire qu'encore une fois, je ne blâmerai jamais les gens qui n'ont pas aimé Drive, par-contre, je serais intransigeant sur l'aspect technique du film. Étant réalisateur moi-même à mon échelle je peux t'assurer qu'il y a bien eu un travail d'orfèvre qui a été fait. Pour le reste, je ne peux que vous comprendre, ça joue sur des cordes émotionnel très très personnels, si on accroche pas, ce genre de parti-pris ce casse la gueule complètement, par-contre si ça fonctionne, c'est banco !

upselo
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upselo
14/10/2011, 13:09
Ah mais j'adore les films de Sofia Coppola hein ^^. De Lost in Translation à Somewhere, le rythme lent et les dialogues minimalistes ne me dérangent pas du tout. Mais j'ai bien plus apprécié les personnages des films de Coppola que ceux de Drive, ou j'ai trouvé que le minimalisme cachait un manque de profondeur.
J'ai beaucoup apprécié la réalisation et la BO de Drive, et au final, j'ai trouvé le film plutôt sympa, mais les personnages et le scénario le retiennent pour moi d'être plus que ça.

Madealone
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Madealone
14/10/2011, 13:57
Oui, c'est justement le soucis de ce genre de films, il faut impérativement que les personnages te plaisent sinon c'est dead.

masterblizzard
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masterblizzard
17/10/2011, 20:56
Ce film est pour moi exceptionnel, l'immersion est a coupé le souffle. La lenteur du film et les longues scènes de voiture nous permettent de faire le point sur le film et de réfléchir au message proposé. Je voulais aussi parlé de la B.O qui embrasse ses longues scènes de reflexion, le film de l'année pour moi.

threatsd
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threatsd
27/10/2011, 14:06
Je n'avais pas autant kiffé un film au ciné depuis Gladiator !!

Bulbi
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Bulbi
27/10/2011, 14:41
Moi j'ai plus vu qu'il laissait tout le boulot à son travail sur la cadre et la lumière, pour donner énormément de contraste à des personnages minimalistes. Du coup, la pilule passe très bien, le film est over blindé de référence pour cinéphile, mais c'est pas sur abondant et primordial comme ça peut l'être chez un tarantino. Le vrai tour de force, c'est le souffle "pop" qui investit le film, et qui crée des fulgurances tout en nuance avec la mise en scène très propre et tamisée. Un mariage très réussit visuellement et je m'écoute la B.O en boucle depuis la sortie ^^ Aprés, j'ai trouvé l'histoire d'amour un peu insipide, et pour moi Drive, c'est d'abord Goseling en gentil monstre de violence. Un peu comme si on reprenait les héros machistes type actionner des années 70-80 et qu'on montrait vraiment la monstruosité de ces types là.

daviddosensei
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daviddosensei
28/10/2011, 12:43
n'oublie pas la trilogie PUSHER qui est énorme
pour moi surtout les deux premiers

DjayAime
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DjayAime
29/10/2011, 01:19
ce film tombe dans la violence facile et du coup racoleuse.. dommage

masterblizzard
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masterblizzard
30/10/2011, 12:27
DjayAime tu ne peut pas le réduire qu'a ça, mais c'est vrai que les scènes de violence sont critiquable. Ça m'a fait penser a Park Chan-wook sur le coup, sublime lors des phases de retenue et quand il parle de violence il se sent toujours obligé surenchérire .

DjayAime
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DjayAime
31/10/2011, 09:40
@masterblizzard : j'ai vu le film en pensant revivre les meilleurs moments des films de michael mann. j'ai apprécié plein de choses dans drive dans cet aspect (la musique et les scènes de conduites) et je surkiffais le protagoniste jusqu'à ce qu'il se lâche comme un gros autiste :) avec son blouson sale... bien entendu le film offre plein d'autres choses qui font plaisir à voir au cinema de nos jour.

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