Devant les succès de la licence, ce qui devait n'être au départ qu'une "simple" trilogie s'est transformé pour Ubisoft en une poule aux œufs d'or. L'annonce de Brotherhood en 2010 a surpris bon nombre de fans, rapidement rejointe par Revelations l'année suivante. Depuis AC2, on nous sert désormais un épisode par an, avec la justification que l'histoire d'Ezio nécessitait plus de profondeur qu'un seul jeu. En point d'orgue Assassin's Creed 3, longuement développé en parallèle avec des moyens dantesques, devait marquer la fin importante d'un arc, d'un scénario, d'une génération. Sans naïveté, je me doutais bien que la saga n'allait pas s'arrêter avec cet épisode, je dois dire avoir été agréablement surpris de trouver mieux que le populaire Ezio Auditore. Une narration plus complexe tout en remettant en cause nos croyances de la Confrérie des Assassins et de l'Ordre des Templiers représentant le gros de l'atout.

 

 

Assassin's Creed III opte donc dès le départ pour le débat entrecoupée tantôt de scènes d'action mettant en exergue les étonnantes capacités de Connor Kenway, tantôt à la réléxion qui reste le principal grand atout du jeu. Après en avoir appris davantage sur un Templier en particulier, puis sur un Assassin, on y remarque des similitudes dans les objectifs. De ce fait, une nouvelle question pertinante s'impose d'elle-même, celle de se demander si nous nous trouvons dans le bon camps.

Exit donc Ezio et Altaïr, au revoir la Renaissance, bonjour Connor - de son vrai nom Ratonhnhaké:ton - et les provinces nord-américaines de la Révolution Américaine. Et franchement, il offre une narration plus complexe que celles de ses prédécesseurs : le but est non seulement de questionner le joueur sur la légitimité des actes des Assassins, mais également de s'extirper du côté manichéen que la série impose depuis pour ainsi dire le tout début. Les Templiers semblent enfin avoir des arguments valables pour justifier leurs attaques, au point que l'on puisse véritablement se demander si nous sommes réelement cette fois-ci bienfaisant. On sent bien qu'Ubisoft Montréal a voulu écouter les critiques des fans sur les trames narratives de Brotherhood et de Revelations qui étaient trop vagues et courtes. Le problème est que les développeurs ont commis l'excès inverse en imposant un prologue narratif de 5 heures, intéressant certes, mais outre le fait que l'on nous impose un tuto géant alors que c'est le 5e épisode de la saga, le gameplay ne brille pas par sa complexicité et ne mérite donc pas encore une nouvelle fois des explications. Ce n'est finalement qu'après une bonne moitié des quêtes principale que l'on commence à réelement entrer dans le jeu. Une méthode qui aura pour répercussion de laisser un sentiment de vide à la fin du jeu, comme si une grande partie de l'histoire avait été emputée.

 

Le jeu a en effet été simplifié dans ses mécaniques de gameplay. Ainsi, pour courir librement, nous n'appuyons plus que sur une seule touche, cela simplifie dramatiquement la grimpette dans les arbres ou les bâtiments, où Connor grimpe tout seul n'importe où, au point que le gamplay reste finalement incontrolable. En guise d'exemple, courir le long d'un mur n'est pas possible, sous peine de voir notre héros se mettre à grimper dessus pour escalader. Relativement gênant quand nous sommes entourés par des ennemis ou que l'objectif est de poursuivre une cible. Autre simplification, le système de combat qui est ne requiert que deux boutons, poussant les combats à gagner en spectaculaire, mais de ce fait n'offrant plus aucun chalenge, ici le one man army est d'une facilité ahurissante. De plus, nous sommes en possession d'IA bien inférieur qui garantie une certaine frustration au fur et à mesure que l'on parcourt le jeu, rendant le tout trop simple pour véritablement craindre la désynchronisation. Fort heureusement l'arrivée des batailles navales corrige l'erreur pour relever le niveau de difficulté et ainsi procurer un peu de défis, dévoilant par la même occasion un Connor Kenway d'un don certain en tant que Capitaine de navire.

 

Concernant les différents lieux, Assassin's Creed 3 profite d'un nouveau moteur baptisé Anvil Next. Développé en interne, il affiche de vastes environnements et permet d'améliorer la qualité graphique du titre par rapport aux précédents AC. Les différents artistes et autres concepteurs des niveaux ont su l'utiliser pour reproduire de beaux environnements, convaincants et vivants grâce aux nombreux personnages et animaux qui y circulent, mais aussi sublimés par les effets météo (orage, neige...). Cependant, le design de Boston et New-York n'incite guère à la réjouissance en dehors de son activité pnjs très immersive. Seule la Frontière vaut vraiment le coup, même au bout de quelques heures impossible de se lasser d'aller de branches en branches pour chasser la faune sauvage, tellement il est si plaisant d'évoluer en pleine nature dans une immense forêt qui incite clairement à la découverte. A ce niveau-là, AC3 offre véritablement l'impression que toutes les zones ont une âme. Graphiquement, Assassin's Creed III dévoile une beauté qui impose un certain respect, sans pour autant offrir l'expérience visuelle ultime. Au rayon de ses qualités artistiques, on notera également que les personnages sont généralement de bon goût et même si je trouve la tenue initiale de Connor (avec son manteau blanc) un peu surchargée pour un natif américain qui se balade dans les arbres, je reste très convaincu par les différentes variations vestimentaires de l'ensemble du casting. Dans un autre domaine, la musique est une fois de plus exemplaire. Je ne lui ai pas trouvé de thème aussi marquant que Ezio's Family (thème récurrent des trois derniers volets) mais les musiques accompagnatrices sont toujours justes et adaptées au moment présent.

Pour finir sur une partie non négligeable de ce qui concerne la saga Assassin's Creed, l'histoire est globalement pour ma part à mettre dans les vrais points positifs. Cela passe par la trame à proprement parler qui fait enfin avancer la fameuse "méta-histoire" et qui clos l'arc narratif de Desmond, certes pas de manière brillante mais au moins sympathique. Cela passe par la narration en elle-même, en effet cette dernière fait passé plutôt bien les transitions entre les séquences dans le présent en 2012 et celles qui se déroulent dans l'animus. On sera cependant navré de la tournure de l'épisode côté présent, qui aura au moins eu le mérite d'offrir certainement une intrigue moderne véritablement fun, comme une sorte de finalité dans ce que nous avions commencés avec Desmond lors du tout premier Assassin's Creed, dommage que la fin ne puisse suivre le même chemin avec une conclusion pour le moins désordonnée.

 

Assassin's Creed III semble donc représenter le réhaussage inattendu de la série, car pour un épisode ayant eu la difficile mission de reprendre la flambeau après le populaire Ezio, celui-ci offre finalement une aura plus sérieuse là où les précédentes productions de Ubisoft ne se prenaient pas réelement dans un sérieux narratif. En effet, si auparavant il était aisé de ranger les Templiers du côté des méchants, et les Assassins du côté des gentils, ce troisième épisode nous installe dans le doute le plus total, tant les arguments de nos ennemis sont si objectivement parlant justes. Cet Assassin's Creed est certainement le plus abouti à mes yeux, si bien en terme de gameplay, que dans son scénario qui brise ce coté manichéen instauré depuis le début de la série.

 

AC3 est un bon jeu pétrie de bonnes petites idées, avec certes des imprécisions au niveau du gameplay, mais possède un univers vivant et une trame narrative innovante et évolutive. Assassin's Creed III reste à mes yeux le Assassin's Creed le plus abouti de la série à l'heure actuelle.