D'un gradin d'or, - parmi les cordons de soie, les gazes grises,
les velours verts et les disques de cristal qui noircissent comme du
bronze au soleil, - je vois la digitale s'ouvrir sur un tapis de
filigranes d'argent, d'yeux et de chevelures.

Des pièces d'or
jaune semées sur l'agate, des piliers d'acajou supportant un dôme
d'émeraudes, des bouquets de satin blanc et de fines verges de rubis
entourent la rose d'eau.

Tels qu'un dieu aux énormes yeux bleus
et aux formes de neige, la mer et le ciel attirent aux terrasses de
marbre la foule des jeunes et fortes roses.

Arthur Rimbaud - Fleurs

Le calice

Flower, mais comment donc décrire Flower ? Un jeu, une expérience, une poésie, tout à la fois. Une chose est sûre, on ne sort que différent des étendues venteuses du dernier titre de Thatgamecompany.

Réservée au PSN (mais trouverait-elle vraiment une place ailleurs), cette création originale impose une certaine universalité. Point de mots, point de paroles, juste des sensations. Plus petit facteur commun aux hommes, c'est le ressenti que l'expérience Flower vient alimenter, un peu à la manière d'un Rez en son époque, mais d'un façon bien plus accueillante et accessible.

La corolle

Vous êtes un pétale, virevoltant au grès du vent, frôlant les herbes et colorant le monde. Car oui, le but est bel et bien de rendre au monde terne ses couleurs flamboyantes. Pour cela, votre petit pétale se devra d'heurter les fleurs encore fermées et ainsi libérer ses semblables. Très vite vous n'êtes plus un pétale mais une farandole colorée qui égaie tout ce qui vous entoure.

Une farandole mue par les vents, contrôlée par vos mouvements car Flower fait appel à la fonction de reconnaissance de mouvement des manettes PlayStation 3. L'immersion est totale et la magie opère. La réalisation excellente du titre pousse à verdir sans fin les étendues au départ sombres, puis à flâner juste pour se délecter des paysages luxuriants.

A tout instant, l'aspect sonore du titre soutient ce déluge de sensations visuelles et l'amplifie. Avec des musiques bien choisies, des transitions parfaitement maitrisées et idéalement associées à l'action, Flower se veut aussi expérience auditive. Le souffle du vent devient grisant et faire chanter la nature en l'effleurant devient euphorisant.

L'androcée

Percevoir Flower comme un simple jeu serait réducteur. Plutôt court et à l'histoire simpliste, le titre se doit d'être vu autrement, ou plutôt ressenti autrement. Flower est différent, Flower est une douce poésie harmonieuse, Flower est unique.

L'hermétisme à la magie émanant du titre serait à n'en pas douter source de déception. Il vaut vivre Flower plus que le jouer. En cela, Flower est une expérience avant tout personnelle, qui dépendra de ce que chacun cherche à y trouver. En cela aussi, tout le monde n'adhérera pas.

Le gynécée

Que reste-t-il après avoir joué à Flower ? Pour moi une sensation de légèreté, un plaisir doux et envahissant, une entêtante envie de recommencer.

Flower est bien plus qu'un jeu. Pour peu qu'on accepte de s'ouvrir à ce que dégage le titre, on se retrouve propulsé ailleurs, envouté et enchanté.

Vous l'aurez compris, Flower m'a conquis. Il n'est surement pas parfait, et on en tombe amoureux ou il nous frustre, mais jamais ne nous laisse indifférent.

Expérience visuelle, auditive et même tactile (par la reconnaissance de mouvement), on en vient à regretter l'absence de fragrances dans l'air et à souhaiter au plus profond de soi qu'un éclatant parfum s'échappe finalement de l'écran, mais c'est peut-être là un peu trop en demander.