Fahrenheit... Un jeu dont tout gamer a forcément entendu parler, surtout ces derniers temps.
L'après The Nomad Soul, l'avant Heavy Rain... Un jeu d'une originalité folle, un ovni, un titre à part...

Je me suis aperçu que si beaucoup connaissaient ce jeu "de nom" ou "de
réputation", très peu y avaient joué, et par conséquent l'avaient bien
cerné.
Pour ces personnes, je propose ce petit test, avec un regard récent sur
cette œuvre (ayant fait le jeu il y a un an), sans m'encombrer de
l'aspect technique donc (ce qui aurait peu d'intérêt aujourd'hui), en
m'attardant sur les sensations éprouvées, sur le ressenti, si important
dans ce jeu.

Il y a un an, ma curiosité me poussait à me lancer dans Fahrenheit. Un
jeu d'aventure ? C'est à peu près tout ce que je connaissais à son
sujet. La découverte fut donc totale.

Le jeu débute. Première cutscene. Par une froide nuit d'hiver, le héros
se retrouve dans les toilettes d'un petit fast food, un cadavre gisant
à ses pieds, un couteau à la main. A nous de jouer. L'écran se scinde,
nous à gauche, un un flic approchant des WC pour une pause-pipi à
droite.
Zut il va falloir être rapide. Cacher le corps dans une cabine ? Passer
la serpillère sur le sang ? Je maquille la scène. Les interactions sont
en nombre surprenant, et paraissent avoir toutes un impact important.
Si j'oublie de me laver les mains peut être que le flic va s'apercevoir
du sang sur mes mains (entraînant un game over, try again) ?
Plus que quelques secondes avant l'entrée du policier. Je sors des
chiottes, le croise, et me demande "Dois-je me remettre à ma place
l'air de rien ?" "Dois-je me sauver le plus vite possible au risque de
paraître suspect ?".
Et ces deux choix fonctionnent aussi bien. Une liberté de décision
bienvenue, qui nous plonge à 200% dans les scènes, où désormais on
cherchera à reproduire "ce que l'on aurait fait en vrai" plutôt que de
"chercher ce que les développeurs ont prévu" comme dans un jeu
d'aventure lambda.
Et c'est ça l'essence de Fahrenheit. Sa capacité à nous faire vivre des
moments d'intense réflexion avec nous-même, de stress (prendre une
décision pressé par le temps...). Sa capacité à nous faire vivre des
moments tour à tour tendus, oppressants, calmes, reposants... La scène
de la guitare par exemple : un moment vraiment délicieux, qui nous fait
du bien au plus profond de nous même.
Cette implication du joueur assez unique, on ne la retrouvera malheureusement que dans une petite poignée de scènes.

Après cette intro dans le fast-food, on se retrouve à jouer le duo de
flics qui enquête sur ce meurtre. Je dois dire que je ne m'y attendais
pas du tout. Le fait de choisir où cacher des preuves en tant que
meurtrier, puis de les trouver en tant que flic 10 min plus tard est
très excitant.
A partir de là, le jeu se déroulera sur l'alternance "phase héros
meurtrier/phase flics enquêteurs" (des persos tous bien écris et
attachants), ce qui promet des situations profondément intéressantes.

Peu importe si la plupart des scène "qui bougent" se traduisent en des
QTE inintéressants et hallucinants de longueur (des QTE chiants de 3
min !!!).
Peu importe si toutes les scènes ne sont pas toutes aussi travaillées.
Peu importe si au final nos choix conduisent quasi toujours vers le
même résultat (la sensation de faire des choix est suffisante en elle
même à mon humble avis).
Peu importe si le scénario, ô combien passionnant au début, part en
cacahuète comme jamais dans la dernière moitié... et encore il faut y
avoir joué pour mesurer l'ampleur de la catastrophe.

Même si ces défauts sont clairement à prendre en compte, ce que
Fahrenheit nous offre est bien plus grand. Si peu de jeux ont la
capacité à nous faire vivre des choses aussi fortes.
Un jeu imparfait donc, mais ô combien généreux. Le genre de jeu qui
peut potentiellement marquer un gamer pour de longues années, malgré
tous les pics. Pour une poignée d'euros ça ne vaudrait pas le coup de
se priver de cette expérience.