Pas évident de se lancer dans un test de Beyond après tant de passion déversée sur la toile à son sujet. Et quel débat ! D'un côté les haters de David Cage qui hurlent à l'hérésie et iraient jusqu'à ériger des autodafés d'Heavy Rain et de Beyond si on les laissaient faire, et de l'autre les naïfs croyant dur comme fer que le même David Cage va leur montrer la voie vers la Terre Promise du Jeu Vidéo.  Clairement, Beyond semble scinder son public en 2 groupes. J'ai pu assister à cette boucherie avant d'y jouer vraiment, et la question qui me taraudait, c'était « Dans quel camp serai-je ? ». 

J'ai terminé le jeu il y a plusieurs jours maintenant, et j'ai eu le temps de le laisser murir, d'y repenser, et de bien réfléchir à ce que je vais en garder. Alors ? A t-il marqué mon expérience de joueur, moi qui aime tant les jeux à scénario ? Va t-il plus loin qu'Heavy Rain ? Vaut-il qu'on le défende bec et ongles comme certains ou au contraire qu'on le brule au nom d'une sacro-sainte définition du « Jeu Vidéo » 

Beyond, c'est une belle idée, une belle initiative et même une belle philosophie de création. Malheureusement un tel jeu, puisqu'il ne repose pas sur un gameplay « hardcore », se doit d'avoir un scénario immersif, cohérent, puissant, bref une belle histoire qui va prendre le joueur aux trippes à la manière d'un Walking Dead... Et c'est là que Beyond se vautre royalement... Car oui, je commençais à apprécier Beyond, et puis le jeu s'est effondré comme un soufflet, notamment à cause de son scénario... Mais rentrons dans les détails.

Le gameplay se veut encore plus minimaliste que sur Heavy Rain, les QTE n'apparaissant même plus

J'avais adoré Heavy Rain, et Beyond est une des raisons pour lesquels j'ai eu envie d'acheter une PS3 : Dire que j'attendais ce jeu et que j'étais certains de l'aimer est un euphémisme. Je vénère ces « films interactifs » ou le gameplay est light mais qui disposent d'une force d'immersion supérieure à d'autres jeux. C'est pourquoi l'argument « c'est nul, on fait rien » n'a aucun intérêt pour moi. Oui, pendant 12h on ne fait que suivre un couloir, bouger un joystick dans la direction d'ou vient un coup et massacrer un bouton pendant certains QTE, mais je m'en fou complètement. Comme je l'ai toujours dit, le gameplay n'a qu'une importance très relative à mes yeux. Qu'il soit minimaliste passe tant qu'il n'est pas frustrant. Celui de Beyond ne m'a pas frustré et se paye le luxe d'être plus discret que celui d'Heavy Rain renforçant par là même l'immersion. Le gameplay n'est certes pas un point fort de Beyond, mais ce n'est pas non plus un point faible qui justifierait qu'on le détruise.

Visuellement, le jeu en met plein la tête

Un des gros point fort du jeu, ce sont ces graphismes et surtout surtout,  l'acting d'Ellen Page. Ok je suis un grand fan de l'actrice et donc mon avis peut sembler biaisé, mais, comme j'ai pu le lire dans certains test, je trouve que son jeu toujours juste sauve un peu le jeu du naufrage. Ajoutez à cela une reconstitution faciale juste sublime et vous obtenez un jeu superbe. J'étais moi-même assez bluffé par certaines scènes ou le visage de l'actrice correspondait si bien que j'oubliais quelques secondes qu'il s'agissait d'un jeu vidéo. J'ai tout de même noté quelques irrégularités entre les acteurs : les modèles Willem Dafoe et l'acteur jouant Ryan n'étaient pas toujours super fins. Mais bon, s'il y a bien une chose à sauver de Beyond, c'est bien Ellen Page et ses graphismes.

L'acting d'Ellen Page est une des seules choses qui tient encore debout quand on termine le jeu

Maintenant abordons les sujets qui fâchent, ceux qui ont entachés mon expérience et pour certains ont littéralement pourri mon groove.

Prenons d'abord ce qui aurait du faire le succès du jeu, et qui fait tout le sel de jeux comme Heavy Rain, Walking Dead ou même en ce moment The Wolf Among Us : Les embranchements du scénario. Heavy Rain par exemple s'en sortait très bien sur ce point. Le moindre combat, la moindre décision étaient susceptibles de provoquer la mort d'un personnage si on exécutait mal les commandes. Ça rendait plus intenses, plus stressantes les bastons ou les courses poursuites parce qu'on savait que l'issue allait influencer tout le reste du scénario et qu'il ne valait mieux pas se louper. Le problème avec Beyond, c'est qu'on découvre rapidement que, l'histoire n'étant pas découpée chronologiquement (un défaut sur lequel je reviendrai), vos décisions n'ont pas ou peu de conséquences réelles sur le déroulement global des aventures de Jodie. Vous ratez un combat contre les policiers (et encore faut vraiment le vouloir), Jodie se fait arrêter...mais un miracle finira par vous remettre sur le « droit chemin » de l'histoire très rapidement. De même vous prendre 4-5 branches d'affilés n'a aucune conséquence sur une course poursuite (si ce n'est de voir Jodie s'en prendre plein la tête). 

Avec un si gros scénario, on pourrait s'attendre à une belle histoire émouvante, prenante et avec beaucoup d'embranchements qui donnerait au joueur l'impression de contrôler le destin de Jodie... ET BEN NON

Et là on touche au premier gros souci de Beyond : Son manque d'implication du joueur. A quelques rares moments, j'ai stressé à propos de mes choix, mais très rapidement j'ai compris qu'ils n'avaient que peu d'importance, que le chemin était tout tracé. Pourtant tout l'intérêt du « film interactif » est là : Une histoire qu'on peut façonner. Certes il y a toujours une ligne directrice qui nous donne l'illusion de tout contrôler et dont on pourra s'éloigner pour y revenir plus tard, mais tout l'intérêt de ce genre de jeu repose sur l'importance des écarts que l'on peut faire par rapport à cette ligne directrice. Dans Beyond, ces écarts sont très limités, sauf peut-être vers la fin, et la marge de manœuvre du joueur en devient infime.

Cette mission est symptomatique : Vous devez assassiner un homme... et vous le ferez car le joueur n'a pas son mot à dire

Quand j'ai découvert ça, je me suis dit « bon, ok c'est pas grave, j'ai qu'à me laisser porter par l'histoire ». Et c'est là que j'ai eu le deuxième effet kiss cool... 

D'abord pourquoi David Cage a t-il eu cette idée stupide de briser l'histoire en séquences sans liens chronologiques ?! Premièrement, ça tue la montée en puissance de l'histoire, et deuxièmement ça empêche tout attachement émotionnel à l'héroïne. On se retrouve en permanence à passer de scènes intimistes plutôt bonnes à des chapitres entiers, axés actions, sans intérêts, et ceci sans transition. Alors ok, il y a une explication (particulièrement nulle) à ce désordre narratif à la fin, mais je suis désolé, exploser l'histoire dessert complètement le jeu. David Cage en a d'ailleurs profité pour toucher à plusieurs styles cinématographiques (horreur, action, intimiste,...) mais ce qu'il n'a pas compris c'est que le récit allait en devenir totalement incohérent. A vouloir tester plusieurs styles, il ne se concentre sur aucun et ne va donc jamais au delà des clichés du genre qu'il aborde.

Je pense que c'est à ce moment là ou David Cage a jeté son scénario en l'air et est parti du studio en hurlant... 

Bon au début, j'avoue j'y ai cru. Je me disais qu'il fallait que je sois patient, que malgré le découpage foireux, l'histoire allait gagner en intensité, et puis il y avait quelques scènes réussies... Mais plus on se rapproche de la fin, plus l'histoire se ridiculise et devient nanardesque ! A côté de chapitres simples, tristes mais beaux comme ceux sur l'enfance, ceux de la vie de tous les jours de Jodie, on trouve des chapitres qui n'ont rien à faire là. J'ai commencé à tiquer après le chapitre dans le désert du Nevada qui sentait bon le cliché sur les indiens Navajos et l'histoire de fantômes bien simpliste. Mais c'est vraiment dans le dernier tiers, là ou l'histoire devrait être la plus intense, bref le climax, qu'on se dit que David Cage a décidé de jeter son scénario aux toilettes. Je ne vais pas vous spoiler, mais sachez qu'on se rapproche vraiment d'une mauvaise imitation de tous les blockbusters récents les plus foireux, avec tous les clichés et toutes les débilités que ça comprend. David Cage veut s'inspirer du cinéma : Ok je suis pour, à fond même... Mais au moins qu'il s'inspire de ce qu'il se fait de mieux, pas des films de Steven Seagal ! Cage a certes une belle vision du jeu vidéo que je soutiens, mais ce n'est pas un bon scénariste, et son jeu en souffre terriblement.

 

Au final, c'est dans les scènes un peu intimistes que Beyond s'en sort le mieux

In fine, Beyond a simplement la pire tare que puisse avoir un jeu qui à la prétention de tendre vers le cinéma : un mauvais scénario. Le jeu a une super actrice, de supers visages, de supers graphismes, une belle musique, mais il lui manque l'essentiel : Un scénario intéressant qui tient la route et qu'on pourrait influencer. En cela, je trouve Beyond même moins bon qu'Heavy Rain et c'est d'ailleurs probablement ma déception de l'année.