Davy Mourier, principalement connu pour son rôle dans la série Nerdz, son talk-show J'Irai Loler sur vos Tombes et Karaté Boy, nous livre une BD originale et profonde. Dans la lignée de ses oeuvres précédentes, le personnage principal est en réalité son alter-ego. L'auteur s'en sert pour aborder la vie, ses tracas, ses aléas et leurs conséquences.

 

Dès l'acquisition de 41 Euros, on est d'abord frappé par la jolie trouvaille du format adopté: la bande-dessinée se présente sous forme d'un petit cahier d'écolier (relié en spirale) dans lequel on aurait consigné tout plein de griffonnages. Ce n'est pas seulement original, ce format est en complète adéquation avec le contenu de l'oeuvre, un carnet de vie.

 

En effet, Davy Mourier se livre entièrement au fil des pages et parle plus précisément de la thérapie: comment en vient-on à se rendre chez un psychanalyste? Que peut-on rencontrer dans une vie qui nous fait aller si mal jusqu'à nous bourrer de cachetons? Pour expliciter cette démarche, le lecteur a bien sur le droit à un court background de Davy Mourier, couchant sur papier son cheminement personnel pour nous emmener jusqu'au déroulement de sa thérapie et de ses résultats.

 

Outre la dimension personnelle qu'y met le dessinateur, 41 Euros pose de véritables questions: la vie, la mort, l'expérience, les autres, l'amour, la peine, la dépression et, plus que tout, soi-même. L'introspection est au coeur de l'histoire. De ce fait, le lecteur tombe en immersion dans l'intimité de Davy Mourier et suit ainsi sa réflexion personnelle. Cependant, n'allez pas croire que cette intimité empêche l'identification du lecteur au protagoniste; au contraire, cette vie dont nous parle l'auteur est si quotidienne que rares seront ceux qui n'y verront pas leur reflet à quelques moments. 

 

Graphiquement, les dessins sont empreints d'une forte identité dont Davy Mourier a toujours fait preuve lors de ses réalisations. On y retrouve donc sans surprise son style simple et modeste mais si attachant, mettant toujours en scène l'essentiel. Les dialogues sont quant à eux sublimes. L'écriture est on ne peut plus personnelle, enfantine à des moments, poétique à d'autres mais toujours fidèle à l'auteur et à un moment de sa vie. Une fois de plus, il transmet sans maladresse un questionnement profond et s'offre même le luxe d'y insérer des tours de force littéraires, toujours maitrisés (je pense surtout aux quelques poèmes présents). 

 

En conclusion, 41 Euros Pour Une Poignée De Psychotropes est une expérience hors du commun qui vient frapper au plus profond de l'être. Davy Mourier nous fait rire, pleurer mais réfléchir aussi. On en ressort avec un sentiment de tristesse, surement du à l'empathie qu'il nous transmet puis on l'adapte à notre vie et les questions de l'auteur deviennent nos questions. S'il y a bien une bande-dessinée à retenir cette année, c'est celle-ci.