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Test : Bravely Default

Final Fairy
Par Yann Bernard - publié le

Dans le sillage du délicieusement désuet Final Fantasy : The 4 Heroes of Light, le retour aux racines de la saga se poursuit avec un autre spin-off, même s'il n'en porte pas le nom. Il est d'ailleurs courageux de se priver ainsi d'un titre aussi populaire - son prestige fût-il de plus en plus écorné - a fortiori pour une appellation si mystérieuse aux allures d'engrish. Justement Bravely Default ne manque pas de bravoure, puisque derrière son apparent traditionalisme, cette oeuvre vise à représenter une vision alternative de Final Fantasy, voire une incarnation moderne du JRPG old-school.

Imaginons qu'après le cinquième épisode, Final Fantasy ait conservé son univers heroic fantasy, plutôt que de s'aventurer dans le steampunk, et que la saga soit restée fidèle à son système de classes. En allant encore plus loin, qu'en serait-il advenu si l'emblématique character designer Yoshitaka Amano avait alors été remplacé par Akihiko Yoshida ? Pas question de réécrire l'histoire deux décennies plus tard, toutefois en suivant cette hypothèse, Final Fantasy VI aurait peut-être ressemblé à Bravely Default. Ce dernier débute en effet de manière analogue, passée la somptueuse cinématique d'introduction : une gente demoiselle nommée Agnès Oblige contemple le gouffre béant laissé par un maléfice qui menace de plonger le monde de Luxendarc dans l'obscurité, ce qu'elle compte bien empêcher. Traquée par l'armée, notre fugitive est bientôt rejointe par un jeune chevalier servant, Tiz Arrior, dont le village a été anéanti durant la catastrophe et qui espère le rebâtir.

Classique, mais classieux, qui plus est avec une localisation aussi soignée.

Mode 7 revisité

La palette de couleurs assez sombre rappelle aussi celle de Final Fantasy VI, à l'image des parallaxes utilisés pour rehausser les environnements. Même les voyages sur la carte évoquent cette ultime itération 16 bits, surtout qu'ils s'accompagnent d'une musique orchestrale épique emmenée par le son pur d'une flûte. Néanmoins, les paysages sont ici constitués de polygones, tandis que les décors des lieux visités résultent d'une habile superposition d'éléments en 2D. Les villes ont d'ailleurs fait l'objet d'un soin tout particulier, à défaut d'être très vastes, puisqu'elles ne s'étendent que sur quelques tableaux qui paraissent dessinés à la main, formant ainsi des théâtres d'une splendeur sans égale sur 3DS. Et la 3D auto stéréoscopique donne naturellement du relief à l'ensemble, au travers d'effets de perspective et de subtils détails, tels que les nuages qui surplombent ces contrées ou les reflets de l'eau. Indubitablement, la réalisation est l'une des abouties sur la machine, à la fois esthétiquement et technologiquement, mais sa délicatesse permet d'exalter un doux parfum d'antan.

Vues de loin, les cités ont des allures de fresque médiévale.

"Kefkaïen" ?

Malgré l'air familier de l'aéronef, cette épopée prend rapidement ses distances avec celle de Final Fantasy VI pour se rapprocher des opus précédents et notamment du cinquième, la trame tournant essentiellement autour de cristaux sacrés. Bravely Default s'inscrit donc dans un certain classicisme, au point de tourner ostensiblement en dérision les stéréotypes usités pour le background des principaux protagonistes. Ils ne manquent pourtant pas de personnalité, comme le soulignent les discussions optionnelles, quoique celles-ci ne soient jamais gratifiées de doublages, contrairement aux scènes majeures. A ce propos, on a loisir d'opter à tout moment pour les voix nippones ou anglaises, sensiblement plus sucrées mais toujours en harmonie avec le ton candide du récit. En dépit d'une tendance grandiloquente, Bravely Default s'appuie malicieusement sur l'humour pour atténuer la dramaturgie ambiante, qui va crescendo jusqu'à la (vraie) conclusion, absolument féerique. Et la partition cristalline de Revo, aux accents celtiques marqués, ne la rend que plus touchante et inoubliable, tant on demeure longtemps habité par ces mélodies.

Le zoom automatique permet d'apprécier la finesse du trait, des traces de crayonnage demeurant volontairement visibles.

Multi Classe

S'il faut vraiment trouver quelque chose à reprocher à la narration, quitte à ergoter, c'est de se servir systématiquement des quêtes annexes pour introduire des classes supplémentaires. Par conséquent, il est possible de passer à côté de certains jobs, en plus des éclaircissement scénaristiques apportés évidemment par la même occasion. D'aucuns y verront une force, d'autres une faiblesse, en tout cas c'est une indéniable marge de liberté. Idem pour la polyvalence des quatre héros qui sont capables de revêtir toutes les classes et d'en changer à l'envi, leurs caractéristiques initiales étant identiques. Ils se spécialisent cependant progressivement, dans la mesure où les niveaux des classes sont distincts de celui du personnage. En outre, chacun d'eux garde accès à une seconde discipline assortie d'aptitudes de soutien préalablement acquises, avec d'étonnantes combinaisons à la clé (un mage blanc aux talents vampiriques par exemple). De quoi faire le bonheur des amateurs de micro management...

Même sans Mode-7, la carte exalte un charme d'autrefois, avec des cycles de jour et de nuit qui influent sur les types de monstres rencontrés...

Coopération locale

L'originalité dans la gestion des compétences ne s'arrête pas là, puisque l'on peut carrément récupérer celles apprises par les personnages de nos amis (ou de bots faute de mieux). Bien entendu, ce système de mentorat encourage fortement à sympathiser avec les autres joueurs rencontrés par le biais du StreetPass. Cette fonction permet également de reconstruire plus vite la bourgade de Norende, en bénéficiant d'un surcroît de main d'oeuvre. Car les travaux continuent lorsque la console est en veille, la durée pour rétablir les routes ou développer les commerces diminuant proportionnellement en fonction du nombre d'ouvriers recrutés. Un excellent moyen d'obtenir des objets très précieux, tout particulièrement pour façonner les coups spéciaux. Ceux-ci sont en effet personnalisables, qu'il s'agisse de leur nom, du message associé ou de leur composition. La sélection d'effets élémentaires, selon les ennemis que l'on s'attend à affronter, autorise l'élaboration de techniques extrêmement puissantes. D'autant que toute l'équipe profite de divers bonus suite à leur déclenchement en fanfare, au point de renverser le cours des hostilités. S'y ajoute encore la possibilité de faire appel aux bottes secrètes transmises par les amis, et vice-versa, ce qui augmente les affinités avec nos camarades.

...et l'activité dans les villes.

Facultés d'adaptation

La notion de coopération s'en trouve renforcée, même sous cette forme asynchrone et de fait aucunement envahissante. Grâce à ces brillants mécanismes d'entraide, il n'est pas forcément nécessaire de jouer les stakhanovistes dans l'apprentissage des jobs et le leveling, a fortiori avec les ressources offertes par les échoppes de Norende sans que l'on ait à lever le petit doigt. Si d'aventure un Boss se montre récalcitrant, il y a toujours des solutions alternatives, ne serait-ce qu'un objet providentiel dissimulé dans le même donjon, ou une technique outrageusement efficace que l'on a l'opportunité d'assimiler lors d'une quête secondaire à proximité. Le challenge se révèle donc parfaitement dosé, du moins pour les rôlistes quelque peu aguerris. Et cette version revue et corrigée par rapport à la première mouture japonaise n'oublie pas non plus les néophytes. De la difficulté à la fréquence des combats aléatoires en passant par les XPs et l'argent récoltés (ou pas), tout est paramétrable. Bravely Default propose ainsi une expérience à la carte, afin d'éviter que quiconque ne soit rebuté par sa relative âpreté.

Les cut-scenes sont nombreuses, mais se cantonnent à l'essentiel, puisque les pages du "Livre de D" rassemblent l'intégralité de l'histoire, y compris ses zones d'ombre.

Morceau de bravoure

Comme son nom le suggère, ce RPG requiert une certaine bravoure, une approche qui constitue le fondement du gameplay. Les combats se déroulent de manière classique, au tour par tour, toutefois on peut en prendre jusqu'à quatre d'avance, ou faire l'impasse sur un, et ce pour chacun des personnages. Il s'agit respectivement des commandes "Brave" et "Default", associées à un capital de "Brave Points" remis à zéro au début de chaque bataille. Évidemment, ce principe incite à attaquer sans retenue au départ, tant il est grisant de regarder ses guerriers estourbir prestement les ennemis en cognant quatre fois de suite. Surtout que des XPs bonus viennent récompenser une victoire immédiate, obtenue en gardant l'équipe indemne. Néanmoins on ne tarde pas à subir de violents retours de bâton face aux adversaires plus coriaces, car ceux-ci ont la main lourde et ne rechignent pas à user des sorts qui altèrent les statuts. A l'instar des points d'action de The 4 Heroes of Light, il faut gérer les manoeuvres avec prudence, au risque de se retrouver avec des ouailles démunies pendant plusieurs tours le cas échéant.

La pétulante fée Airy accompagne à nos héros et donne des conseils sur la marche à suivre, tandis que des repères optionnels indiquent l'emplacement des quêtes.

Nul n'est sans default

C'est là que le choix du "Default" prend tout son sens : non seulement les dommages sont considérablement réduits, mais le tour supplémentaire mis en réserve autorise ensuite une cinglante contre-attaque. Or ces perspectives dévastatrices s'appliquent dans les deux camps. Il convient par conséquent d'établir minutieusement sa stratégie en fonction de celle des opposants et de leurs caractéristiques, des indications aidant heureusement à deviner leurs plans. Ainsi, la mécanique à double tranchant de Bravely Default demande de l'anticipation et de la réflexion pour organiser les opérations sur plusieurs tours, qui plus est avec les méthodes vouées expressément à l'exploiter. En somme, ce système de combat bouleverse les règles du genre, les abus suscités (pour ne pas dire encouragés) en font même partie intégrante, de sorte qu'un certain équilibre subsiste dans ses audacieux excès. Cette déclinaison revisitée va jusqu'à donner la possibilité de faire une pause au beau milieu des hostilités et de s'octroyer des actions en plus, une "Bravely Second" hors du temps, activée grâce aux "Points de Sommeil" (maximisés à trois). Ceux-ci se régénèrent pendant que la console reste en veille ou lorsque l'on consomme des boissons achetées via des micro transactions, la seule (toute) petite fausse note au programme.

La présence de statuts tels que le mutisme ou de queues de phénix parmi les objets ne laisse aucun doute quant aux origines de Bravely Default.

Colossal

Complètement démesurée, cette option n'a d'intérêt que face aux colosses, eux aussi spécialement ajoutés pour ce cru. Ces créatures incroyablement retorses arrivent à Norende sans crier gare, par l'intermédiaire de la connexion Internet ou du StreetPass, et constituent l'ultime défi pour les aventuriers assidus. Le cheptel de bestioles se renouvelle à mesure que l'on parvient à les vaincre ou que d'autres les remplacent (à moins que l'on ne décide de les protéger), ce qui entretient l'impression de persistance de cet univers. Bien entendu, cela allonge encore la durée de vie qui dépasse allègrement la soixantaine d'heures, sans compter le temps passé à lire le "Journal de D". Ce bouquin énigmatique rassemble un volume encyclopédique d'informations sur les personnages, les objets, l'histoire passée (et même à venir), ainsi que l'intégralité des cutscenes, exception faite des rares séquences usant des cartes de réalité augmentée. Ces intrigants interludes témoignent de la quête de perfection ici mise en oeuvre. Toutes les fonctionnalités de la console sont utilisées, mais avec un soin et une singularité qui s'apparentent à de l'artisanat. On est loin de la surenchère technologique entreprise de nos jours, y compris en matière de RPG. Bravely Default puise son essence dans les racines du genre, et y insuffle des idées modernes, voire phénoménalement audacieuses, sans jamais trahir ses valeurs traditionnelles. Doit-on le considérer comme le dernier survivant d'une discipline en perdition, tel un samouraï, ou l'instigateur de sa future renaissance ? Même le Journal de D ne le dit pas. Toutefois, dans un cas comme dans l'autre, difficile d'imaginer que le JRPG puisse se trouver un plus glorieux représentant.

Test : Bravely Default
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Bravely Default repose sur les fondements du JRPG, mais au lieu de s'enliser dans un conservatisme rassurant, cette oeuvre s'ouvre intelligemment à la modernité pour s'inscrire dans son époque et échafauder des concepts autrement plus ambitieux. En témoigne l'intrigue qui reprend non sans ironie les poncifs du genre, pour mieux surprendre par la suite. De même, la mise en scène s'appuie sur la simplicité de dialogues souvent accompagnés de doublages, plutôt que sur un bataillon de cinématiques sans âme. Enfin la réalisation mêle la finesse de la 2D et le relief de la 3D pour offrir un spectacle de toute beauté, qui semble façonné à la main. Cependant c'est à travers les mécaniques de gameplay que Bravely Default fait étalage de sa bravoure, qu'il s'agisse de la souplesse de gestion des compétences, des notions de coopération et de persistance de l'univers introduites par les fonctions en réseau astucieusement exploitées, ou du système de combat bien entendu. Son principe à double tranchant bouleverse les règles du tour par tour, une démarche poussée jusqu'à son paroxysme dans l'endgame. Bravely Defaut n'est donc pas seulement un JRPG d'exception porté aux nues par l'attente exacerbée d'adeptes en mal de pure fantasy, mais bel et bien la quintessence contemporaine de cette discipline.
par Yann Bernard
+ On aime
  • Le splendide mariage entre 2D et 3D.
  • La partition cristalline de Revo.
  • Le doux parfum d'antan.
  • Les prodigieuses mécaniques de combat.
  • Le challenge à la carte.
  • L'endgame accompli
  • La modularité des classes.
  • L'intégration originale des fonctions sociales.
- On n'aime pas
  • La déclinaison d'ennemis sous différentes couleurs.
  • L'option "Bravely Second" superflue (surtout via micro transaction).
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Classique, mais classieux, qui plus est avec une localisation aussi soignée. Vues de loin, les cités ont des allures de fresque médiévale. Le zoom automatique permet d'apprécier la finesse du trait, des traces de crayonnage demeurant volontairement visibles. Même sans Mode-7, la carte exalte un charme d'autrefois, avec des cycles de jour et de nuit qui influent sur les types de monstres rencontrés... ...et l'activité dans les villes. Les cut-scenes sont nombreuses, mais se cantonnent à l'essentiel, puisque les pages du "Livre de D" rassemblent l'intégralité de l'histoire, y compris ses zones d'ombre. La pétulante fée Airy accompagne à nos héros et donne des conseils sur la marche à suivre, tandis que des repères optionnels indiquent l'emplacement des quêtes. La présence de statuts tels que le mutisme ou de queues de phénix parmi les objets ne laisse aucun doute quant aux origines de Bravely Default. Nos héros changent de classe (et donc de costume) comme de chemise, mais les modifications visibles en matière d'équipement sont restreintes aux armes. Les invocations font partie des sorts les plus dévastateurs, mais encore faut-il trouver où se cachent les sages qui transmettent ces savoirs, et survivre à leur enseignement. Les couloirs tarabiscotés des donjons et autres cavernes renferment de précieux trésors, qui nécessitent parfois de venir à bout de petites énigmes. L'exécution des coup spéciaux demande de réunir certaines conditions, différentes selon l'arme (par exemple utiliser plusieurs fois Brave pour l'épée). La musique change quand on effectue un coup spécial, les bonus octroyés aux équipiers perdurant jusqu'à la fin de la gigue. La possibilité d'accélérer ou de ralentir la vitesse des joutes leur confère encore plus de dynamisme. La vie à Norende suit son cours en parallèle de cette épopée. Et à mesure que l'économie prospère, on reçoit régulièrement des cadeaux, ou de dangereux visiteurs. Certains colosses auront des airs de déjà vu pour les vétérans de The 4 Heroes of Light... Le choix de la commande Brave ou Default est signalé à l'écran, et ce dans les deux camps. Le recours au Default n'est pas sans danger face à des adversaires qui misent sur les changements de statut, qui ont alors l'initiative. Figer le déroulement des hostilités le temps d'une "Bravely Second" permet d'infliger de sérieux dégâts ou de se sortir d'une situation inextricable.
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