Test : Tearaway

All you need is paper
Par Yann Bernard - publié le

L'immense LittleBigPlanet tourne presque toute seule à présent, Media Molecule ayant fait de plus en plus appel à des studios externes pour l'étendre, tandis que la communauté des curateurs créateurs continue à enrichir ce petit monde avec leurs idées. L'heure était donc venue pour les "molécules" d'explorer de nouveaux horizons, fût-ce l'expédition moins ambitieuse. Et dès lors quoi de mieux pour trouver l'inspiration qu'une feuille de papier et un crayon ? Surtout s'il est tenu par Rex Crowle, un griffonneur compulsif en grande partie responsable de l'allure bizarroïde des créatures de l'imagisphère.  

A l'origine de ce projet, il n'y a que quelques bouts de papier. Quand on y pense, c'est bien peu de chose, du papier, à l'ère du tout digital, pourtant son invention a changé l'histoire de l'humanité. Car aussi banal soit ce matériau de nos jours, il a constitué le support fondamental de l'écriture et du dessin. Autrement dit, la surface immaculée d'une page blanche, souvent intimidante, est l'un des principaux réceptacles de la création. Une fonction que Tearaway décline à sa manière, puisqu'il utilise le papier comme matière première pour construire l'ensemble de son univers. Ainsi le sol et les murs sont recouverts d'aplats de papier, dont les textures et les rebords apparaissent lorsqu'on les regarde de plus près. De même, l'herbe est faite de fines lamelles de papier, les arbres de morceaux découpés en forme de branches collées les unes aux autres, et les personnages semblables à des oeuvres d'origami. Y compris le principal protagoniste, Iota ou Atoi (selon que l'on choisit une fille ou un garçon) n'est qu'un pli ou une enveloppe qui tient debout grâce à de frêles lanières de papier. Malgré cet aspect rudimentaire, le monde de Tearaway ne ressemble pas à une salle de classe d'école maternelle après un cours de collage et de découpage. Encore qu'il soit habité par la même énergie créative débordante, mise en scène avec un goût certain. En effet, Tearaway est beau, mais pas au sens de l'esbroufe technologique, quoique cette masse de papier pèse parfois sensiblement sur le frame rate. Sa beauté est simplement le résultat de l'assemblage harmonieux de ces éléments qui paraissent façonnés à la main, pour créer quelque chose d'unique. Et serait-ce finalement ça, la signature de Media Molecule ?

Le folklore qui habite ce joli monde de papier le rend encore plus unique.

Hart within

En tout cas le regretté Tony Hart, qui a profondément influencé les membres fondateurs du studio, apprécierait sans doute un tel travail. Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, notre homme présentait jadis des émissions très didactiques sur les arts plastiques à destination de la jeunesse britannique. Ces expériences télévisées ont d'ailleurs donné naissance au personnage en pâte à modeler Morph, l'un des premiers projets d'Aardman. Et le procédé d'animation de Tearaway rappelle justement celui qu'utilise la fabrique de Wallace et Gromit, filmés image par image. Car bien entendu, tout cela bouge, et joliment en prime ! Au delà de l'éclosion des fleurs sur le chemin d'Iota, les mouvements de l'eau sont magnifiquement représentés, qu'il s'agisse des cercles qui naissent sous ses pas pour matérialiser les vaguelettes, ou des cascades constituées de bandes de papiers qui se déroulent inlassablement. Ces animations s'effectuent de façon relativement simple, épurée d'artifices superflus, pour conserver le rendu artisanal de ce spectacle. Idem pour les musiques, dont l'orchestration repose sur des instruments traditionnels afin de retranscrire le côté folklorique de Tearaway. Composé tantôt de gigues enjouées, tantôt de mélodies discrètes, voire absentes, l'environnement sonore colle parfaitement aux multiples ambiances de cet univers. Même l'accompagnement occasionnel de sonorités plus modernes comme le dubstep n'altère aucunement son authenticité. D'autant que les bruitages sont du même acabit, puisqu'ils reproduisent les sons qu'émet le papier quand il est plié, froissé ou déchiré. Et bien sûr, cet élément essentiel de Tearaway se comporte également de façon crédible.

Le déroulement de cette aventure multiplie les surprises, et cela va crescendo, à commencer par les ballades à dos de cochon !

Papercrafted

On ressent aussi bien sa légèreté, sa fragilité que son étonnante rigidité, des propriétés physiques qu'exploite naturellement le gameplay. Prenons l'exemple de ces merveilles d'architecture en papier que l'on croirait tirées des livres en relief, et qui se déplient pour former des plateformes. Présenté ainsi, sur le papier, Tearaway pourrait presque passer pour un jeu de d'action et de plateforme classique, certes inspiré sur la forme, mais ordinaire sur le fond. Après tout, l'aventure consiste à arpenter des niveaux plus ou moins ouverts parsemés de pièges et autres précipices, tout en aplatissant de vilains scraps en papier journal au passage. En outre, Iota hérite d'aptitudes supplémentaires chemin faisant, tout comme la liste d'ennemis s'allonge, suivant les principes habituels de la discipline. Et si notre héros ne souffre pas du syndrome des bonds cotonneux de son arrière cousin Sackboy, on retrouve l'un des soucis récurrents du genre, en l'occurrence des petits accrocs de lisibilité avec la caméra, gérée semi manuellement. Tearaway parvient toutefois à se distinguer brillamment de la masse, en se servant aussi du papier comme matériau de base pour la quasi totalité des mécaniques introduites au fil de l'avancée. Cela va des parois recouvertes de papier collant aux passerelles en serpentin qui se déroulent tel un tapis du rouge, sans oublier les zones ornées du quatuor croix-rond-carré-triangle. Celles-ci sont faites d'un papier plus fin, qui peut servir de tam-tam rebondissant ou être transpercé selon la situation, et ce par le biais du touchpad. Nos petits doigts apparaissent alors sur l'écran, une méthode très utile pour se débarrasser de hordes de scraps ou déplacer des objets.

Pas étonnant, le "Vou" affiche souvent une mine réjouie...

CréatiVita

Les énigmes s'appuient évidemment sur cette fonction interdimensionnelle, rendue encore plus intéressante par la nécessité de guider Iota simultanément avec le stick analogique. L'écran tactile n'est pas en reste, puisqu'il permet de manipuler de nombreux mécanismes, notamment le mouvement de certaines plateformes... à moins qu'elles ne soient contrôlées par le gyroscope ! En somme, Tearaway foisonne de trouvailles de gameplay, quelquefois littéralement renversantes, auxquelles s'ajoute l'élégance de ne pas les répéter, le comble du raffinement. De l'ingéniosité, on en a décidément à revendre chez Media Molecule, l'ensemble des fonctionnalités de la PlayStation Vita étant mises à contribution. Et il ne s'agit pas d'une vulgaire démonstration pour souligner l'étendue des capacités de la machine, ces expériences ont de véritables vocations, en particulier sur le plan narratif. Évoquer le rôle du micro risquerait de gâcher l'effet de surprise, par contre impossible de passer sous silence celui des appareils photo. Ils établissent en effet le principal lien entre le monde d'Iota et celui du "Vou", autrement dit le nôtre. Ce pont se manifeste par la présence de notre frimousse en guise de visage pour le soleil, qu'Iota contemple comme s'il était un dieu, alors même qu'on le regarde avec un air souvent amusé, voire attendri, via la caméra frontale. Il faut dire que la mission d'Iota, pour ne pas dire sa raison d'être, consiste à porter un message jusqu'au "Vou". D'autres oeuvres vidéo ludiques ont déjà essayé d'impliquer le joueur de la sorte, cependant on a rarement ressenti cette relation avec une telle intensité, ni eu l'impression de jouer un rôle aussi important dans une épopée, dont le déroulement nous surprend sans cesse en prime.

Le papier sert autant à la mise en scène qu'au gameplay.

LittleBigWorld

Cela tient sans doute aux choses que l'on change dans le monde d'Iota, par exemple une couronne confectionnée pour un écureuil avec le logiciel de dessin et de découpage incorporé. Car cette interaction s'effectue dans les deux sens, au travers des divers personnages et objets que l'on photographie pour leur redonner des couleurs. Ils figurent ensuite dans une collection accessible sur le site Tearaway.me, où l'on peut télécharger leurs patrons pour les fabriquer en vrai papier, dans notre monde bien réel. Ce portail abrite aussi les photos souvenirs de ce voyage inoubliable, histoire de les partager avec d'autres Vous. Alors bien entendu, cette dimension communautaire peut sembler restreinte en comparaison de l'immense LittleBigPlanet, à l'instar des possibilités assez limitées pour modifier l'apparence d'Iota. En plus de nos propres créations, on doit ainsi se contenter des motifs achetés grâce aux confettis rassemblés tout au long du périple. Et puisque l'on en est au chapitre des remontrances, certains regretteront probablement la relative brièveté de cette quête, même avec les cadeaux cachés aux abords de la route. Surtout que la simplicité des tâches plus ou moins optionnelles à accomplir et la facilité désarmante des combats transforment Tearaway en une vraie petite promenade de santé. Néanmoins Media Molecule n'a jamais caché sa volonté de se lancer dans une aventure de moindre envergure, après que LittleBigPlanet soit devenu trop grand pour le studio. Il en est né cette oeuvre à taille humaine, débordante de créativité, et dans l'absolu encore plus personnelle. Comme quoi, c'est bien peu de chose, un bout de papier, mais ce matériau permet d'exprimer tant de choses dès lors que l'on en fait une enveloppe pour y glisser un message résolument universel...

Test : Tearaway
Indispensable Gameblog
Fantastique
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Sur... le papier, Tearaway ressemble à un jeu d'action et de plateforme assez classique. Toutefois, l'oeuvre de Media Molecule se distingue d'emblée par l'utilisation du papier en guise de matière première pour construire ce monde à la beauté singulière, habité d'une âme folklorique que renforce la fabuleuse bande son. Et les propriétés physiques du papier servent aussi à façonner une myriade de mécaniques de gameplay, avec la PS Vita comme outil de prédilection. L'ensemble des fonctionnalités de la machine sont mises à contribution pour déployer ces trésors d'ingéniosité, tout spécialement les surfaces tactiles qui suscitent des manipulations littéralement renversantes. En dépit de telles prouesses, la technologie s'efface pour laisser parler une facette narrative s'exprimant à travers le lien établi entre Iota et le Vou, autrement dit nous. Cette passerelle engendre des interactions d'un monde à l'autre, brouillant un peu plus la frontière entre le réel et le virtuel. Media Molécule signe ainsi une oeuvre certes moins massive que LittleBigPlanet, mais encore plus personnelle.
par Yann Bernard
+ On aime
  • Beau comme une oeuvre d'origami.
  • Un univers de papier unique et cohérent.
  • La charmante bande son folklorique.
  • L'humour Media Moléculaire.
  • Des piles de trouvailles de gameplay en papier.
  • L'utilisation inspirée des fonctionnalités de la console.
  • Les interactions entre réel et virtuel.
  • Une joyeuse promenade de santé.
- On n'aime pas
  • Forcément assez facile donc...
  • ...et un peu court du coup.
  • De discrètes chutes de frame rate.
  • Des petits accrocs de caméra.
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L'argus
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Le folklore qui habite ce joli monde de papier le rend encore plus unique. Le déroulement de cette aventure multiplie les surprises, et cela va crescendo, à commencer par les ballades à dos de cochon ! Pas étonnant, le "Vou" affiche souvent une mine réjouie... Le papier sert autant à la mise en scène qu'au gameplay. On devine aisément la nature des différents types de papier... ...et donc leurs éventuelles utilisations. Les vilains scraps rappellent combien il est important de recycler ses vieux papiers. Iota apprend à se rouler en boule afin de faire plier ces scraps plus coriaces. La musique a quelquefois un rôle interactif. Rien de tel qu'une soirée à la taverne, au son de l'accordéon. Mais l'instrument à vent d'Iota a d'autres fonctions, qui rappellent d'ailleurs beaucoup l'aspirateur d'un certain Luigi. La force du tapotement est prise en compte pour déterminer la hauteur des bonds sur ces tambours. Ce ne sont bien sûr pas nos vrais doigts qui transpercent l'écran, mais on nous demande leur taille afin de renforcer l'illusion. Contrôler Iota pendant que nos doigts sont occupés à triturer le Touchpad ou l'écran tactile suscite des manipulations aussi originales que délicates. Les (très) nombreux checkpoints empêchent le moindre prémisse d'agacement, que du bonheur pour tout le monde en somme ! Il est possible de revenir explorer les différents chapitres grâce aux marque-pages. Certains environnements sont assez ouverts... ...mais tous renferment leur lot de cadeaux, certains étant cachés, et d'autres offerts en récompense d'un service. L'interface du logiciel de découpage et de collage est entièrement tactile. Le résultat n'est qu'une question de doigté, et d'imagination. Avec les confettis récoltés, on peut s'offrir une panoplie de motifs pour personnaliser Iota. La visée lors de la prise de photos s'effectue soit avec le gyroscope, soit avec le stick analogique. Différents types d'objectifs et de filtres sont proposés, histoire de réaliser de splendides clichés. Il ne reste alors plus qu'à faire partager ses oeuvres sur le portail web. Grâce aux patrons téléchargés, ce petit monde se matérialise dans le nôtre.
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