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Interview de Vitality-SDF : "l'eSport va habiter le Stade de France"

Interview de Vitality-SDF : "l'eSport va habiter le Stade de France"

Par Alix Dulac - publié le
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Le 21 juin dernier, l'eSport français connaissait une avancée majeure dans sa marche en avant. La structure numéro un du pays, Vitality, associait son nom à celui du Stade de France pour un projet d'envergure : la construction d'un centre de performance dédié à la détection des futurs talents esportifs, et dans un futur proche, la levée d'une Arena. Un défi titanesque qui marque une volonté commune des deux univers : élever l'eSport français à son sommet. Ce qu'ont expliqué Alexandra Boutelier, directeur général du Stade de France et Fabien "Neo" Devide, co-fondateur de Vitality, à Gameblog.

Gameblog : Alexandra Boutelier, pourquoi le Stade de France manifeste, avec la création de ce centre de performance (ouverture prévue pour septembre 2020), son intérêt pour l'eSport ?

A.B. : Dès qu'il y a sport, ça nous parle un peu (sourires). Ce n'était pas forcément évident. Nous, on est à la recherche de l'évolution de notre modèle économique. Cette enceinte de 80.000 places reçoit des matches de rugby, de football et des très grands concerts. Aujourd'hui, ça fonctionne mais notre sentiment, c'est que ça ne sera pas suffisant demain. C'est indispensable, nécessaire mais non suffisant. C'est comme ça qu'on s'est intéressé à l'eSport. C'est pour cela qu'on est allé voir aux Etats-Unis l'ampleur que ça prenait, au Barclays Center, lors de la finale de l'Overwatch League. Pour sentir un peu le truc. L'intuition que ces voyages ont forgé, c'est qu'il y a quelque chose. Que finalement, les modèles sont beaucoup plus convergents que ce que l'on pouvait imaginer à l'origine. On a une intuition d'abord, une réflexion ensuite et une rencontre, enfin.

Vous parlez d'intuition. Celle que l'eSport va s'inviter de façon régulière, voire pérenne au Stade de France ?

A.B : Oui. C'est une certitude. Je ne peux pas vous donner la date. Qui pouvait imaginer il y a 18 mois qu'on en serait là aujourd'hui ? Tout cela nous amène à beaucoup d'humilité pour savoir dire quand mais je suis convaincu de ça.

Ce n'est pas une petite déclaration ça, à une époque où le débat est encore bien marqué et présent sur la place et la vision de l'eSport en France.

A.B : C'est le 4e pilier d'événements qui va venir dans le modèle économique du stade, je suis vraiment sérieuse. C'est à long terme et ça va être demain aussi légitime et relever autant de l'évidence que le football, le rugby ou les grands spectacles. Je n'ai pas le moindre doute là-dessus. Ma conviction est absolument faite. Nous verrons, ça me permet d'une évidence stratégique totale. Y a plus qu'à. Quand je vous dis que je suis convaincu, je ne l'imagine pas. Je sais qu'on va y aller. Je ne sais pas comment, on va se débrouiller. On va apprendre en marchant, mais on va y aller.

"Maintenant, on va faire de la détection et habituer les joueurs à cette rigueur et à cette exigence"

Fabien Devide, lors de la conférence de presse, vous avez parlé de trois jeux présents dans ce centre de performance : FIFA, League of Legends et un autre jeu à déterminer. Quel sera ce dernier jeu ?

F.D : J'ai envie que ce soit un jeu majeur. J'ai envie qu'il y ait des stars de l'écosystème qui côtoient l'endroit. Pour nous, il faut vraiment que ça fasse partie de notre ADN aujourd'hui et que l'on fasse les choses dans l'ordre et l'ordre, c'est créer des valeurs, c'est créer de l'appartenance au club, c'est créer le lien de hiérarchie, ce sont encore plein de choses qui n'existent pas de manière très ancrée dans l'esport. On fait de la détection sur le tard d'un talent qui a 19 ans, qui est passé par trois équipes avant toi, qui n'a que des mauvaises habitudes, qui n'a pas une bonne hygiène de vie, qui n'a pas forcément un super rapport à la hiérarchie parce qu'il n'a jamais eu un coach de bon niveau. Aujourd'hui, notre travail, c'est 80 % de reformation sur les talents qu'on a aujourd'hui. Avec le centre de formation, on prendrait le problème à l'envers, "ok maintenant, on va faire de la détection de joueurs et les habituer dès cet instant à avoir cette rigueur-là, cette exigence-là, en ayant quelqu'un qui incarne ses valeurs". Là, je parle du directeur de la performance et je cherche un très grand champion, c'est ça le profil que je veux.

Vous avez identifié votre profil déjà ?

F.D : J'ai des idées en tête, il y a des discussions. J'ai plusieurs noms, dont quelqu'un avec qui on est en discussion aujourd'hui. Je veux quelqu'un qui soit connu de tous, qui soit un accélérateur de particules et qui explique les exigences du sport. Je le vois avec Matthieu Péché (champion olympique et champion du monde de canoë biplace, désormais team manager de l'équipe CS:GO Vitality), qui a fait deux fois les Jeux, qui a été champion du monde. Mes joueurs CS:GO le respectent instantanément parce que c'est un grand champion, il a été champion du monde. A un instant T, il a été meilleur que tous pour pouvoir l'emporter. Il a eu la capacité de faire énormément de sacrifices pour être le meilleur à cet instant. On se rend compte que des choses qu'on leur dit depuis des années, dans la bouche d'un grand champion, ça passe beaucoup mieux. Il y a plein-plein de choses comme ça qu'on veut créer et qui les fera grandir.

Alors quid du troisième jeu ? Un FPS ? On peut penser à Rainbow Six Siege (l'équipe Vitality a fait son retour cette saison en Pro League)

F.D : Le troisième jeu, ce sera au fil des opportunités. R6 est un jeu qui a beaucoup d'avenir, qui a un lien fort avec la France, ça me tente. Counter-Strike n'est pas forcément un modèle de jeu qui a besoin d'être à demeure. Ce sont les grands chantiers. Ce qui est sûr, c'est que FIFA et League of Legends seront des valeurs sûres. R6, c'est une envie que j'ai... maintenant on verra dans la temporalité du projet.

"L'Arena se fera à plus ou moyen terme"

Vous avez évoqué le directeur de la performance (Neo n'a pas voulu nous révéler les noms des pistes évoquées). Quel sera le type de staff autour de lui, puisqu'on parle de kinés, de préparateurs physiques mais aussi de nutritionnistes.

F.D : Ce seront des personnes très implantées dans le monde du sport traditionnel. On a vraiment voulu s'entourer de personnes qui sont des tueurs quoi. Quand on fait quelque chose, on veut toujours le meilleur. C'est pour ça qu'on est ici aussi. C'est pour ça que les personnes qui vont être avec nous et auprès des joueurs, il faut qu'ils excellent dans ce qu'ils font pour apprendre à tout le monde à avoir le goût de l'exigence.

Reparlons de ce deal historique. Vitality est désormais un club résident du Stade de France. Il y aura un loyer à payer ? Cette association est financée par laquelle des parties ?

Alexandra Boutelier : Sur l'infrastructure en elle-même, considérons que c'est un co-investissement. On est dans le même bateau. C'est du 50-50. On est en train de chercher à le rentabiliser via des partenariats divers et variés. On a une team qui est composée d'éléments de Vitality et du Stade de France et qui chasse en meute. Il n'y a pas un propriétaire et un locataire.

Pour finir, quand pensez-vous pouvoir mener à bien l'autre projet évoqué, celui de l'Arena ?

A.B : Le timing n'est pas totalement entre nos mains. Nous gérons pour l'Etat cette infrastructure. On ne peut pas décider absolument tout seul tout le temps ce que l'on fait. On a une Coupe du monde de rugby en 2023 et des Jeux Olympiques en 2024. Ces deux événements amènent à réaliser un certain nombre de travaux d'adaptation dans le stade. Sachant que le contrat de renouvellement pour le gestionnaire intervient en 2025. On est aujourd'hui au beau milieu de tout un tas de discussions pour essayer de voir comment faire coïncider les dates. En fonction du résultat, envisager l'Arena se fera à plus ou moins moyen terme. Il nous faut un peu de temps pour amortir tout ça. Elle sera à l'intérieur du stade. C'est une partie prenante du stade. L'eSport va habiter au sens propre du terme cette infrastructure.

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