Assassin's Creed : Syndicate - Jack L'éventreur sur PS4, le test de Moraw

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Moraw
6
Moraw PS4

Encore une bonne idée gâchée...

Objet de critiques assassines comme de fanboyismes avérés, Assassin's Creed a marqué les esprits de nombreux joueurs et a su s’imposer pendant des années. Baignant dorénavant dans les avis mitigés, Ubisoft semble cependant toujours très fidèle à ses rituels. Nous en venons alors à celui des DLC et donc ici à Assassin's Creed Syndicate : Jack l'Eventreur qui sans valoir son prix, se dévoile comme l'un des rares à être véritablement intéressant. Ce phénomène peut très facilement agacer tellement qu’il en deviendrait de nos jours presque malvenu de sortir des extensions dans une époque où les jeux vendus terminés restent une denrée extrêmement rare. Mais je n’y peux rien. A chaque Assassin's Creed je suis à nouveau emporté, amusé, effrayé, séduit, comblé. Mais surtout, ces jeux viennent réveiller en moi une étincelle, le plaisir coupable saupoudré d'une fascination étrange.

 

Dès le début le DLC donne instantanément le ton, et jamais le rythme sombre qui transporte la narration ne faiblira. Le jeu est bâti autour de ce que l’on pourrait qualifier d'une aura cynique inégalié dans la série. Tout est millimétré pour la garantir et la maitrisée, ce qui emprisonne le joueur dans l'obscurité de Londres à une époque où seule la terreur règne dans les rues. Cependant, la recette que concocte Assassin's Creed Syndicate : Jack l'Eventreur est encore une fois la victime d'une politique décidément rageante. Quand on y joue, on n’a pas ce sentiment d’avoir ici une exploitation suffisament intéressante d'un tueur aussi connu que Jack l'Eventreur, le DLC est presque une honte en comparaison d'autres adaptations comme "Sherlock Holmes contre Jack l'Éventreur". On démarre sur de bonnes bases puis on revient sur ce qui fait la réputation des DLC Assassin's Creed, car comment véritablement croire en une bonne oeuvre du thème en dévoilant une nouvelle fois encore tellement de quêtes annexes différentes pour que le DLC ne donne pas envie de rage-quit tellement l'introduction semblait vendre du rêve.

Toutefois la narration est intrigante, même si elle se permet des libertés dans sa version du Jack l'Éventreur. Comme celle de sortir parfois du code établit par le célèbre tueur, cassant évidemment le réalisme potentiel pour finalement simplement se servir du personnage pour ensuite le modifier à sa sauce. Et si les libertés prises dans la forme contribuent à cependant donner une certaine réflexion dans le but de questionner intelligemment les joueurs, l'histoire se qualifie d'une des plus intéressante de la série dans le cadre des DLC de celle-ci, tant elle joue avec notre surprise. Jouer à Assassin's Creed Syndicate : Jack l'Eventreur c’est accepter de se laisser entraîner dans une spirale obscure, indéfinie, étrange… mais qui sonne de manière tellement intrigante qu’elle en est accueillante. Dans ce jeu, tout est possible car tout est repris pour ensuite être adapté aux besoins de la licence. Les événements dépassent l’entendement, dépassent le stade de la crédibilité et ne cherchent pas à nous faire croire que tout se résume à des Assassins contre le mal absolu. Le monde de ce DLC, c’est celui de l’imaginaire détraqué, poussant à des théories sans réponses qui remettent encore une fois en question nos acquis sur l'histoire de la guerre Assassins/Templiers pour se demander qui est vraiment le camps le plus juste, ou à l'inverse celui ayant commis le plus de torts à travers l'histoire.

 

Dans cet univers il n’y a pas de limites, et ce qui démarre par un scénario plutôt simple n’en finit pas de dégénérer, de prendre des proportions inattendues, qui ne cessent de surprendre le joueur. Arrivé à la fin, on pourrait à loisir se demander si le jeu qui s’est terminé est bien le même que celui qui a commencé avec sa version de base, mais le déroulement est tellement soigné dans son développement que l’ensemble est un bloc solide, indubitablement sujet aux questionnements pour trouver une réponse. On assiste à une dangereuse escalade. La violence dans le jeu commence de manière brutale pour terminer dans la réflexion et le doute complet. Mais avec sa dernière apparition, elle est déjà dangereuse car elle apparait sans prévenir afin de s'inscrire dans la continuité de ce qu'Assassin's Creed III avait démaré en son temps, c'est-à-dire le projet de tout renverser pour ne plus partir dans le raisonnement simpliste. A ce titre, l’analyse difficile de la scène du dernier acte est intéressante pour faire un petit cours de psychologie pour les nuls, de manière extrêmement subjective bien sûr. C’est à partir de ce moment que la remise en question commencera à se répandre, Assassin's Creed Syndicate : Jack l'Eventreur est le porteur de cette épidémie, et répandra cette soif de trouver une réponse.

 

Je vais maintenant en venir à la vitesse avec laquelle le DLC nous entraîne dans le dégoût une fois en dehors des quêtes principales. On accuse souvent Ubisoft de mettre un point d'honneur à gonfler sa durée de vie à travers des quêtes secondaires plus que redondantes et de se servir avant tout de cela pour maintenir l'illusion d'un DLC complet. En soi, ce n’est pas faux. Effectivement, ce DLC nourrit une fois encore cette réputation qui n'est plus à prouver. Toute la partie quêtes annexes n'est qu'une façon de partir en balade dans un coin réduit de la map de Londres pour arracher des feuilles, lire des journaux, collecter, tuer les adepts de Jack. Pas besoin de m'attarder dessus l'évidence est dévoilée, ces quêtes ne sont que des copiés/collés de celles du jeu de base mais cette fois-ci dans un autre contexte, ou presque. Ainsi, la vision si jouissive se voit dérangée par le rituel bien connu de Ubisoft, cassant littéralement l'envie de rallumer la console pour s'addoner une nouvelle fois à des heures supplémentaires de tâches idendiques.

 

Si Assassin's Creed Syndicate : Jack l'Eventreur fonctionne bien, c'est parce qu’il se donne un genre inédit dans la série, et que sa narration reste en proie à des questionnements profonds sur les convictions de la Confrérie. En tant qu’œuvre vidéoludique, ce DLC est maîtrisé de bout en bout, d'une gestion du rythme sans fausse note, des personnages formidables et une bande son collant parfaitement au contexte. Cependant c’est avant toute chose un produit de divertissement, et il excelle dans ce domaine même si l'on reste toujours navré de cette manie de passer à côté d'un potentiel immense.

Assassin’s Creed Syndicate avait surpris son monde avec une approche narrative novatrice. À peine deux mois après sa sortie, un DLC dédié au légendaire Jack l’Eventreur fait son apparition. En ressortira une aventure courte, cependant bien écrite, mais à la ramasse en terme de contenu. Une adaptation mettant en scène Jack l’Eventreur méritait mieux.

 

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