The Path sur PC, le test de GonnShu

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GonnShu
10
GonnShu PC

« L’Homme est un loup pour l’Homme. »

Utilisant comme métaphore l’univers du Petit Chaperon Rouge, The Path (« Le Chemin » en anglais) vous met successivement dans la peau de six jeunes soeurs ayant entre 9 et 19 ans qui, par innocence ou par rébellion, vont se retrouver confrontées aux dangers bien réels qui les guettent. La petite équipe belge de Tale Of  Tales nous plonge dans une (més)aventure particulièrement glauque et malsaine nous renvoyant à nos peurs et donnant libre cours à l’imagination. Ames sensibles s’abstenir…

Votre « mission » est simple : Aller voir Mère-Grand dans sa maison, au bout du chemin qui traverse la forêt. Une seule règle : rester sur le chemin. Le jeu repose sur cette simple phrase ; saurez-vous résister à cette envie de vous balader dans la forêt à l’allure verdoyante ? Oh, allez, on ne s’éloigne que de quelques pas et on revient…

Tire la chevillette…

Lorsque vous lancez le jeu, l’écran d’accueil vous propose de choisir avec laquelle des filles vous allez commencer l’aventure. Elles sont réunies dans une pièce aux murs rouge sang et vêtues de rouge et de noir, voilà qui pose l’ambiance. Un clic sur celle de votre choix et c’est parti. Vous vous retrouvez alors sur le chemin, à l’orée de la forêt, après avoir entraperçu une ville derrière vous. Le cadre est bucolique, en route. Ce qui frappe en premier, c’est le rythme du jeu, très lent. Ici point de cascades et de courses effrénées ; on marche la plupart du temps, doucement. On utilise les flèches pour se déplacer, une touche pour stopper les interactions (automatiques) et une pour courir mais que l’on utilisera rarement, j’y reviendrai. Nous voilà donc devant un O.J.N.I. (Objet Jouable Non Identifié) qui n’a peut-être de « jeu » que l’aspect, ce qui ne manquera pas de diviser les joueurs. Mais l’essentiel n’est pas là, le titre utilisant le media vidéoludique comme véhicule d’émotions, nous faisant acteur tout en se voulant accessible. Continuons donc tout droit vers la maison de Mère-Grand. Je vous laisse découvrir où vous mène le chemin lorsque vous le suivez sagement. Mais voilà, après l’avoir suivi, c’est le retour automatique à l’écran d’accueil, et les six soeurs sont à nouveau disponibles. La règle n’est donc là que pour être transgressée.

Promenons-nous dans les bois…

Libre à vous de choisir à nouveau le même personnage ou d’opter pour une de ses sœurs. Un clic et nous voilà de nouveau en forêt. On peut à présent voir une icône sur le bord de l’écran, qui indique une direction. Comme une empreinte de loup, après deux ballades en sage petite fille. Elle apparaît également sur la « carte », que vous pouvez afficher à tout moment après avoir suivi le chemin trois fois, et qui indique le parcours effectué.

Quelques pas hors du sentier, rien de spécial. Quelques pas de plus, la forêt s’obscurcit. Ca devient anxiogène par ici, et vous revenez sur vos pas. Mais voilà, impossible de retrouver le chemin une fois engagé dans la forêt, vous êtes perdu – les petits cailloux c’était dans un autre conte, dommage -. Les tons s’assombrissent et les couleurs s’évanouissent au fur et à mesure que vous vous enfoncez dans la forêt. Vous êtes seul, redoutant ce qui pourrait surgir du brouillard environnant. C’est trop calme. Invitation à la paranoïa. Si vous commencez à courir, l’écran s’assombrit encore plus, votre champ de vision  se réduit, votre cœur bat la chamade, la musique se fait stridente et enfin, vous entendez les grognements d’un loup.

Au fil de votre progression, vous trouvez des objets ou des lieux insolites comme une télé cassée mais allumée, ou le mur en ruine d’un vieil immeuble. Chacun de ces éléments correspond à une des sœurs. S’il s’agit de celle que vous interprétez, une phrase s’inscrit à l’écran, issue de l’esprit de votre personnage, et permettant de connaître ses envies, ses peurs, sa façon de voir la vie…et quels dangers peuvent bien la guetter au vu de sa personnalité. Si l’objet est pour une autre, le visage de cette dernière apparaît alors et il ne vous restera plus qu’a y retourner avec elle. A chaque fois que vous visiterez un endroit particulier, il sera ensuite indiqué sur votre carte pour vous permettre d’y retourner plus vite. Vous pourrez également récupérer des trèfles dorés un peu partout dans la forêt, qui vous donneront la position des objets. Ces items débloqueront également des scènes cachées pour la fin de chaque histoire.

Le jeu ne présentant aucun pitch de départ, on débute l’aventure sans aucune information sur les six jeunes filles. C’est pourquoi il est important d’explorer la forêt à la recherche d’indices vous permettant de comprendre leur histoire…ou du moins de l’imaginer, sans pouvoir réfréner les scénarios extrêmement malsains qui vous viennent alors à l’esprit, à vous en donner la nausée. Je ne saurai trop vous conseiller de faire un tour dans la galerie du site officiel du jeu  avant de le commencer, pour lire la présentation des différentes protagonistes.

Il vous arrivera de croiser une mystérieuse enfant en robe blanche, qui vous prendra par la main pour vous ramener sur le chemin si vous le souhaitez. Ou pas.

Dans la gueule du loup

Revenons à cette emprunte de loup, apparue après que l’on ait suivi deux fois le chemin. Contrairement aux autres icônes, il ne s’agit pas d’un objet ou d’un lieu facultatif. Vous l’aurez compris, elle indique le Grand Méchant Loup ! Mais pas n’importe quel loup, ou plutôt pas un seul. Chacune des sœurs est a une période de sa vie bien précise. Enfance, puberté, adolescence…et les dangers qui les guettent diffèrent selon leur âge et leur comportement. Chacun de ces petits chaperons rouges a son loup qui l’attend, tapi dans l’ombre. Lorsqu’une mère dit à sa fille de ne pas parler aux inconnus ou de ne pas fréquenter ce mauvais garçon, l’enfant n’a qu’une envie : enfreindre la règle, ignorant que c’est se jeter dans la gueule du loup. Je pense d’ailleurs que The Path crée un malaise encore plus grand chez un parent de jeune enfant ou chez une femme (l’un n’empêche pas l’autre me direz-vous, une jeune maman c’est le top) que chez un jeune homme comme moi.

Après être resté sur le chemin, après avoir erré longuement dans la forêt et trouvé des objets et lieux tous plus macabres les uns que les autres, il ne vous reste qu’une destination. En suivant la direction du loup, chaque jeune fille va se retrouver dans un endroit différent de ses sœurs. Lorsque vous approcherez, la musique se fera plus présente, plus angoissante mais aussi plus solennelle. Continuez, et vous jouerez la fin de son chapitre. Chaque fin de chapitre vous plonge dans une ambiance digne d’un film psychédélique des 70’s, du genre « trip horrifique sous acide » parfois difficilement supportable, et ce après avoir semé la confusion à grand renfort d’ellipses. A vous ensuite de deviner ce qui s’est vraiment passé.

Chacun sa route, chacun son chemin…

Car une autre grande force de The Path, outre sa capacité à mettre mal à l’aise, c’est qu’il laisse à chacun le soin d’interpréter ce qu’un personnage a vécu une fois que son chapitre est clos. Les phrases liées aux objets et aux lieux nous donnent des débuts de pistes à exploiter, mais on aura tous une hypothèse différente. Sur les forums dédiés au titre, les théories fusent. Chaque joueur y va de son explication, en fonction de son ressenti, et on ne lit pas deux fois la même. C’est là que le jeu fait ressortir notre vécu et nos peurs, celles de notre enfance et celles pour nos enfants, et sans doute aussi celles auxquelles nous sommes exposés par les médias. The Path peut même créer une sorte de dégoût de soi dans le sens où l’on imagine par nous-mêmes des scénarios particulièrement pervers pour certaines des jeunes filles. L’envie irrépressible de continuer à jouer alors que le jeu nous les met en tête pousse également à l’introspection.

De bonnes dents

Bien que graphiquement très sommaire, le jeu propose une atmosphère visuelle très réussie ; les variations de couleurs et de filtres et un style unique mettent immédiatement dans le bain. Peut-être même ce côté désuet participe-t-il à renforcer l’appel constant à l’imaginaire et au ressenti. Ainsi les bugs divers, de collision ou autre, ne retiennent pas l’attention.

L’ambiance sonore est, quand à elle, un chef d’œuvre. Le magnifique thème principal, à base de piano, de violoncelle et de voix d’enfants, évolue en fonction de vos agissements, amenant d’autres instruments ou effets , se faisant plus oppressant ou au contraire plus apaisant selon les situations.

Le gameplay en revanche ne pourrait être plus minimaliste. Le peu d’interactions rebutera les gamers accros aux high scores et autres monstres à trancher en usant de dextérité. Le genre du soft est difficile à définir, entre jeu minimaliste et oeuvre visuelle dont l’interactivité ne sert qu’à renforcer le malaise de celui qui est devant en le responsabilisant. Ce sera une faiblesse pour les uns, une force pour les autres. A vous de voir.

Si le jeu ne prend que quelques heures pour être bouclé, l’envie d’y revenir se fait vite sentir, et les souvenirs qu’il laisse vous vaudront quelques nuits blanches. On prend aussi plaisir à en discuter avec d’autres personnes l’ayant terminé, à échanger nos théories sur les histoires des personnages.

Lenteur, mutisme et ellipses, The Path utilise l’abstrait  pour nous offrir une expérience horrifique sur fond de conte dont on ne ressort pas indemne, faisant ressurgir nos propres angoisses afin d’offrir à chacun une expérience unique. Expérience, c’est bien le mot qui convient à ce titre qui divise assurément par son gameplay particulier. Pour moins de 8 euros sur Steam, vous auriez tort de ne pas goûter à cette pépite indé.

 

P.S. : Une démo est à présent disponible (dont l’intérêt se limite à vous faire découvrir l’ambiance et le gameplay du début du titre), de même qu’un patch pour mettre le jeu en français.

 

 

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