Virtue's Last Reward sur PS Vita, le test de Kaminos

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Kaminos
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Kaminos PSV

Cette fois, plus d'échappatoire.

A l’instant même où se finissaient les crédits de 999, j’élevais son nom au panthéon du jeu vidéo. Pas pour son gameplay, diablement lacunaire.

Plus étonnant, je ne l’ai pas non plus fait pour ses personnages incroyables, son intrigue tentaculaire au-delà de la maitrise, l’intelligence inouïe de son game design ou son cadre exceptionnel.

Non, rien de tout ça. Je l’ai fait pour une minute de jeu. Une minute pendant laquelle j’ai eu droit au plus gros électrochoc de ma vie. Une minute qui m’a fait comprendre ce que pouvait réellement apporter le jeu vidéo quand il était utilisé pour autre chose que de rendre le joueur actif au lieu de passif, comme devant un film ou un livre. Ce jeu a redéfini ma notion du jeu vidéo. Et je pèse mes mots. 

Que j’attendais sa suite ? Bien évidemment. Mais plus que de l’attente, c’était de l’appréhension que j’éprouvais quand on me parlait de Virtue’s Last Reward : jamais Kotaro Uchikoshi, scénariste et directeur de la série, ne pourrait de nouveau utiliser la même ficelle.

Personne ne lui pardonnerait. Appréhension donc. Anxiété, même : Virtue’s Last Reward a été développé suite au succès de 999 aux USA : de l’aveu même de Chunsoft, le développeur, ce fut la surprise générale. Alors oui, j’avais peur de tenir dans mes mains Virtue’s Last Reward. Peur de me retrouver face à un jeu sans saveur créé pour surfer sur une vague et non pour encore repousser les limites de la narration vidéoludique.

Et pourtant.

A l’instant même où se finissent les crédits de Virtue’s Last Reward, j’éleve son nom au panthéon du jeu vidéo.  Pas pour son gameplay, qui corrige pourtant les défauts de 999.

Plus étonnant, je ne l’ai pas non plus fait pour ses personnages incroyables, ses doublages au star cast à la limite de l’indécence, son intrigue tentaculaire au-delà de la maitrise, l’intelligence inouïe de son game design ou son cadre exceptionnel.

Non, rien de tout ça. Je l’ai fait quelques minutes de jeu. Quelques minutes pendant lesquelles j’ai eu droit aux plus gros électrochocs de ma vie. Quelques minutes qui m’ont fait comprendre que 999 n’était que le commencement d’une vision d’un type, qui fait passer le reste de l’industrie pour une bande d’arriérés. Ce jeu a redéfini ma notion du jeu vidéo. Encore une fois. Et je pèse mes mots.

 

 

Un jeu d’ambi-ances 

Avant de rentrer dans les détails, si vous n’avez pas joué à 999 (j’entends par là avoir vu la sixième fin), il est l’heure d’aller acheter une DS avec le jeu. Si vous ne le faites pas ? C’est simple, vous passez à côté d’un des meilleurs jeux de l’histoire. Le mieux à faire est donc de l’acquérir, d’autant plus qu’il vient d’être réédité à tout petit prix.

Virtue’s Last Reward est un jeu indépendant de 999, mais à l’instar d’un Assassin’s Creed, en n’ayant pas fini le premier opus, vous vous couperez toute la meta histoire, aussi passionnante que le reste, et nécessaire à la bonne compréhension du scénario de VLR. Vous voilà prévenus.

Virtue’s Last Reward vous permet d’incarner Sigma, étudiant Américain de 22 ans et des brouettes. Le soir de Noël, il se fait larguer par sa copine, et se rend compte qu’il est en retard pour un papier à rendre à la rentrée. Il décide donc de passer la nuit à la fac, histoire  de passer sa nuit à réfléchir plutôt qu’à se morfondre à cause de sa rupture.

Mais à son arrivée, sur le parking de l’université, il se fait attaquer et sa voiture se retrouve remplie de gaz soporifique. A peine a-t-il le temps de découvrir un homme masqué, bien similaire à celui de l’introduction de 999. 

VLR reprend le concept de base de 999 : le huit-clos démoniaque, entre Battle Royale, Judge, Cube et Saw. Neuf personnes, qui n’ont à priori rien en commun, doivent participer au Nonary Game : Ambidex Edition. Variante du Nonary Game de 999, chaque participant est lié à un bracelet, accroché à son bras. Sur ce dernier est affiché  un nombre de points. Tout au long du Nonary Game, les participants sont amenés à résoudre des puzzles. S’ils n’y arrivent pas, ils sont condamnés à mort via une injection de poison contenu dans leur bracelet.

Pour s’échapper ? Aucune autre possibilité que d’atteindre les neuf points. Y arriver n’est cependant pas une mince affaire : après chaque puzzle, les participants doivent voter les uns contres autres. En s’alliant, il marquent un nombre de points réduit. En trahissant quelqu’un, un participant peut marquer plus de points : mais la personne dupée en perdra. Si le nombre de points arrive à zéro ? Pas la peine que je vous l’explique, c’est évident : le poison du bracelet est injecté dans le corps du pauvre malheureux.

On s’en doute : mort et vie se côtoient de la même manière que la confiance et la trahison. Chaque instant représente un stress intense, aussi bien pour les personnages que pour le joueur.

Le cadre de ce jeu sordide est assez exceptionnel : nos neuf personnages sont tous parfaitement écrits, et on s’attache à eux comme rarement dans le jeu vidéo. Sur cette génération, il n’y a guère qu’Heavy Rain et The Walking Dead qui tiennent la comparaison. Les joueurs de 999 reconnaitront d’ailleurs certains visages, avec en premier lieu Clover, la petite pingre de 999, qui a pris un bon bonnet de soutien-gorge dans l’année qui s’est écoulée entre les deux jeux.

Au rang des nouvelles apparitions, beaucoup de personnages géniaux : Phi, une albinos sociopathe, bien trop mystérieuse pour être honnête. Tenmyouji, un Japonais septuagénaire, qui cache sous son regard méprisant une vie bouleversante. Dio, Mr Loyal d’une troupe de cirque, aussi habile avec sa langue que fourbe dans ses cheminements d’esprit. Et la liste est encore longue.

Les salles puzzles, au nombre de seize dans Virtue’s Last Reward, sont dans la même veine que ceux de 999. A base de logique pure, leur difficulté, à quelques exceptions près, est bien dosée. Attention cependant :  là où dans 999, les autres participants vous donnaient des indices dès que vous buttiez, vous serez seul avec votre jugeote dans VLR. C’est tout du moins le cas si vous faites les puzzles en Hard, fait nécessaire pour débloquer les Gold Files, vous apprenant de nombreux trivia et enrichissant le background du jeu, et même la seconde True End (qu’on pourra, au choix, renommer Troll End, d’ailleurs).

A l’instar de 999, le gameplay de VLR est en deux temps : de la lecture pour les phases « novels », et du point-and-click pour les puzzles. Oui, oui, il ne réinvente pas la roue à ce niveau là, mais n’en a jamais eu l’intention. On apprécie cependant que Chunsoft ait corrigé tout ce qui rebutait beaucoup de joueurs sur le premier opus de la série Zero Escape. Le fait de devoir recommencer des puzzles déjà finis, et de devoir relire des passages déjà lus. Ici, dans un cas comme dans l’autre, le jeu vous propose de manière intelligente de passer les instants que vous avez déjà vécus. Thanks, Chunsoft.

 

END or BEGINNING

Ah, oui, car au même titre que 999, Virtue’s Last Reward est un jeu qui se construit via une narration originale : le scénario n’est compréhensible que via plusieurs espace-temps, dans lesquels le joueur se retrouve prisonnier.

Il est très complexe de parler du scénario de Virtue’s Last Reward sans spoilers, que ces derniers concernent celui-ci ou même 999. Ce que je peux cependant dire, que vous comprendrez bien assez tôt dans l’aventure, c’est que vous n’êtes pas le seul à voyager entre les dimensions. Vous aurez beau charger une nouvelle partie et écraser votre sauvegarde, vous serez toujours dans le jeu, de même que les héros de VLR. 

Il y a au total 26 fins dans Virtue’s Last Reward, éparpillées dans des dizaines d’embranchements narratifs différents. Et à l’inverse d’un Heavy Rain, voir une fin ne veut en aucun cas dire que vous avez fini le jeu. Très loin de là. Ne comptez d’ailleurs pas moins de trente heures pour connaître le fin mot de l’histoire (quarante pour ma part, en faisant tous les puzzles en Hard).

 

Un jeu 3DS, à faire sur PS Vita

999 proposait des sprites animés et des bip à la place des voix. Virtue’s Last Reward passe à la vitesse supérieure, avec des personnages animés en trois dimensions, et un jeu intégralement doublé.

Pour ce qui est des graphismes, il convient de noter que les développeurs ont choisi cette option quand ils ont décidé de développer le jeu sur 3DS, alors même qu’ils n’avaient pas de kit de développement. Ainsi, ils pensaient que des modèles en 3D étaient nécessaires à la vue auto stéréoscopique de la console.

Il s’est finalement avéré que non. Mais les modèles animés rendant tellement bien l’univers du jeu et le somptueux chara design de Kinu Nishimura, qui après son travail de folie sur de nombreuses séries de CAPCOM, n’a plus rien à prouver à personne, que c'est finalement une bonne chose : le jeu aurait lead-developpé sur Vita, il en aurait peut être été autrement.

Mais bien plus que les graphismes, c’est sur son ambiance sonore que Virtue’s Last Reward  est épatant. 999 aurait dû être doublé à la base : la DS n’était cependant pas capable de tenir la charge (et accessoirement, Chunsoft n’en avait sûrement pas les moyens). Pour Virtue’s Last Reward, c’est une toute autre histoire : le doublage du jeu est un des meilleurs de l’histoire, point. Le voice cast Japonais est époustouflant : ne vous étonnez pas de reconnaître la voix du Major Kusanagi de Ghost in the Shell, notamment. Histoire de ne pas passer pour une grosse raclure d’otak’ (que je suis, accessoirement), je ne m’en irai pas citer les noms de tous les doubleurs, mais pour peu que vous regardiez un peu d’animation japonaise, vous les connaissez. Tous.

Et leur prestation dans VLR est exceptionnelle, de bout en bout, et apporte mille fois plus qu’un peu d’immersion à l’histoire.

Le doublage Anglais, pris en charge par Aksys dans la version Américaine (il semblerait que le doublage Anglais soit absent de la version Européenne du titre), n’est pas en reste, et arrive tout aussi bien à ses fins que son homologue Japonais. Cependant, un doublage Japonais dans une version occidentale restant une chose rare, n’hésitez pas à profiter du jeu dans la langue de Mishima.

Attention cependant, au même titre que les graphismes sont un peu plus fins sur Vita (contrebalancé par un effet 3D pour la version 3DS), les voix sont compressées sur la console de Nintendo.

Si vous possédez les deux supports, il est peut être plus sage de faire le jeu chez Sony. Pas de quoi crier au scandale sur 3DS cependant, loin de là.

Je vous parlais  il y a quelques instants d'Aksys, le distributeur aux Etats-Unis. Eh bien sachez que leur excellent travail dans le doublage est tout aussi valable dans la traduction, implacable de bout en bout. Retranscrivant habilement la tension générale du titre, elle réussit à faire ressortir les touches d'humour noir que distille savamment le jeu. Je ne sais pas si le jeu sera traduit en Français par Rising Star Games (j'en doute, ceci dit), mais sachez que si la traduction française ne tenait pas ses promesses, vous pouvez parfaitement vous tourner vers la version américaine du titre. Sur Vita tout du moins, la 3DS étant zonée.

L’immersion dans Virtue’s Last Reward est, vous l’aurez compris, totale. Les musiques du jeu sont toujours assurées par Mr Hosoe, qui a décidemment un faible pour les gros synthés aux sonorités cradingue, et la musique classique mixée façon techno. Etant déjà aux commandes de la musique de 999, vous ne serez pas déçus du résultat.

 

Virtue’s Last Reward, ou « Les honnêtes gens meurent » dans sa version originale, apporte selon moi quelque chose au jeu vidéo qui n’avait jusqu’alors jamais existé. 999 proposait d’entrevoir des bribes de cette narration géniale, à tel point qu'il en a hanté mes rêves.

Virtue’s Last Reward m’a fait passer au stade supérieur dans ma folie : pour la première fois de ma vie, j’ai passé des nuits blanches sur un jeu. Non pas par défi, ou pour le fun, mais parce que j’étais incapable de m’arrêter, de laisser Sigma et ses compagnons en plan tandis que je dormais. Ce jeu a littéralement obnubilé mon esprit pendant plusieurs jours, et j’ai passé des moments incroyables, la nuit, dans mon lit, un casque sur les oreilles, à sentir des fourmis dans mes mains tellement mon sang se glaçait a fur et à mesure de l'avancement du scénario.

Virtue’s Last Reward est à 999 ce que Portal 2 est à Portal : il est ce qu’un jeu est à un concept, ce qu'une vision est à une idée.

Il m’a retourné le cerveau de bout en bout, et m’a permis d’entrevoir ce qu’était la véritable maturité dans le jeu vidéo. Pas de la violence, du sexe, de la philosophie ou des œuvres poétiques. Non, la maturité, la vraie. Celle qui te prouve que sans l’existence de ce media, une telle histoire n’aurait jamais pu exister. Ou finalement, que sans une telle histoire, le media n’existerait pas.

Merci Monsieur Uchikoshi, le jeu vidéo a gagné, et maintenant, grâce à vous, il le sait.

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