Metal Gear Solid V : The Phantom Pain sur PS4, le test de Cupper

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Ouf, enfin le dernier ?

“Je me sens comme un petit morceau de beurre qu’on aurait étalé sur une tartine trop grande” - ces mots de Bilbo le Hobbit ne pourraient mieux correspondre à la série Metal Gear Solid tant elle a perdu de son rayonnement au fur et à mesure des épisodes. Kojima lui-même est perçu comme un génie du milieu, certains le trouvent même humble, preuve s’il en est du manque total de discernement de ces personnes. On aurait pu s’en tenir au premier épisode et rester sur sa fin ouverte, mais non mon garçon ! Les joueurs en veulent toujours plus, toujours, même au risque de flinguer des titres de légendes comme l’épisode PSX. Metal Gear Solid V est donc - l’énième - dernier Metal Gear Solid de Kojima, l’ultime épisode de la série qui vient clore ce foutoir total qu’est devenu la série, du moins, c’est ce que tout le monde devrait espérer.  

Dénature :

Malgré les nombreuses et nouvelles possibilités, l’infiltration est toujours au c½ur de l’expérience. Il s’agit toujours de contourner les ennemis, de les prendre à revers et d’avancer méticuleusement. Cependant cette fois, Snake n’est plus pataud et nous contrôlons de nouveau un personnage réactif, rapide et agile, comme dans le premier Metal Gear Solid. Les actions du personnage s’enchaînent de façon fluide et les réactions du personnage sont immédiates. Espaces ouverts obligent, Snake peut désormais sprinter. Du design sonore aux tremblements de camera, tout vous donnera réellement l’impression que le personnage se déplace de tout son poids en course. Le gameplay de Metal Gear Solid V a été préparé avec un soin immense et ça se ressent. Si la conduite des véhicules est risible et rigide, les sensations à cheval sont grisantes. Votre monture répond rapidement à chaque mouvement de stick et réagit naturellement aux obstacles qu’elle rencontre. Des animations jusqu’aux sensations, jamais la sensation d’être à cheval n’avait été aussi bien rendu dans un jeu vidéo. Nous avons fait du chemin depuis Shadow of the Colossus et les caprices d’Agro.

Deux nouvelles aides viennent s’ajouter aux facultés de Snake : le marquage des ennemis et le mode “réflexe”. Si l’on peut pester contre ces assistances (que l’on peut désactiver), elles deviendront vite indispensables. Les espaces sont gigantesques et il faut approcher prudemment, donc lentement. Les check point étant très rares et obligeant souvent à recommencer tout le niveau, vous trouverez donc bien heureux d’avoir une seconde chance, de connaître l’emplacement des ennemis et de ne pas avoir à recommencer un niveau depuis le début. Les assistances qu’on vous propose sont adaptées au challenge et ça mérite d’être souligné, cependant si vous êtes courageux et que vous avez l’esprit suffisamment vif et retors, désactivez les assistances et préparer vous à affronter un défi de taille.

Si les mécaniques d’infiltrations sont excellentes, le jeu est un piètre jeu de tirs à la troisième personne, ce qui constitue une raison de plus de ne pas avancer en tirant sur tout ce qui bouge. La mission 45, frustrante au possible, illustre parfaitement ce que le jeu aurait pu être s’il s’était focalisé davantage sur ses aspects de jeu de tirs classique. Quoi que vous fassiez, rien, rien ne saura vous préparer à cette mission. C’est une vrai purge et ce, peu importe la tactique que vous envisagerez. C’est d’ailleurs officieusement la dernière mission réellement jouable du jeu, cependant il paraît clair que ça n’a pas toujours été le cas durant sa création et que la difficulté de cette mission a été artificiellement augmenté pour donner l’impression au joueur qu’elle représente une “dernière mission” légitime.

Metal Gear Solid V est un mauvais TPS, mais heureusement, c’est un jeu d’infiltration avant tout. Si ce n’est pas dit explicitement, il existe une “bonne” façon de jouer et il suffit de s’en éloigner pour vite le comprendre. En résumé, il vous faudra trouver le meilleur moyen d’exfiltrer les meilleurs soldats ennemis pour votre base, réaliser votre objectif de mission le plus vite possible et sans vous faire repérer une seule fois. Dit comme ça, le défi paraît simple mais l’agencement des niveaux, la complexité des espaces, les angles morts et le placement des ennemis vous rendront la tâche compliqué, plus particulièrement en mode “extrême” et sans les différentes aides. Vous pourrez évidemment déroger à cette façon de jouer pour adopter l’approche qui vous plaira, cependant vous finirez par le payer puisque le jeu réagit à votre façon de jouer et vous sanctionne en conséquence. Si vous tuez vos ennemis, ils seront mieux équipés au point de devenir des tanks mouvants. Si vous n’exfiltrer aucun soldat ennemi, le niveau de vos soldats n’augmentera pas et vous vous priverez des meilleurs équipements du jeu. Ce dernier point est moins problématique que le premier puisque tout ce dont vous aurez besoin se résume au fameux “pistolet tranquillisant”, présent dans de nombreux épisodes. Malheureusement, le reste des équipements est anecdotique. MGSV vous encourage à adopter une approche furtive, pourtant la très grosse majorité des équipements proposés sont des armes létales et bruyantes…

S’il on peut facilement pardonner quelques faux pas, certains défauts sont assez surprenants. Quiet et D-Dog sont vos meilleurs coéquipiers, cependant utiliser Quiet vous forcera à l’écouter fredonner le même air pendant toute la durée du niveau, ce qui peut rendre fou. J’ai tout essayé, il n’y a aucun moyen de la faire taire définitivement, à moins de la renvoyer. D-Dog est encore plus frustrant puisqu’il vous fait souvent repérer, qu’il se mettra très souvent dans votre ligne de mir et qu’il est impossible de le faire rester couché indéfiniment. Il se mettra à vous suivre partout au bout de quelques temps. On peut également pester contre le fait de ne pas pouvoir utiliser D-Horse en même-temps qu’un autre coéquipier tant les voitures ne sont pas du tout adapter aux environnements rocheux proposés. Vous serez également obligé de subir l’introduction en hélicoptère à chaque mission sans possibilité de passer la séquence. On aurait également pu croire que les excellents Hotline Miami et The Last Of Us (en mode réaliste) auraient inspiré le reste de l’industrie et que les personnages invincibles avec des barres de vies faisaient partie du passé, mais il n’en est rien puisque Snake peut encaisser un nombre incalculable de balles avant de succomber à ses blessures. Un détail qui ne manquera pas de vous sortir de l’immersion.

Un foutoir narratif :

Si vous ne le saviez pas encore malgré les rappels constants et l’auto-congratulation du bonhomme, le jeu est écrit, réalisé et pensé par Hideo Kojima. Vous pouvez donc légitimement soupçonner que la cohérence narrative tiendra à un fil, que les lourdeurs, entre autres délires pervers, ne vous seront pas épargnés et vous serez dans le vrai. Metal Gear Solid V est une déception, un foutoir total. La caractérisation des personnes semble forcée, certains n’ayant plus rien à voir avec ce qu’ils ont été. Snake est complètement silencieux, Miller est une tête à claque et Ocelot n’a plus rien d’un sociopathe. La continuité de la série a toujours été un problème pour le petit esprit de Kojima, mais on se demande ce qui peut emmener un créateur à avoir autant d’irrespect pour les personnages qu’il a crée. Les événements en général n’ont de toutes manières aucun sens et les raisons qui poussent les personnages à agir paraissent poussives. Pour illustrer, à un moment Snake se peindra le visage avec les cendres de ses soldats décédés alors qu’il apparaîtra apathique et détaché pendant la totalité des éventements, la caractérisation est soudaine et complètement contradictoire. Comment est-on censé réagir ? Metal Gear Solid V tente de parler de vengeance, de trafic d’êtres-humains, d’hégémonie des langues et de douleurs fantômes, sauf qu’il ne suffit pas d’effleurer certains sujets intéressants pour rendre son travail captivant ; il faut le faire intelligemment, avec justesse, ce que Kojima n’arrivera jamais à faire. On se limitera à du “name-dropping” de thématiques d’arrière-garde, une première pour une série qui tentait de sensibiliser les jeunes joueurs aux dangers des sciences de l’information, du transhumanisme et des modifications génomiques près de 15 ans avant Snowden et consorts…

A un autre moment du jeu, votre principal adversaire vous dévoilera gentiment son plan ultra secret, vous passerez ensuite cinq bonnes minutes à vous regarder dans le blanc des yeux pendant que le meilleur morceau de musique du jeu (sins of the father) jouera en fond. Quel était le but ? Gâcher le meilleur morceau musical du jeu pour tenter de s’excuser du mauvais moment que l’on vient de faire passer au joueur ?  

Dans les précédents Metal Gear Solid, vos objectifs avaient un lien établi avec la narration, tout était plus ou moins bien lié et on ne vous demandait pas d’extraire des soldats prisonniers juste pour jouer les bons samaritains. Non seulement Metal Gear Solid V n’établit presque aucun lien entre la narration et les missions du jeu, mais en plus ces missions se répètent et se ressemblent toutes. Ça avait pourtant bien démarré puisqu’au début, le jeu vous demande logiquement d’exfiltrer un interpréte pour pouvoir ensuite interroger les ennemis qui parlent la même langue que lui. Malheureusement, cette mission sera une des seules qui répond à une quelconque logique. Le reste du temps, vous vous limiterez à infiltrer/exfiltrer/détruire sans que ça n’ait un but en lien avec ce que le jeu tente péniblement de vous raconter. Que dire du revirement final ? Aucun travail n’est fait pour vous prendre à contre-pied et si la fin est effectivement une sorte de surprise, l’effet tombe à plat. Encore une fois, la série souffre d’une continuité forcée par le fait d’avoir étalé l’univers du premier jeu de la série dans toute sa longueur.

Heureusement, quelques agréables surprises subsistent dans ce chaos général :

Liquid Snake est probablement le personnage qui aura été le plus épargné par l’esprit tortueux et limité de Kojima. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il demeure un des personnages les plus appréciés de la série par les quelques fans qu’il reste du premier épisode (qui est en réalité le troisième). Je vous laisse donc imaginer mon appréhension à le voir apparaître dans un autre épisode de la série dirigé par Kojima. Par miracle, le personnage d’Eli correspond tout à fait à l’image qu’on aurait pu se faire d’un Liquid plus jeune. Il est colérique, assoiffé de pouvoir, et est déjà le chef de sa petite bande d’enfants soldats. Cependant, si le personnage est dépeint correctement, il convient de s’interroger sur la nécessité à relier absolument tous les personnages et tous les événements entre eux. Etait-il vraiment nécessaire que Liquid rencontre son “père” génétique ? Est-ce que la rencontre avec son père ne diminue pas la crédibilité de la fascination que le personnage éprouve pour Big Boss dans le premier Metal Gear Solid ? Nous ne sommes plus à ça près tant la continuité de la série n’a plus aucun sens depuis de nombreuses années. Si les prémisses paraissaient intéressante, la conclusion de l’intervention du jeune Liquid dans cet épisode a souffert de la coupe budgétaire qu’a subit le jeu. En effet, la mission finale de l’arc narratif d’Eli est trouvable sur youtube sous le nom de mission 51, “The Kingdom of flies”. Sans cette mission, le jeu vous laisse dans le flou sur le sort d’Eli après qu’il se soit échappé de la Mother Base, ce qui est proprement scandaleux. Un chapitre entier a été amputé.

La deuxième surprise, c’est Quiet, le personnage le plus réussi de cette épisode. Au début, vous serez certainement dubitatif puisqu’elle n’est qu’une magnifique jeune femme qui ne parle pas et qui est presque toute nue. Ou comment résumer le rêve de tout beauf qui se respecte en un personnage. Cependant, au fil du temps, vous apprendrez à vous attacher à Quiet, elle sera la seule à rompre la solitude humaine que vous ressentiez dans le jeu jusque là. Pour la première fois du jeu, voir peut-être même de la série, vous aurez une réelle alliée sur le terrain. Elle veillera sur vous de loin et elle vous inspirera confiance. Comme D-Dog, elle facilitera grandement le jeu et vous évitera de nombreuses déconvenues. Vous apprendrez à vous attacher à ses mimiques, tout en appréciant la distance physique et personnelle qu’elle prendra grand soin de mettre en vous, puis vous surveillerez l’évolution de votre “lien” avec elle, une évolution qui déclenchera de nombreuses réactions différentes de sa part. Lorsque ce lien sera maximisé et qu’elle deviendra votre alliée la plus efficace et donc la plus précieuse, vous ne pourrez plus vous en passer. Toutes les meilleures choses se terminent et vers la fin du jeu, elle vous quitte après vous avoir sauvé la vie, sans dire un mot, comme à son habitude. Après que votre personnage se soit réveillé, le jeu vous laissera suivre ses traces quelques minutes, pendant que le vent fouettera le sable afghan et que les éclats de lunes se reflèteront sur les vagues de sables (c’est vraiment comme ça que ça se passe, je n’exagère rien). Vous arriverez à un point qui surplombe le reste, avec une pleine lune en arrière plan et vous trouverez une cassette avec le dernier message de Quiet. Ce passage du jeu est d’ailleurs une tuerie et il résume peut-être ce qui se passe lorsque Kojima laisse son esprit tordu et son fétichisme pour les flatulences de côté pour laisser parler sa passion et son expérience. Du traitement du personnage, jusqu’à sa scène finale, Quiet est une réussite.

La série était connue pour ses boss originaux (et souvent ridicules), ses enchevêtrements scénaristiques improbables, ses dialogues risibles, ses longues cinématiques et ses scènes gênantes. On ne retrouve rien de tout ça dans ce dernier opus, Metal Gear Solid V est très différent du reste de la série. Une série qui surfait sur le succès du premier épisode (qui est le troisième, vous suivez toujours ?) depuis de nombreuses années et qui avait habitué les joueurs à retrouver peu ou prou le même jeu à chaque itération, jusqu’à en devenir sa propre parodie avec MGS4. Désormais, les cinématiques sont courtes, la mise en scène est très terre-à-terre, le ton est sérieux, voir presque solennel et les dialogues sonnent incroyablement justes. Les moments surréalistes sont plutôt rares, même s’il on peut regretter certaines scènes gênantes (Quiet et Snake qui jouent sous la pluie, pitié…). S’il a clairement des défauts, le fait d’être différent des autres épisodes de la série n’en est pas un, bien au contraire. Pour la première fois dans l’histoire de la série, ce Metal Gear Solid n’est plus une redite du premier épisode avec une histoire et un cadre différents, mais bel et bien un épisode à part entière, aussi imparfait soit-il.

Cependant, Metal Gear Solid V promettait quelque chose de grand, les attentes étaient gigantesques pour ce qui devait être - l’énième - dernier épisode de la série. Si les mécaniques de jeu sont parfaitement exécutées et les nouveautés bien intégrées, la réalisation, la narration et les thématiques ne sont clairement pas à la hauteur du “pédigree” de la série. A vouloir trop corriger les défauts majeurs de sa série, Kojima l’a complétement vidée de son identité. Si cet épisode n’est qu’une preuve de plus que Kojima est surestimé depuis le début de sa carrière, Metal Gear Solid V est surtout le résultat de l’activité d’un esprit limité au service d’ambitions démesurées. Certains diront que c’est la faute de Konami, et j’aimerais le croire, cependant Kojima a signé ce jeu tellement de fois que je vais avoir du mal.

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