Cryostasis sur PC, le test de Pedrof

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Pedrof
4
Pedrof PC

Zombis froids

Critique publiée originellement sur mon blog en février 2012. La note correspond à mon sentiment sur le jeu, l'appréciation en bas de page correspond elle à mon avis sur la narration.

L'action se passe au pôle Nord. Un homme, Alexander Nesterov, explore l'épave du Northwind, un gigantesque brise-glace prisonnier de la banquise depuis une vingtaine d'années. Il est chargé d'enquêter sur la nature de l'accident du Northwind, ainsi que sur la disparition inexpliquée des membres de son équipage. Alexander est météorologiste et possède un don particulier : l'écho mental, qui lui permet notamment de revivre et altérer le destin d'un trépassé.

C'est par le biais d'un FPS tendance survival-horror que Cryostasis nous fait vivre l'aventure d'Alexander.

I) INTERACTION

Un des aspects les réussis du jeu pour moi. Je pense d'abord aux déplacements : jamais un FPS ne m'avait fait ressentir à ce point la "corporalité" d'un personnage, sa morphologie et son poids lorsqu'il marche. Alexander est emmitouflé dans un gros anorak beige, il est muni de grosses lunettes comme celles que portent les scientifiques qui travaillent sur la banquise et il est aux prises avec le froid qui a envahi le navire. En d'autres termes, les vêtements d'Alexander et le froid qui lui serre les tripes l'empêchent d'avancer à guise, et affectent sa façon de se mouvoir. Le jeu nous fait admirablement ressentir le résultat "physique" de ces conditions. Alexander a beau avancer lentement, son regard lui reste libre, et il n'est pas question de glisser latéralement : les pas de côté sont possibles, mais peu efficace. La conséquence est un personnage qui se meut de manière étonnament humaine pour un FPS, à une vitesse qui semble adaptée aux contraintes de son corps, sans sacrifier le naturel du regard et en utilisant très peu la glissade de côté. (Note : j'ai essayé de jouer avec une manette 360 mais j'ai trouvé le contrôle vraiment meilleur au clavier-souris. Une réflexion que je ne me fais pas systématiquement puisque par exemple, j'ai trouvé la trilogie Penumbra et F.E.A.R. 2 meilleurs à la manette. Pour le coup Cryostasis demande une vraie fluidité dans la rotation de la caméra - regard fuyant et extrêmement mobile du protagoniste - et par conséquent la souris m'a semblé beaucoup plus adaptée que le stick d'une manette 360. Même la combinaison ZQSD m'a paru très pertinente pour transcrire cette démarche lente aux pas de côté laborieux, et en même temps extrêmement réactive. Je pense que la maniabilité de Cryostasis a été vraiment bien pensée pour son support.)

De même les coups de hache, lents et puissants, sont très immersifs : la caméra suit le mouvement, elle épouse réellement le regard d'Alexander qui soulève sa hache et la fait retomber lourdement sur sa cible. Du coup la visibilité est affectée mais ça fait vrai : donner un coup de hache dans la peau d'Alexander est une action difficile, qui lui demande des efforts et le laissera vulnérable un moment, ainsi chaque coup doit être réfléchi et pas lancé à la légère.

II) GAMEPLAY

Deux gameplay de "base" dans Cryostasis : l'exploration et les combats. Sur l'exploration je n'ai rien à dire, il faut observer l'environnement et on ne nous mâche pas le travail par les aides qu'on rencontre régulièrement sur cette génération : fils d'Ariane, GPS, carte et localisateur d'objectif. Rien de cela dans Cryostasis et c'est au bénéfice d'une expérience d'exploration efficace et crédible.

Les combats sont une autre histoire. Avec des armes de poing, c'est très bourrin : on tape l'ennemi jusqu'à ce qu'il meure et il nous tape en même temps. On gagne si on a assez de vie et qu'on se contente d'attaques double (droite gauche, pour ce faire on a juste à maintenir l'attaque en bougeant en diagonale). C'est sincèrement limité. A la hache, c'est déjà mieux : comme un coup de hache désarçonne l'ennemi, ça l'empêche de nous attaquer et ça nous donne la possibilité de l'enchaîner efficacement. D'un autre côté, un coup de hache c'est lent et ça nous laisse vulnérable, donc un mauvais timing nous met en danger. Il y a déjà plus de choix intéressants dans un combat à la hache, même si les ennemis ne sont ni toujours, ni tous sensibles au désarçonnement à la hache.

A l'arme à feu et contre des ennemis armés eux aussi, une bonne technique est de se mettre à couvert (manuellement, ce qui est cool), sortir sa tête et tirer un coup, puis se remettre à couvert et refaire ça jusqu'à la mort de l'adversaire. Dès qu'on se met à découvert l'ennemi nous tire dessus mais nous rate, du coup on a le temps de lui mettre une balle. A noter que les dégâts ne sont pas localisés, ou alors d'une façon un peu fantaisiste : les tirs tête ne sont jamais des morts en un coup, au mieux ils font plus de dégâts.

Les plus gros ennemis sont les plus bourrin à affronter, puisqu'il suffira de s'approcher d'eux et de vider un chargeur de mitraillette d'Al Capone dans leur direction (le fusil avec un chargeur rond vous savez).

Enfin, le combat de Cryostasis perd beaucoup en intérêt une fois qu'on a récupéré le canon à eau et compris sa surpuissance : une arme qui projette un jet d'eau chaude continu, qui désarçonne les ennemis pouvant l'être et dont les munitions ne sont rien moins que les innombrables cristaux de glace qui ont envahi les couloirs du Northwind. En fait une arme sur-craquée qui se recharge sans animation et à peu près tous les deux mètres. Difficile de parler de choix intéressants lors des combats une fois découvertes les possibilités du canon à eau.

J'oubliais. Le froid est notre ennemi dans Cryostasis, d'ailleurs la barre de vie n'est autre que la température corporelle du personnage. Il faut régulièrement se réchauffer auprès de sources de chaleur. Les attaques des ennemis nous refroidissent, ainsi que notre simple présence dans un lieu non chauffé (et pire dans un lieu glacé). Mais globalement je n'ai pas eu de problème avec ça. C'est un système de santé comme un autre.

III) RÉCIT

Là aussi Cryostasis m'a déçu. Il faut savoir que le rapide résumé que j'ai fait au début je peux l'écrire après avoir lu la notice du jeu. Sans, je ne serais pas sûr du nom du protagoniste et je ne saurais tout simplement pas la raison de son exploration du Northwind. Entendons-nous bien : du début à la fin Alexander est muet, on ne le voit qu'à l'occasion de rares et brêves cinématiques et son histoire, comme celle du héros de Bioshock (et même plus), n'est qu'un prétexte pour "raconter" ce qui est arrivé à l'équipage du Northwind. Alexander va bien sagement passer le temps de Cryostasis à arpenter les couloirs (sans fin) du bateau, assister passivement à des flash-back (cinématiques interactives) et utiliser son écho mental pour modifier les derniers instants des morts ce qui en général débloque un passage et s'avère donc nécessaire à la poursuite du niveau.

Que le récit d'Alexander s'efface derrière l'histoire du Northwind est un euphémisme. L'histoire de Cryostasis, c'est Alexander qui explore le Northwind. Voilà l'histoire que l'on joue. Et cette histoire ne m'a pas passionné. Beaucoup de couloirs, beaucoup d'ennemis de base et aucune tension, aucune passion. Il y a bien deux boss qui font monter la pression, des araignées cheloues qui semblent tout droit sorties d'un film de John Carpenter. Les séquences d'écho mental où l'on joue pour empêcher la mort du personnage dont on revit le passé sont des puzzles, des séquences originales mais déconnectées de l'aventure d'Alexander. Et puis ce personnage, quoi. Alexander Nesterov. Le type dont je ne serais même pas sûr du nom si je n'avais pas lu le manuel, dont je ne sais absolument rien de la personnalité et des enjeux, comment puis-je m'intéresser à son aventure ? C'est foutu d'avance.

Half Life 2 avait le mérite de proposer un récit d'action bien mouvementé. Cryostasis c'est vraiment plat.

Dans la logique du héros vide, aucune musique ne participe à la mise en scène (sinon elle aurait pu nous renseigner sur ses émotions).

Je précise que je n'aborde pas sciemment l'histoire de l'équipage du Northwind ; pour la simple raison que dans un jeu, je m'intéresse à l'histoire que le jeu me fait vivre, pas à l'histoire que des flash-back, des documents ou des séquences déconnectées de l'aventure principale racontent laborieusement. Si Alexander était intéressé par cette histoire, c'aurait été encore différent. Je repense à Black Plague où le héros cherche son père. Comme c'est le but du jeu, lire les documents qu'il a laissé a du sens. Mais Alexander ? Il ne montre aucun intérêt pour le destin de ces gens. Le fait que l'écho mental ne soit pas une fin en soit mais un moyen de débloquer le passage participe à cette indéfinition. Concrètement, ce que le jeu m'a raconté c'est Alexander qui veut traverser le bateau d'un bout à l'autre ; pas Alexander qui veut sauver l'équipage ou apprendre ce qui leur est arrivé. Encore une fois, Alexander reste un inconnu tout le long du jeu : on ne peut que s'en tenir à ses actions pour comprendre ce qu'il veut, et tout ce qu'il fait c'est entrer dans le bateau au début et en sortir à la fin. Un simple parcours qui sans autre explication en reste à l'enjeu "trouver la sortie".

IV) RÉALISATION

L'autre point fort de Cryostasis. J'ai trouvé le jeu magnifique. La direction artistique est de toute beauté et la réalisation est très crédible. Seul problème, l'optimisation. La pire que j'ai vue sur PC. Le nombre d'images par seconde a souvent chuté. Reste que j'ai trouvé le jeu très beau et très bien fait : ça a certainement participé au semblant d'intérêt qui m'a permis de rester jusqu'à la conclusion. Je m'y croyais sur ce bateau !

V) CONCLUSION

Je n'ai pas détesté le jeu mais il ne m'a pas convaincu. J'étais bel et bien sur le Northwind, il y avait de la glace et des zombis et j'avais un gros anorak ; mais rien de palpitant n'est arrivé.

Appréciation : 

rien n'a fonctionné - certaines choses ont fonctionné - beaucoup de choses ont fonctionné - tout a fonctionné

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