Grand Theft Auto IV sur Xbox 360, le test de SeikiTom

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Good morning Liberty City

 

Certainement un des monuments de cette génération de consoles, GTA IV est devenu la référence en terme d’environnement ouvert. L’envie de le passer au crible est d’autant plus forte, afin de déterminer ce qu’a bien pu apporter ce jeu à l’industrie vidéoludique au-delà des gigantesques panneaux publicitaires de Times Square ou des polémiques de Nadine Morano.

 

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GTA IV propulse le joueur au coeur de Liberty City, métropole américaine inspirée de New York. Les clins d’oeil au modèle sont nombreux : la Statue de la Liberté devient la Statue de l’hilarité, Broadway est rebaptisée Burlesque, et on pourra se promener à pied sur le pont de Broker ( réplique quasi conforme du pont de Brooklyn). De quoi amuser quiconque est déjà passé par la grande pomme. Le fait que le protagoniste, Nico Bellic, soit un immigrant, entraîne en plus une proximité entre le joueur et son avatar puisqu’ils découvrent la ville de manière simultanée. De manière générale, Rockstar tente clairement d’offrir au joueur un point de vue sur cet univers, que les épisodes viendront complètement par de nouvelles perspectives. Une initiative interessante qui apporte de la profondeur au background et donne la sensation que pour une fois, tout ne gravite pas autour du joueur.

Le scénario lui-même participe à cette impression. Les personnages sont nombreux et défendent tous leurs propres intérêts, ce qui crée rapidement un enchevêtrement d’intrigues. Finalement, Nico Bellic n’est qu’un pion sur l’échiquier du crime organisé, sur lequel il devra sacrifier bien plus qu’il ne le voudrait. Si le scénario met du temps à s’installer, il n’en est pas moins interessant, et prend toute sa valeur dans l’un des meilleurs endings de jeu vidéo (à la fois pour son propos, et pour la façon dont il prend à parti le joueur et ses actions). On note aussi une approche plus réaliste que dans les autres GTA, une mise en scène très cinématographique et surtout, des dialogues bien écrits et un doublage excellent. Malgré les limitations techniques et des personnages semblables à des pantins désarticulés (je renvoie ici les lecteurs à la définition de l’uncanny valley, trouvable sur n’importe quel moteur de recherche), tous ont une voix et une gestuelle qui leur sont propres, leur permettant ainsi de prendre vie à l’écran.

 Mais c’est le sens du détail des développeurs qui frappe le plus, et les efforts consentis pour rendre l’univers cohérent au-delà de la présence du joueur. Si l’IA ne semble pas faire exister la ville beaucoup plus loin que ce que l’on voit, l’illusion n’en est pas moins toujours maintenue : les voitures circulent dans un flot continu, les passants font leur jogging ou discutent un café à la main. Une véritable fourmillère s’active dans les rues de Liberty City, dans laquelle le joueur peut se plonger à loisir entre deux missions pour la mafia locale. Manger au restaurant, aller voir un spectacle humoristique, ou encore payer pour une balade en hélico (et pour les savoureux commentaires « réac » du pilote) ; autant d’activités dont le joueur peut profiter seul ou accompagné des PNJ auxquels il se sera lié d’amitié. Enfin, un contenu énorme a été créé pour donner à Liberty City quelque chose d’essentiel à l’immersion : des médias. Internet avec ses actualités, son ersatz de meetic, mais aussi les mails de présidents africains qui requièrent votre aide pour sortir leur fortune de leur pays. La télévision, avec ses documentaires people ou ses talk show. Et enfin, la radio, dont les playlists iront de Queen à Justice en passant par LCD Soundsystem, le tout présenté par des DJs aussi prestigieux qu’Iggy Pop, Juliette Lewis, Femi Kuti ou Karl Lagerfeld. Bref, quoique de nombreux joueurs n’y verront pas grand intérêt, Rockstar envoie du lourd et ancre par la même occasion encore un peu plus son jeu dans le monde réel.

 

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Après cela, il est difficile de parler d’un gameplay bien moins enthousiasmant. Des phases de conduite d’abord, qui occupent bien sûr une place importante. Elles concernent d’une part les déplacements à travers la ville (c’est là toute l’intelligence du concept de GTA, des trajets rapides permettant un vaste environnement ouvert tout en donnant un rythme soutenu au jeu), mais aussi les missions, où les courses poursuites sont fréquentes, en particulier avec les forces de l’ordre. On apprécie alors des commandes précises, et la possibilité d’orienter la caméra avec le stick droit, ce qui permet de soigner ses trajectoires à travers le trafic de Liberty City. Le comportement des véhicules est cependant marqué par une forte inertie, volonté des développeurs pour pousser le réalisme. Le choix peut se défendre, mais reste très discutable tant on y perd en dynamisme : alors qu’on aurait aimé multiplier les dérapages controlés et les demi-tours surprise, la meilleure stratégie est ici la prudence. Finalement, peu de folie et donc de fun. En plus de cela, le moteur physique parfois surprenant (on peut par exemple voir un Hummer stoppé net par un grillage), et le comportement aléatoire et souvent idiot de l’IA, peuvent rapidement s’avérer exaspérants lorsqu’ils entraînent l’échec d’une mission.

Tout autant importants que la conduite, les affrontements contre les gangs ennemis se feront souvent à pied. On taira les quelques combats au corps à corps en début de jeu, qui heureusement disparaissent vite. Quant aux nombreux gunfights, ils prennent la forme d’un Third Person Shooter classique (un pléonasme tant le genre est sur-representé). La prise en main est marquée par les deux mécaniques suivantes : un système de lock qui dispense le joueur du besoin de viser et permet d’enchainer les headshot sans trop d’efforts, et un système de couverture qui dynamise l’action tout en apportant un aspect cinématographique ingame. Malheureusement, ce gameplay souffre de lacunes qui, malgré la faible difficulté, mettent souvent le joueur en facheuse posture. Le lock, quoiqu’efficace, est aussi très récalcitrant et va même jusqu’à nous empecher d’attaquer la cible que l’on souhaite (y compris lorsqu’il s’agit d’un ennemi en train de nous canarder à bout portant). Quant au système de couverture, il n’est pas assez réactif, peut nuire aux mouvements du joueur, et même s’avèrer défaillant en nous laissant exposé au tir ennemi. Enfin, on constate une certaine rigidité au niveau des déplacements, amplifiée par une camera souvent mal placée. Bref, si les gunfights sont généralement agréables et parfois même épiques (l’attaque de la banque...), on n’est jamais à l’abri des défauts sus-cités qui, lorsqu’ils surviennent, ruinent rapidement l’expérience de jeu. Frustrant.

Finalement, le gameplay de GTA IV est très bancal pour toutes ces raisons. Il faut néanmoins lui concéder qu’il est l’un des plus ouverts qui soit. Si l’IA des véhicules est aussi mauvaise, c’est aussi parce qu’ils sont nombreux. Quant au système de couverture, il faut bien penser que l’on est pas ici dans les couloirs de Gears of War : chaque mur de Liberty City est une couverture potentielle, et il est peu surprenant que ça ne fonctionne pas parfaitement. Bref, si la jouabilité peut être exaspérante voire rédhibitoire pour les joueurs les plus exigeants, elle est aussi le prix à payer pour ceux qui cherchent un environnement libre et ouvert.

 

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Manette en main, les lacunes du gameplay donnent l’impression d’un jeu moyen, ce qu’à mes yeux la richesse de son univers et son aspect bac à sable peinent à compenser (malgré leur intérêt certain). Pourtant, avec le recul, je retiens la maturité exceptionnelle dont le jeu fait preuve, au-delà de sa violence et du langage des protagonistes. Car bien loin de son image de titre polémique, GTA IV porte avant tout un message et une réflexion, et constitue assurément en cela une pierre angulaire dans l’histoire de ce medium.

 

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