Pikmin 3 sur Wii U, le test de sopor

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Jardin d'été...

Pikmin 3 est sorti au cœur de l’été, entre la chaleur et les bords de mer, entre les siestes dans le jardin et les fruits bien mûrs. Une période de l’année qui sied bien au tableau miniature et coloré qu’il offre, à son rythme où la langueur d’une journée cède brusquement la place à l’urgence de sa fin, quand la nuit tombe et qu’il faut en catastrophe rassembler tous ses Pikmins égarés.

Pikmin 3 est un jeu frais. A l’échelle de Nintendo d’abord, qui a mis la licence en sommeil, ou presque, depuis les épisodes Gamecube. A l’échelle de la WiiU ensuite, qui n’a, depuis sa sortie, bénéficié que de peu d’égards de la part du Nintendo développeur. Et à l’échelle du JV enfin, tant quelques couleurs, de l’eau et des fleurs passent pour une anomalie génétique.

Si Pikmin 3 ne révolutionne pas le concept de la licence, il parvient, dans le même mouvement, à l’élaguer et à le rendre plus touffu. Tout est question de vitesse, de cycle et de temps qui passe dans Pikmin. Tout semble calme, inoffensif et pourtant on s’affaire pour survivre, pour voir le jour d’après.

Le mode Histoire est découpé en « jours », entre 15 et 20 minutes de jeu temps réel environ. A la nuit tombée, nos trois capitaines (Alph, Brittany et Charlie) regagnent leur vaisseau et les Pikmins doivent rentrer dans leur oignon. Les dispersés et les abandonnés sont dévorés par les créatures.
Le joueur devra s’organiser au mieux pour faire de chaque jour une récolte fructueuse. Explorer la planète et apprendre ce qui est arrivé à Olimar. Trouver des fruits pour survivre (l’équipage consomme une ration par jour), les stocker et anticiper une éventuelle pénurie. Donner vie à des Pikmins pour augmenter le nombre de ses troupes, en ramassant des boutons de fleur ou des cadavres d’animaux. Soumettre le terrain à son activité intense en construisant des ponts et en ouvrant des raccourcis qui faciliteront les trajets.

On semble paradoxalement toujours avoir le temps dans Pikmin 3, on flâne parfois, on admire ces textures de jardins miniatures, ces fruits qu’on aimerait croquer tant ils paraissent vrais, cette eau claire et calme… Le vrai spectacle immobile de la Nature. Jusqu’à ce que la course du soleil nous rattrape, que le signal annonçant la fin de la journée retentisse et qu’on s’agite pour ramener un dernier fruit au vaisseau, finir un pont ou récupérer des Pikmins perdus.

Pikmin 3 ralentit et accélère habilement le temps. En liant le nombre de jours qu’on peut passer sur la planète à nos réserves de fruits (qu’on trouvera en quantité importante), il ne vise pas le stress du premier épisode et se joue de manière plus posée sur la longueur de l’aventure. Pourtant, chaque jour est une course contre le temps pour accomplir les différents objectifs qu’on s’est fixé le matin. On veut finir tout en sachant qu’on pourra y revenir demain. Une double vitesse qui fait de Pikmin 3 un jeu faussement calme, implacable et cruel à la fois. On voit le temps qui passe mais la fin parait lointaine.

Chaque carte de Pikmin 3 est un combat et à la tyrannie du temps s’ajoute celle de l’espace. Comme dans tout jeu de stratégie, il y a un terrain à conquérir : des ennemis à éliminer et des ressources à découvrir et à exploiter. Avant d’optimiser son temps, il faut donc devenir maître de l’espace. Les qualités du level design propres à Nintendo et à Miyamoto s’expriment ici complètement. L’exploitation d’une carte est progressive : on se débarrasse des ennemis qui gênent l’accès aux ressources (par exemples des bombes qui vont permettre d’ouvrir un passage ou des tuiles qui serviront à la construction d’un pont) tandis que la découverte des différentes variétés de Pikmins permet d’exploiter d’autres endroits de la carte (par exemple les Pikmins roc casseront un mur en verre tandis que les Pikmins ailés offriront un accès à des endroits interdits aux autres).
Une conquête de l’espace qui se sert parfaitement du Gamepad en affichant sur l’écran tactile la carte des lieux et en offrant la possibilité d’envoyer jusqu’à 3 groupes de Pikmin, menés par un capitaine, à 3 endroits différents. Le joueur devra alors tout autant penser coopération entre les capitaines que gérer des groupes indépendants afin de maximiser son temps de travail quotidien.

Une double tyrannie temps et espace qui trouve un prolongement hardcore dans le mode Mission où chaque carte (15 au total, réparties en collecte de fruits, combat contre les créatures et affrontement contre les boss) devra être exploité ou terminée en un temps limité. Un temps souvent très court qui met une pression immédiate sur le joueur. Pour décrocher les plus hautes médailles, il faudra parfaitement connaitre le terrain, avoir l’esprit multitâche et faire rapidement le meilleur usage possible de la variété des Pikmins offerte.

A l’intérieur de ses jardins miniatures, colorés et bucoliques, Pikmin 3 cache une mécanique de jeu redoutable et précise. Derrière des atours champêtres, le dernier jeu de Miyamoto révèle aussi un cœur cruel et mélancolique. Jamais de manière frontale, toujours avec la rondeur et la candeur caractéristiques de la firme, Pikmin 3 est un petit théâtre de vie où le temps et la conquête d’un espace tyrannisent le joueur, le pressant d’exploiter au plus vite les ressources d’une planète étrangère et de faire travailler des créatures aussi mystérieuses et gentilles que serviles et stupides, ici transformées en chair à canon. Travailler plus pour toujours gagner plus.

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