Shadow of the Colossus sur PlayStation 2, le test de Huto

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Huto
10
Huto PS2

David contre Goliath²

Introduction

Le jeu se lance, la caméra suit un aigle volant au-dessus de ce paysage vide de vie. Une musique magistrale nous accompagne alors dans ce suivi aérien. Premier contact avec les deux véritables héros du jeu. Ce jeune homme, Wanda, et sa monture Agro. Une forme humaine repose également sur le cheval, sans plus d'information. On devine la longueur du voyage de ces deux personnages à travers le pas lent d'Agro et la tête de Wanda qui vacille. Malgré cela, la détermination de continuer jusqu'à arriver au lieu d'arrivée les pousse à avancer, encore et encore, dans ces jolis décors. Une magnifique ode à l'aventure. Ah, un pont se dessine juste devant eux, menant à un bâtiment immense qui semble abandonné. La musique , qui je le répète est un bonheur pour les oreilles, s'arrête.Une fois à l'intérieur de ce bâtiment, c'est un escalier qui parait infinissable qui semble former le dernier obstacle.

Ce long chemin parcouru, c'est le principal lieu du jeu qui nous est présenté. De mystérieuses et menaçantes statues jonchent les côtés. Et au fond, un autel illuminé par le soleil semble inviter les deux voyageurs à l'approcher. On découvre alors la forme humaine qui jusque-là était masquée par une couverture. Une jeune femme sans vie qui semble avoir connu des terribles événements. Comme dans une sorte de rituel, Wanda dépose la belle sur l'autel. C'est alors que la voix que vous entendrez et réentendrez tout au long de l'aventure résonne. Une voix qui appartient à l'entité nommée Dormin et qui nous en dévoile beaucoup plus sur le pourquoi de la présence du héros. Wanda est donc ici pour ressusciter la femme aimée mais ceci a un prix : abattre la totallité des géants peuplant ces Terres.

Let's play

C'est ici que nous, le joueur, entrons en scène. Le pitch de base est simple : trouver le premier colosse. Pour cela il suffit de brandir notre épée grâce à la pression du bouton O et tourner notre lame pour que les rayons du soleil se concentrent en une direction, qui mène au colosse. Bien entendu cela ne marche qu'en la présence du soleil, cela va de soi. A nous donc les chevauchées dans ces plaines vides en direction de la bête. Mais avant ne serait-ce qu'apercevoir le colosse il faudra trouver le chemin qui y mène et c'est pas toujours évident. Entre exploration et phases de plate-formes. Une fois le colosse trouvé, le plus dur reste à faire : trouver le moyen de lui monter dessus. Il faudra alors trouver ses points faibles pour l'éliminer. Une fois ceci fait, retour au temple et rebelote avec un nouveau colosse. Colosses qui sont d'ailleurs au nombre de 16.

Mais résumer cette oeuvre à simplement ce paragraphe serait un crime passible de peine de mort ! Ceci n'est que la structure basique du jeu et il manque juste tous les éléments qui font la beauté de ce jeu.

J'aimerais de prime abord parler d'un élément très important du jeu qui n'est pourtant qu'un détail (mais les détails dans ce jeu sont si nombreux que ce sont eux qui font son charme). Il s'agit de la relation qu'entretienne nt Wanda et Agro. Je n'avais encore jamais vu ça dans un jeu vidéo (si ce n'est dans Ico, que je n'ai pas encore en ma possession). Sans parole, uniquement avec les gestes, c'est tout une histoire d'amitié entre un homme et un cheval qui se présente à nous. Cette relation est présente à l'intérieur même du gameplay : on peut appeler Agro de trois façons différentes selon la distance qui nous sépare de lui (siffler, crier fort son nom, prononcer son nom) et le caresser (chose inutile mais qui renforce l'immersion). Alors que dans d'autres jeux on se contente de contrôler directement le cheval et non pas le personnage dirigeant cette monture cette fois-ci c'est tout le contraire. Et c'est même tout à fait logique : si on contrôle un héros on le fait jusqu'au bout ! Ainsi on influe sur le cheval qui peut faire des choses de lui-même. Lorsque vous avancez sur un chemin escarpé, votre cheval tournera de lui-même sans que vous lui en ayez donner l'ordre. Et si vous foncez du haut d'une falaise il ne va pas bêtement se laisser faire et sauter dans le vide mais il se stoppera net. On se rend compte de tout l'attachement que l'on porte à notre destrier lors d'un moment fort du jeu, que je tairai volontiers.

 

La poésie est un autre élément important dans ce jeu. Ce n'est pas un hasard que certains placent le jeu vidéo au statut d'art en citant cette oeuvre qu'est Shadow of the Colossus. Les OST du jeu sont justes sublimes, je me les écoute régulièrement et je ne m'en lasse pas. Le violon est très présent et les envolées lyriques sont à tomber. Elles sont quasiment toutes énormissimmes de beauté et celles qui nous accompagnent lors des différentes étapes de l'affrontement d'un colosse renforcent magistralement bien le côté épique de ces séquences.

Les graphismes maintenant. Le jeu est très beau, très coloré, la distance d'affichage est sympa. Il y a tout de même un certain parti pris artistique. Les décors donnent un sentiment de vide mais c'est justifé par le scénario puisque ces terres sont abandonnées et les seuls êtres y vivant sont des oiseaux, quelques tortues, des lézards et les colosses. Pourquoi abandonnées ? Tout simplement car en explorant ici et là on découvrira des ruines qui témoignent des vestiges d'une civilisation qui soit a disparu, soit a déserté les lieux. La végétation verdoyante est très réussi et les quelques effets de lumières dans les clairières sont vraiment de bonne qualité. La modélisation du héros et du cheval sont également de très bonne facture. Mais malheureusement nous sommes sur PS2. La console a du mal à supporter tout ça ce qui cause l'aliasing très présent et une fluidité de jeu tronquée. On n'est pas à 60FPS, ça c'est sûr, et on remarque facilement des chutes de framerate lorsque les colosses apparaissent.

Les personnages, dont les colosses, bénéficient d'une animation hallucinante pour un jeu PS2. Agro est le cheval le mieux animé de cette ancienne génération de console. Il est saisssant de réalisme, que ce soit dans sa démarche ou dans son comportement. Wanda, lorsqu'il grimpe, tombe ou chute à cause des colosses est également très bien animé. Et la palme revient aux colosses qui sont gigantesques et qui pourtant font des mouvements cohérents et diversifiés. Lorsqu'on les voit avancer vers nous ou nous attaquer c'est véritablement impressionnant.

Shadow of the Colossus, sans proposer un scénario et des événements très explicites, parvient à raconter une histoire au joueur. Une histoire touchante qui nous pousse à nous poser des questions. Mais quelle est donc cette entité à laquelle Wanda obéit ? Pourquoi tuer ces colosses ? Qu'ont-ils fait de mal pour mériter leur destruction par nous-même ? A chaque élimination, la mise en scène de la chute du colosse ainsi que la musique l'accompagnant m'ont mis mal à l'aise. Le colosse est désigné comme un ennemi à abattre et pourtant c'est nous qui venons troubler leur vie, qui jetons la première pierre. Et lorsque ce colosse tombe, mourant, je n'ai pas pu m'empêcher de me dire "merde qu'est-ce que j'ai fait". Car oui au final la seule raison pour laquelle nous nous lançons dans cette terrible quête est la promesse de la résurrection de notre aimée. Les retrouvailles avec l'être aimée vaut-elle que l'on hôte la vie à seize êtres ? Wanda, au fil de l'aventure, arborera une tenue de plus en plus sale, comme après avoir commis un pêché.

Mais au-delà de tout ça le gameplay n'est pas en reste. Wanda est rapide et maniable. La panoplie de mouvements est assez vaste mais tout n'est pourtant pas utile. Les principales actions utilisées seront le saut, l'accrochage sur un colosse ou des plantes, le changement d'arme entre arc et épée, l'utilisation des armes et l'accélération avec Agro ainsi que le fait d'appeller celui-ci. A côté de ça on a aussi la possibilité de caresser le cheval, monter debout sur lui, aller sur un côté ou l'autre ou encore faire cabrer notre monture. Rien d'indispensable mais certains s'avéront être de véritables plus lors de certaines situations.

Le gameplay est donc en général plutôt simple d'utilisation. Toute la difficulté repose à trouver le bon chemin pour parvenir jusqu'au lieu où vit le colosse et la façon de battre ce dernier. Chacun des ces "boss" a une manière de se comporter spécifique et les solutions pour lui grimper dessus sont elles aussi bien différentes à chaque fois. Au joueur de bien observer les mouvements du colosse, l'environnement qui l'entoure et les façons de l'exploiter. Lorsque l'on parvient à monter sur le colosse, le mot épique prendra tout son sens. La bête ne se laissera pas faire et fera tout pour vous désarçonner en fonction de l'endroit où vous êtes. Jamais on ne s'accrocher autant à cette fameuse touche R1. Une touche qui sera notre salut puisqu'elle nous permet de rester aggrippé au colosse où à un rebord. Mais il faudra surveiller la jauge de grip, lorsqu'elle est vide notre personnage ne peut plus s'accrocher et tombera irrémédiablement. Au joueur de faire quelques pauses de grimpette sur des plate-formes propices. Le colosse ne perdra de la vie qu'à certains endroits de son corps marqués par un symboles. Il faudra les repérer instinctivement ou alors en s'aidant des rayons du soleil renvoyés par l'épée. La dernière solution est plus difficile car on aura peu souvent la possiblité de rester debout sans chuter. Lorsqu'il faut plonger notre épée dans la brèche on pourra doser la puissance, plus longtemps on attendra pour appuyer une deuxième fois sur la touche d'action plus la puissance du coup sera importante. Mais on augmente aussi le risque de ne donner aucun coup car le colosse peut vous balader facilement.

La durée de l'aventure paraitra malheureusement trop courte pour l'aventurier chevronné. Ellle dépend tout de même pas mal du joueur. Pour ma première partie j'ai mis en moyenne un peu plus d'une 1/2h pour abattre chaque colosse, voyage compris. On obtient à peu près entre 8 et 10h de jeu. Mais cette durée de vie peut largement se rallonger avec le mode difficile qui se débloque. La recherche des queues de lézard et des fruits pour augmenter notre jauge de de vie et de grip servira également à découvrir un lieu secret du jeu.

Comment conclure sur cette perle vidéoludique ? Une musique magistrale, des graphismes à la technique souffreteuse mais au côté artistique sublime, une ambiance très réussi avec l'immensité des décors, la relation avec Agro et les personnages que sont les colosses ainsi qu'un gameplay efficace. Une épopée formidable que tout possesseur de PS2 qui se respecte devrait accomplir. Un des meilleurs jeux de la console, tout simplement, que je garde à part des autres. La fin du jeu est absolument incroyable d'émotion et de sens.

La rumeur d'un remake HD pourrait prendre tout son sens car techniquement le jeu a été trop ambitieux par rapport à la console et serait sublimé par un framerate constant et une absence d'aliasing et de clipping.

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