VVVVVV sur PC, le test de hairaz

Publiez votre test
Signaler
hairaz
8
hairaz PC

Le jeu qui enterre Dead Space

VVVVVV est un jeu disponible sur Steam  pour la modique somme de 5 € et qui a tout pour lui : un jeu fait par quasiment une seule personne (Terry Cavanagh), doté d’un nom imprononçable et impossible à retenir, d’un gameplay se résumant à trois touches, d’un level design utilisant 5 types d’éléments différents, d’une réalisation technique datant de l’Amiga, et enfin d’une durée de vie n’excédant pas trois heures. Face à cette entrée en matière d’un côté et à ma note ainsi que le sous-titre du test de l’autre, vous vous dites probablement : « VVVVVV ? WTF ? ». Je m’explique.

Le cockpit d’un vaisseau en plein milieu de l’espace. Tout est tranquille dans l’équipage de celui-ci, quand soudain, l’écran tremble. Le vaisseau vient d’ « entrer en collision avec une interférence ». Tout le monde évacue par le téléporteur situé à l’arrière (vous vous demanderez peut-être pourquoi ils ont besoin d’un vaisseau spatial si ils ont un téléporteur, sachez que moi aussi). Vous et les cinq autres membres de votre équipage se retrouvent dispersés aux quatre coins du cosmos, et c’est à vous, le capitaine Viridian (chaque membre de l’équipage portant le nom de la couleur dans laquelle il est dessiné), qu’incombe la mission de réunir tous vos coéquipiers et de résoudre le petit problème dimensionnel qui se pose à vous.

What gamers want

Le gameplay est très simple : vous pouvez bouger à gauche et à droite, et inverser la gravité (vers le bas ou vers le haut)(et ce uniquement si vous êtes au sol). Vous rencontrerez durant vos pérégrinations cosmiques cinq types d’éléments : piques, ennemis, plateformes amovibles ou qui s’effritent, et des lignes qui inverseront elles-mêmes la gravité quand vous les toucherez.

Sauf que voila, comme dans la plupart des jeux indés, c’est le level design qui fait tout. Chaque niveau est nouveau, représente un challenge différent, parfois une énigme, parfois un véritable test de skill, mais on s’étonnera toujours de ne pas se lasser une demi-seconde de ce jeu. Entre les niveaux qui scrollent automatiquement (l’écran monte dans le niveau, c’est à vous de le suivre), le court passage en coopération ou le Gravitron (60 secondes à éviter des projectiles, alors que vous êtes ballonné entre deux lignes gravitationnelles comme un carré de Pong)(ou une balle de ping-pong, peu importe), on ne s’ennuie pas dans VVVVVV, et la nouveauté nous attend toujours au coin de la galaxie.

Double référence

Le titre VVVVVV est peut-être une référence à Megaman V, dans lequel un niveau nous permettait d’inverser la gravité à plusieurs reprises, mais le jeu en lui-même est une double référence à Trauma Center, et cela tout d’abord dans la précision chirurgicale (!) qu’il demande parfois. Ainsi, si les niveaux demandant de la réflexion ne sont pas d’une complexité folle, même s’ils sont d’une finesse non négligeable, VVVVVV n’est pas loin du jeu hardcore. Le jeu a la bonne idée d’afficher en fin de partie la salle qui fut la plus assassine dans le jeu, ainsi que le nombre de morts qui s’y sont produites : 127 en un seul tableau pour ma part, près de 1000 au total. En 3-4 heures. Là se cache la seconde référence à Trauma Center : c’est sanglant.

Seulement, même face à l’extrême complexité du jeu, VVVVVV ne nous décourage pas : le spawn est immédiat, et un checkpoint vient sauver (c’est le cas de le dire) votre position toutes les cinq secondes (et je n’exagère pas). Enfin, notre personnage à très peu voire pas d’inertie, ce qui rend le jeu beaucoup plus simple à manier qu’un Super Meat Boy, même si les subtilités de gameplay en seront forcément moins présentes. Le jeu est de plus très agréable à manier et assez dynamique, plaisir qui nous pousse à continuer, en plus des très fréquents points de soulagement que sont les checkpoints. Et on en a bien besoin, sans quoi le jeu de Terry Cavanagh serait quasiment infaisable.

2011 : L’odyssée de VVVVVV

Un autre des points sur lesquels le soft séduit, c’est par son ambiance. Eh oui, ça peut paraître étonnant, mais VVVVVV est un jeu à ambiance. Tout d’abord, car c’est un jeu d’exploration. Les niveaux ne s’enchaînent pas les uns les autres : c’est à nous de trouver les entrées des parties du laboratoire de recherche où ont atterri d’autres membres de notre équipage. La recherche reste cependant et heureusement relativement simple et rapide. Les environnements extérieurs regorgent de petits passages absolument inutiles mais tellement amusants à explorer … Enfin, étant donné que l’on ne peut inverser la gravité que quand on touche le sol, les chutes parfois vertigineuses (mais sans danger) renforcent la sensation de vide intersidéral de ces phases.

Les graphismes, on l’a vu, sont réduits au minimum. Cependant, le jeu arrive ici aussi à créer son ambiance, et pour s’en convaincre, il suffit de voir une fois l’un de nos protagonistes prendre l’air triste, avec le bruitage de circonstance. Mais au-delà de cela, on remarquera le travail de Terry Cavanagh sur l’esthétique du jeu malgré les limites techniques qu’il s’impose : chaque niveau parvient à créer son atmosphère propre, alors que le jeu ne fait que dessiner les contours de quelques formes géométriques basiques.

Un autre point intéressant dans les graphismes du jeu de Terry Cavanagh, ce sont les ennemis. Entre des Yes et des No à éviter, de la fumée qui sort de la cheminée d’une usine et qui est aspirée dans une autre cheminée, ou encore des Truth bien lents et tournant en rond face à des Lies qui sortent à toute vitesse d’un haut-parleur pour aller jusque dans une caméra, les ennemis une … Comment ça ? Non, ils n’ont pas des noms bizarres, mes ennemis ! Ce sont bien des mots et des formes qui bougent et que vous devrez éviter de toucher sous peine de mort immédiate ! Bref, les ennemis participent eux aussi à l’ambiance parfois assez particulière de VVVVVV, dessinant parfois un large sourire sur notre bouche.

Ainsi parlait Viridian

Le dernier gros point fort du soft, c’est sa musique, composée en 8-bits, c’est-à-dire comme à l’époque de l’Amiga, totalement exaltante, créée par SoulEye, et que vous pouvez retrouver sur Itunes sous le nom de PPPPPP. Celle-ci, particulièrement rythmée, parfois épique, parfois presque aussi sautillante que de la J-Pop, prenant souvent des accents de conquête spatiale, et qui ne baisse pas d’une demi-once de qualité du début à la fin du jeu.

Je cherche toujours le rocher noir …

Le scénario, enfin, n’est volontairement que peu approfondi : on reste assez superficiel quand aux détails techniques sur les différentes dimensions : il y a un endroit où l’on peut régler le problème, où l’on ira à la fin, et c’est tout ce que l’on doit vraiment absolument savoir. On peut cependant découvrir quelques détails (quelques) sur les recherches des scientifiques occupant la station, leurs craintes, etc. D’un autre côté, les dialogues avec l’équipage, très simplistes, sont souvent également assez touchants par cette simplicité. En fait, ce ne sont que des braves gars que l’on connaît bien, et qui s’inquiètent pour nous comme on s’inquiète pour eux. Au final, la narration, même si elle n’est pas loin de son plus strict appareil, n’est pas pour autant dénuée de qualités, même si ce n’est pas LE point fort du jeu.

Mais, c’est pas un peu court ?

Si. 3 heures de jeu, ce n’est pas long, même si ce sont trois heures très intenses. Je resterais réservé sur l’utilité des modes de jeux annexes (principalement des contre-la-montre). Sachez aussi que vous pouvez ramasser 20 bibelots brillants (littéralement) disséminés à travers le monde de VVVVVV, étant chacun l’aboutissement d’un challenge de plus en plus durs (voire quasiment impossibles pour certains). Vous pourrez bien vous occuper trois heures de plus avec ça.

Cependant, il ne faut souligner le travail de Terry Cavanagh : étant donné que l’on passe en moyenne une dizaine, une vingtaine de secondes tout au plus sur chacun des tableaux du jeu, à une vingtaine d’exceptions près, combien de tableaux cela fait-il en tout ? Beaucoup, vous n’en douterez pas. Je pense donc qu’il faut tout de même relativiser, sans l’oublier toutefois, cette concision extrême face à la dose de boulot déjà fournie par le développeur anglais. Et du bon boulot en plus.

VVVVVV ne révolutionne rien, il ne réinvente rien, ne remet rien en cause, n’ébranle aucun mythe vidéoludique : c’est juste un trip, court mais intense, assez unique, et parfaitement bien fichu. Malgré son gameplay simpliste, le jeu s’illustre par un level design aux petits oignons et une ambiance spéciale et réussie, le tout accompagné par une bande originale extatique.

 

 

Ajouter à mes favoris Commenter (4)